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16/02/26

Zineb Sedira @ Marseille, Friche La Belle de Mai - Installation "Les rêves n’ont pas de titre" - Saison Méditerranée 2026

Zineb Sedira 
Les rêves n’ont pas de titre
Friche La Belle de Mai, Marseille
21 mai — 27 septembre 2026

Présentée pour la première fois en France, l’installation Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira a été conçue pour le pavillon français de la 59e édition de la Biennale de Venise en 2022 qui a reçu la mention spéciale du jury. Cette présentation à Marseille, à la Friche La Belle de Mai, à lieu dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Zineb Sedira propose une expérience de la fiction du réel et brouille les frontières entre intimité et mémoire collective. À travers un récit autobiographique, l’artiste relie des moments clés de sa vie à des événements géopolitiques plus larges, au cinéma d’avant-garde et à des expériences diasporiques.

Depuis 25 ans, Zineb Sedira développe une pratique sensible portant sur la migration, l’acte de raconter et les biais inhérents aux récits officiels. Ses films constituent une exploration archivistique approfondie de l’identité et de l’activisme culturel.

Née en France en 1963 au sein d’une famille algérienne, elle s’implante à Londres au milieu des années 1980. Son histoire et celle de sa famille deviennent vite un terrain propice aux expérimentations artistiques.

L’installation Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira constitue une réflexion majeure sur les enjeux contemporains de la décolonisation et de l’identité hybride. À travers un dispositif immersif mêlant film, archives, reconstitutions scénographiques et éléments autobiographiques, l’artiste élabore une œuvre qui interroge simultanément les récits historiques, les formes de représentation et les constructions identitaires issues de l’histoire coloniale. Loin d’adopter une posture strictement documentaire ou militante, Zineb Sedira choisit une approche complexe et stratifiée, où le cinéma devient à la fois sujet, médium et métaphore.

L’un des axes fondamentaux de l’installation réside dans la réactivation du cinéma militant et tiers-mondiste des années 1960 et 1970, période charnière qui suit l’indépendance de l’Algérie en 1962. À cette époque, le cinéma ne se limite pas à un divertissement ou à une production culturelle nationale : il devient un instrument politique, un espace de construction symbolique et un vecteur de solidarités internationales. Les coproductions entre l’Algérie, la France et l’Italie témoignent d’un moment d’effervescence où l’image filmique participe activement à la formulation d’un imaginaire post-colonial. En revisitant ces références, Zineb Sedira ne se contente pas d’en proposer une lecture nostalgique. Elle en explore la dimension utopique : celle d’un art pensé comme outil d’émancipation collective et de dialogue transnational.

Toutefois, la décolonisation qu’elle met en scène ne se réduit pas à un événement historique clos. Elle apparaît comme un processus critique en cours, notamment dans la manière dont les récits sont produits et transmis. En brouillant les frontières entre fiction et archive, en mêlant images authentiques, reconstitutions et mises en abyme cinématographiques, l’artiste remet en question l’autorité des discours historiques stabilisés. Le spectateur est placé dans une situation d’incertitude : ce qu’il voit relève-t-il du document ou de la fiction ? Cette indétermination constitue précisément un geste de décolonisation formelle. Elle souligne que toute archive est construite, que toute mémoire est médiatisée, et que l’histoire officielle peut – et doit – être réécrite à partir de points de vue marginalisés. Décoloniser, chez Zineb Sedira, signifie ainsi déplacer le regard, interroger les hiérarchies narratives et réinscrire des voix longtemps tenues à l’écart dans l’espace symbolique de la représentation.

L’installation constitue un récit fondamentalement transnational. Les langues s’y croisent – français, arabe, anglais, italien – et les références culturelles circulent d’un territoire à l’autre. Cette pluralité linguistique et culturelle vient fissurer l’idée d’une identité nationale homogène. La décolonisation ne s’opère donc pas uniquement au niveau du contenu, mais également dans l’occupation symbolique de l’espace institutionnel.

Parallèlement à cette dimension politique et historique, l’œuvre développe une réflexion approfondie sur l’identité hybride. Née en France de parents algériens et vivant entre plusieurs pays, Zineb Sedira inscrit son propre parcours dans la trame de l’installation. La présence de membres de sa famille et de proches dans le film renforce l’articulation entre mémoire intime et mémoire collective. L’identité qui se dessine n’est ni univoque ni stable ; elle se construit dans l’entre-deux, dans la circulation et la superposition des appartenances. L’artiste ne choisit pas entre France et Algérie, entre héritage et contemporanéité : elle revendique la complexité d’une identité diasporique façonnée par les déplacements, les transmissions et les fractures historiques.

L’organisation spatiale de l’installation participe pleinement de cette réflexion. Elle comprend un ensemble de décors – studio de cinéma, salon domestique, bar, salle de projection – qui se répondent et se superposent. Cette pluralité d’espaces crée une expérience immersive où le visiteur circule entre différentes strates de réalité. Comme l’identité hybride, l’espace n’est pas unifié ; il est fragmenté, composite, en constante reconfiguration. L’oscillation entre plateau de tournage et intérieur familial matérialise la tension entre représentation publique et mémoire privée. L’identité apparaît alors comme une construction scénographique, toujours en train de se jouer et de se rejouer.

Le titre même, Les rêves n’ont pas de titre, offre une clé de lecture essentielle. Le rêve échappe à la catégorisation et aux assignations fixes. Il renvoie à un espace de liberté où les frontières nationales et identitaires se dissolvent. En suggérant l’impossibilité de nommer ou de circonscrire le rêve, Zineb Sedira affirme que l’identité post-coloniale ne peut être réduite à une étiquette. Elle est mouvante, plurielle, traversée par des mémoires contradictoires. L’absence de titre devient ainsi un refus de l’enfermement symbolique.

FRICHE LA BELLE DE MAI
41 rue Jobin, 13003 Marseille

08/11/25

Jeffrey Gibson @ Hauser & Wirth Paris - Exposition 'This is dedicated to the one I love'

Jeffrey Gibson 
This is dedicated to the one I love
Hauser & Wirth Paris
20 octobre – 20 décembre 2025

Jeffrey Gibson Portrait
Jeffrey Gibson in the studio, 2025
© Jeffrey Gibson
Courtesy the artist and Hauser & Wirth
Photo: Emiliano Granado

La première exposition personnelle de l'artiste américain Jeffrey Gibson en France est actuellement présentée par la galerie Hauser & Wirth à Paris. Célébrant l’ampleur de la création de l’artiste, elle réunit trois nouveaux ensembles de peintures, du grand au petit format, ainsi que de nouvelles oeuvres issues de sa célèbre série de sacs de frappe, des parures suspendues, des peintures sur papier, toile et panneau perlé, et un groupe inédit de sculptures en céramique autoportantes en forme de têtes. Le titre de l’exposition, « This is dedicated to the one I love », convie à un appel d’empathie et de méditation sur nos façons d’agir et de créer en temps de crise. 

Depuis plus de trois décennies, Jeffrey Gibson développe une pratique interdisciplinaire nourrie par l’histoire américaine, autochtone et queer, tout en convoquant la musique populaire, la littérature et les récits de l’histoire de l’art. Son langage visuel distinctif embrasse un vaste panorama d’expressions culturelles et d’identités, assemblées de manière à la fois intime et résolument luxuriante. Les oeuvres exposées témoignent de sa sensibilité chromatique audacieuse et de son goût pour les motifs et l’abstraction, tout en s’inspirant de l’histoire des théories de la couleur et du concept de « psycho-prismatique », selon lequel la couleur, la lumière et les prismes ouvrent simultanément une multiplicité de perceptions. 

Jeffrey Gibson est le sixième artiste choisi pour la Genesis Facade Commission 2025 du Metropolitan Museum of Art de New York, pour laquelle il a réalisé quatre oeuvres exposées à l’extérieur historique du musée jusqu'au 9 juin 2026. Parmi ses projets en cours figurent une installation immersive au MASS MoCA (North Adams, Massachusetts), jusqu’en août 2026, ainsi qu’une installation au Kunsthaus Zürich (Suisse), jusqu’en décembre 2026, marquant sa première présentation dans un musée européen après son exposition personnelle au pavillon des États-Unis lors de la 60e Biennale di Venezia en Italie. 

