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14/11/25

Bernard Plossu et Pierre Buraglio @ Galerie 8 + 4, Paris - Exposition 'Suivre Favignana'

Bernard Plossu et Pierre Buraglio
Suivre Favignana
Galerie 8 + 4, Paris
4 octobre - 20 décembre 2025

Pierre Buraglio Dessin
Pierre Buraglio
, Favignana, 2009
Crayon sur papier, 21 x 30  cm
© Pierre Buraglio

Bernard Plossu Photographie

Bernard Plossu
, Favignana, 2008
Photographie noir & blanc, 24 x 30 cm
© Bernard Plossu
« On sait juste que depuis longtemps, instinctivement, l’on adore tous les deux les travaux l’un de l’autre. « Ensemble », cela ne peut que fonctionner ! ».
Bernard Plossu
L’exposition Suivre Favignana, que présente la Galerie 8+4, réunit enfin Bernard Plossu et Pierre Buraglio qui espéraient poursuivre dans un espace d’exposition un dialogue imaginé il y a de nombreuses années et sans cesse reporté. Elle met en scène de façon dynamique un ensemble de dessins, collages et photographies. Constituée d’œuvres inédites, certaines réalisées pour cette occasion, l’exposition se veut une ode à la substance de notre monde : fragments de paysages épurés chez l’un comme chez l’autre, surgissements d’architectures vernaculaires, objets saisis dans leurs dépouillements…

Il s’agit ici d’une conversation laissée depuis trop longtemps en suspens, qui soudain se cristallise dans de joyeux allers-retours, et dévoile une amitié forgée à distance, par le truchement des œuvres, des prises de positions et de conversations intenses lors de rencontres interminables. L’estime que l’un porte à l’autre fut longtemps affaire de circonstances, presque de hasards. Si Bernard Plossu se souvient d’une évidence devant les dessins de Pierre Buraglio lors d’une exposition en 1989 au Musée Réattu à Arles, Buraglio aime à mentionner le Musée du quai Branly comme moment inaugural de leur rencontre, marqué entre autres par un portrait photographique réalisé in situ par Plossu. L’affinité est aussi vagabonde lorsqu’ils évoquent, ébahis, leur amour de l’Italie, le sud, les îles Favignana et Ponza, certains villages oubliés de la Sicile que tous deux ont traversé avec pour unique bagage l’envie d’arrêter le temps et de rendre cette suspension palpable.

Cette exposition est née de cette passion commune qu’ils portent à une contrée où la pesanteur du soleil les pousse à la sobriété. Austérité dans les compositions de Bernard Plossu, économie du trait dans un paysage à peine esquissé chez Pierre Buraglio. Ce territoire méridional se révèle être un terrain de jeu trop étroit pour leurs aspirations qu’ils élargissent à d’autres lieux en France, mais aussi aux États-Unis, au Mexique ou en Espagne, pour Plossu.

L’exposition, qui présente une trentaine d’oeuvres pour chacun des artistes, s’impose comme un échange entre les territoires de la photographie et ceux du dessin ou du collage. Si Pierre Buraglio perçoit dans les images noir et blanc de Bernard Plossu une sorte de singularité à contre-courant d’une photographie couleurs, si bavarde et criarde, s’il reconnaît justement dans les œuvres de Plossu ce même souci humaniste qu’il ne cesse de décliner dans ses oeuvres, s’il croit qu’il y a là justement un rapport au monde que lui-même défend depuis si longtemps en affirmant que l’engagement politique débute en capturant l’inframince du monde, alors cette exposition est bien un manifeste en faveur d’une « abstraction discrète » comme aime à l’affirmer Bernard Plossu. Une abstraction refusant l’évidence du formalisme pour aller vers une métaphysique abordant des territoires qui ouvriraient sur la substance même du monde. Nul besoin d’y convoquer l’être humain. Un pan de mur, un nuage, un panneau indicateur ou un camion, un simple intérieur avec deux jarres pour tout mobilier, la solitude d’un arbre brulé par le soleil sont autant de motifs qui se répondent pour nous parler d’un monde que l’on ne sait plus voir. Notre univers est tout autant marqué par le permanent que par le transitoire et il semble possible, à condition de prendre un certain recul, de lier les deux ensembles.

Cette union prend chez Pierre Buraglio la forme de dessins, certains simples croquis, d’autres plus détaillés et aboutis. Un ensemble de vêtements sur un portant, une cheminée d’usine, un coin de mur ou un balcon d’une maison italienne, une colline abritant un hameau, un tronc noueux. Comme pour mieux magnifier cette perception du monde, Buraglio a imaginé pour l’occasion une série étonnante de collages. Parmi ceux-ci, il enchâsse, dans une logique de montage très épuré, des morceaux de cette réalité volée. Bernard Plossu y répond par un choix d’images noir et blanc au cadrage serré. Si la plupart s’amusent à capturer la lumière et lui donner un poids singulier, d’autres s’aventurent vers une déambulation du regard envers les choses les plus ordinaires du réel mais soudain illuminées par le regard du photographe. Dans ses fameuses Histoire(s) du cinéma, Jean-Luc Godard nous rappelait « une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique, mais parce que l’association des idées est lointaine et juste ». Plossu, comme Godard, mais aussi Buraglio tentent dans leurs compositions de montrer un œil qui écoute le temps pour le suspendre, le mettre dans l’évidence de nos regards.

L'exposition "Suivre Favignana" est réalisée en partenariat avec les galeries Ceysson Bénétieres et Camera Obscura.

