16/02/26

Zineb Sedira @ Marseille, Friche La Belle de Mai - Installation "Les rêves n’ont pas de titre" - Saison Méditerranée 2026

Zineb Sedira 
Les rêves n’ont pas de titre
Friche La Belle de Mai, Marseille
21 mai — 27 septembre 2026

Présentée pour la première fois en France, l’installation Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira a été conçue pour le pavillon français de la 59e édition de la Biennale de Venise en 2022 qui a reçu la mention spéciale du jury. Cette présentation à Marseille, à la Friche La Belle de Mai, à lieu dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026.

Zineb Sedira propose une expérience de la fiction du réel et brouille les frontières entre intimité et mémoire collective. À travers un récit autobiographique, l’artiste relie des moments clés de sa vie à des événements géopolitiques plus larges, au cinéma d’avant-garde et à des expériences diasporiques.

Depuis 25 ans, Zineb Sedira développe une pratique sensible portant sur la migration, l’acte de raconter et les biais inhérents aux récits officiels. Ses films constituent une exploration archivistique approfondie de l’identité et de l’activisme culturel.

Née en France en 1963 au sein d’une famille algérienne, elle s’implante à Londres au milieu des années 1980. Son histoire et celle de sa famille deviennent vite un terrain propice aux expérimentations artistiques.

L’installation Les rêves n’ont pas de titre de Zineb Sedira constitue une réflexion majeure sur les enjeux contemporains de la décolonisation et de l’identité hybride. À travers un dispositif immersif mêlant film, archives, reconstitutions scénographiques et éléments autobiographiques, l’artiste élabore une œuvre qui interroge simultanément les récits historiques, les formes de représentation et les constructions identitaires issues de l’histoire coloniale. Loin d’adopter une posture strictement documentaire ou militante, Zineb Sedira choisit une approche complexe et stratifiée, où le cinéma devient à la fois sujet, médium et métaphore.

L’un des axes fondamentaux de l’installation réside dans la réactivation du cinéma militant et tiers-mondiste des années 1960 et 1970, période charnière qui suit l’indépendance de l’Algérie en 1962. À cette époque, le cinéma ne se limite pas à un divertissement ou à une production culturelle nationale : il devient un instrument politique, un espace de construction symbolique et un vecteur de solidarités internationales. Les coproductions entre l’Algérie, la France et l’Italie témoignent d’un moment d’effervescence où l’image filmique participe activement à la formulation d’un imaginaire post-colonial. En revisitant ces références, Zineb Sedira ne se contente pas d’en proposer une lecture nostalgique. Elle en explore la dimension utopique : celle d’un art pensé comme outil d’émancipation collective et de dialogue transnational.

Toutefois, la décolonisation qu’elle met en scène ne se réduit pas à un événement historique clos. Elle apparaît comme un processus critique en cours, notamment dans la manière dont les récits sont produits et transmis. En brouillant les frontières entre fiction et archive, en mêlant images authentiques, reconstitutions et mises en abyme cinématographiques, l’artiste remet en question l’autorité des discours historiques stabilisés. Le spectateur est placé dans une situation d’incertitude : ce qu’il voit relève-t-il du document ou de la fiction ? Cette indétermination constitue précisément un geste de décolonisation formelle. Elle souligne que toute archive est construite, que toute mémoire est médiatisée, et que l’histoire officielle peut – et doit – être réécrite à partir de points de vue marginalisés. Décoloniser, chez Zineb Sedira, signifie ainsi déplacer le regard, interroger les hiérarchies narratives et réinscrire des voix longtemps tenues à l’écart dans l’espace symbolique de la représentation.

L’installation constitue un récit fondamentalement transnational. Les langues s’y croisent – français, arabe, anglais, italien – et les références culturelles circulent d’un territoire à l’autre. Cette pluralité linguistique et culturelle vient fissurer l’idée d’une identité nationale homogène. La décolonisation ne s’opère donc pas uniquement au niveau du contenu, mais également dans l’occupation symbolique de l’espace institutionnel.

Parallèlement à cette dimension politique et historique, l’œuvre développe une réflexion approfondie sur l’identité hybride. Née en France de parents algériens et vivant entre plusieurs pays, Zineb Sedira inscrit son propre parcours dans la trame de l’installation. La présence de membres de sa famille et de proches dans le film renforce l’articulation entre mémoire intime et mémoire collective. L’identité qui se dessine n’est ni univoque ni stable ; elle se construit dans l’entre-deux, dans la circulation et la superposition des appartenances. L’artiste ne choisit pas entre France et Algérie, entre héritage et contemporanéité : elle revendique la complexité d’une identité diasporique façonnée par les déplacements, les transmissions et les fractures historiques.

L’organisation spatiale de l’installation participe pleinement de cette réflexion. Elle comprend un ensemble de décors – studio de cinéma, salon domestique, bar, salle de projection – qui se répondent et se superposent. Cette pluralité d’espaces crée une expérience immersive où le visiteur circule entre différentes strates de réalité. Comme l’identité hybride, l’espace n’est pas unifié ; il est fragmenté, composite, en constante reconfiguration. L’oscillation entre plateau de tournage et intérieur familial matérialise la tension entre représentation publique et mémoire privée. L’identité apparaît alors comme une construction scénographique, toujours en train de se jouer et de se rejouer.

Le titre même, Les rêves n’ont pas de titre, offre une clé de lecture essentielle. Le rêve échappe à la catégorisation et aux assignations fixes. Il renvoie à un espace de liberté où les frontières nationales et identitaires se dissolvent. En suggérant l’impossibilité de nommer ou de circonscrire le rêve, Zineb Sedira affirme que l’identité post-coloniale ne peut être réduite à une étiquette. Elle est mouvante, plurielle, traversée par des mémoires contradictoires. L’absence de titre devient ainsi un refus de l’enfermement symbolique.