La genèse des nouvelles oeuvres dans cette exposition réside dans une série de petites peintures évoquant des bijoux, inspirées par les recherches de Jeffrey Gibson sur les projections astrales et le psycho-prismatisme. Ces créations s’inscrivent dans l’histoire des études chromatiques du XVIIe siècle à nos jours, avec un intérêt particulier pour celles du XIXe siècle. Leurs compositions formelles combinent des diagrammes colorés et des références à l’abstraction autochtone et moderne. L’exploration du psycho-prismatisme par Jeffrey Gibson prend forme dans une série de grandes peintures « horizontales », dans lesquelles des motifs circulaires superposés produisent des assemblages polychromes oscillant entre paysages et étendues temporelles. A ces oeuvres s’ajoutent une sélection de toiles à cadre perlé plus grandes encore, aux couleurs extatiques. Malgré leur format imposant, les couches plurielles de pigments demeurent indéchiffrables : de subtils dégradés de teintes adoucissent les contrastes graphiques et laissent simultanément transparaître toutes les strates de la composition. 

Formé à la peinture, Jeffrey Gibson s’intéresse au processus et à la matérialité. Il puise des techniques sophistiquées et esthétiques culturelles dans diverses traditions artisanales : perlage, travail du cuir, matelassage, qu’il applique à des objets quotidiens et vernaculaires, créant ainsi des formes hybrides, ludiques et évocatrices qui échappent à toute catégorisation convenue. Cette approche se manifeste notamment dans les parures murales ornées de perles et de franges et les sacs de frappe présentés aux côtés des peintures. 

Référence aux tenues traditionnelles d’apparat autochtones, ces parures deviennent des outils conceptuels pour réfléchir au pouvoir transformateur de ce qui nous habille : comment le vêtement active le corps et inversement. Jeffrey Gibson les envisage comme des sculptures figuratives. Le rez-de-chaussée à double hauteur de la galerie presente des sacs de frappe ornés de perles et inscrits de phrases telles que « NEVER LET YOUR SPIRIT BEND » (« ne laisse jamais ton esprit faiblir ») ou « I WANT TO TAKE YOU HIGHER » (« je veux t’élever »). Comme les parures, ces sacs illustrent le détournement d’objets fonctionnels en ready-mades assistés. L’usage du langage reste au coeur de son travail, nourri par la culture populaire, l’expression de soi et une réflexion sur l’histoire humaine. Pour la première fois, Jeffrey Gibson présente également de nouvelles sculptures autonomes en céramique en forme de têtes, inspirées par son intérêt pour les têtes de poterie mississippiennes, une tradition précolombienne autochtone nord-américaine. 

HAUSER & WIRTH PARIS
26 bis rue François 1er, 75008 Paris

05/11/25

Exposition Paul Sietsema @ Galerie Marian Goodman, Paris

Paul Sietsema 
Galerie Marian Goodman, Paris 
18 octobre - 20 décembre 2025

Paul Sietsema Art
Paul Sietsema 
Arrangement, 2025 
Peinture émail sur lin 
121.9 x 121.9 x 2.9 cm (48 x 48 x 1 1/8 in.)
© Paul Sietsema, courtesy Marian Goodman Gallery

La Galerie Marian Goodman à Paris présente actuellement la deuxième exposition personnelle de l'atiste américain Paul Sietsema en France. Cette exposition rassemble des oeuvres nouvelles et plus anciennes, dont deux films 16 mm. Le travail de Paul Sietsema explore la nature complexe de la représentation, en examinant comment le sens se construit à l'intersection de l'image et de la matière. Si l'art est une forme de langage culturel, l’artiste adopte une approche dialectique qui interrompt, détourne ou reconfigure le flux naturel de la communication.

Sept oeuvres créées cette année sont exposées au rez-de-chaussée de la galerie. A première vue, chacune d'entre elles représente un objet familier – un téléphone, une pièce de monnaie, un pinceau, etc. – et pourtant, de par différents dégrés de mises à distance propres au procédé de Paul Sietsema, ces images apparaissent comme des spectres ou des réceptacles de ces représentations. Ces reliquaires se déploient de manière critique pour redéfinir leur fonction, à mesure qu’ils évoluent dans le temps au sein d’un système dont la constante mutation dépend des valeurs culturelles héritées du passé. Object painting (2025), figure une machine obsolète, conçue dans sa physiologie pour permettre au corps humain de transformer une action laborieuse en langage. Le téléphone à cadran, déconnecté, de Arrangement (2025) évoque, quant à lui, la dimension métaphysique de la peinture tout en suggérant un potentiel de transmission et d’échanges réels, rendu ici irréalisable. 

A travers ces oeuvres, Paul Sietsema représente ou présente des matières premières : métal, toiles naturelles et peinture dans leurs formes les plus brutes. Dans cette optique, réfléchissant à la valeur symbolique de la peinture, Gray painting (2025) est une composition abstraite et monochrome qui joue des codes du matérialisme concret et laisse apparaître certaines parties de la toile vierge. Cette oeuvre renvoie tant à un travail antérieur de l’artiste qu'à la peinture abstraite du milieu du XXe siècle, période durant laquelle la peinture est passée d’un statut spirituel et politique à celui d'une monnaie culturelle dotée d'une valeur symbolique. De même, Action painting (black line) (2025) et Action painting (white on black) (2025) évoquent la portée emblématique du geste pictural autonome dans la peinture abstraite occidentale et de la valeur qui lui est attribuée. Action painting (black line), représentant l'image peinte d'une pièce de monnaie répandant une trainée de peinture sur la toile, met en parallèle le commerce et la valeur d'échange de l’oeuvre avec une action concrète.

Les oeuvres Action painting (black line) et Figure ground study (white on white) (2025) ont été peintes au verso d’imitations de tableaux de Jackson Pollock achetées sur des sites d'enchères en ligne, estampillées de faux tampons d'authenticité. Dans Figure ground study (white on white) (2025) et Arrangement (2025), des fragments de CD et de vinyles brisés ont été recouverts de peinture. Les objets initiaux sont littéralement et métaphysiquement ‘réduits au silence’ par les différentes interventions opérées par l’artiste, marquant leur transformation d'objet en image.

Au sous-sol de la galerie est présentée une sélection d'oeuvres datant de 2009 à 2020. Les ‘date paitings’ 1992 (2015) et 1994 (2015) ont été réalisées, entre autres outils de retouche photo argentique, avec un pinceau enduit de liquide de masquage au latex et un aérographe en partie cassé pour représenter des dalles de pierre minimalistes. La figuration des dates sur les pierres traduit l'échelle d'une histoire personnelle plutôt que collective. De même, Collection 5 (2016) donne à voir des jetons de vestiaire de musée collectés par l’artiste, réalisés à la peinture émail sur du papier incrusté de poussières provenant de son atelier. Lors de nombreuses visites dans des musées, l'artiste a régulièrement échangé des effets personnels contre ces jetons souvent marqués du nom des institutions. Si la première fois, il a oublié un vêtement, il a ensuite délibérément abandonné divers articles de sa propre garde-robe, essaimant ainsi, en quelque sorte, ses ‘oeuvres’ dans les musées du monde entier.

Une autre oeuvre est en partie issue des effets du travail en atelier. Le film muet, en noir et blanc, Anticultural Positions (2009), montre des images de traces résiduelles provenant de l'espace de travail de Paul Sietsema. Celles-ci sont accompagnées de sous-titres extrait d'une conférence donnée en 1951 par Jean Dubuffet, dans laquelle celui-ci énonce l'absence de forme et l'ambiguïté comme éléments essentiels du processus artistique. Le film a été projeté pour la première fois à la New School de New York en remplacement inattendu d'une conférence de Paul Sietsema alors que celui-ci était dans un avion en route vers la côte ouest des Etats-Unis.

Les deux films 16 mm dans l’exposition mettent en lumière le médium de prédilection initialement choisi par l'artiste pour interroger les constructions de la matérialité et leur relation plus large avec les médias. Dans Telegraph (2012), des fragments de bois trouvés sont utilisés pour former et incarner le langage. Reliés par une série de fondus enchaînés, ces morceaux sont configurés et reconfigurés au sein d'une structure répétitive et minimale qui finit par composer la phrase «L/E/T/T/E/R/T/O/A/Y/O/U/N/G/P/A/I/N/T/E/R». Le film explore l'idée de l’oeuvre d'art comme transmission en atténuant l'ordre de lisibilité linguistique et en soulignant l'abstraction inhérente à chaque forme de lettre.

