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14/11/23

Exposition Constellations @ Céret, Musée d'art moderne - Commissariat : Clément Nouet

CONSTELLATIONS
Musée d’art moderne de Céret
Commissariat : Clément Nouet 
13 mai - 26 novembre 2023

Yayoi Kusama
Yayoi Kusama 
Dots Obsession. Infinity Mirrored Room, 1998, installation. 
Peinture, miroirs, ballons, adhésifs, 280 x 600 x 600 cm
Collection les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse 
© YAYOI KUSAMA
Crédit photo : Grand Rond Production

Dove Allouche
Dove Allouche 
Amas stellaire (Portrait de José Maya), 2011 
Carbone noir sur papier Arches, 240 x 230 cm 
Collection les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse
© Dove Allouche. 
Crédit photo : L’artiste et 
Courtesy Galerie Gaudel de Stampa, Paris

Masaki Nakayama
Masaki Nakayama
Body scale, circle triangle square, 1977 
Installation photographique 
Photographie et acier, 175 x 175 x 30 cm chaque 
Collection Mrac Occitanie, Sérignan 
© Masaki Nakayama, 
Courtesy galerie Christophe Gaillard, Paris 
et Yumiko Chiba Associates, Tokyo
Faire un bilan et se projeter dans l’avenir, tel est le but de l’exposition « Constellations » qui convie tous les publics à un voyage dans la galaxie de la création artistique de ces cinquante dernières années. 
L'exposition a rencontré un vif succès et se termine à la fin du mois. Avis donc à celles et ceux qui voudraient allé l'admirer. Elle vaut vraiment le déplacement, proche ou moins proche. Voici le texte du dossier de presse qui présente l'exposition. Il n'est pas signé explicitement, mais doit être de la plume du commissaire de l'exposition, Clément Nouet, Directeur du Musée régional d’art contemporain à Sérignan.
Avec près d’une quarantaine d’artistes français et étrangers de générations différentes agrégeant des constructions d’univers très personnels qui ont marqué l’histoire de l’art contemporain, l’exposition réunit pour la première fois des œuvres des collections régionales des Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse, du Fonds régional d’art contemporain Occitanie Montpellier et du Musée régional d’art contemporain Occitanie à Sérignan.

L’intention de l’exposition « Constellations » est aussi et avant tout de proposer aux visiteurs le plus large champ des possibles. Il s’agit même d’encourager des oppositions et l’association d’œuvres qui ne se seraient sans doute pas retrouvées sans ce panorama, de manière que cette exposition puisse conserver sa capacité à surprendre. Au lieu d’essayer d’aplanir les écarts entre les œuvres, l’exposition préfère jouer des différences et marquer ce qui les oppose. Apparaissent ainsi des ruptures de styles, de médiums et de pensée fragmentée qui sont le reflet de la scène artistique contemporaine.
« Sur cet immense tableau d’une nuit céruléenne, la rêverie mathématique a écrit des épures. Elles sont toutes fausses, délicieusement fausses, ces constellations ! Elles unissent, dans une même figure, des astres totalement étrangers. Entre des points réels, entre des étoiles isolées comme des diamants solitaires, le rêve constellant tire des lignes imaginaires. » - Gaston Bachelard
Dans cet extrait de L’air et les songes, Gaston Bachelard (1) fait de la nuit étoilée un lieu de création. Contempler la vertigineuse infinité du monde et y tracer des figures qui relient ses éléments isolés selon le désir du regard, telle est l’activité humaine dans sa plus pure expression. Intitulée « Constellations », l’exposition évoque un ensemble d’étoiles/oeuvres dont les projections sur la voûte céleste sont suffisamment proches pour que les visiteurs les relient par des lignes imaginaires, traçant ainsi une figure dans le cosmos. Les étoiles naissent et meurent, brillent et s’éteignent, puis disparaissent mais jamais complètement car leurs histoires, mythes et souvenirs restent. « Constellations » ne ménage pas la polysémie de son titre, et cherche à affirmer à la fois le pouvoir d’un cycle, d’un temps, et d’une lumière.