PIERRE BURAGLIO

Pierre Buraglio
Pierre Buraglio 
© Bernard Plossu

Pierre Buraglio, né en 1939 à Charenton-le-Pont, se forme à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1959. Après un séjour à New York en 1963, il produit ses premiers « Papiers » et « Recouvrements ». Proche de Claude Viallat, Michel Parmentier et François Rouan, il se sent alors proche du mouvement Supports/Surfaces naissant. Dans les années 1960, il compose des oeuvres à partir de chutes de tableaux qu’il juge mauvais. En 1968, il participe à « Salle Rouge pour le Vietnam » à l’ARC puis s’investit dans l’atelier populaire des Beaux-arts de Paris en produisant nombre d’affiches murales. Dans les années 1970, il produit ses premiers « Camouflages » puis la série « Dessins… d’après… autour… selon… » et les « Caviardages » qui le rendent célèbre. Bénéficiant de nombreuses expositions en institutions, il développe en parallèle les « Fenêtres » et les « Cadres » dans les années 1980. En France, Pierre Buraglio a exposé au CAPC de Bordeaux (1999), au Musée des Beaux-Arts de Lyon (2004), au Musée National d’Art Moderne (2008), au Musée Fabre à Montpellier (2009), au Musée du Louvre (2011). Il a également été présenté à la Biennale de São Paulo, à la Fondation Joan Miró (Barcelone)… Une vaste rétrospective s’est déroulée en 2019 au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+). Pour la seule année 2025, l’oeuvre de Pierre Buraglio est exposée dans les musées des Beaux-Arts de Grenoble, d’Orléans et de Caen. Ses oeuvres sont présentes dans les principaux musées français et européens.

BERNARD PLOSSU

Bernard Plossu
Bernard Plossu 
© Bernard Plossu

Né en 1945, Bernard Plossu appartient à cette génération française qui dans l’immédiat après-guerre révolutionne l’idée de la photographie. Au lieu de s’attacher à l’idée de reportage ou même d’instant décisif, Bernard Plossu développe dès le milieu des années 1960 une photographie du voyage où dans les contrées qu’il traverse – le Mexique (1965) puis l’Ouest américain (1967-1977), l’Afrique (1975) et l’Europe – il saisit une forme de suspension du temps. Humains, paysages mais surtout architectures ou simples objets, deviennent sous son regard des évocations de notre condition, des sortes de poèmes révélant l’inframince du monde ou ce qu’il nomme des « paysages intermédiaires ». Essentiellement en noir et blanc ses photographies tracent en creux une écriture intime qui loin d’être autobiographique atteste surtout d’un regard décalé, empreint de tendresse envers la richesse du réel. La considération dont il bénéficie dès les années 1970 l’entraîne à exposer dans les grandes institutions européennes et internationales (exposition itinérante aux États-Unis en 1987) et permet à ses images d’intégrer de prestigieuses collections. Depuis le milieu des années 1980, il a bénéficié de plusieurs expositions telle une rétrospective au Centre Pompidou en 1988, puis sous la direction de Gilles Mora, une deuxième qui circule quelques années plus tard en Europe (Salzbourg, Barcelone, Lisbonne, Paris), complétée en 1997 par celle de l’IVAM à Valence (Espagne). Il fut également présenté par la Maison européenne de la photographie (2015), aux Rencontres d’Arles (2016), et au musée Granet (2022). Il est également l’auteur de plus de 300 ouvrages sur ses photographies.

GALERIE 8 + 4
13 rue d'Alexandrie, 75002 Paris

09/11/25

Resistance. The Power of the Image @ SMAK Gand - Exposition dans le cadre de EUROPALIA ESPAÑA

Resistance. The Power of the Image 
EUROPALIA ESPAÑA
S.M.A.K. Gand
29 novembre 2025 - 8 mars 2026

Avelino Sala Oeuvre
Avelino Sala
'4,33 minutes of silence', 2021
Film still 
© Avelino Sala

Dans le cadre d’EUROPALIA ESPAÑA, S.M.A.K. présente l’exposition collective Resistance. The Power of the Image, dans laquelle vingt artistes espagnols explorent le pouvoir de l’image dans la lutte pour la défense des valeurs démocratiques.

Artistes participants :  Carlos Aires, Xavier Arenós, Pilar Aymerich, Alán Carrasco, Colita, Lúa Coderch, Eli Cortiñas, Daniel G. Andujar, Ana García Pineda, Eulàlia Grau, Núria Güell, Agustín Ibarrola, José Ortega, Joan Rabascall, Josep Renau, María Ruido,  Avelino Sala, Fernando Sánchez Castillo, Diego del Pozo Barriuso, Darío Villalba 

L’exposition étudie comment, à compter de l’avènement de la Deuxième République (1931-1939) – qui sera renversée pendant la Guerre d’Espagne –, les artistes espagnols ont utilisé l’art comme moyen de protestation, pour revendiquer de nouveaux droits et mettre en avant des situations intolérables. Le pavillon espagnol à l’Exposition universelle de Paris en 1937 a joué un rôle crucial dans ce contexte. La dénonciation des atrocités de la guerre civile espagnole a trouvé là une plateforme internationale où s’exprimer sous les formes artistiques les plus diverses. C’est à cette occasion que Picasso a peint son tableau Guernica, qui est aujourd’hui encore le symbole de la résistance et du rôle que l’art peut jouer dans celle-ci.

L’exposition invite les visiteurs à jeter un regard neuf sur le sens à donner à la démocratie, sur sa raison d’être et sur les défis qu’elle est amenée à relever. Dans le même temps, elle ouvre la voie à une réflexion critique sur la façon dont nous formons notre identité en tant que société. 

Augustin Ibarralo Oeuvre
Augustin Ibarralo
 
Paisajes de Euskadi series, ca. 1970-1979
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía
© Augustin Ibarralo
Courtesy Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía

Augustin Ibarralo Oeuvre
Augustin Ibarralo 
Paisajes de Euskadi series, ca. 1970-1979
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía
© Augustin Ibarralo
Courtesy Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía

Resistance. The Power of the Image se concentre sur deux moments importants du processus de démocratisation de l’Espagne, au cours desquels l’art s’est manifesté en tant qu’instrument politique. D’une part les années 1970, période de l’ultime opposition à la dictature de Franco (1939-1975) et de la transition vers la démocratie. 