Antérieures aux oeuvres présentées au rez-de-chaussée, Action painting (1977) (2017) et Action painting (City National) (2016) sont composées d'un unique geste réalisé en raclant ou frottant un objet sur la couche picturale, respectivement une pièce de monnaie et une carte de crédit. L'objet physique reste incrusté dans la peinture, l’amenant à perdre sa valeur monétaire au profit d’une valeur symbolique lors de sa transformation en oeuvre d’art. Pour Blue Picasso (2020), Paul Sietsema a sérigraphié sur toile une affiche originale du Guggenheim, avant d’y superposer la couleur de sa bordure originelle, créant ainsi un masque monochrome recouvrant l’intégralité de image. Cette technique affadit subtilement l’image, diminuant, voire suspendant, la fonction première de l’affiche.

Paul Sietsema (né en 1968 en Californie) vit et travaille à Los Angeles. Il est diplômé de l'université de Californie à Los Angeles en 1999 et de l'université de Californie à Berkeley en 1992. De nombreuses institutions ont consacré des expositions individuelles à son oeuvre, notamment le Nouveau Musée National de Monaco (2015), le Museum of Contemporary Art de Denver (2014), le Museum of Contemporary Art de Chicago (2013), le Wexner Center for the Arts de Columbus, dans l'Ohio (2013), le Mercer Union de Toronto (2013), la Kunsthalle Basel (2012), The Drawing Room de Londres (2012), le Schinkel Pavilion de Berlin (2010), le Cubitt de Londres (2010), le Midway Contemporary Art de Minneapolis (2010) ; le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid (2009) ; le Museum of Modern Art de New York (2009) ; le San Francisco Museum of Modern Art (2008) ; la de Appel Foundation d’Amsterdam (2008) et le Whitney Museum of American Art de New York (2003).

GALERIE MARIAN GOODMAN, PARIS
79 rue du Temple, 75003 Paris

04/11/25

Aziz Hazara: Bow Echo @ SMAK Gand - Installation vidéo sur cinq écrans géants

Aziz Hazara: Bow Echo 
S.M.A.K. Gand
29 novembre 2025 – 3 mai 2026

Aziz Hazara Bow Echo
Aziz Hazara 
Bow Echo, 2019 
Collection S.M.A.K

Bow Echo est une puissante installation vidéo en cinq parties de l’artiste afghan Aziz Hazara. Depuis sa donation à S.M.A.K. en 2022, l’oeuvre est exposée pour la première fois dans le musée.

L’installation Bow Echo (2019) est composée de cinq écrans géants sur lesquels on voit cinq jeunes garçons qui affrontent un vent violent pour escalader un gros rocher. Une fois arrivés au sommet, ils jouent presque solennellement du kazoo, un petit instrument à vent qui produit un son nasillard. Le contraste entre la rigueur des conditions climatiques sur le haut plateau près de Kaboul et le maigre son du kazoo est une métaphore poétique de l’âpre situation de guerre qui règne en Afghanistan. 

Aziz Hazara dévoile les mécanismes du pouvoir sous-jacents qui sont à l’œuvre et montre comment une population traumatisée tente de s’accommoder du conflit et de l’oppression. Dans ce contexte, les notes qui sortent du kazoo résonnent comme une bande son ténue et macabre au-dessus d’un territoire occupé et en même temps comme un puissant appel à l’expression individuelle, l’espoir et la vie. 

AZIZ HAZARA (né en 1992, Wardak, Afghanistan) vit et travaille à Kaboul et à Berlin. À travers son art – dans lequel il combine photographie, vidéo, son, langages de programmation, texte et installations multimédias –, il étudie des thèmes tels que l’identité, le souvenir, les archives, le conflit, l’occupation et la migration, invariablement dans une perspective plus large, à la fois géopolitique et critique envers le pouvoir.

S.M.A.K
Jan Hoetplein 1, 9000 Gand

16/10/25

Gerhard Richter @ Galerie David Zwirner, Paris - Exposition + Biographie

Gerhard Richter
Galerie David Zwirner, Paris
20 octobre - 20 décembre 2025

David Zwirner présente dans sa Galerie de Paris une sélection de peintures, dessins et installations de miroirs de Gerhard Richter. L’exposition marque la troisième collaboration du célèbre artiste allemand avec la Galerie depuis l’annonce de sa représentation en 2023. Elle fait suite aux expositions monographiques tenues à New York (2023) et à Londres (2024), et coïncide avec une rétrospective d’envergure s’ouvrant le 17 octobre 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, sous le commissariat de Nicholas Serota et Dieter Schwarz.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Kl. Badende (Petite baigneuse), 1994
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Blumen, (Fleurs), 1992
Oil on canvas
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Les oeuvres présentées chez David Zwirner témoignent de l’impressionnante diversité d’enjeux, d’échelles et de techniques que mobilise l’artiste dans son travail. Prises dans leur ensemble, elles mettent en lumière sa profonde compréhension du médium pictural et l’enquête sans cesse renouvelée qu’il mène autour du fait même de créer une oeuvre. Dans ses Fotobilder (Photo-peintures) – par exemple Blumen (Fleurs, 1992), Torso (Torse, 1997) ou Kl. Badende (Petite baigneuse, 1994) –, l’artiste utilise ses propres photographies comme point de départ, mais aussi des images trouvées au hasard de journaux, magazines ou publicités. Souvent, l’artiste floute ou dénature d’une façon ou d’une autre l’image qui résulte de ce travail de composition, rendant plus complexe encore la relation qui unit la photographie à la peinture : une expérience conceptuelle se joue dans ces transpositions itératives entre les deux médiums.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Avec la série des Abstrakte Bilder (Tableaux abstraits), Gerhard Richter explore le potentiel formel et conceptuel de la peinture sous un autre angle. Exécutées selon des principes de composition extrêmement rigoureux, ces oeuvres ont recours à l’abstraction pour mettre en exergue la matérialité de la peinture et de la couleur – une méthode de création à la fois aléatoire et planifi ée avec soin. Deux Tableaux abstraits datant de 2001 sont exposés, marbrés de peinture verte, rose vif ou jaune d’or se déployant harmonieusement sur toute la surface de la toile. Les deux oeuvres contrastent ainsi avec les dernières peintures à l’huile réalisées par l’artiste de 2015 à 2017, qui se caractérisent au contraire par des entrelacs complexes où la superposition de lignes et de touches appliquées avec vigueur créent une impression de relief. Ces peintures sont confrontées à Strip, tableau de 2024 s’étirant sur quatre mètres de largeur. Revisitant ses Tableaux abstraits grâce aux technologies numériques, Gerhard Richter orchestre dans la série des Strips un dialogue entre la peinture, la photographie, la reproduction d’images par impression et l’abstraction.

Des dessins récents de l’artiste figurent aussi dans l’exposition ; certains totalement inédits et d’autres ayant été présentés plus tôt cette année dans le cadre de Gerhard Richter: 81 Zeichnungen, 1 Strip-Bild, 1 Edition à la Staatliche Graphische Sammlung de Munich. Gerhard Richter a toujours accordé une place importante au médium du dessin dans sa pratique artistique, et le passage des années n’a pas démenti cet engagement fructueux. Les oeuvres présentées, incorporant souvent des encres de couleur et du crayon à mine de graphite, lui permettent d’explorer une autre dimension du rôle de la main de l’artiste dans le processus menant à la création d’un « récit » pictural abstrait mais dynamique.