L’exposition propose ainsi un regard sur une scène qui s’est projetée dans un monde globalisé où les notions d’identités, de frontières, de valeurs se sont démesurément complexifiées.
Roland Flexner
Roland Flexner 
Sans titre, 1999
Encre sur papier, 30 x 28 cm, 17 x 14 cm hors cadre 
Collection Mrac Occitanie, Sérignan 
© Roland Flexner 
Crédit photo : Jean-Christophe Lett
Roland FLEXNER est né en 1944 à Nice. Il vit et travaille à New York. Interrogeant les techniques qu’il aborde, méditant l’accomplissement de la constitution des formes, Roland Flexner partage, avec d’autres artistes, l’assurance que pour voir, nous avons besoin de signifier ce qui apparaît, de le transformer en signe. Parmi ses nombreuses expositions personnelles, on peut évoquer celles qui ont eu lieu à la D’Amelio Gallery (2012, New York), à la Galerie Nathalie Obadia (2011, Paris) ou encore à la Galleria Massimo De Carlo (2010, Milan). Son travail a également été mis en valeur lors d’expositions collectives comme à la Massimo De Carlo Gallery (2017, Hong Kong), au Nouveau Musée National de Monaco (2016, Monaco), au Centre Pompidou-Metz (2016, Metz) ou encore à la Galerie du Jour, Agnes B (2015, Paris).
Jessica Warboys
Jessica Warboys 
Sea painting, les Orpellières, 2012 
Pigments sur toile libre, 203 × 506 cm 
Collection Mrac Occitanie, Sérignan 
© Jessica Warboys. 
Crédit photo : Jean-Paul Planchon 
Jessica WARBOYS est née en 1977 au Pays-de-Galles. Elle vit et travaille entre la France et la Grande-Bretagne. Jessica Warboys s’intéresse à la jonction entre le rituel, la performance et le processus artistique. Par le biais de la sculpture, la peinture, le cinéma ou encore la performance, l’artiste propose des scénarios étranges qui font référence à Méliès, aux contes, légendes et autres mythes fondateurs. De multiples expositions ont présenté le travail de Jessica Warboys, comme au Musée régional d’art contemporain (2020-2022, Sérignan), au CAPC (2016-2017, Bordeaux), au Museum Leuven (2015, Louvain), au centre d’art contemporain 40mcube (2014, Rennes) et au Centre d’art contemporain d’Ivry - Le Crédac (2011, Ivry-sur-Seine). 
 
Frédéric Bruly Bouabré
Frédéric Bruly Bouabré
Vision solaire dans l’ordre des
persécutés en date du 11 mars 1948, 1995 
10 cartes avec dessin au recto et texte au verso, 
crayons de couleur et encre sur carton, 10 x (16,5 x 11 cm)
Collection Frac Occitanie Montpellier
Crédit photo : Frac OM
Frédéric BRULY BOUABRÉ est né en 1923 à Zéprégühé (Côte d’Ivoire) et décédé en 2014 à Abidjan (Côte d’Ivoire). Frédéric Bruly Bouabré dessina le monde, l’enregistra, il utilisait « [un] minimum de moyens pour dire le maximum ». Il est considéré comme l’un des artistes africains les plus importants des vingts dernières années. Des expositions monographiques ont mis en avant son travail comme celle à la galerie MAGNIN-A (2022, Paris), au MoMA (2022, New York), au MAMCO (2022, Genève). Mais également des expositions collectives à la Galerie Polysémie (2020, Marseille) et au Palazzo Grassi (2011-2013, Venise).
Cette exposition est aussi traversée par la notion de la « déterritorialisation » (2) formalisée par Gilles Deleuze et Félix Guattari qui est sans doute l’une des inventions philosophiques les plus importantes des dernières décennies (3). Cette idée est essentielle, non seulement car elle anticipe un véritable mode opératoire de dé-classification des valeurs, mais également parce qu’elle a libéré la pensée de l’espace et du temps.
L’exposition « Constellations » souhaite redonner à l’art sa fonction « phatique », pour créer du lien, à la fois entre les œuvres, les collections publiques et les équipements culturels phares sur un même territoire, pour rassembler et fédérer autour de l’art contemporain.