Ana Garcia Pineda Oeuvre
Ana García Pineda 
La Curva del Olvido [The curve of Forgetting]’, 2015
Film still
© Ana Garcia Pineda 

Xavier Arenos Oeuvre
Xavier Arenós
Teorética del pan (El pueblo español tiene 
un camino que conduce a una estrella), 2019
© Xavier Arenós. Courtesy of the artist

L'exposition porte ensuite sur ces dix dernières années (2015-2025), marquées par une nouvelle vague de protestation initiée par l’Espagne – avec notamment le mouvement des Indignados — en réaction contre la crise bancaire et immobilière et plus largement contre l’atteinte aux principes mêmes de la démocratie. Dans le contexte actuel, les artistes espagnols invités poursuivent le dialogue visuel avec des œuvres qui, à travers divers médias et des techniques variées, abordent toutes sortes de formes d’injustice. Ils prennent la relève de ceux qui veulent se faire entendre – une voix qui dénonce la violence structurelle et révèle des histoires oubliées. Dans le même temps, ils s’interrogent sur les modes d’expression de la protestation : par de nouveaux langages visuels, par l’opposition silencieuse ou par le remaniement d’images existantes.

Chaque oeuvre soulève des questions à propos de l’identité collective, et fait le lien entre le passé et les thèmes sociétaux pressants d’aujourd’hui.

Dans le cadre de EUROPALIA ESPAÑA

Commissaires de l’exposition : Marta Ramos-Yzquierdo et Sam Steverlynck 

S.M.A.K
Jan Hoetplein 1, 9000 Gand

16/10/25

Gerhard Richter @ Galerie David Zwirner, Paris - Exposition + Biographie

Gerhard Richter
Galerie David Zwirner, Paris
20 octobre - 20 décembre 2025

David Zwirner présente dans sa Galerie de Paris une sélection de peintures, dessins et installations de miroirs de Gerhard Richter. L’exposition marque la troisième collaboration du célèbre artiste allemand avec la Galerie depuis l’annonce de sa représentation en 2023. Elle fait suite aux expositions monographiques tenues à New York (2023) et à Londres (2024), et coïncide avec une rétrospective d’envergure s’ouvrant le 17 octobre 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, sous le commissariat de Nicholas Serota et Dieter Schwarz.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Kl. Badende (Petite baigneuse), 1994
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Blumen, (Fleurs), 1992
Oil on canvas
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Les oeuvres présentées chez David Zwirner témoignent de l’impressionnante diversité d’enjeux, d’échelles et de techniques que mobilise l’artiste dans son travail. Prises dans leur ensemble, elles mettent en lumière sa profonde compréhension du médium pictural et l’enquête sans cesse renouvelée qu’il mène autour du fait même de créer une oeuvre. Dans ses Fotobilder (Photo-peintures) – par exemple Blumen (Fleurs, 1992), Torso (Torse, 1997) ou Kl. Badende (Petite baigneuse, 1994) –, l’artiste utilise ses propres photographies comme point de départ, mais aussi des images trouvées au hasard de journaux, magazines ou publicités. Souvent, l’artiste floute ou dénature d’une façon ou d’une autre l’image qui résulte de ce travail de composition, rendant plus complexe encore la relation qui unit la photographie à la peinture : une expérience conceptuelle se joue dans ces transpositions itératives entre les deux médiums.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Avec la série des Abstrakte Bilder (Tableaux abstraits), Gerhard Richter explore le potentiel formel et conceptuel de la peinture sous un autre angle. Exécutées selon des principes de composition extrêmement rigoureux, ces oeuvres ont recours à l’abstraction pour mettre en exergue la matérialité de la peinture et de la couleur – une méthode de création à la fois aléatoire et planifi ée avec soin. Deux Tableaux abstraits datant de 2001 sont exposés, marbrés de peinture verte, rose vif ou jaune d’or se déployant harmonieusement sur toute la surface de la toile. Les deux oeuvres contrastent ainsi avec les dernières peintures à l’huile réalisées par l’artiste de 2015 à 2017, qui se caractérisent au contraire par des entrelacs complexes où la superposition de lignes et de touches appliquées avec vigueur créent une impression de relief. Ces peintures sont confrontées à Strip, tableau de 2024 s’étirant sur quatre mètres de largeur. Revisitant ses Tableaux abstraits grâce aux technologies numériques, Gerhard Richter orchestre dans la série des Strips un dialogue entre la peinture, la photographie, la reproduction d’images par impression et l’abstraction.

Des dessins récents de l’artiste figurent aussi dans l’exposition ; certains totalement inédits et d’autres ayant été présentés plus tôt cette année dans le cadre de Gerhard Richter: 81 Zeichnungen, 1 Strip-Bild, 1 Edition à la Staatliche Graphische Sammlung de Munich. Gerhard Richter a toujours accordé une place importante au médium du dessin dans sa pratique artistique, et le passage des années n’a pas démenti cet engagement fructueux. Les oeuvres présentées, incorporant souvent des encres de couleur et du crayon à mine de graphite, lui permettent d’explorer une autre dimension du rôle de la main de l’artiste dans le processus menant à la création d’un « récit » pictural abstrait mais dynamique.

L’exposition à Paris comprend également trois installations de surfaces réfl échissantes montées au mur, de tailles différentes, ainsi que 3 Scheiben (3 Panneaux de verre, 2023), où trois pans de verre transparent et réfl échissant sont dressés au sein d’un cadre en métal. Depuis 1967 et la création de son installation 4 Glasscheiben (4 Panneaux de verre), qui a marqué un tournant dans sa carrière, Gerhard Richter nourrit un grand intérêt analytique – qui confine à la fascination – pour le verre. De façon très personnelle, il mobilise ce matériau moins comme un élément de sculpture pure que comme une « réflexion », dans les deux sens du terme, de son investigation de la peinture et de la création d’image. Contempler ces oeuvres – et donc aussi les images qui se forment à leur surface – est une expérience radicalement paradoxale où la réalité, répliquée par le miroir de manière forcément fi dèle au monde réel qui entoure nécessairement l’oeuvre, devient pourtant inaccessible en tant que refl et, à la fois hors de portée et déformée. 
Dans les oeuvres en verre de Gerhard Richter, comme le soulignent Janice Bretz et Kerstin Küster, « les visiteurs ne restent pas spectateurs mais deviennent eux-mêmes créateurs ; ils se confrontent à l’écart entre l’espace d’exposition réel et le refl et aléatoire de la réalité sur le verre. […] L’artiste nous invite à réfl échir au fait même de voir et à considérer ce que l’on voit comme une seule réalité potentielle parmi de nombreuses autres. Voir est contextuel : la réalité dépend toujours de celui qui regarde ». – Janice Bretz and Kerstin Küster, “Transparent and Reflected: Mirrors, Glass, and Strips,” in Gerhard Richter: Abstraction. Exh. cat. (Potsdam: Museum Barberini, 2020), p. 198.
Artiste Gerhard Richter

