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14/10/22

Michel Blazy @ Le Portique, Le Havre - Centre régional d’art contemporain du Havre - Six pieds sur terre

Michel Blazy
Six pieds sur terre
Le Portique, Le Havre
1 octobre - 18 décembre 2022

Michel Blazy
MICHEL BLAZY
Pull Over Time: Running, 2018
5 paires de chaussures de sport, 
plantes, terre, eau, techniques mixtes
284 × 22 × 20 cm
© Michel Blazy
Courtesy de la galerie Art Concept, Paris

Michel Blazy
MICHEL BLAZY
 
Décanalisation, 2019
Métal, plantes, terre, eau
60 × 70 × 24 cm
© Michel Blazy
Courtesy de la galerie Art Concept, Paris

En 2016, Le Portique accueillait l’exposition Pull over time de Michel Blazy (né en 1966), dans laquelle l’artiste interrogeait le vivant sous toutes ses formes et laissait place à l’expression du végétal. Reconstituant une boutique de mode, sorte de « concept-store », où des appareils de consommation courante et des vêtements s’exposaient, l’artiste donnait une nouvelle vie aux objets obsolètes, en les transformant en jardinières. Dans le cadre de sa deuxième exposition personnelle au Portique, Michel Blazy poursuit sa réflexion sur le monde du vivant, ses mutations et évolutions. Six pieds sur terre invite le visiteur à renouer avec la terre, le sol, à littéralement s’« enraciner », afin de se reconnecter avec la nature et les végétaux. « J’aime bien la simplicité de ce titre : il contient de manière synthétique, l’idée de la mort et de la vie. »

Clin d’oeil à la série à succès de HBO, Six Feet Under, qui suivait les aventures d’une famille à la tête d’une entreprise de pompes funèbres, l’exposition propose, non pas de disparaître dans l’humus, mais bel et bien de le faire émerger et d’en faire le sujet principal : on peut fouler le sol, le sentir et vivre une expérience sensorielle en renouant avec la matière, le vivant.

Le « tapis d’accueil » de Michel Blazy fait fusionner intérieur et extérieur, construisant un espace où cohabitent l’humain et l’objet, le végétal et l’animal. C’est le quatrième tapis que présente l’artiste qui expérimente cet objet chargé d’histoire, « des tapis persans au tapis nature de Piero Gilardi ». Ornementé de motifs floraux, le tapis mue les intérieurs en jardins, faisant entrer le végétal dans un lieu domestique et domestiqué par l’homme. L’espace d’exposition se transforme en vaste jardin, où se mêlent différentes plantes et espèces, pouvant se satisfaire de ces conditions de vie singulières. S’y croisent « la végétation spontanée de mon jardin dont la présence est liée à l’activité humaine, comme par exemple les herbes de Pampa ou les Impatientes de l’Himalaya, mais aussi des cactées achetées dans le commerce dont les premiers spécimens ont été ramenés en Europe par les colonisateurs de l’Amérique. » L’arrosage quotidien de ce tapis végétal assure le développement des plantes et permet de suivre l’évolution des motifs ainsi retravaillés par la nature. L’exposition peut ainsi être visitée à plusieurs reprises, afin de constater « in situ » les changements qui s’opèrent au fil du temps.

Alors que les modes de vie contemporain tendent à nous éloigner du sol par des aménagements convoquant différentes strates de matériaux (« Une maison construite aujourd’hui est faite le plus souvent sur dalle de béton avec des adjuvants chimiques, puis une chape. Une moquette, un lino constituent une couche supplémentaire, tout comme nos chaussettes et nos chaussures qui rajoutent encore deux couches isolantes. »), ce tapis réveille des sensations simples, qui font dialoguer la nature et le corps. « La première fois que j’ai marché pieds nus sur un tapis mouillé au milieu des plantes, j’ai eu la sensation de marcher sur de l’herbe fraîche. Comme si toutes ces couches isolantes avaient été neutralisées, comme si j’avais été remis en contact avec avec un sol extérieur. »

Six pieds sur terre fait entrer le monde végétal dans un espace domestiqué, organisé, provoquant une rencontre entre objet manufacturé et nature, entre extérieur et intérieur. Du tapis et ses motifs inertes émergent alors de nouvelles formes, de nouvelles fleurs en mouvement. Une matière inerte prend vie, réanimée par les végétaux. L’exposition célèbre la nature qui reprend ses droits, qui révèle ses mystères et secrets. L’art organique de Michel Blazy exhibe les mutations et transformations de notre environnement, tout en réveillant nos sensations parfois endormies. Work in progress et sollicitation des sens… Six pieds sur terre est une expérience artistique et biologique, qui, mettant en scène différents corps et espèces, renoue le dialogue entre l’homme et son environnement. Les pieds foulant le tapis sont les racines par lesquelles chacun pourra, de nouveau, s’ancrer dans le sol.

Michel Blazy est représenté par la galerie Art Concept à Paris.