(1) Gaston Bachelard, L’air et les songes - Essai Sur L'imagination Du Mouvement, 1943 ; Le Livre de Poche, 1992 
(2) Gilles Deleuze et Félix Guattari, Capitalisme et Schizophrénie, vol. 1 : L’anti-OEdipe, 1972 ; Mille Plateaux, 1980; vol 3 : Qu’est-ce que la philosophie ? 1991. « Critique », Paris, Les Éditions de Minuit  
(3) Ce terme qui apparaît dans la trilogie « Capitalisme et Schizophrénie » a traversé le politique et le social autant que le monde artistique. Il décrit le mouvement de déclassification des signes, des objets, qui les libère de leurs usages conventionnels pour les ouvrir à d’autres possibles. Mouvements créatifs, la déterritorialisation crée de nouvelles dynamiques de pensées. « L’artiste […] accompagne sur un rythme toujours diffèrent, le monde qui nous entoure dans son développement rhizomatique »
Commissariat de l'exposition : Clément Nouet, Directeur du Musée régional d’art contemporain à Sérignan 
Marion Baruch
Marion Baruch 
La sandale de Socrate, de la serie Cloud, 2017 
Toile libre (coton) imprimée, 258 x 206 cm 
Collection Mrac Occitanie, Sérignan
© Courtesy de l’artiste et Galerie Anne-Sarah Bénichou 
Marion BARUCH est née en 1929 à Timisoara (Roumanie). Elle vit et travaille en Italie. Marion Baruch est une artiste pluridisciplinaire qui produit des peintures, des installations ou encore des sculptures. Son travail est centré sur une pratique relationnelle, elle tise des liens, entretient des relations avec des catégories éloignées du monde de l’art. Elle a fait l’objet d’une rétrospective importante et itinérante dans des pays comme la Suisse, la France, La Norvège, la Roumanie, l’Italie et en Israël (2020-2021). Son oeuvre a également été montrée à l’occasion de deux expositions personnelles en 2022 avec Bomba (Tel Aviv-Yafo, Tel-Aviv) et Marion Baruch, Décalage (Galerie de l’Académie des Beaux-Arts de Leipzig, Allemagne) ou encore avec Résonances (2019-2020, Galerie Laurence Bernard, Genève, Suisse).
Yvan Le Bozec
Yvan Le Bozec
 