L’exposition à Paris comprend également trois installations de surfaces réfl échissantes montées au mur, de tailles différentes, ainsi que 3 Scheiben (3 Panneaux de verre, 2023), où trois pans de verre transparent et réfl échissant sont dressés au sein d’un cadre en métal. Depuis 1967 et la création de son installation 4 Glasscheiben (4 Panneaux de verre), qui a marqué un tournant dans sa carrière, Gerhard Richter nourrit un grand intérêt analytique – qui confine à la fascination – pour le verre. De façon très personnelle, il mobilise ce matériau moins comme un élément de sculpture pure que comme une « réflexion », dans les deux sens du terme, de son investigation de la peinture et de la création d’image. Contempler ces oeuvres – et donc aussi les images qui se forment à leur surface – est une expérience radicalement paradoxale où la réalité, répliquée par le miroir de manière forcément fi dèle au monde réel qui entoure nécessairement l’oeuvre, devient pourtant inaccessible en tant que refl et, à la fois hors de portée et déformée. 
Dans les oeuvres en verre de Gerhard Richter, comme le soulignent Janice Bretz et Kerstin Küster, « les visiteurs ne restent pas spectateurs mais deviennent eux-mêmes créateurs ; ils se confrontent à l’écart entre l’espace d’exposition réel et le refl et aléatoire de la réalité sur le verre. […] L’artiste nous invite à réfl échir au fait même de voir et à considérer ce que l’on voit comme une seule réalité potentielle parmi de nombreuses autres. Voir est contextuel : la réalité dépend toujours de celui qui regarde ». – Janice Bretz and Kerstin Küster, “Transparent and Reflected: Mirrors, Glass, and Strips,” in Gerhard Richter: Abstraction. Exh. cat. (Potsdam: Museum Barberini, 2020), p. 198.
Artiste Gerhard Richter

Gerhard Richter est né en 1932 à Dresde en Allemagne. Il étudie les beaux-arts de 1951 à 1956 à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde et se spécialise en peinture murale. En 1959, il visite la documenta II qui se tient à Cassel, alors en Allemagne de l’Ouest : une expérience fondatrice qui le mène à infl échir sa trajectoire artistique. Après avoir réussi à fuir l’Allemagne de l’Est en 1961, il entreprend un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y cofonde un mouvement éphémère appelé « réalisme capitaliste » avec ses condisciples Sigmar Polke, Konrad Lueg (qui deviendra galeriste, plus connu sous le nom de Konrad Fischer) et Manfred Kuttner.

À partir de 1964, son travail fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans des galeries et musées du le monde entier. Sa première exposition monographique dans une institution publique se tient en 1969 au Gegenverkehr du Zentrum für aktuelle Kunst d’Aachen, en Allemagne de l’Ouest. En 1972, il est choisi pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise, où il investit le pavillon national de ses seules oeuvres. Il est aussi l’artiste ayant présenté son travail le plus grand nombre de fois à la documenta (en 1972, 1977, 1982, 1987, 1992, 1997, 2007 et 2017). Le travail de Gerhard Richter a été montré tout autour du monde au fi l de nombreuses rétrospectives et expositions monographiques au sein d’institutions de premier plan, parmi lesquelles le Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen à Düsseldorf (1971, 1986), la Kunsthalle de Brême en Allemagne de l’Ouest (1975), le Centre Pompidou à Paris (1977, 2012), la Städtische Kunsthalle de Düsseldorf (1986), la Neue Nationalgalerie de Berlin (1986, 2012), le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington D.C. (1988, 2003), le San Francisco Museum of Modern Art (1989, 2002), la Tate à Londres (1991, 2011), le Moderna Museet à Stockholm (1993), l’Art Institute de Chicago (2002), le MoMA à New York (2002), la Queensland Art Gallery à Brisbane (2017), le Met Breuer à New York (2020) et le National Museum of Modern Art de Tokyo (2022). En avril 2023, la Neue Nationalgalerie de Berlin inaugurait une installation semi-permanente intitulée Gerhard Richter: 100 Works for Berlin, rassemblant des prêts à très long terme consentis par la Fondation Gerhard Richter en 2021, parmi lesquels le cycle d’oeuvres Birkenau (2014), série de peintures abstraites de grandes dimensions.

Gerhard Richter est le lauréat de nombreux prix et distinctions prestigieux comme, parmi d’autres, le Kunstpreis Junger Westen de la Kunsthalle de Recklinghausen en Allemagne de l’Ouest (1967), le prix Arnold Bode de Cassel en Allemagne de l’Ouest (1982), le prix Oskar Kokoschka de Vienne (1985), le Goslarer Kaiserring de Goslar en Allemagne de l’Ouest (1988), le Lion d’or de la 47e Biennale de Venise (1997), le Praemium Imperiale de la Japan Art Association de Tokyo (1997), le prix Wexner du Wexner Center for the Arts de Columbus en Ohio (1998), le Foreign Honorary Membership de l’American Academy of Arts and Letters de New York (1998), le Staatspreis du Lander de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de Düsseldorf (2000) et le Kunst- und Kulturpreis der deutschen Katholiken de la Deutsche Bischofskonferenz de Bonn (2004). En 2007, année où il crée un vitrail spectaculaire pour la cathédrale de Cologne, Gerhard Richter est élevé au rang de citoyen d’honneur de la ville.

David Zwirner représente Gerhard Richter depuis 2023. Cette année-là, sa galerie new-yorkaise accueille une exposition personnelle de l’artiste allemand. Rassemblant des peintures abstraites récentes, elle s’accompagne d’un catalogue richement illustré comportant un essai inédit de Dieter Schwarz. Au début 2024, une exposition monographique est consacrée à l’artiste chez David Zwirner London. Parmi les précédentes expositions de son travail s’étant tenues à New York, notons Gerhard Richter: Prints and Multiples 1966–1993 (1994), Gerhard Richter: Early Paintings (2000) et Gerhard Richter: Landscapes (2004). Les oeuvres de l’artiste sont présentes dans des collections publiques et privées de tout premier plan à travers le monde. Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.

DAVID ZWIRNER, PARIS
108, rue Vieille du Temple, 75003 Paris

07/10/25

Wolfgang Laib @ Kunsthaus Zürich - Exposition "Toucher l'essentiel" - Oeuvres de Wolfgang Laib et de la collection du musée

Wolfgang Laib. Toucher l’essentiel 
Kunsthaus Zürich 
3 octobre 2025 - . . .

Wolfgang Laib - Installation au MoMa
Wolfgang Laib en train de tamiser du pollen de
noisetier, 2013
Installation au Museum of Modern Art, New York
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib
 
La montagne inaccessible, 2017
Pollen du noisetier, 600 x 700 cm
Installation au MASI, Lugano
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Installation Pollen de noisetier
Wolfgang Laib 
Pollen du noisetier, 1992
Pollen du noisetier, 400 x 500 cm
Installation au MOCA - The Museum of Contemporary Art, 
Los Angeles
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Maison de Riz
Wolfgang Laib 
Reishaus (Maison de riz), 1993/1994
Marbre blanc, riz, 32 × 40 × 125 cm
Collection Cristina et Thomas Bechtler
© Wolfgang Laib

Le Kunsthaus Zürich présente actuellement, dans le cadre de la série «ReCollect!», une exposition organisée en collaboration avec l’artiste allemand Wolfgang Laib (*1950 Metzingen). Elle associe les créations de Wolfgang Laib et une sélection d’oeuvres issues de la collection du Kunsthaus Zürich. Wolfgang Laib, qui compte parmi les artistes majeurs de notre époque, a exposé dans nombre de musées, lieux d’exposition et bâtiments historiques prestigieux d’Europe, des États-Unis et d’Asie.

Depuis la fin des années 1970, Wolfgang Laib développe un langage artistique bien à lui. A partir de matériaux naturels tels que le pollen, la cire, le lait ou la pierre, il crée des oeuvres avec lesquelles il «révèle, par des gestes sculpturaux infimes, des espaces intérieurs infiniment vastes» soulignait Harald Szeemann.

Sur le plan du contenu, son art s’est développé sur fond de diverses traditions littéraires, philosophiques et spirituelles, surtout d’Europe et d’Asie. Sur le plan formel, Wolfgang Laib recourt à une esthétique claire et dépouillée, étroitement liée au développement de l’art moderne, principalement en Europe et aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Wolfgang Laib a souvent exposé ses oeuvres dans d’importants édifices religieux d’Italie, où elles ont rencontré de l’architecture et des oeuvres d’art allant du 6e siècle à la Renaissance. Dans le cadre de «ReCollect!», ce type de rencontres «transhistoriques» se produit maintenant dans un contexte muséal: les oeuvres de Wolfgang Laib côtoient des chefs-d’oeuvre de la collection, du Moyen Âge au 20e siècle. Ces confrontations permettent de poser un regard neuf sur les deux volets de l’exposition: l’art de Laib et la collection du Kunsthaus.