Gerhard Richter est né en 1932 à Dresde en Allemagne. Il étudie les beaux-arts de 1951 à 1956 à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde et se spécialise en peinture murale. En 1959, il visite la documenta II qui se tient à Cassel, alors en Allemagne de l’Ouest : une expérience fondatrice qui le mène à infl échir sa trajectoire artistique. Après avoir réussi à fuir l’Allemagne de l’Est en 1961, il entreprend un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y cofonde un mouvement éphémère appelé « réalisme capitaliste » avec ses condisciples Sigmar Polke, Konrad Lueg (qui deviendra galeriste, plus connu sous le nom de Konrad Fischer) et Manfred Kuttner.

À partir de 1964, son travail fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans des galeries et musées du le monde entier. Sa première exposition monographique dans une institution publique se tient en 1969 au Gegenverkehr du Zentrum für aktuelle Kunst d’Aachen, en Allemagne de l’Ouest. En 1972, il est choisi pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise, où il investit le pavillon national de ses seules oeuvres. Il est aussi l’artiste ayant présenté son travail le plus grand nombre de fois à la documenta (en 1972, 1977, 1982, 1987, 1992, 1997, 2007 et 2017). Le travail de Gerhard Richter a été montré tout autour du monde au fi l de nombreuses rétrospectives et expositions monographiques au sein d’institutions de premier plan, parmi lesquelles le Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen à Düsseldorf (1971, 1986), la Kunsthalle de Brême en Allemagne de l’Ouest (1975), le Centre Pompidou à Paris (1977, 2012), la Städtische Kunsthalle de Düsseldorf (1986), la Neue Nationalgalerie de Berlin (1986, 2012), le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington D.C. (1988, 2003), le San Francisco Museum of Modern Art (1989, 2002), la Tate à Londres (1991, 2011), le Moderna Museet à Stockholm (1993), l’Art Institute de Chicago (2002), le MoMA à New York (2002), la Queensland Art Gallery à Brisbane (2017), le Met Breuer à New York (2020) et le National Museum of Modern Art de Tokyo (2022). En avril 2023, la Neue Nationalgalerie de Berlin inaugurait une installation semi-permanente intitulée Gerhard Richter: 100 Works for Berlin, rassemblant des prêts à très long terme consentis par la Fondation Gerhard Richter en 2021, parmi lesquels le cycle d’oeuvres Birkenau (2014), série de peintures abstraites de grandes dimensions.

Gerhard Richter est le lauréat de nombreux prix et distinctions prestigieux comme, parmi d’autres, le Kunstpreis Junger Westen de la Kunsthalle de Recklinghausen en Allemagne de l’Ouest (1967), le prix Arnold Bode de Cassel en Allemagne de l’Ouest (1982), le prix Oskar Kokoschka de Vienne (1985), le Goslarer Kaiserring de Goslar en Allemagne de l’Ouest (1988), le Lion d’or de la 47e Biennale de Venise (1997), le Praemium Imperiale de la Japan Art Association de Tokyo (1997), le prix Wexner du Wexner Center for the Arts de Columbus en Ohio (1998), le Foreign Honorary Membership de l’American Academy of Arts and Letters de New York (1998), le Staatspreis du Lander de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de Düsseldorf (2000) et le Kunst- und Kulturpreis der deutschen Katholiken de la Deutsche Bischofskonferenz de Bonn (2004). En 2007, année où il crée un vitrail spectaculaire pour la cathédrale de Cologne, Gerhard Richter est élevé au rang de citoyen d’honneur de la ville.

David Zwirner représente Gerhard Richter depuis 2023. Cette année-là, sa galerie new-yorkaise accueille une exposition personnelle de l’artiste allemand. Rassemblant des peintures abstraites récentes, elle s’accompagne d’un catalogue richement illustré comportant un essai inédit de Dieter Schwarz. Au début 2024, une exposition monographique est consacrée à l’artiste chez David Zwirner London. Parmi les précédentes expositions de son travail s’étant tenues à New York, notons Gerhard Richter: Prints and Multiples 1966–1993 (1994), Gerhard Richter: Early Paintings (2000) et Gerhard Richter: Landscapes (2004). Les oeuvres de l’artiste sont présentes dans des collections publiques et privées de tout premier plan à travers le monde. Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.

DAVID ZWIRNER, PARIS
108, rue Vieille du Temple, 75003 Paris

Kids ! Between Representation and Reality @ Bucerius Kunst Forum, Hamburg

Kids ! Between Representation and Reality
Bucerius Kunst Forum, Hamburg
28 November 2025 - 6 April 2026 

Caspar Netscher Art
Caspar Netscher 
A Portrait of Two Boys, ca. 1680 - 1683 
Collection Bob Haboldt, Amsterdam

Jens Juel Art
Jens Juel 
Countess Eleonora Sophie Bille Brahe, Née Rantzau, 
with her Eldest Son Henrik, 1799
Private collection

Friedrich Seidenstücker Photograph
Friedrich Seidenstücker 
In His Father’s Estate, ca. 1950 
Pinakothek der Moderne, Munich, 
Ann and Jürgen Wilde Foundation 
© Friedrich Seidenstücker

The exhibition Kids! Between Representation and Reality at the Bucerius Kunst Forum is dedicated to the representation of children in art from the 16th to the 21st century. Six chapters approach the subject from different perspectives and show not only paintings but also photographs, works on paper, prints, media art and sculptures.

The exhibition includes works by Tizian, Anthonis van Dyck, Oskar Kokoschka, Paula Modersohn-Becker, Nobuyoshi Araki, Thomas Lawrence, Joshua Reynolds, Rineke Dijkstra, Judith Leyster, Christoph Amberger, Gerhard Richter and many more.