LE PORTIQUE Centre régional d’art contemporain du Havre
30 rue Gabriel Péri, 76600 Le Havre

11/07/19

Stephan Balkenhol @ Le Portique, Le Havre

Stephan Balkenhol
Le Portique, Centre régional d'art contemporain du Havre
Jusqu'au 29 septembre 2019

STEPHAN BALKENHOL
Frau mit rotem Kleid, 2009
Bois d’abachi peint, 170 cm
Courtesy de l’artiste

Artiste internationalement reconnu, Stephan Balkenhol a conquis tant les espaces urbains que muséaux avec ses sculptures réalistes. On lui doit, par exemple, une statue de Jean Moulin érigée dans la gare de Metz ou encore une série de trois sculptures (Torwächter), au coeur d’un centre commercial berlinois (DomAquaré), représentant des « gardiens des portes », trois figures surdimensionnées et montées sur des piliers de bois.

Son travail, rejouant la statuaire traditionnelle, est immédiatement identifiable. Stephan Balkenhol a une signature: le travail du bois, son matériau de prédilection, dont il exhibe les imperfections et nervures.

La figuration contre l’art conceptuel
L’artiste allemand a choisi, dans les années 1980, de se confronter à la matière brute et authentique, d’engager son corps dans la pratique, par opposition à l’art conceptuel. Il n’a cessé d’explorer les nombreuses circonvolutions des arbres, de tenter de dompter la nature et de maîtriser le végétal avec ses outils et compagnons habituels : le maillet et le ciseau. Ses techniques sont immuables: le sculpteur taille ses personnages directement dans les troncs d’arbres.

De la reproductibilité du monde
Ce bois, plein de fissures et de noeuds, Stephan Balkenhol l’aime, le chérit : l’imperfection de la matière demeure visible, malgré l’intervention et le geste artistiques, tout comme l’imperfection des êtres, imperfection à la fois physique et morale, demeure inhérente à la comédie humaine qui se joue ici-bas. Le bois est imparfait, toute copie et toute reproduction, malgré la recherche de fidélité, est imparfaite: ainsi, le sculpteur fusionne fond et forme. Les défauts du bois sont un écho des défauts de l’homme, de l’impossible reproductibilité de la réalité par l’art. Si la taille, les coups ne sont pas gommés, le bois s’efface derrière les couleurs qui viennent se poser sur les corps en devenir. Polychromes, les sculptures revêtent un caractère quasi sacré, injectant du mystique dans le quotidien.

La comédie humaine
Dans ses oeuvres, Stephan Balkenhol privilégie la figuration et représente des anonymes qui, soudainement, accèdent au statut de personnalités éminentes car hissés sur un socle. Chez lui, socle et sculpture interagissent et ne font qu’un : ils sont indissociables, composant ainsi une unité, rappelant le bloc de bois auquel l’artiste s’est confronté dans son entièreté et soulignant la volonté d’ériger les anonymes au rang de célébrités. Tout en étant dans le monumental, l’artiste allemand « démonumentalise » la figure statufiée, redonnant humanité et simplicité à la sculpture.

Une narration secrète
Chez Stephan Balkenhol, on croise des hommes vêtus de chemise blanche et d’un pantalon noir, des femmes dans des robes courtes et de couleur... Sortes de stéréotypes d’une mode standardisée occidentale, ses sculptures constituent une forêt humaine, où se mêlent différents visages, différents protagonistes. Reste à écrire l’histoire : tout est possible.

« Mes sculptures ne racontent pas d’histoires. Il y a quelque chose du secret. Ce n’est pas à moi de le révéler, mais au spectateur de le découvrir », commente l’artiste, qui ne dévoile pas de piste narrative. Dans sa comédie humaine, peuvent se jouer différents actes entre les multiples personnages qui constituent cette foule anonyme. S’il affectionne la figuration et représente hommes et femmes en pied ou en portrait, Stephan Balkenhol a également constitué un bestiaire, se muant en fabuliste et s’appuyant sur les animaux pour dessiner un autre univers narratif.

Art et tradition
Stephan Balkenhol a réintroduit la figuration dans l’art contemporain et questionne la statuaire traditionnelle, mais aussi le geste artistique, célébrant le contact avec la matière et cette dimension physique. Travailler le bois, c’est renouer avec l’origine, la nature et un savoir-faire ancestral, qui fait, dans un même mouvement, penser à l’art médiéval et à l’art folklorique des pays d’Europe de l’est. Une façon de s’inscrire dans l’histoire de l’art et de la commenter, en la détournant et en l’interrogeant... Le sculpteur campe des figures en devenir, de potentiels générateurs d’histoires : à chacun de tisser un lien avec la figure et de la faire parler pour que s’animent ces formes, ces corps, instaurant un improbable dialogue avec le réel réactivé.

Stephan Balkenhol est représenté par les galeries Thaddeus Ropac (Paris), Deweer (Otegem, Belgique), Jochen Hempel (Leipzig, Allemagne) et Löhrl (Mönchengladbach, Allemagne).

LE PORTIQUE CENTRE REGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
30 rue Gabriel Péri, 76600 Le Havre
www.leportique.org