Wolfgang Laib - Installation
Wolfgang Laib
Pierre de lait, 1987–1989
Marbre blanc, lait, 2 × 122 × 130 cm
Atelier de l’artiste, sud de l’Allemagne
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Zikkurat, 2000
Cire d’abeille, structure en bois, 460 × 150 × 130 cm
Installation au Toyota Municipal Museum of Art,
Toyota City, Japon 
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, sans date
Granite noir indien, huile de tournesol, suie
Atelier de l’artiste, sud de l’Inde
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Tombe près de Badami, sud de l’Inde, 2001
Gélatine argentique sur papier baryté, 40,6 × 30,4 cm
Collection privée 
© Wolfgang Laib

AVEC WOLFGANG LAIB DANS LA COLLECTION DU KUNSTHAUS ZÜRICH

L’exposition se tient au premier étage du bâtiment Müller, un espace qui sera systématiquement utilisé dans les années à venir pour créer des dialogues entre la collection et l’art contemporain. Wolfgang Laib connaît la collection du Kunsthaus depuis son enfance – ce lieu l’a marqué tout autant que le Musée Rietberg, qu’il a également souvent visité. Conformément au concept de «ReCollect!», Wolfgang Laib est à la fois artiste et commissaire. Il a préparé l’exposition en dialogue avec Philippe Büttner, conservateur senior de la collection, qui dès 2005 avait organisé une grande rétrospective consacrée à Wolfgang Laib à la Fondation Beyeler.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib 
Blütenstaub von Haselnuss, 2020–2023 
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib  
Schiffe, 2012
with Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1914/1922
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Works Wolfgang Laib: © Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib
  
Für einen anderen Körper, 1988/2025
Beeswax, wood construction
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

OEUVRES DE L’EXPOSITION

L’exposition présente une cinquantaine d’oeuvres centrales de Wolfgang Laib. Y figurent des oeuvres de presque tous les ensembles majeurs de son travail, notamment une grande oeuvre de pollen, un «Brahmanda» (grande sculpture ovoïde en pierre), une pierre de lait, une ziggourat (tour pyramidale à étages), une chambre de cire dans laquelle on peut entrer, des maisons de riz, un escalier en laque ainsi que d’autres sculptures, dessins et photographies.

Elles sont complétées par quelque 30 oeuvres de la collection du Kunsthaus Zürich datant du 14e au 20e siècle. Laib a procédé lui-même à leur sélection, et fait dialoguer ses travaux avec des oeuvres importantes de l’histoire de l’art. Parmi les oeuvres sélectionnées figurent des peintures de Fra Angelico (entourage), Matteo di Giovanni, Philippe de Champaigne, Heinrich Freudweiler, Ludwig Hess, Claude Monet, Ferdinand Hodler ainsi que des travaux d’Alberto Giacometti, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Wassily Kandinsky, Verena Loewensberg, Piet Mondrian, Barnett Newman, Mark Rothko, Robert Ryman, Sophie Taeuber-Arp et Lee Ufan.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Touching the Essential. Wolfgang Laib and 
the Collection of the Kunsthaus Zürich
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky 
Schwarzer Fleck, 1921 
Huile sur toile, 138 x 120 cm
Kunsthaus Zürich, 1947

Claude Monet - Meule au soleil
Claude Monet 
Meule au soleil, 1891
Huile sur toile, 60 x 100 cm
Kunsthaus Zürich, Acquisition du legs Otto Meister 
grâce à une contribution du Crédit Suisse, 1969

Jina Rishabha
Artiste inconnu, Jina Rishabha
Inde, Rajasthan, Chandravati, XIe/XIIe siècle
Marbre, dimensions totales: 161 × 57 × 25 cm
Musée Rietberg, collection Eduard von der Heydt
Photo: Rainer Wolfsberger, Musée Rietberg

Par ailleurs, l’exposition présente certaines oeuvres d’art asiatique qui ont également influencé le travail de Laib. Elles proviennent surtout d’Inde. On notera en particulier un important prêt du Musée Rietberg: une statue en marbre issue de la tradition jaïne indienne, dont la philosophie de non-violence a profondément marqué Wolfgang Laib. Elle représente Jina Rishabha, le premier des 24 grands maîtres du jaïnisme, et provient à l’origine d’un contexte architectural religieux et rituel.

WOLFGANG LAIB : UNE RELATION DE LONGUE DATE AVEC LE KUNSTHAUS ZÜRICH

La relation personnelle qu’entretient Laib avec le Kunsthaus Zürich est un élément central de l’exposition – tout comme celle qui le lie au Musée Rietberg. Ces deux institutions ont joué un grand rôle dans son évolution. Le Kunsthaus lui offre donc un cadre idéal pour nouer un dialogue vivant entre ses oeuvres et celles d’autres époques.

C’est aussi au Kunsthaus Zürich qu’a exercé, à partir de 1981, Harald Szeemann (1933-2005), conservateur de renom et compagnon de route de Wolfgang Laib. Harald Szeemann a apporté un soutien décisif à Wolfgang Laib et à son oeuvre. Dans un rapport annuel de la Zürcher Kunstgesellschaft, il écrivait à propos de l’artiste: « Wolfgang Laib n’est pas un Européen aux influences indo-tibétaines qui utilise le contexte de l’art; c’est plutôt un artiste résolument contemporain qui, par de minuscules gestes sculpturaux, révèle des espaces intérieurs immensément vastes. […] Ses oeuvres sont d’une beauté absolue et sans détour qui permet de respirer autrement. »

A l’intérieur du musée, les oeuvres de Wolfgang Laib dégagent une force spirituelle tranquille. Dans leur dépouillement radical, elles nouent un dialogue passionnant avec la collection – non pour la concurrencer, mais pour la compléter de leur présence intemporelle.

Un catalogue en allemand, reproduisant l’intégralité des oeuvres, paraît à l’occasion de l’exposition. Avec des contributions de Wolfgang Laib, Philippe Büttner, Johannes Beltz (directeur adjoint du Musée Rietberg), Mami Kataoka (directrice du Mori Art Museum de Tokyo) et la réimpression d’un texte de Harald Szeemann sur une oeuvre de Wolfgang Laib acquise en 1991 par le Kunsthaus Zurich.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

03/09/25

From Cindy Sherman’s pied-à-terre in Paris. Designed by Laplace - Vente aux enchères @ Piasa, Paris

From Cindy Sherman’s pied-à-terre in Paris. Designed by Laplace
Vente aux enchères
Piasa, Paris
2 octobre 2025

Karl Lagerfeld - Cindy Sherman
Karl Lagerfeld
(1933-2019)
Portrait de Cindy Sherman, 2014
Tirage noir et blanc
Signé, daté et dédicacé : “with love” en bas à droite
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 2 000 / 3 000 €

La maison de ventes aux enchères PIASA propose à la vente l’intérieur du pied-à-terre parisien de l’artiste américaine Cindy Sherman, conçu et aménagé par Laplace, cabinet d’architecture internationalement reconnu.

« Concevoir cet appartement pour Cindy Sherman a été un dialogue créatif passionnant. Nous avons cherché à traduire son univers visuel en un espace harmonieux, à la fois intemporel et audacieux » ont déclaré Luis Laplace & Christophe Comoy.

Mobilier moderniste, oeuvres d’art contemporain, pièces de design rares, mode et luxe témoignent d’une sensibilité partagée pour l’élégance, la culture visuelle et l’expérimentation des formes. 

La vente « From Cindy Sherman’s pied-à-terre in Paris. Designed by Laplace » consacrée à la dispersion de l’intérieur de l’appartement parisien de l’artiste américaine Cindy Sherman révèle une collaboration créative unique entre la plasticienne conceptuelle et le duo Luis Laplace et Christophe Comoy.

Sarah Charlesworth
Sarah Charlesworth
(1947-2013)
A simple Text (White Flowers), 2005
Tirage Cibachrome et cadre laqué
Tampon de l’artiste en bas à droite
Numéroté au dos sur une étiquette : “3/8”
Édition de 8 exemplaires, 105 × 80 cm
Provenance : Baldwin Gallery, Aspen
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 5 000 / 7 000 €

Bjarne Melgaard
Bjarne Melgaard
(né en 1967)
Sans titre (panthère rose), 2013
Acrylique, cristaux, quartz, roche de sel, sucre,
tenture, colle et écorce sur panneau de bois
86 × 110 × 4 cm
Provenance : Gavin Brown’s entreprise, New York
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 10 000 / 15 000 €

« La première fois que je me suis réveillée dans cet appartement parisien, tout ce que j’avais, c’était un lit et des draps », confiait l’artiste au magazine AD France en 2013. « Je pensais en savoir assez sur moi-même pour créer mon propre espace de vie, mais j’ai vite réalisé le temps incommensurable que cela prend. » Son amie, l’architecte Annabelle Selldorf, lui recommande Laplace au début des années 2000.