La Galaxie Youkali / Diffuse Nebula, 2005
Installation, salle plongée dans la pénombre, 
projection, deux toiles peintes, boule à facettes 
et musique de Kurt Weill, acrylique sur toile, son, 
lumière, dimensions variables 
Collection Frac Occitanie Montpellier
© Yvan Le Bozec. Crédit photo : Yvan Le Bozec
Yvan LE BOZEC est né en 1958 au Mans. Il vit et travaille à Cachan et Quimper. Ce qui traverse toute l'oeuvre d'Yvan Le Bozec, et ce qui sans doute la constitue, c'est l'exploration patiente discrète et légère de ce qu'il est encore possible de réaliser sous l'appellation « art ». Être artiste, dans son cas, c'est alors tenter de constituer l'inventaire des occurrences et des possibles ; c'est décliner les hypothèses disponibles afin d'en vérifier l'éventuelle validité. Son travail a été exposé dans plusieurs expositions telles que celle à l’Orangerie de Cachan (2017), au Frac Bretagne (2015, Rennes), à la Galerie ARTEM (2010, Quimper), au musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc (2008), à la Korean International Art Fair (2008, Séoul).
Henri Codax
Henri Codax
Sans titre, 2012 
Acrylique sur toile, 210 x 210 cm 
Collection Mrac Occitanie, Sérignan
Crédit photo : Jean-Paul Planchon
Henry CODAX est un artiste contemporain qui reste dans l’anonymat et pour qui les informations biographiques sont rares. Il vit et travaille dans différentes villes comme Paris, New York ou Buffalo. L’artiste est connu pour une série de peintures monochromes. Ses oeuvres ont été exposées à l’occasion de plusieurs expositions comme à la Galerie Pact (2018, Paris), à Everybody (2017-2018, Tucson), à la galerie Lange & Pult (2017, Zurich), à la galerie Triple V (2016, Paris) ou encore à la Martos Gallery (2013, New York).
Artistes présentés : Tjeerd Alkema, Dove Allouche, Jean-Marc Andrieu, Laurette Atrux-Tallau, Renaud Auguste-Dormeuil, Marion Baruch, Abdelkader Benchamma, Christian Boltanski, Belkacem Boudjellouli, Frédéric Bruly Bouabré, Andrea Büttner, Nina Childress, Henry Codax, Johan Creten, Philippe Decrauzat, Hubert Duprat, Joan Duran, Mimosa Echard, Richard Fauguet, Dominique Figarella, Roland Flexner, Dominique Gonzalez-Foerster, Alain Jacquet, Ann Veronica Janssens, Véronique Joumard, Rolf Julius, Yayoi Kusama, Bertrand Lamarche, Yvan Le Bozec, Tania Mouraud, Masaki Nakayama, Bruno Peinado, Anne et Patrick Poirier, Christian Robert-Tissot, Kristina Solomoukha, Pierre Soulages, Djamel Tatah, Tatiana Trouvé, Jessica Warboys. 

A propos des artistes dont les oeuvres sont reproduites en début de post :
Yayoi KUSAMA est née en 1929 à Matsumoto (Japon). Elle vit et travaille depuis 1973 dans un hôpital psychiatrique au Japon. Prêtresse d’un art total, hypnotique et coloré, la Japonaise Yayoi Kusama est connue dans le monde entier pour ses impressionnantes installations immersives. Touchée par un trouble obsessionnel, elle décline les pois à l’infini, envahissant entièrement l’espace. Parmi les nombreuses monographies qui lui ont été consacrées, on peut citer Yayoi Kusama : DANCING LIGHTS THAT FLEW UP TO THE UNIVERSE (2022-2023, PHI Foundation, Montréal), EVERY DAY I PRAY FOR LOVE (2022-2023, Yayoi Kusama Museum, Tokyo), UN POIS, C’EST TOUT (2012, Tate Modern, Londres), Yayoi Kusama : Mirrored Years (2009, Museum of Contemporary Art, Sydney). En 2023 elle va faire l’objet d’une rétrospective au Guggenheim de Bilbao. Elle a reçu le Asahi Prize en 2001 et est aussi décorée de l’ordre des Arts et des Lettres.
Dove ALLOUCHE est né en 1972 à Sarcelles. Il vit et travaille à Paris. Dove Allouche est un artiste graphique qui use du dessin et de la photographie tout en se réappropriant leurs propriétés. Il qualifie son travail en un essai de « révéler ce qui est immédiatement présent et invisible en même temps ». L’artiste a récemment été exposé au Frac Auvergne (2022-2023, Clermont-Ferrand). En 2023, Dove Allouche a exposé au Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, au Centre d’art et de rencontres Curiox, une monographie au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme et à la Arthena Foundation (Düsseldorf).