The multifaceted nature of the exhibition illuminates the diverse perspectives and functions of children's pictures over the centuries. Whether as a symbol of power and domination, as an expression of compassion or as snapshots of happy and sad childhoods: The depictions bear witness to the changing understanding of childhood over the centuries and at the same time illustrate the significance phase of life.

Tizian Vecellio Art
Tizian Vecellio 
Double Portrait of Guidobaldo II della Rovere, 
Duke of Urbino (1514–1574), and His Son, 
Francesco Maria II (1549–1631), 1555 
Loaned courtesy of The Klesch Collection

Nicolas Maes Art
Nicolas Maes 
Portrait of a Boy as Adonis, ca. 1670 
© Gemäldegalerie der Akademie der bildenden Künste Wien

Joshua Reynolds Art
Joshua Reynolds 
Master Crewe as Henry VIII, ca. 1775 
Tate Gallery, London, Lent from a Private Collection 2009 
© Photo: Tate Gallery

The topic of images of children reflects the values and norms of a society and their changes in a special way. Images of children can be used to draw conclusions about social structures and power relations. Origin, status, and sometimes gender play an important role here. At the same time, over the centuries, social groups have influenced each other in the staging of their children and adapted their own representations in the process. How children are shown today is therefore linked to the reception of images of children from earlier times.

The exhibition reveals such cross-references and influences from the past to the present day and also identifies recurring patterns. The exhibition thus begins with a presentation of depictions of Madonna, in which the ideas of mother-child relationships and their influence up to the present day become clear. The father, on the other hand, usually fades into the background. Only when it comes to presenting the progenitor of the family do fathers proudly and consciously show themselves at the side of their young offspring. Until modern times, intimate father-child images were a rarity.

Created in aristocratic circles around 1500, the child portrait was intended to underpin the continuity and claim to power. Against this backdrop, portraits were often created showing the successors to the throne in armor as small adults. In this way, they were prepared for the future role of general and ruler. A playful variant is the portrait historié, in which the children were depicted as ancient gods, for example. Daughters were depicted at a very young age for reasons of marriage policy. Through strategic marriage promises and early marriages, it was possible to expand one's own political influence and territorial power. In the course of the 16th century, the upper classes also portrayed their children, albeit less elaborately. In the 17th century, however, the representative and extravagant portrait of a child became increasingly popular in wider society.

Philipp Otto Runge Art
Philipp Otto Runge 
Portrait of Luise Perthes, 1805 
Klassik Stiftung Weimar, Museums

Henri Martin Art
Henri Martin 
Young Peasant Girl in the Sunshine, 1890 
© Mulhouse, Musée des Beaux-Arts

John Stanton Ward Art
John Stanton Ward 
The Newspaper Boys, ca. 1960 
© Tate London

Rineke Dijkstra Photograph
Rineke Dijkstra 
Julia, Amsterdam, 7 March 2022, 2022 
Mauritshuis, Koninklijk Kabinet van Schilderijen, The Hague 
© Rineke Dijkstra / Galerie Max Hetzler

In the 17th century in particular, Dutch and Spanish genre painters took up the motif of poor children, which still lives on today. The artists were not necessarily interested in taking a socially critical stance. It is not uncommon for children in financially disadvantaged, often precarious life situations to have a smile written all over their faces. Child labor was not fundamentally rejected either. It was seen as a positive contribution that children could make to the family income. Photographs illustrate how differently children grow up globally and structurally to this day. For many children, the street and not the nursery is the place where they come together, interact socially and play together. How the depiction of children has changed over the centuries is made particularly clear in the exhibition by the works of deceased adolescents. In the past, portraits of deceased children were the only means of preserving their memory. Today, commemoration takes place in a different way - for example through lifelike photographs that show children in happy life situations.

The most serious change, which testifies to a different conception and definition of childhood, took place at the end of the 17th century and in the 18th century. Children were now allowed their own development - as close to nature as possible and away from the adult world. The children's room also became increasingly important, and toys and special children's literature were regarded as fundamental elements of its furnishings. The theme of “being a child” is still one of the most popular pictorial themes in the visual arts today: Trying things out, pushing oneself to the limits, drawing, playing and togetherness are characteristic of the most important phase of a person's life.

BUCERIUS KUNST FORUM 
Alter Wall 12, 20457 Hamburg

10/10/25

Albert Oehlen @ Gagosian Gallery, Paris - 'Endless Summer'

Albert Oehlen: Endless Summer
Gagosian, Paris
October 20 – December 20, 2025

Texte en français ci-dessous


Albert Oehlen
Albert Oehlen
Endless Summer, 2021
Oil on canvas
35 1/2 x 27 5/8 inches (90 x 70 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2021
Oil on canvas
35 1/2 x 27 5/8 inches (90 x 70 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Stefan Rohner
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2022
Acrylic, oil and lacquer on canvas
62 7/8 x 72 1/4 inches (159.5 x 183.5 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Gagosian will present Endless Summer, an exhibition of new paintings by Albert Oehlen in Paris. The paintings explore the theme of the bather, a motif deeply embedded in French art history that captivated such artists as Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Edouard Manet, and Pablo Picasso.

The bather has maintained a significant and diverse presence throughout the history of art, and in Endless Summer, Albert Oehlen contributes to the tradition in characteristically expressive style. Presenting variations on a dark-haired female nude, he sometimes approaches, sometimes retreats from his ostensible subject, using it as a template for unbounded experimentation. While the woman’s shape is clearly legible in some paintings, in others it dissolves into pure gesture, shifting Oehlen’s project continually between representation and abstraction.

Neither directly observed nor wholly improvised, Oehlen’s recurring figure originates in Tramonto Spaventoso (Terrifying Sunset, 1940–49) by the Russian-born American modernist painter John Graham, whose work Albert Oehlen discovered in the 1990s. Embellishing, reworking, and recontextualizing Graham’s image, the artist combines graphic gestures and “painterly” drips with surprising color combinations and textural obfuscations. The density of the compositions also varies—some are packed with formal incident, while others appear relatively sparse.