Le design n’est pas étranger à l’artiste : ses « anti-portraits » sont souvent mis en scène dans des décors où le mobilier et les objets jouent un rôle déterminant dans la construction de ses personnages — le salon de son appartement new-yorkais, reconstitué pour Untitled Film Still #50 (1979), éclaire de manière significative cette dimension de son travail. « Elle est très au fait de ce qui se passe en architecture et en décoration, confirme le duo. Sa culture du design est impressionnante. »

Chris Garofalo
Chris Garofalo
(née en XXe)
‘Enchinodermata Dichroic’, 2007
Porcelaine émaillée
Pièce unique, H 22 × Ø 16 cm
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 1 500 / 2 000 €

Arne Norell
Arne Norell
(1917-1971)
Paire de fauteuils – Modèle ‘Pilot’
Hêtre et cuir
Édition Norell möbel AB
Modèle créé vers 1960
H 95 × L 78 × P 79 cm
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 2 500 / 3 500 €

Cindy Sherman est rapidement séduite par la ligne adoptée par le cabinet d’architecture, qui se caractérise par un style moderniste et international, adouci par un glamour chic très parisien. Dans le salon, face à la cheminée, un large canapé courbe italien dialogue avec deux fauteuils des années 1960 garnis de tissu jaune. Sur la table basse, deux céramiques de la sculptrice américaine Chris Garofalo. Dans la salle à manger, six chaises signées par le designer italo-brésilien Guglielmo Ulrich, font écho à une paire de fauteuils Pilot du Suédois Arne Norell et à deux consoles dans le goût de Marc du Plantier sur lesquelles reposent deux vases en verre de Murano de Massimo Micheluzzi.

Travail Français
Travail français
(XXe)
Paire de consoles
Fer et marbre
Modèles créés vers 1940
H 75,5 × L 125 × P 60 cm (chaque)
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 4 000 / 6 000 €

Joaquim Tenreiro
Joaquim Tenreiro
(1906-1992)
Bureau
Imbuia et marbre
Édition Tenreiro Movéis e Decoraçoes
Étiquette de l’éditeur sous le plateau
Modèle créé vers 1960
H 75 × L 140 × P 75 cm
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 8 000 / 12 000 €

Lors de leur rencontre avec l’artiste, Luis Laplace et Christophe Comoy rentrent d’un voyage en Afrique de l’Ouest avec des échantillons de tissus traditionnels. Cindy Sherman se passionne pour les couleurs de ces grandes bandes de coton waxé, qui deviennent les rideaux de ses fenêtres.

La suite de la vacation est consacrée aux objets personnels de la photographe, dont la fameuse Malle Studio, réalisée pour les 160 ans de la toile Monogram de Louis Vuitton, soutien indéfectible de l’artiste depuis ses débuts (50 000 / 70 000 €).

Louis Vuitton - Cindy Sherman
Louis Vuitton et Cindy Sherman
Exceptionnelle Malle studio, 2014
Serrures, renforts et clous en laiton poli vif
Poignées de type ‘Oreilles d’éléphant’ en vache naturel
Dimensions fermées : 102 × 61 × 53 cm
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 50 000 / 70 000 €
En 2014, pour fêter les 160 ans de la toile monogram, la société Louis Vuitton demande à 10 artistes emblématiques de leur époque de créer un objet Vuitton. L’artiste américaine Cindy Sherman conçoit alors cette exceptionnelle malle studio. L’extérieur en toile enduite monogrammée agrémenté de fac-similé de photo montage de Cindy Sherman représentant l’artiste. Il a été produit de ce modèle 25 pièces entre 2014 et 2017 toutes numérotées sur un cartouche en cuir à l’intérieur du capot. Le modèle présenté à la vente porte le numéro 2/25.
Leica X2 - Gagosian Gallery
Leica
Leica X2 - Gagosian Gallery
Édition limitée à 100 exemplaires réalisée en 2013
Appareil photo de type X2
APS-C-format CMOS 16.5 megapixel
sensor Métal, cuir blanc et éclaboussures de peinture noire
Étui de protection en autruche noire
(vendu avec ses chargeurs et accessoires divers)
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 1 000 / 1 500 €

Rimowa
Rimowa
Valise en alluminium
Signée au feutre par Cindy Sherman
60 × 40 × 25 cm
© Xavier Defaix, courtesy PIASA
Estimations : 1 000 / 1 500 €

A PROPOS DE CINDY SHERMAN

Née en 1954 à Glen Ridge, dans le New Jersey, Cindy Sherman est une figure majeure de l’art contemporain, reconnue pour son oeuvre photographique explorant les questions d’identité, de genre, de représentation et de stéréotypes. Elle se fait connaître à la fin des années 1970 avec sa série fondatrice Untitled Film Stills, dans laquelle elle se met en scène sous les traits de personnages féminins inspirés des archétypes du cinéma, des médias ou de l’histoire de l’art. Depuis plus de quarante ans, elle construit une oeuvre radicale en se transformant sans cesse, brouillant les frontières entre sujet et objet, fiction et réalité. Par le biais du maquillage, du costume, de la photographie et du décor, elle interroge la fabrication de l’image et les codes sociaux qui façonnent notre perception de soi et des autres. Présente dans les collections des plus grands musées du monde, Cindy Sherman a marqué profondément l’histoire de la photographie et continue d’influencer de nombreuses générations d’artistes.

A PROPOS DE LAPLACE

Luis Laplace, architecte franco-argentin, dirige le cabinet Laplace à Paris aux côtés de son cofondateur et CEO Christophe Comoy. Reconnus internationalement pour la création d’espaces culturels et la réhabilitation de sites historiques d’exception, ils ont bâti ensemble une réputation fondée sur la modernité, la simplicité et une profonde sensibilité au patrimoine. Parmi leurs réalisations majeures : la galerie Hauser & Wirth à Paris, un centre d’art primé dans une ferme du XVIIIe siècle dans le Somerset, et un autre à Minorque, aménagé dans un ancien hôpital militaire, récompensé par Europa Nostra. Le duo a également supervisé la restauration du Chillida Leku à Saint-Sébastien, et conçu l’exposition « Chillida à Minorque » en 2024, mettant en valeur la pierre locale marès. En 2025, après sept ans de collaboration avec la Fondation Guston, ils restaurent une fresque historique au Mexique. Collaborant régulièrement avec des artistes comme Rashid Johnson, Laplace et Comoy défendent une approche holistique, sensible au contexte local, alliant modernité, simplicité et émotion. Leur architecture vise à créer des espaces durables, porteurs de sens et de mémoire.

PIASA
118 rue du Faubourg Saint Honoré 75008 Paris

29/08/25

Alina Szapocznikow @ Musée de Grenoble - Exposition "Alina Szapocznikow. Langage du corps"

Alina Szapocznikow
Langage du corps 
Musée de Grenoble
20 septembre 2025 - 4 janvier 2026

Alina Szapocznikow
Alina Szapocznikow. Langage du corps
Courtesy Musée de Grenoble

Aujourd’hui considérée comme l’une des artistes majeures du XXe siècle, Alina Szapocznikow (1926 à Kalisz, Pologne – 1973 à Paris, France) a rarement fait l'objet d'expositions dans son pays d’adoption, la France. Le musée de Grenoble présente, en partenariat avec le Kunstmuseum Ravensburg, un parcours de près de 150 oeuvres réalisées entre 1947 et 1973. L’exposition Alina Szapocznikow. Langage du corps permet d’appréhender toute la carrière de l’artiste en mettant l’accent sur la période de maturité des années 1960-70. Dans son oeuvre, mêlant érotisme et traumas, le corps est le principal sujet d’inspiration. Sculptrice, elle s’attelle à toutes sortes de matériaux, aussi bien classiques, que plus novateurs, résine de polyester et mousse de polyuréthane. Héritière du Surréalisme, contemporaine des artistes du Nouveau Réalisme, elle contribue avec indépendance, en seulement deux décennies, au renouveau de la sculpture.

