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08/04/12

Bernard Dufour: Manipulations, Maison des Arts Georges Pompidou, Carjac

Bernard Dufour: Manipulations
Maison des Arts Georges Pompidou, Carjac
8 avril — 3 juin 2012

Il est connu pour être peintre. Mais ses photographies éclairent autrement son travail d’artiste attaché à la représentation de sa propre vie. Ce sera la première exposition de photographies au Centre d’art contemporain… par un non-photographe, mais par un grand artiste. L’œuvre d’un quotidien où intime, infime et grandiose se croisent et s’apprivoisent.
« Tout mêler ou plutôt tout se faire succéder pour tout empiler, à la façon du temps dans son incoercible écoulement. Faire : ne rien retenir, ne rien privilégier… Comme si ce que je fais à l’atelier, quand j’y suis, n’était rien d’autre que l’image de ma vie. Devait n’être rien d’autre que l’image de ma vie. »
Dans cet esprit, et depuis plus de 60 ans, Bernard Dufour pratique régulièrement et presque quotidiennement la photographie. Ce corpus, présenté pour la première fois comme un véritable ensemble au Centre d’art contemporain à Cajarc, constitue rétrospectivement un grand corps composite, qui du noir et blanc argentique des années soixante, aux clichés numériques en couleur des années 2000-2011, témoigne, comme avec la peinture, de sa vie et du souci de vérité de Bernard Dufour.

Au même titre que la polarité peinture-littérature, repérée très tôt dans son œuvre, celle de photographie-peinture occupe une place importante. À l’exception de la présentation des clichés-verre à la Maison Européenne de la Photographie à Paris en 2000, c’est le plus souvent ce lien photographie-peinture qui a été évoqué dans différentes expositions. Or, nous souhaitons montrer ici comment l’intérêt de Bernard Dufour pour la photographie dépasse ce propos d’usage. Comment sa pratique permanente et sensible de la photographie est complexe. Comment il met en tension et accuse l’écart entre le réel et l’image. Comment les photographies échappent, malgré les tentatives d’organisation de leur auteur, à toute classification thématique qui les enfermerait dans un genre : la photo de nu, d’architecture, de voyage… Et comment donc, cet ensemble, « véritable bordel de la réalité, de la vie, son désordre perturbateur » est insoumis à tout pouvoir, à toute direction.
« Il me plaît beaucoup que l’usage crée chez moi de nouvelles choses, de même que l’usage de telle ou telle technique, inventent comme moi, autant que moi, au même titre que moi, dans une multiplication enchaînée et rebondissante des contraintes, des matériaux, donc de mes mains. »
Le titre Manipulations évoque ce jeu avec les matières, les gestes et les formes : le plaisir sensuel du laboratoire comme celui, aigu, du déclenchement, qu’une simple pression du doigt permet de capter. Saisissement du réel, de « ces très exacts reflets optiques de la réalité immobilisés dans l’instant. »

Commencée comme la tenue d’un journal, la photographie a connu différentes acceptions pour Bernard Dufour, dont la vie amoureuse et les amitiés constituent le socle du travail.

D’abord accumulées dans des boîtes, les images deviennent les modèles pour des peintures dans les années 70. Il amorce ce lien photo-peinture avec une série d’autoportraits réalisés au Pradier en 1972, quand, retiré dans la campagne aveyronnaise, il n’a plus l’occasion de draguer dans la rue les filles qui sont ses modèles à l’atelier.

Il va donc rechercher dans ses planches de contact, le corps des femmes qu’il représente dans ses peintures. « Les photos sont pour moi des supermodèles complexes, multiples, inépuisables et immuables : du réel à tout jamais mémorisé et disponible. »

Les séances de travail avec les modèles mais surtout avec sa femme Martine (des « photos sexuelles sans pudeur ni retenue »), puis son amante Laure, lui permettent de saisir « des situations scabreuses avec le maximum d’objectivité sans sombrer dans le naturalisme ».

Sa connaissance de l’histoire de la photographie et son admiration pour les photographes américains, notamment Weegee et Walker Evans, lui procurent une grande modestie quant à sa propre pratique, ce qui est sans doute une des raisons de ce relatif silence sur cet aspect de son œuvre. Il est fasciné par « ces machines efficaces, précises, ardentes et extrêmement belles » qui suffisent à impressionner l’événement sans qu’il soit nécessaire au photographe d’intervenir. Il fustige le photographe auteur qui veut imposer sa marque, son point de vue alors qu’il adule celui qui, à l’instar d’un Walker Evans, se suffit à fabriquer une gigantesque « leçon de choses : ni édifiant, ni critique : il constate, il enregistre : précisément. » Il retrouve cette pratique dans celle des photographes de la police criminelle (Identité Judiciaire), qu’il avait analysée pendant deux ans, pour finalement se voir interdire la publication de cette étude. Interdiction qu’il vécut douloureusement.

