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07/10/25

Wolfgang Laib @ Kunsthaus Zürich - Exposition "Toucher l'essentiel" - Oeuvres de Wolfgang Laib et de la collection du musée

Wolfgang Laib. Toucher l’essentiel 
Kunsthaus Zürich 
3 octobre 2025 - . . .

Wolfgang Laib - Installation au MoMa
Wolfgang Laib en train de tamiser du pollen de
noisetier, 2013
Installation au Museum of Modern Art, New York
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib
 
La montagne inaccessible, 2017
Pollen du noisetier, 600 x 700 cm
Installation au MASI, Lugano
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Installation Pollen de noisetier
Wolfgang Laib 
Pollen du noisetier, 1992
Pollen du noisetier, 400 x 500 cm
Installation au MOCA - The Museum of Contemporary Art, 
Los Angeles
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Maison de Riz
Wolfgang Laib 
Reishaus (Maison de riz), 1993/1994
Marbre blanc, riz, 32 × 40 × 125 cm
Collection Cristina et Thomas Bechtler
© Wolfgang Laib

Le Kunsthaus Zürich présente actuellement, dans le cadre de la série «ReCollect!», une exposition organisée en collaboration avec l’artiste allemand Wolfgang Laib (*1950 Metzingen). Elle associe les créations de Wolfgang Laib et une sélection d’oeuvres issues de la collection du Kunsthaus Zürich. Wolfgang Laib, qui compte parmi les artistes majeurs de notre époque, a exposé dans nombre de musées, lieux d’exposition et bâtiments historiques prestigieux d’Europe, des États-Unis et d’Asie.

Depuis la fin des années 1970, Wolfgang Laib développe un langage artistique bien à lui. A partir de matériaux naturels tels que le pollen, la cire, le lait ou la pierre, il crée des oeuvres avec lesquelles il «révèle, par des gestes sculpturaux infimes, des espaces intérieurs infiniment vastes» soulignait Harald Szeemann.

Sur le plan du contenu, son art s’est développé sur fond de diverses traditions littéraires, philosophiques et spirituelles, surtout d’Europe et d’Asie. Sur le plan formel, Wolfgang Laib recourt à une esthétique claire et dépouillée, étroitement liée au développement de l’art moderne, principalement en Europe et aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Wolfgang Laib a souvent exposé ses oeuvres dans d’importants édifices religieux d’Italie, où elles ont rencontré de l’architecture et des oeuvres d’art allant du 6e siècle à la Renaissance. Dans le cadre de «ReCollect!», ce type de rencontres «transhistoriques» se produit maintenant dans un contexte muséal: les oeuvres de Wolfgang Laib côtoient des chefs-d’oeuvre de la collection, du Moyen Âge au 20e siècle. Ces confrontations permettent de poser un regard neuf sur les deux volets de l’exposition: l’art de Laib et la collection du Kunsthaus.

Wolfgang Laib - Installation
Wolfgang Laib
Pierre de lait, 1987–1989
Marbre blanc, lait, 2 × 122 × 130 cm
Atelier de l’artiste, sud de l’Allemagne
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Zikkurat, 2000
Cire d’abeille, structure en bois, 460 × 150 × 130 cm
Installation au Toyota Municipal Museum of Art,
Toyota City, Japon 
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, sans date
Granite noir indien, huile de tournesol, suie
Atelier de l’artiste, sud de l’Inde
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Tombe près de Badami, sud de l’Inde, 2001
Gélatine argentique sur papier baryté, 40,6 × 30,4 cm
Collection privée 
© Wolfgang Laib