Troublante, bizarre, baroque, existentielle, informe et érotique, l’oeuvre de la sculptrice polonaise Alina Szapocznikow, longtemps incomprise, échappe à la classification. Consacrant son oeuvre au corps, elle exprime à travers lui tant la puissance de l’érotisme que la fragilité de nos existences. L’exposition se déployant en 15 salles se subdivise en deux parties. La première est consacrée à ses années de création à Prague (1945-1951) et en Pologne (1951-1962). La deuxième est dédiée à celles passées dans le Paris des années 1960 entre 1963 et 1973.

Juive, Alina Szapocznikow survit, adolescente, à la Shoah et à sa détention dans les camps de concentration. Après la Seconde Guerre mondiale, elle mêle un langage formel marqué à la fois par le modernisme tchèque, le Surréalisme et l’art informel, à l’esthétique du Réalisme socialiste, répond à des commandes publiques, et donne corps à des créations marquées par une forme d’existentialisme.

Alina Szapocznikow réalise l’essentiel de son oeuvre de maturité en France où elle s’installe définitivement en 1962. Avec son mari le graphiste Roman Cieslewicz, elle s’attelle à déconstruire la figure humaine. Le corps fragmenté devient le coeur de sa production sculpturale et graphique. Inventant une forme de grammaire érotique, une mythologie personnelle où le désir côtoie la mort, l’artiste conjure ses peurs, exorcise ses traumatismes. A travers ses Lampes-bouches, la série des Desserts et des Ventres-coussins, elle développe une production en série formée de fragments corporels sensuels et troublants, interrogeant la place de la femme dans la société des années 1960. Son intérêt pour l’informe et le hasard s'incarne aussi dans l’ensemble des Photosculptures (1971) dans lesquelles des chewing-gums mastiqués par l’artiste elle-même sont photographiés comme des sculptures traditionnelles. 

A partir de 1969, atteinte d’un cancer du sein, Alina Szapocznikow, se focalise sur la mémoire, les traumas et la finitude dans sa série Souvenirs (1970-1971) puis dans celle des Tumeurs (1969-1972). Constituées de résine, de photographies froissées, de journaux et de la gaze, ces oeuvres évoquent la maladie. Elles témoignent aussi de l’inébranlable courage et de la vitalité artistique qui n’ont cessé d’animer l’artiste.

Par la singularité comme par l’érotisme qui imprègne son oeuvre, l’artiste a été comparée à Louise Bourgeois et à Eva Hesse. Il s’agit de mettre en lumière l’oeuvre d’une femme artiste pionnière longtemps négligée par l’histoire de l’art.

COMMISSARIAT

MUSÉE DE GRENOBLE
Commissariat général : Sébastien Gokalp, directeur du musée de Grenoble
Commissariat scientifique : Sophie Bernard, conservatrice en cheffe pour l'art moderne et contemporain du musée de Grenoble

KUNSTMUSEUM RAVENSBURG
Commissaires
Ute Stuffer, directrice du Kunstmuseum Ravensburg
Ursula Ströbele, Professeur d’histoire de l’art, HBK, Braunschweig

MUSÉE DE GRENOBLE
5 place Lavalette - 38000 Grenoble 

21/08/25

Exposition Ernst Ludwig Kirchner "Kirchner x Kirchner" @ Kunstmuseum Bern - Musée des Beaux-Arts de Berne

Kirchner x Kirchner
Kunstmuseum Bern, Berne
12 septembre 2025 - 11 janvier 2026

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Farbentanz I (Entwurf für Essen) 
[Color Dance I (Project Essen)], 1932
Oil on canvas, 100 x 90 cm
Museum Folkwang, Essen, acquired in 1968 with the 
support of the Folkwang-Museumsverein and 
the Alfred und Cläre Pott-Stiftung
© Museum Folkwang Essen / ARTOTHEK

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Esser [Eaters], 1930
Oil on canvas, 150 x 121 cm
Galerie Henze & Ketterer, Wichtrach/Bern
© Galerie Henze & Ketterer, Wichtrach/Bern

Avec Kirchner x Kirchner le Kunstmuseum Bern, Musée des Beaux-Arts de Berne, consacre une exposition exceptionnelle à l’expressionniste allemand Ernst Ludwig Kirchner (1880–1938). Elle s’articule autour de la grande rétrospective de 1933, organisée par l’artiste lui-même à la Kunsthalle Bern. Une démarche rare à l’époque, qui offre aujourd’hui de nouvelles perspectives.

L’exposition montre comment Kirchner a procédé à une sélection, un accrochage et un remaniement ciblés de ses oeuvres, tentant non seulement de (re)configurer sa carrière artistique, mais aussi de concevoir une expérience spécifique de l’espace. Quelque 65 oeuvres issues de toutes les phases de sa création, dont des prêts importants provenant de collections nationales et internationales prestigieuses, nous indiquent comment Kirchner se mettait lui-même en scène, incarnant à la fois le rôle de l’artiste et celui du concepteur de l’exposition.


Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Sonntag der Bergbauern 
[Mountain Peasants on Sunday], 1923-24/26
Oil on canvas, 170 x 400 cm
Federal Republic of Germany
© Bundesrepublik Deutschland

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Alpsonntag. Szene am Brunnen 
[Sunday in the Alps. Scene at the Well], 1923-24/around 1929
Oil on canvas, with original painted frame,168 x 400 cm
Kunstmuseum Bern
© Kunstmuseum Bern

Pour la première fois, les deux oeuvres monumentales Alpsonntag. Szene am Brunnen (Dimanche sur l’alpe. Scène près de la fontaine, 1923-1924 / vers 1929, Kunstmuseum Bern) et Sonntag der Bergbauern (Dimanche des paysans de montagne, 1923-1924 / 1926, salle du cabinet de la Chancellerie fédérale, Berlin) sont à nouveau réunies et constitueront le point d’orgue de l’exposition. Les deux toiles inauguraient la rétrospective Kirchner à la Kunsthalle Bern en 1933, où elles étaient présentées côte à côte. Avec ces images puissantes, Kirchner exprimait sa façon de voir l’interaction entre monumentalité et aménagement de l’espace. Il voulait également prouver qu’il était capable de créer des oeuvres ayant un rayonnement public, des oeuvres qui dépassaient le cadre de l’espace d’exposition pour avoir un impact sur la société. Cela lui tenait particulièrement à coeur, car il avait longtemps envisagé de peindre la salle des fêtes du musée Folkwang à Essen mais, en 1933, ce projet avait définitivement échoué.

Bien que conçues comme des pendants, ces deux peintures monumentales n’ont plus jamais été exposées ensemble depuis 1933. Alpsonntag. Szene am Brunnen a été directement acheté par le Kunstmuseum Bern après l’exposition. Un acte symbolique s’il en est : il s’agissait du premier et unique achat d’un tableau par un musée suisse du vivant de l’artiste. Sonntag der Bergbauern a d’abord été prêté, puis finalement acquis en 1985 par la Collection d’art de la République fédérale d’Allemagne. Le fait que la Chancellerie fédérale allemande ait accepté de prêter ce tableau, accroché bien en vue, de manière permanente, dans la salle du Conseil des ministres, constitue à la fois une exception et un fait marquant.

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Alpaufzug [Ascending the Alps], 1918/1919
Oil on canvas, 139 x 199 cm
Kunstmuseum St. Gallen, acquired 1955
© Kunstmuseum St. Gallen, photograph: Stefan Rohner

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Berglandschaft von Clavadel 
[Mountain Landscape from Clavadel], 1925-26/27
Oil on canvas, 135 × 200,3 cm
Museum of Fine Arts, Boston, 
Tompkins Collection – Arthur Gordon Tompkins Fund
Photograph © 2025 Museum of Fine Arts, Boston

Parmi les autres points forts de l’exposition figurent des chefs-d’oeuvre tels que Rue, Dresde (1908/1919, Museum of Modern Art de New York), Rue avec cocotte rouge (1914/1925, Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid), Paysage de montagne de Clavadel (1927, Museum of Fine Arts de Boston), Danse des couleurs I [Projet pour Essen] (1932, Museum Folkwang Essen) ou Les mangeurs (1930, Galerie Henze & Ketterer, Wichtrach/Berne).