Masaki NAKAYAMA est né en 1945 à Yamanashi Préfecture (Japon). Il vit et travaille à Saitama (Japon). Masaki Nakayama crée des installations basées sur des photographies dans lesquelles l’enregistrement du corps devient partie intégrante de chaque séquence. L’oeuvre de l’artiste a fait l’objet de plusieurs expositions comme celle au Musée régional d’art contemporain (2022-2023, Sérignan), à la Galerie Christophe Gaillard (2020, Paris), comme Danser sur un volcan (2021-2022, Frac Franche-Comté, Besançon), ou encore Japanese conceptual photography from the 70’s (2017, galeries 1900-2000 et Christophe Gaillard, Paris). 

MUSÉE D'ART MODERNE DE CÉRET
8 Boulevard Maréchal Joffre, 66400 Céret

24/03/19

De l’immersion à l’osmose. Chaosmose #2 @ Frac île-de-france, le château / Parc culturel de Rentilly - Michel Chartier

De l’immersion à l’osmose
Chaosmose #2 
Frac île-de-france, le château / Parc culturel de Rentilly - Michel Chartier
17 mars - 21 juillet 2019

Daniel Steegmann Mangrané
Daniel Steegmann Mangrané
Spiral Forest (Kingdom of All the Animals And All the
Beasts Is My Name), 2013 - 2015
Film 16 mm couleur, muet
Durée: 11 min
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes
© Daniel Steegmann Mangrané

Dove Allouche
Dove Allouche
Désublimation_31, 2016
103 x 152 cm
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes
© Dove Allouche

Maria Thereza Alves
Maria Thereza Alves
Chanson florale, 2018
Installation sonore, bancs, plantes
Dimensions variables
Courtesy de l’artiste et de la galerie Michel Rein
© Maria Thereza Alves

A partir de la collection de l’Institut d’art contemporain, Villeurbanne / Rhône-Alpes. Avec Dove Allouche, Maria Thereza Alves, Berdaguer & Péjus, Hicham Berrada, Michel Blazy, Ann Veronica Janssens, Joachim Koester, Daniel Steegmann Mangrané, Ana Mendieta, Minot - Gormezano, Dane Mitchell, Nicolas Momein, Giuseppe Penone, Sigmar Polke, Linda Sanchez, Bojan Šarčević
De la perception à la fusion, de l’immersion à l’osmose, cette exposition interroge les bouleversements de notre inscription au monde, que l’on découvre dans un parcours expérimental et sensible fait de nombreux passages entre Terre et cosmos.
En convoquant la notion de « chaosmose »1 , cette exposition reconnaît la multiplicité du monde et des êtres et propose, par le biais du processus immersif, une vision non plus anthropocentrée du monde mais cosmomorphe. En étendant notre perception, les « oeuvres cosmomorphes2 » ne font plus référence au sujet qui les conçoit mais deviennent des captations directes du monde. Sensibles à la co-activité du cosmos où tout est mouvement, elles s’affranchissent des limites entre corps et esprit, corps et espace, humain et non humain.

L’importance accordée à l’expérience - expérience de l’artiste, expérience du visiteur -, introduit ce parcours. Le Cabinet en croissance d’Ann Veronica Janssens traduit ce principe de l’expérience comme leitmotiv. En constante évolution, ce cabinet contient des projets, essais et tests de l’artiste dont les effets viennent troubler et développer la perception. Véritable matière première, l’espace est ici un outil d’expérimentation  perceptuelle. A travers une expérience à la fois mentale et physique, les arbres de Berdaguer & Péjus offrent aux visiteurs une immersion intérieure, tout comme les films envoûtants de Bojan Šarcevic ou de Joachim Koester.
Par le biais de la spatialisation ou de la perte de repère, en immersion tant littérale que symbolique, c’est l’acuité perceptuelle qui est convoquée dans cette première partie de l’exposition, comme pour explorer le réel et cultiver la relation à soi et au monde. Ainsi, Voyage au centre de Michel Blazy nous fait passer de cet espace intérieur vers la matière organique.
Minot - Gormezano
Minot - Gormezano
Antres VI, 1, 10, 20/09/1985
Tirage sur papier baryté au gélatino-argentique
88 x 88 cm
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes
Photo Yves Bresson/Musée d’art moderne et
contemporain de Saint-Étienne Métropole

Dane Mitchell
Dane Mitchell
Aeromancy (Sketches of Meteorological Phenomena),
2014-2017
Installation, sable, verre
Dimensions variables
Courtesy de l’artiste et Galerie Hopkinson Mossman,
Wellington
© Dane Mitchell

Linda Sanchez
Linda Sanchez
Chronographie de robe de goutte d’eau n°6, 2014
Encre sur papier
92,2 x 298,5 x 3,6 cm
Collection IAC, Villeurbanne/Rhône-Alpes
Photo Blaise Adilon
© Linda Sanchez
De la perception de l’espace à la fusion avec l’environnement, les oeuvres rassemblées dans la deuxième partie du parcours interrogent les limites entre l’humain et le non humain. Avec Spiral Forest, Daniel Steegmann Mangrané fait muter notre perception en la décentrant de nous-même, menant de l’immersion à l’osmose, de la relation à soi vers la relation à la forêt, au cosmos. Sigmar Polke, comme Minot & Gormezano utilisent la photographie pour confondre formes humaines et minérales, alors que Giuseppe Penone s’empare du dessin à grande échelle pour mêler formes humaines et végétales.
Les artistes nous convient ainsi à ré-estimer notre rapport au monde et à la totalité des êtres visibles et invisibles de l’univers. Ils nous enjoignent à voir le monde comme relation, en dehors de toute dichotomie. Le monde cosmomorphe invite alors à entrelacer l’homme à la multiplicité des êtres qui le composent pour leur « redonner la parole », comme Linda Sanchez avec la goutte d’eau, dont elle observe et retranscrit finement la trajectoire.

Dans un univers en continuelle transformation, ces oeuvres-passages sont des outils d’exploration des pulsations du monde, en quête d’une possible continuité entre le proche et le lointain, entre passé, présent, futur.Ainsi, Aeromancy de Dane Mitchell ou les Désublimations de Dove Allouche cherchent à rendre perceptibles l’insaisissable de phénomènes naturels, l’indistinction des éléments et à capter le temps et la matière. Ces artistes expérimentateurs, à l’instar d’Ana Mendieta qui renoue notre corps à la terre, sollicitent  l’imaginaire pour dessiner des relations organiques entre l’Homme et le Cosmos, et tendre vers l’osmose avec notre environnement.

Nathalie Ergino
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1. En résonance au chaosmos de James Joyce (mot-valise créé par Joyce dans Finnegans Wake, 1939) et par extension à la chaosmose de Felix Guattari (1992), et à Cosmogonies au gré des éléments sous le commissariat d’Hélène Guenin, MAMAC Nice, 2018. L’exposition fait acte d’une quête de continuité entre ordre et désordre dans un monde bouleversé par de permanentes mutations. Une première exposition Chaosmose a été présentée à l’Institut d’art contemporain à l’automne 2018, à partir d’une autre sélection d’oeuvres de la collection IAC.

2. Alternative au schéma anthropomorphe qui marque notre civilisation moderne occidentale, la pensée cosmomorphe se représente le monde comme relation, en dehors de toute dichotomie et catégorie. Elle se fonde sur la co-activité qui mobilise chacun des acteurs du cosmos, en décentrant et en élargissant notre perception. Un monde cosmomorphe est conduit par un processus en mouvement continu dont chaque terme est inséparable. Il entrelace ainsi l’homme à la multiplicité des êtres qui le composent, leur redonne la parole et repositionne l’humain comme acteur solidaire du milieu dans lequel il vit.

Commissaire de l’exposition : Nathalie Ergino, directrice de l’IAC, Villeurbanne

Parc culturel de Rentilly - Michel Chartier / frac île-de-france, le château
Domaine de Rentilly, 1 rue de l’étang, 77600 Bussy-Saint-Martin