Ainsi Bernard Dufour écrit dans son œuvre polymorphe une sorte de poème épique où la subversion des images est un horizon à portée de mains.

Martine Michard
Janvier 2012

Bernard Dufour
Manipulations Bernard Dufour
Co-produit avec Galerie Pictura, Cesson-Sévigné,
Centre d’art et de photographie de Lectoure
Les Éditions de Juillet
Textes : Éric Bodin, Marie-Sophie Carron de la Carrière, 
Benoît Decron, Martine Michard, Laurent Perez.

MAISON DES ARTS GEORGES POMPIDOU
CENTRE D'ART CONTEMPORAIN
Route de Gréalou, 46160 Cajarc

09/10/06

Michel Blazy, La Maréchalerie, Versailles - Animort

Michel Blazy : Animort
La Maréchalerie, Versailles
6 octobre - 16 décembre 2006

Qu'il s'agisse d'un mur enduit de purée de carottes, de bouquets de spaghettis, d'écorces d'oranges empilées ou encore de chiens en mousse à raser, les oeuvres de Michel Blazy relèvent d'une curieuse contradiction. Ces sculptures associent effectivement la notion d'éphémère - d'oeuvres en constante évolution physique - et l'objet final résultant de cette petite fabrique composée d'éléments du quotidien. Cette dualité semble toujours prégnante dans l'objet final, résultat de processus divers et variés expérimentés par l'artiste sur les matériaux organiques consommables. Noyaux, liquide vaisselle, bonbons Kréma, sont ainsi soumis à de multiples transformations qui se développent sur une surface, et Michel Blazy nous conforte ainsi dans l'idée que ces objets sont bel et bien vivants, à l'instar des animaux et végétaux qu'il scrute minutieusement avec ses photographies et ses vidéos.

Si Michel Blazy expérimente à la fois la matérialité et la temporalité des objets qu'il met en scène, c'est avant tout pour soumettre la matière première de ses sculptures à des mutations minutieuses, afin de produire " un basculement dans une dimension autre, dans un ailleurs… ". Lorsqu'il rencontre une oeuvre de Michel Blazy, l'observateur appréhende le dualisme des éléments entre confrontation et cohabitation. Il rencontre à la fois le vivant et le dépérissement jusqu'à la mort, la beauté et la laideur, la fascination et la répulsion, le naturel et l'artificiel, le tout poétiquement énoncés dans cette relation entre la matière et la forme, soumis à l'influence de la transformation naturelle.

A la Maréchalerie, Michel Blazy compose un paysage de sculptures, poules en crème chocolatée : Animort. Ces " chocopoules " apparaissent momifiées dans des attitudes diverses, assujetties au processus du temps, existants dans un décor de flocons de colle. Le centre d'art, logé dans l'ancienne maréchalerie des petites écuries du Roy, représenté par ses caractéristiques architecturales singulières semble alors ressaisi par l'évocation d'une affectation animalière, en adéquation avec d'une part les composants originels, notamment la charpente, et d'autre part les nouveaux réaménagements de l'espace d'art contemporain.

Produite pour l'exposition, cette installation incarne la pluralité et les différentes facettes de l'oeuvre de Michel Blazy alliant à la fois une activité du micro-vivant quasi imperceptible à un décor/environnement /espace à la limite de l'extravagance.

A l'occasion de Versailles Off, organisé par le Château de Versailles, l'intervention de Michel Blazy se poursuit dans la " Galerie des Moulages ", avec une production de sculptures éphémères, boudins de mousses fabriqués durant l'évènement, qui se déploient depuis leurs bacs, origine de la formation, jusqu'à envahir le lieu, dans un système de fin et de régénération constante, parmi les sculptures en plâtres entreposés par le département des Antiquités Grecques, Etrusques et Romaines du Musée du Louvre.

LA MARECHALERIE, Centre d'art contemporain
Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles
5 avenue de Sceaux, 78000 Versailles
www.versailles.archi.fr