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Strasse mit roter Kokotte 
[Street with Red Cocotte], 1914/25 
Oil on canvas, 125 x 90,5 cm
Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid
© Museo Nacional Thyssen-Bornemisza, Madrid

Ernst Ludwig Kirchner
Ernst Ludwig Kirchner
Sich kämmender Akt 
[Nude Woman Combing Her Hair], 1913
Oil on canvas, 125 x 90 cm
Brücke-Museum, Berlin 
© Brücke-Museum, Ernst Ludwig Kirchner, 
CC-BY-SA 4.0

Ernst Ludwig Kirchner : le commissariat d’exposition comme acte artistique

L’exposition Kirchner x Kirchner montre à quel point Ernst Ludwig Kirchner avait conscience de son rôle de commissaire d’exposition : en 1933, en étroite collaboration avec Max Huggler (1903-1994), alors directeur de la Kunsthalle Bern et plus tard directeur du Kunstmuseum Bern, il organise la rétrospective la plus complète de sa carrière. Il ne se contente pas de sélectionner les oeuvres et de concevoir leur disposition, mais réalise également l’affiche et le catalogue de l’exposition ; il rédige même un texte d’accompagnement sous le pseudonyme de Louis de Marsalle. Kirchner structure ainsi sciemment son oeuvre, retravaille certaines toiles et utilise l’espace d’exposition qui fait partie intégrante de son message artistique. Une lettre adressée à Max Huggler le 21 décembre 1932 montre à quel Ernst Ludwig Kirchner considérait l’exposition comme un acte artistique :
« Accrocher une exposition en ajustant les couleurs et les formes, c’est comme créer un tableau. »
L’exposition du Kunstmuseum Bern met pour la première fois l’accent sur cette perspective curatoriale. Elle ne cherche pas à reproduire fidèlement la rétrospective historique de 1933 mais à mettre en lumière sa structure, ses intentions et son impact dans une perspective contemporaine. Pourquoi un artiste écrit-il sa propre histoire et pourquoi Kirchner choisit-il précisément cette forme de représentation en 1933 ? Ce sont les questions centrales qui se posent à nous. Quelles étaient ses intentions ? Et comment cette mise en scène ciblée influence-t-elle, aujourd’hui encore, la perception de son oeuvre ?
« La rétrospective de 1933 était bien plus qu’une exposition, c’était un manifeste artistique. Elle reflétait en les concentrant les efforts de Kirchner pour trouver son propre langage visuel ainsi que son besoin de se repositionner sur le plan artistique. » -- Nadine Franci, conservatrice du département des dessins et arts graphiques au Kunstmuseum Bern et commissaire de l’exposition.
En opposant l’interprétation établie de l’histoire de l’art à la vision que Kirchner avait lui-même de son oeuvre, l’exposition Kirchner x Kirchner propose une nouvelle approche de sa conception artistique et met en même temps en évidence sa volonté créatrice en tant que commissaire.

Contexte historique de la rétrospective de 1933

L’exposition à la Kunsthalle Bern eut lieu de mars à avril 1933, à un moment décisif pour Kirchner tant sur le plan politique que personnel. En Allemagne, après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes, ses oeuvres font de plus en plus souvent l’objet de diffamation et sont retirées des musées. En Suisse, où il vit depuis 1917, il a l’occasion de donner une vue d’ensemble de son art.

Avec plus de 290 oeuvres, la rétrospective de 1933 fut l’exposition la plus complète jamais organisée du vivant de l’artiste. De nombreuses oeuvres provenaient de sa collection personnelle, mais Kirchner insista pour y inclure également des prêts provenant de collections publiques et privées. Il souhaitait ainsi donner l’image d’un artiste établi.
« Je pourrais facilement organiser toute l’exposition à partir de mes propres collections, mais ce serait mieux si certaines oeuvres provenant de collections publiques ou privées n’étaient pas à vendre [...]. » -- Ernst Ludwig Kirchner dans une lettre à Max Huggler, le 20 novembre 1932

 

Photographie de Ernst Ludwig Kirchner
Aura Hertwig-Brendel

Portrait d’Ernst Ludwig Kirchner, 1913/14

Photographie
Succession Ernst Ludwig Kirchner
© Nachlass Ernst Ludwig Kirchner,
courtesy Galerie Henze & Ketterer, Wichtrach/Bern
 
Kirchner x Kirchner : de l’époque de Die Brücke (1905-1913) aux oeuvres tardives de Davos (1917-1937)

Comme en 1933, Kirchner x Kirchner retrace le parcours de l’artiste, depuis ses débuts expressionnistes au sein du groupe Die Brücke jusqu’aux oeuvres tardives de Davos. Contrairement à l’exposition historique, les différentes phases de sa création sont aujourd’hui représentées de manière plus équilibrée. L’exposition montre également des travaux qui ne figuraient pas à Berne en 1933, soit parce que Kirchner les avait délibérément exclus, soit parce qu’ils n’étaient pas disponibles. Cela permet de comprendre les décisions prises par Kirchner à l’époque et les raisons qui les ont motivées.

La présentation s’organise selon différents thèmes, répartis sur cinq salles. Des oeuvres centrales ont donc été regroupées et mettent aussi en lumière la pensée curatoriale de Kirchner. La première salle est consacrée aux années passées à Dresde et à Berlin, avec des nus, des scènes de rue et l’univers du music-hall. Aujourd’hui encore, ces oeuvres sont considérées comme le sommet de son art. Elles n’étaient que peu représentées dans l’exposition de 1933 : Kirchner y montrait principalement des oeuvres qui lui avaient déjà valu une reconnaissance en Allemagne ou qui mettaient particulièrement en évidence ses innovations stylistiques.

En face, dans la dernière salle, se trouvent les oeuvres tardives, longtemps considérées comme moins importantes. Pour Kirchner cependant, elles marquaient en 1933 l’apogée de son évolution et occupaient donc une place prépondérante dans la rétrospective historique.

L’objectif de Kirchner était de mettre en valeur tout l’éventail de son style et de retracer son évolution à travers ses oeuvres. Il avait délibérément juxtaposé des oeuvres issues de différentes phases créatives et renoncé à un accrochage chronologique. Il avait même en partie retravaillé certaines oeuvres de ses débuts afin de mettre en évidence son évolution. Kirchner x Kirchner reprend cette approche afin que l’on puisse découvrir à la fois la diversité stylistique et les réflexions conceptuelles qui sous-tendent la présentation de l’artiste.

La grande salle principale est consacrée à la rétrospective historique. La démarche curatoriale de Kirchner a été reprise : paires d’oeuvres reconstituées, espaces intentionnellement ouverts sur d’autres salles et accent mis sur certaines couleurs. Parallèlement, le choix des oeuvres permet de retracer l’historique de l’acquisition de Alpsonntag. Szene am Brunnen (Dimanche sur l’alpe. Scène près de la fontaine) par le Kunstmuseum Bern, documentant ainsi une partie de l’histoire de la collection.

Les deux salles attenantes, plus petites, se concentrent sur les aspects formels et structurels. Une sélection d’oeuvres sur papier montre clairement que Kirchner a expérimenté la couleur, la surface, la ligne et le mouvement pendant des décennies et qu’il est resté fidèle à lui-même malgré l’évolution de son langage formel.

La sélection des oeuvres exposées, reliées au contexte historique, et le nouveau regard porté sur l’artiste font de l’ambitieux projet d’exposition Kirchner x Kirchner une expérience unique.

Kirchner x Kirchner - Catalogue
Kirchner x Kirchner
Catalogue édité par Nina Zimmer et Nadine Franci
Avec des contributions de Nadine Franci et Katharina Neuburger 
ainsi qu’une préface de Nina Zimmer
160 pages, env. 80 reproductions, 22 x 28 cm, broché,
Éditions Hirmer, 2025
Édition allemande: ISBN 978-3-7774-4642-4
Édition anglaise: ISBN 978-3-7774-4696-7

Vernissage
L’exposition sera inaugurée le jeudi 11 septembre 2025, à partir de 18:30. Ce soir-là, l’entrée sera libre.

Commissaire d’expositionNadine Franci, conservatrice du département des dessins et arts graphiques Kunstmuseum Bern

KUNSTMUSEUM BERN
Hodlerstrasse 8–12, 3011 Berne