AVEC WOLFGANG LAIB DANS LA COLLECTION DU KUNSTHAUS ZÜRICH

L’exposition se tient au premier étage du bâtiment Müller, un espace qui sera systématiquement utilisé dans les années à venir pour créer des dialogues entre la collection et l’art contemporain. Wolfgang Laib connaît la collection du Kunsthaus depuis son enfance – ce lieu l’a marqué tout autant que le Musée Rietberg, qu’il a également souvent visité. Conformément au concept de «ReCollect!», Wolfgang Laib est à la fois artiste et commissaire. Il a préparé l’exposition en dialogue avec Philippe Büttner, conservateur senior de la collection, qui dès 2005 avait organisé une grande rétrospective consacrée à Wolfgang Laib à la Fondation Beyeler.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib 
Blütenstaub von Haselnuss, 2020–2023 
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib  
Schiffe, 2012
with Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1914/1922
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Works Wolfgang Laib: © Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib
  
Für einen anderen Körper, 1988/2025
Beeswax, wood construction
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

OEUVRES DE L’EXPOSITION

L’exposition présente une cinquantaine d’oeuvres centrales de Wolfgang Laib. Y figurent des oeuvres de presque tous les ensembles majeurs de son travail, notamment une grande oeuvre de pollen, un «Brahmanda» (grande sculpture ovoïde en pierre), une pierre de lait, une ziggourat (tour pyramidale à étages), une chambre de cire dans laquelle on peut entrer, des maisons de riz, un escalier en laque ainsi que d’autres sculptures, dessins et photographies.

Elles sont complétées par quelque 30 oeuvres de la collection du Kunsthaus Zürich datant du 14e au 20e siècle. Laib a procédé lui-même à leur sélection, et fait dialoguer ses travaux avec des oeuvres importantes de l’histoire de l’art. Parmi les oeuvres sélectionnées figurent des peintures de Fra Angelico (entourage), Matteo di Giovanni, Philippe de Champaigne, Heinrich Freudweiler, Ludwig Hess, Claude Monet, Ferdinand Hodler ainsi que des travaux d’Alberto Giacometti, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Wassily Kandinsky, Verena Loewensberg, Piet Mondrian, Barnett Newman, Mark Rothko, Robert Ryman, Sophie Taeuber-Arp et Lee Ufan.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Touching the Essential. Wolfgang Laib and 
the Collection of the Kunsthaus Zürich
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky 
Schwarzer Fleck, 1921 
Huile sur toile, 138 x 120 cm
Kunsthaus Zürich, 1947

Claude Monet - Meule au soleil
Claude Monet 
Meule au soleil, 1891
Huile sur toile, 60 x 100 cm
Kunsthaus Zürich, Acquisition du legs Otto Meister 
grâce à une contribution du Crédit Suisse, 1969

Jina Rishabha
Artiste inconnu, Jina Rishabha
Inde, Rajasthan, Chandravati, XIe/XIIe siècle
Marbre, dimensions totales: 161 × 57 × 25 cm
Musée Rietberg, collection Eduard von der Heydt
Photo: Rainer Wolfsberger, Musée Rietberg

Par ailleurs, l’exposition présente certaines oeuvres d’art asiatique qui ont également influencé le travail de Laib. Elles proviennent surtout d’Inde. On notera en particulier un important prêt du Musée Rietberg: une statue en marbre issue de la tradition jaïne indienne, dont la philosophie de non-violence a profondément marqué Wolfgang Laib. Elle représente Jina Rishabha, le premier des 24 grands maîtres du jaïnisme, et provient à l’origine d’un contexte architectural religieux et rituel.

WOLFGANG LAIB : UNE RELATION DE LONGUE DATE AVEC LE KUNSTHAUS ZÜRICH

La relation personnelle qu’entretient Laib avec le Kunsthaus Zürich est un élément central de l’exposition – tout comme celle qui le lie au Musée Rietberg. Ces deux institutions ont joué un grand rôle dans son évolution. Le Kunsthaus lui offre donc un cadre idéal pour nouer un dialogue vivant entre ses oeuvres et celles d’autres époques.