In Endless Summer, Albert Oehlen again tests the limits of coherence, reinventing a long-established motif while rejecting the quest for stable form and meaning.

Endless Summer is presented in the Paris gallerie of Gagosian and Galerie Max Hetzler, and is accompanied by a copublished catalogue featuring an essay by Jean-Pierre Criqui and an interview with Max Dax about Albert Oehlen’s filmmaking.


Texte en français

Gagosian va présenter Endless Summer, une exposition de nouvelles peintures d’Albert Oehlen qui explorent le thème de la baigneuse, un motif profondément ancré dans l’histoire de l’art français qui a captivé des artistes tels que Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Edouard Manet et Pablo Picasso. 

La baigneuse a maintenu une présence significative et variée tout au long de l’histoire de l’art, et dans Endless Summer, Albert Oehlen s’incrit dans cette tradition avec un style expressif caractéristique de son travail. Présentant des variations sur un nu féminin aux cheveux noirs, il s’approche de son sujet et parfois s’en éloigne, l’utilisant comme modèle pour une expérimentation sans limite. Si la forme de la femme est clairement lisible dans certaines peintures, dans d’autres elle se dissout dans un geste pur, faisant continuellement osciller le projet d’Oehlen entre représentation et abstraction.

Ni directement observée ni totalement improvisée, la figure récurrente d’Albert Oehlen trouve son origine dans Tramonto Spaventoso (Coucher de soleil terrifiant, 1940–49) du peintre moderniste américain d’origine russe John Graham, qu’Albert Oehlen a découvert dans les années 1990. En embellissant, retravaillant et recontextualisant l’image de John Graham, l’artiste mêle des gestes graphiques, des drips « picturaux », des combinaisons de couleurs surprenantes et des obstructions texturales. La densité des compositions varie également : certaines foisonnent d’incidents formels, tandis que d’autres paraissent relativement éparses.

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
74 7/8 x 50 3/8 inches (190 x 128 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
74 7/8 x 63 inches (190 x 160 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
11 7/8 x 9 1/2 inches (30 x 24 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2025
Acrylic, oil and lacquer on canvas
108 x 90 inches (274.3 x 228.6 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Dans Endless Summer, Albert Oehlen teste à nouveau les limites de la cohérence, réinventant un motif établi de longue date tout en rejetant toute quête de forme et de signification stable.

Endless Summer est présentée dans la galerie Gagosian et la galerie Max Hetzler à Paris, et est accompagnée d’un catalogue coédité comprenant un essai de Jean-Pierre Criqui ainsi qu’un entretien avec Max Dax au sujet du travail cinématographique d’Albert Oehlen.

GAGOSIAN PARIS
4 rue de Ponthieu, 75008 Paris

07/10/25

Wolfgang Laib @ Kunsthaus Zürich - Exposition "Toucher l'essentiel" - Oeuvres de Wolfgang Laib et de la collection du musée

Wolfgang Laib. Toucher l’essentiel 
Kunsthaus Zürich 
3 octobre 2025 - . . .

Wolfgang Laib - Installation au MoMa
Wolfgang Laib en train de tamiser du pollen de
noisetier, 2013
Installation au Museum of Modern Art, New York
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib
 
La montagne inaccessible, 2017
Pollen du noisetier, 600 x 700 cm
Installation au MASI, Lugano
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Installation Pollen de noisetier
Wolfgang Laib 
Pollen du noisetier, 1992
Pollen du noisetier, 400 x 500 cm
Installation au MOCA - The Museum of Contemporary Art, 
Los Angeles
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Maison de Riz
Wolfgang Laib 
Reishaus (Maison de riz), 1993/1994
Marbre blanc, riz, 32 × 40 × 125 cm
Collection Cristina et Thomas Bechtler
© Wolfgang Laib

Le Kunsthaus Zürich présente actuellement, dans le cadre de la série «ReCollect!», une exposition organisée en collaboration avec l’artiste allemand Wolfgang Laib (*1950 Metzingen). Elle associe les créations de Wolfgang Laib et une sélection d’oeuvres issues de la collection du Kunsthaus Zürich. Wolfgang Laib, qui compte parmi les artistes majeurs de notre époque, a exposé dans nombre de musées, lieux d’exposition et bâtiments historiques prestigieux d’Europe, des États-Unis et d’Asie.

Depuis la fin des années 1970, Wolfgang Laib développe un langage artistique bien à lui. A partir de matériaux naturels tels que le pollen, la cire, le lait ou la pierre, il crée des oeuvres avec lesquelles il «révèle, par des gestes sculpturaux infimes, des espaces intérieurs infiniment vastes» soulignait Harald Szeemann.

Sur le plan du contenu, son art s’est développé sur fond de diverses traditions littéraires, philosophiques et spirituelles, surtout d’Europe et d’Asie. Sur le plan formel, Wolfgang Laib recourt à une esthétique claire et dépouillée, étroitement liée au développement de l’art moderne, principalement en Europe et aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Wolfgang Laib a souvent exposé ses oeuvres dans d’importants édifices religieux d’Italie, où elles ont rencontré de l’architecture et des oeuvres d’art allant du 6e siècle à la Renaissance. Dans le cadre de «ReCollect!», ce type de rencontres «transhistoriques» se produit maintenant dans un contexte muséal: les oeuvres de Wolfgang Laib côtoient des chefs-d’oeuvre de la collection, du Moyen Âge au 20e siècle. Ces confrontations permettent de poser un regard neuf sur les deux volets de l’exposition: l’art de Laib et la collection du Kunsthaus.