C’est aussi au Kunsthaus Zürich qu’a exercé, à partir de 1981, Harald Szeemann (1933-2005), conservateur de renom et compagnon de route de Wolfgang Laib. Harald Szeemann a apporté un soutien décisif à Wolfgang Laib et à son oeuvre. Dans un rapport annuel de la Zürcher Kunstgesellschaft, il écrivait à propos de l’artiste: « Wolfgang Laib n’est pas un Européen aux influences indo-tibétaines qui utilise le contexte de l’art; c’est plutôt un artiste résolument contemporain qui, par de minuscules gestes sculpturaux, révèle des espaces intérieurs immensément vastes. […] Ses oeuvres sont d’une beauté absolue et sans détour qui permet de respirer autrement. »

A l’intérieur du musée, les oeuvres de Wolfgang Laib dégagent une force spirituelle tranquille. Dans leur dépouillement radical, elles nouent un dialogue passionnant avec la collection – non pour la concurrencer, mais pour la compléter de leur présence intemporelle.

Un catalogue en allemand, reproduisant l’intégralité des oeuvres, paraît à l’occasion de l’exposition. Avec des contributions de Wolfgang Laib, Philippe Büttner, Johannes Beltz (directeur adjoint du Musée Rietberg), Mami Kataoka (directrice du Mori Art Museum de Tokyo) et la réimpression d’un texte de Harald Szeemann sur une oeuvre de Wolfgang Laib acquise en 1991 par le Kunsthaus Zurich.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

15/10/22

Exposition De la nature @ Musée de Grenoble - Philippe Cognée, Cristina Iglesias, Wolfgang Laib, Giuseppe Penone

De la nature
Philippe Cognée, Cristina Iglesias, 
Wolfgang Laib, Giuseppe Penone
Musée de Grenoble
22 octobre 2022 - 19 mars 2023

Musée de Grenoble - De la nature - Affiche de l'exposition
Musée de Grenoble - De la nature 
Affiche de l'exposition
Courtesy Musée de Grenoble


Wolfgang Laib
Wolfgang Laib
Installation d’un pollen
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, Février 2016
© Wolfgang Laib

Le musée invite dans le cadre d’une exposition intitulée « De la nature » quatre plasticiens de renommée internationale pour qui la question du rapport de l’humain à la nature est essentielle : Philippe Cognée, Cristina Iglesias, Wolfgang Laib et Giuseppe Penone.

La relation de l’homme à la nature apparaît d’ores et déjà comme un des sujets majeurs du XXIᵉ siècle. La prise de conscience écologique à l’échelle planétaire qui a marqué ces deux dernières décennies est en train de bouleverser nombre de systèmes de pensée dans des domaines aussi divers que ceux de l’économie, du social, du politique ou du culturel… Cette question du lien entre l’être humain et son environnement n’est pourtant pas nouvelle. Elle se situe même au fondement des origines de l’humanité et surgit, de fait, dès l’instant où l’homo sapiens commence à conceptualiser ce qui l’entoure, notamment par les dessins et les peintures rupestres.

Pour revenir sur ce thème déterminant de la création artistique, les quatre artistes invités qui furent au demeurant déjà présentés à Grenoble lors d’expositions monographiques, viennent d’horizons très différents et permettront, grâce à leurs propositions plastiques inédites, d’éclairer sous des aspects résolument originaux et singuliers cette relation. 

Ainsi pour Philippe Cognée, seul peintre de la sélection, le paysage apparaît dans son œuvre en contrepoint de ses vues urbaines qui l’ont fait connaître, comme l’expression d’un chaos ordonné, à la fois lieu originel et vital en même temps que sauvage et menaçant. 

Pour l’exposition, Philippe Cognée a sélectionné des tableaux issus de trois séries distinctes. Tout d’abord celle des Fleurs, un sujet classique par excellence et dont il tire une fantasmagorie à la fois effrayante et fascinante ; celle des Paysages ensuite, avec des forêts enneigées et des buissons de ronces qui le conduisent aux limites de l’abstraction ; celle des Châteaux de sable enfin, métaphores de nos civilisations aux fondations vacillantes et que l’eau et le vent emportent peu à peu…

Pour Cristina Iglesias, la nature se manifeste sous l’aspect de « motifs décoratifs » qui subvertissent les formes architecturales qu’elle édifie, posant à nouveau avec ironie et sensualité la question du rapport entre nature et culture. 

Pour cette manifestation, Cristina Iglesias a conçu une nouvelle “chambre” étrange et secrète, à la fois minérale et suintante d’humidité, organisme architecturé et primitif, paradoxal, où le trompe-l’œil est une invitation au voyage adressée à l’esprit. Cette sculpture sera accompagnée d’une série inédite de travaux sur cuivre

Avec Wolfgang Laib, la relation à la nature s’inscrit dans une démarche d’ordre spirituel où l’œuvre d’art devient offrande à la vie et à la Création. 

A Grenoble, Wolfgang Laib présente un carré de pollen. Une œuvre fondatrice de sa démarche artistique qui constitue toujours pour le spectateur une expérience unique, à la fois rencontre très concrète avec la nature et incitation à la méditation sur sa beauté et sa fragilité. En contrepoint seront exposés un grand Brahmanda en granit poli, masse noire et ovoïde pesant de tout son poids et de son obscurité insondable, métaphore du cosmos, et un ensemble de dessins diaphanes au pastel blanc, évocation des limites du visible et de l’invisible…

Enfin, Giuseppe Penone, dans un rapport fusionnel avec les éléments, révèle les énergies qui traversent l’être humain et l’unissent de manière consubstantielle à son milieu d’origine, la nature.

Pour l’exposition, Giuseppe Penone associe deux séries d’œuvres. Les Gesti vegetali, des sculptures en bronze, à mi-chemin entre la figure humaine et le végétal, véritables « esprits de la forêt » s’élevant parmi les plantes et les arbustes plantés pour l’occasion ; et les Verde del bosco, des empreintes d’écorces d’arbres réalisées avec la chlorophylle de feuilles frottées et qui donnent naissance à de nouvelles images de la forêt. De la trace à l’incarnation, tel est le chemin…

CATALOGUE
De la nature. Ouvrage collectif, sous la direction de Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble, et Sophie Bernard, conservateur en chef, collections d’art moderne et contemporain. Avec les contributions de Deepak Ananth, Jean-Christophe Bailly, Sophie Bernard, Marie Darrieussecq, Clélia Nau, Guy Tosatto.

Commissariat de l'exposition:
Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble
Sophie Bernard, conservatrice en chef pour l’art moderne et contemporain, musée de Grenoble

MUSÉE DE GRENOBLE
5 Place de Lavalette, 38000 Grenoble

04/12/05

Exposition Wolfgang Laib, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle - "L’éphémère, c’est l’éternité"

Wolfgang Laib 
L’éphémère, c’est l’éternité 
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle 
27 novembre 2005 – 26 février 2006 

Né en 1950 à Metzingen en Allemagne, Wolfgang Laib est à ce jour le plus jeune artiste auquel la Fondation Beyeler ait consacré une exposition particulière. Celle-ci est née en étroite collaboration avec l’artiste. Par sa sobriété, l’espace de la Fondation Beyeler, conçu par Renzo Piano, permet une approche particulièrement intense de l’œuvre de Laib.

La création tout à fait singulière de cet artiste, qui repose sur l’emploi de matériaux naturels, fait de Laib une des personnalités marquantes de l’art de ces trente dernières années. Après les expositions que lui ont consacrées plusieurs galeries et musées suisses (dont, en 1990, le Kunstmuseum de Lucerne et plus récemment, en 2003/04, la Galerie Caratsch de Pury & Luxembourg de Zurich), la Fondation Beyeler est le premier établissement suisse à présenter une rétrospective, prenant ainsi en compte tous les aspects de son œuvre. Wolfgang Laib, qui travaille notamment avec du pollen, du lait, du riz et de la cire, se concentre sur un petit nombre de séries dont il poursuit le développement sous forme de cycles. Présentées dans cette exposition, elles révèlent pleinement les dimensions inhabituelles que les installations de cet artiste confèrent à l’espace d’exposition moderne. Ces dimensions sont indissociables de la profonde spiritualité de Laib et de la fusion entre éléments orientaux et occidentaux qui caractérise son œuvre. Médecin de formation, Laib est tout aussi marqué, en tant qu’artiste et en tant qu’homme, par les rites, les formes et la sagesse orientaux que par la mystique d’un saint François d’Assise ou par des artistes modernes comme Mondrian, Malevitch, Brancusi ou Joseph Beuys.