Wolfgang Laib - Installation
Wolfgang Laib
Pierre de lait, 1987–1989
Marbre blanc, lait, 2 × 122 × 130 cm
Atelier de l’artiste, sud de l’Allemagne
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Zikkurat, 2000
Cire d’abeille, structure en bois, 460 × 150 × 130 cm
Installation au Toyota Municipal Museum of Art,
Toyota City, Japon 
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, sans date
Granite noir indien, huile de tournesol, suie
Atelier de l’artiste, sud de l’Inde
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Tombe près de Badami, sud de l’Inde, 2001
Gélatine argentique sur papier baryté, 40,6 × 30,4 cm
Collection privée 
© Wolfgang Laib

AVEC WOLFGANG LAIB DANS LA COLLECTION DU KUNSTHAUS ZÜRICH

L’exposition se tient au premier étage du bâtiment Müller, un espace qui sera systématiquement utilisé dans les années à venir pour créer des dialogues entre la collection et l’art contemporain. Wolfgang Laib connaît la collection du Kunsthaus depuis son enfance – ce lieu l’a marqué tout autant que le Musée Rietberg, qu’il a également souvent visité. Conformément au concept de «ReCollect!», Wolfgang Laib est à la fois artiste et commissaire. Il a préparé l’exposition en dialogue avec Philippe Büttner, conservateur senior de la collection, qui dès 2005 avait organisé une grande rétrospective consacrée à Wolfgang Laib à la Fondation Beyeler.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib 
Blütenstaub von Haselnuss, 2020–2023 
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib  
Schiffe, 2012
with Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1914/1922
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Works Wolfgang Laib: © Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib
  
Für einen anderen Körper, 1988/2025
Beeswax, wood construction
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

OEUVRES DE L’EXPOSITION

L’exposition présente une cinquantaine d’oeuvres centrales de Wolfgang Laib. Y figurent des oeuvres de presque tous les ensembles majeurs de son travail, notamment une grande oeuvre de pollen, un «Brahmanda» (grande sculpture ovoïde en pierre), une pierre de lait, une ziggourat (tour pyramidale à étages), une chambre de cire dans laquelle on peut entrer, des maisons de riz, un escalier en laque ainsi que d’autres sculptures, dessins et photographies.

Elles sont complétées par quelque 30 oeuvres de la collection du Kunsthaus Zürich datant du 14e au 20e siècle. Laib a procédé lui-même à leur sélection, et fait dialoguer ses travaux avec des oeuvres importantes de l’histoire de l’art. Parmi les oeuvres sélectionnées figurent des peintures de Fra Angelico (entourage), Matteo di Giovanni, Philippe de Champaigne, Heinrich Freudweiler, Ludwig Hess, Claude Monet, Ferdinand Hodler ainsi que des travaux d’Alberto Giacometti, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Wassily Kandinsky, Verena Loewensberg, Piet Mondrian, Barnett Newman, Mark Rothko, Robert Ryman, Sophie Taeuber-Arp et Lee Ufan.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Touching the Essential. Wolfgang Laib and 
the Collection of the Kunsthaus Zürich
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky 
Schwarzer Fleck, 1921 
Huile sur toile, 138 x 120 cm
Kunsthaus Zürich, 1947

Claude Monet - Meule au soleil
Claude Monet 
Meule au soleil, 1891
Huile sur toile, 60 x 100 cm
Kunsthaus Zürich, Acquisition du legs Otto Meister 
grâce à une contribution du Crédit Suisse, 1969

Jina Rishabha
Artiste inconnu, Jina Rishabha
Inde, Rajasthan, Chandravati, XIe/XIIe siècle
Marbre, dimensions totales: 161 × 57 × 25 cm
Musée Rietberg, collection Eduard von der Heydt
Photo: Rainer Wolfsberger, Musée Rietberg

Par ailleurs, l’exposition présente certaines oeuvres d’art asiatique qui ont également influencé le travail de Laib. Elles proviennent surtout d’Inde. On notera en particulier un important prêt du Musée Rietberg: une statue en marbre issue de la tradition jaïne indienne, dont la philosophie de non-violence a profondément marqué Wolfgang Laib. Elle représente Jina Rishabha, le premier des 24 grands maîtres du jaïnisme, et provient à l’origine d’un contexte architectural religieux et rituel.

WOLFGANG LAIB : UNE RELATION DE LONGUE DATE AVEC LE KUNSTHAUS ZÜRICH

La relation personnelle qu’entretient Laib avec le Kunsthaus Zürich est un élément central de l’exposition – tout comme celle qui le lie au Musée Rietberg. Ces deux institutions ont joué un grand rôle dans son évolution. Le Kunsthaus lui offre donc un cadre idéal pour nouer un dialogue vivant entre ses oeuvres et celles d’autres époques.

C’est aussi au Kunsthaus Zürich qu’a exercé, à partir de 1981, Harald Szeemann (1933-2005), conservateur de renom et compagnon de route de Wolfgang Laib. Harald Szeemann a apporté un soutien décisif à Wolfgang Laib et à son oeuvre. Dans un rapport annuel de la Zürcher Kunstgesellschaft, il écrivait à propos de l’artiste: « Wolfgang Laib n’est pas un Européen aux influences indo-tibétaines qui utilise le contexte de l’art; c’est plutôt un artiste résolument contemporain qui, par de minuscules gestes sculpturaux, révèle des espaces intérieurs immensément vastes. […] Ses oeuvres sont d’une beauté absolue et sans détour qui permet de respirer autrement. »

A l’intérieur du musée, les oeuvres de Wolfgang Laib dégagent une force spirituelle tranquille. Dans leur dépouillement radical, elles nouent un dialogue passionnant avec la collection – non pour la concurrencer, mais pour la compléter de leur présence intemporelle.

Un catalogue en allemand, reproduisant l’intégralité des oeuvres, paraît à l’occasion de l’exposition. Avec des contributions de Wolfgang Laib, Philippe Büttner, Johannes Beltz (directeur adjoint du Musée Rietberg), Mami Kataoka (directrice du Mori Art Museum de Tokyo) et la réimpression d’un texte de Harald Szeemann sur une oeuvre de Wolfgang Laib acquise en 1991 par le Kunsthaus Zurich.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

05/10/25

Faire impression @ Kunsthaus Zürich - Chefs-d’oeuvre sur papier d’Albrecht Dürer à Dieter Roth

Faire impression. Chefs-d’oeuvre sur papier d’Albrecht Dürer à Dieter Roth 
Kunsthaus Zürich 
31 octobre 2025 – 25 janvier 2026 