On découvrira dans cette exposition vingt œuvres spatiales ainsi qu’une trentaine de dessins et de photographies, dont certains travaux qui n’ont encore jamais été présentés en Suisse. Chronologiquement, l’exposition s’ouvre sur l’un des deux Brahmandas (Œufs-mondes) en pierre massive, que l’artiste a réalisés au début des années 1970 et qui marquent le commencement de sa carrière artistique. Suivent les Pierres de lait (Milchsteine), premières pièces de musée de Laib, qui voient le jour à partir de 1975 et qu’il continue de décliner aujourd’hui. Les Pierres de lait sont des objets d’une grande sobriété, installés à même le sol. Sur leur partie supérieure, les blocs de marbre rectangulaires présentent une légère déclivité, quotidiennement remplie de lait. Le marbre blanc et le lait se fondent ainsi en une unité indissociable de solidité et de fluidité. Suivent les célèbres Champs de pollen, dont on a déjà pu découvrir certains lors d’expositions temporaires de la Fondation Beyeler (La Magie des arbres, 1998 et Le Mythe de la fleur, 2005). Ils sont constitués de poudre de pollen éclatante, répandue sur le sol du musée où elle dessine des rectangles d’une luminosité magique. L’artiste le recueille lui-même dans les prairies et les forêts de pins de sa Haute Souabe natale. La mise en place du pollen, conservé dans des récipients de verre, fait l’objet d’un processus méticuleusement défini. Sur les photographies publiées dans des catalogues ou des articles de journaux et qui conservent la trace de ce processus, l’artiste apparaît comme un Jackson Pollock méditatif, éparpillant une abstraction spirituelle de pure nature dans le White Cube profane, l’espace d’exposition classique de l’art moderne.

Dans des œuvres comme les Pierres de lait ou les Champs de pollen qui invitent à une contemplation paisible, l’artiste enrichit la salle de musée d’une nouvelle dimension de perception. Il faut attendre les séries ultérieures pour le voir commencer à s’évader du calme statique de l’œuvre et envahir l’espace. C’est le cas, par exemple, des Repas de riz (Reismahlzeiten) – assiettes de laiton remplies de riz, disposées longitudinalement, – ou des petites Cinq montagnes que l’on ne peut escalader (Die fünf unbesteigbaren Berge), réalisées à partir de tas de pollen. Ici, l’œuvre nous invite à la longer et à mesurer à son rythme l’espace dans lequel elle est présentée. Cette tendance à une dynamique spatiale s’accentue considérablement dès que l’artiste se lance dans des travaux de plus grandes dimensions, qui partent également, et de façon croissante, à la conquête de la verticalité. On peut citer, à partir de 1995, les tours qui se dressent sous forme d’escaliers des Ziggourats (Zikkurats) et les Bateaux de cire (Wachsschiffe), qui parcourent l’espace sur de hauts châssis de bois. Les Ziggourats citent des formes d’architecture religieuse orientale, qu’elles traduisent dans un langage que l’on peut appréhender dans l’espace du musée : tandis que notre regard suit la topographie des tours, l’espace du musée se transforme sous nos yeux en lieu d’ascension métaphorique, dont la nature n’est pas exclusivement esthétique. Cette idée de mouvement est encore plus perceptible dans les Bateaux de cire, dont certains, sur leurs châssis de bois, conduisent déjà d’une salle à l’autre. Ici, Wolfgang Laib nous présente le White Cube du musée comme un lieu dont les frontières ne sont pas infranchissables. Jadis récipient d’un statisme artificiellement animé, il devient lieu de départ d’un voyage mythique. À la Fondation, les Bateaux de cire trouvent un lieu d’exposition spectaculaire au Foyer du musée, où ils rencontrent une œuvre monumentale de l’UBS Art Collection, exposée simultanément au musée, mais dans un autre espace.

L’exposition permet à découvrir également des exemples majeurs d’œuvres se présentant elle-mêmes comme espaces, un sommet de la création de Laib. Citons d’abord les Chambres de cire (Wachsräume) créés dès la fin des années 1980, dont on peut découvrir ici un exemplaire. Ne se contentant plus de l’espace (de musée) existant, Laib façonne lui-même des espaces oblongs revêtus de cire mais vides par ailleurs, auxquels la présence du spectateur apporte un complément idéal : l’œuvre elle-même se transforme en lieu. La même observation s’applique à un nouveau travail, la Chambre de laque (Lackraum), fait de laque noire et cinabre tirée de résine de thitsi originaire de Birmanie (Myanmar). Mais si les Chambres de cire et la Chambre de laque transportables sont conçus comme un espace dans l’espace, un dernier pas est franchi comprenant de tels espaces qui sont directement intégrés dans la nature : l’art de Laib s’y émancipe entièrement du White Cube. Il n’existe que deux de ces Chambres de cire, dont l’un a récemment vu le jour sur un terrain appartenant à l’artiste. Il n’est pas accessible au public et figure pour la première fois sous forme de photographie dans le catalogue de l’exposition de la Fondation Beyeler.

On peut également découvrir d’importants travaux du cycle des Maisons de riz (Reishäuser) en forme de coffres, un escalier de laque recouvert de laque birmane et une œuvre murale faite d’éléments de cire triangulaires, qui n’a encore jamais été présentée. Un choix de dessins et de photographies de l’artiste complète l’exposition. Alors que les dessins permettent à Laib d’élargir son travail spatial par des méditations à la fois précises et libres sur papier, les photos témoignent du regard artistique qu’il pose sur des paysages, des monuments et des objets (souvent sacrés), originaires pour la plupart du Proche et de l’Extrême Orient et qui sont d’un immense intérêt pour la compréhension de son œuvre. Ces travaux témoignent en même temps des affinités singulières de Laib avec la dimension du religieux et du contemplatif. Ce lien a conduit certains auteurs à percevoir chez lui une forme d’antagonisme, l’aspect conceptuel et artistique du concept de Laib s’inscrivant, selon eux, dans la pensée occidentale, contrairement à son aspect idéologique et religieux, qui relèverait de l’Orient.

Tel n’est pas l’avis d’Harald Szeemann, particulièrement proche de l’artiste. Il considère que ces deux composantes sont déjà réunies et anticipées par d’autres artistes, dont il considère Laib comme le successeur : Kandinsky, Mondrian et Brancusi. Selon Szeemann, Wolfgang Laib « … n’est pas un européen indianisé qui sert du contexte de l’art, mais il est un contemporain conscient qui indique à travers des gestes sculpturaux minimes, des espaces intérieurs gigantesques ».

Ce ne serait évidemment pas possible sans la position personnelle tout à fait particulière de l’artiste qui réunit des forces extrêmement différentes — depuis une figure comme Bouddha en passant par François d’Assise pour aller jusqu’au mystique soufi Jelaluddin : Laib se présente donc comme un artiste contemporain qui, depuis plus de trente ans, s’accroche au concept radical d’une unité inclusive. Un peu de ce radicalisme résonne dans le sous-titre de l’exposition, inspiré de propos de Laib : — « L’éphémère, c’est l’éternité ».

Les éditions Hatje Cantz ont publié un catalogue bilingue (allemand, anglais) de 124 pages et 50 illustrations en couleurs (CHF 68. –). Il contient des contributions de Christoph Vitali, Katharina Schmidt, Philippe Büttner et Ulf Küster.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel
www.beyeler.com

31/01/04

Wolfgang Laib, Buchmann Galerie, Cologne - Where the Land and Water Ends

Wolfgang Laib
Where the Land and Water Ends
Buchmann Galerie, Cologne
January 31 - March 24, 2004

The Buchmann Gallery presents Where the Land and Water Ends, Wolfgang Laib’s first large installation work in black and vermillion red thitsi lacquer from Burma (Myanmar).

In 2002, having previously worked with selected materials such as pollen, milk, beeswax, marble, rice and sealing wax, Wolfgang Laib created his first thitsi lacquer sculptures, which were exhibited by Buchmann gallery during Art Basel 2002.

Upon entering the vast lacquer chamber in Cologne, the visitor is immediately captivated by the power of the work. The room allows for an experience the like of which often seems foreign to us in this day and age. In the diffuse light and concentrated stillness there arises a fascinating sense of bewilderment about the ineffable and inexplicable nature of our being.

In 1975 Wolfgang Laib (born 1950) created the first milk stones, in 1977 he collected his first pollen, in 1983 he worked with rice for the first time, in 1987 with beeswax and in 2002 with thitsi lacquer. Wolfgang Laib never quite completes any of his group of works. They stand side-by-side, equal in weight and in worth. In this way the artist is not concerned with innovation or formal further development but with continuity. His work is marked by shapes and materials which repeat themselves in regular cycles.

For many years Wolfgang Laib has belonged to that group of German artists who are consistently valued and held in high esteem both at home and abroad. At the start of 2003, a retrospective toured five museums in the USA and culminated in an exhibition, notable both for its size and success, in Munich’s Haus der Kunst. A comprehensive retrospective is currently touring Asia’s most important museums. Major works by Wolfgang Laib are featured in, among others, the collections of MoMA New York, the De Pont Foundation in Tilburg, the Pompidou Center in Paris, the Galerie der Stadt Stuttgart and the Kunstmuseum in Bonn.

BUCHMANN GALERIE
Aachener Strasse 65, 50674 Cologne

Related Post: Wolfgang Laib: Nowhere-Everywhere, Sperone Westwater, New York (1998)

26/04/98

Wolfgang Laib, Sperone Westwater, NYC

Wolfgang Laib: Nowhere-Everywhere 
Sperone Westwater, New York
2 May - 13 June 1998

Sperone Westwater announces an exhibition by WOLFGANG LAIB.

The artist presents a new installation of ziggurat-like forms in beeswax, which will fill the gallery from floor to ceiling concealing various architectural details of the gallery space. The exhibition also features Rice House, 1996, a five-foot long marble floor sculpture in the shape of a house surrounded by mounds of white rice. The ziggurat and the house are primary structures, reflecting the artist's interest in pre-modern and non-western dwellings and spiritual places.

Born in 1950 in Metzingen, Germany, WOLFGANG LAIB originally studied medicine at the University of Tübingen. Disillusioned with Western medicine and science, he came to view the natural sciences as limited in their dependency on logic and the material world. His search for something else led him to Eastern spiritualism, philosophy, and pre-Renaissance thought. Since 1975, Wolfgang Laib has worked exclusively as an artist and has built an international reputation. A one-person exhibition was recently held at The Arts Club of Chicago. Wolfang Laib has held solo shows at the Capc/Musee d'art contemporain de Bordeaux (1986 and 1992), the Museum of Contemporary Art, Chicago (1989), the Museum of Contemporary Art, Tokyo (1990), the Centre George Pompidou, Paris (1992), The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, and the Kunstmuseum Bonn (1993). In the past year he participated in the Venice Biennale. His work was also included in Objects of Desire: The Modern Still Life, which was organized by The Museum of Modern Art, New York and traveled to the Hayward Gallery, London. His work can be found in museum collections worldwide.

SPERONE WESTWATER, NEW YORK
www.speronewestwater.com

Updated 04.07.2019