Dieter Roth
Dieter Roth, 
Feuillet 4 tiré de: «6 Piccadillies», 1970
Polymère au pochoir sur sérigraphie sur impression 
offset en couleur sur carton, monté sur carton-bois, 
49,9 × 69,7 cm
Kunsthaus Zürich, 2003
© Dieter Roth Estate / Courtesy Hauser & Wirth 

Dieter Roth
Dieter Roth 
Feuillet 5 tiré de: «6 Piccadillies», 1970
Sérigraphie sur impression offset en couleur sur
carton, montée sur carton-bois, 49,9 × 69,7 cm
Kunsthaus Zürich, 2003
© Dieter Roth Estate / Courtesy Hauser & Wirth

Helen Dahm
Helen Dahm 
Nu féminin en mouvement,
sans date
Eau-forte sur papier, 27,4 × 23,2 cm
Kunsthaus Zürich, don de Doris
Gäumann-Wild, 1953
© Helen Dahm Gesellschaft Oetwil am See

Le Kunsthaus Zürich présente des estampes magistrales créées au fil de six siècles.

La collection d’arts graphiques du Kunsthaus Zürich est un véritable trésor. Beaucoup de feuillets sensibles à la lumière ne peuvent être exposés que pendant une courte durée avant de regagner les dépôts, où ils sont conservés à l’abri. Dix ans après l’exposition anniversaire organisée à l’occasion des 100 ans d’existence de la collection d’arts graphiques, le Kunsthaus présente ses estampes les plus précieuses, domaine qui avait été laissé de côté à l’époque.

Aujourd’hui encore, la gravure est entourée de malentendus: une telle oeuvre peut-elle être considérée comme originale? Pourquoi n’y a-t-il pas un seul exemplaire mais plusieurs? Le Kunsthaus montre que l’estampe est un moyen d’expression artistique à part entière, pas seulement un procédé de reproduction d’images. Le travail de l’encre et le jeu de clair-obscur qui en résulte donnent naissance à des oeuvres dont l’effet est unique.

Albrecht Dürer
Albrecht Dürer 
Adam et Ève, 1504
Gravure sur cuivre sur papier,
25,1 × 19 cm
Kunsthaus Zürich, 
Collection Landammann Dietrich Schindler, 2000

Hendrik Goltzius
Hendrik Goltzius 
Le grand porte étendard, 1587
Gravure sur cuivre sur papier, 29 × 20,1 cm
Kunsthaus Zürich

Hans Sebald Beham
Hans Sebald Beham 
Cimon et Péro, 1544
Gravure sur cuivre sur papier, 7,3 × 5,1 cm
Kunsthaus Zürich, 
Collection Landammann Dietrich Schindler, 2000

Rembrandt Harmenszoon van Rijn
Rembrandt Harmenszoon van Rijn 
Jésus prêchant, dit «La petite tombe», vers 1652
Eau-forte et pointe sèche sur papier Japon,
15,2 x 20,5 cm
Kunsthaus Zürich, legs de Leonie Tobler, 2003

D’Albrecht Dürer à Francisco de Goya en passant par Rembrandt van Rijn – ne serait-ce que dans le domaine de l’art ancien, la collection du Kunsthaus Zürich réunit les représentants les plus importants de l’estampe. L’exposition présente de magistrales eaux-fortes et gravures sur bois qui mettent en avant le travail du motif et la maîtrise technique. La présentation ne suit pas une chronologie stricte, mais s’organise par types de techniques. Elle permet ainsi de comprendre comment un même procédé a donné naissance à des formes d’expression très différentes au fil des siècles. Elle montre également comment de nouvelles possibilités techniques ont inspiré de nouveaux thèmes aux artistes et leur ont suggéré de nouvelles solutions plastiques.

Henri Matisse
Henri Matisse 
Illustration pour «Poésie de mots inconnus», 1943
Linogravure sur papier, 30,4 × 23,4 cm
Kunsthaus Zürich, 1980

Bernhard Luginbühl
Bernhard Luginbühl 
Cyclope I, 1968
Gravure sur cuivre sur papier, 67,7 × 74,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1984
© Bernhard Luginbühl

Chuck Close
Chuck Close 
Autoportrait, 1977
Eau-forte sur papier, 137 × 103,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1978
© Chuck Close Estate

Julie Mehretu
Julie Mehretu
Untitled, 2006
Eau-forte et pointe sèche en couleur sur papier, 
58,9 × 71,6 cm
Kunsthaus Zürich, 2006
© 2025 Julie Mehretu

Avec la modernité, l’estampe s’épanouit dans toute sa diversité, que ce soit dans les oeuvres de Käthe Kollwitz, de Mary Cassatt ou de Dieter Roth. On expérimente désormais avec les techniques les plus diverses et différents états d’impression. Le format semble lui aussi ne plus connaître de limites. En témoigne par exemple l’autoportrait monumental de Chuck Close, aux dimensions imposantes de 137 × 103 cm. Dans cette exposition, le Kunsthaus s’abstient toutefois délibérément de toute hiérarchisation des oeuvres par la taille, car souvent, l’attrait d’une estampe tient à ses plus infimes détails. 

Edvard Munch
Edvard Munch 
Tête contre tête, 1905
Gravure sur bois en 4 couleurs sur papier,
56,5 × 74,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1950

Otto Müller
Otto Müller 
Jeune fille allongée contre un tronc d’arbre, vers 1914
Lithographie aquarellée sur papier, 35,6 x 46 cm
Kunsthaus Zürich, don de Hugo Moses, 1933

Emil Nolde
Emil Nolde 
Tête masculine et tête féminine, 1937
Gravure sur bois sur papier, 41,5 × 30,3 cm
Kunsthaus Zürich, 1938
© Nolde Stiftung Seebüll

Plus de 80 oeuvres sur papier sont exposées au cabinet du Kunsthaus Zürich sous la houlette de Jonas Beyer. Un catalogue richement illustré complète l’exposition et fait écho à l’ouvrage «Meisterzeichnungen. 100 Jahre Grafische Sammlung im Kunsthaus Zürich» (Dessins de maîtres. Les 100 ans de la collection d’arts graphiques au Kunsthaus Zürich), désormais élargi au champ de l’estampe.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich