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19/11/10

Exposition Jorge Méndez Blake, The Red Library – Meessen De Clercq, Bruxelles

Jorge  Méndez  Blake, The Red Library
MSSNDCLRCQ Meessen De Clercq, Bruxelles
Jusqu'au 4 décembre 2010

En  2009,  JORGE MENDEZ BLAKE (1974)  avait  investi  le  rez-de-chaussée  de  la  galerie Meessen De Clercq, à Bruxelles, avec  une  installation  monumentale confrontant de façon inattendue William Shakespeare et Karl Marx. Pour ce projet-ci, il occupe un autre espace de la galerie, appelé "la wunderkammer", avec un travail  faisant  référence  à Kazimir Malevitch,  un  des  plasticiens majeurs  du XXe  siècle.  The Red  Library  fait  allusion  à  une oeuvre  peinte  par  l’artiste  russe  en  1932  intitulée  La  Maison  Rouge  aujourd’hui  conservée  au  Musée  Russe  de  Saint-Pétersbourg. D’une  part,  c’est  une  façon  d’ouvrir  un  premier  chapitre  du  projet The Constructivist  Library  qu’il  présentera cette année à Art Basel Miami avec Meessen De Clercq et d’autre part cela lui permet de confronter pour la première fois sculpture et peinture. 

La toile qui a inspiré Jorge Méndez Blake pourrait passer presque inaperçue dans le travail de Malevitch puisqu’elle n’est pas emblématique de la période  suprématiste qui  l’a  rendu célèbre mais  est  très  intéressante  par  la  présence  inquiétante  voire  fantomatique  d’une grande bâtisse rouge au milieu de la composition. 

Cette maison dont l’agencement interne nous est inconnu est placée au beau milieu d’une terra incognita et devient, pour Jorge Méndez Blake, une bibliothèque  dans  laquelle  le regard peut s’engouffrer et se perdre entre les miroirs et les rayonnages de livres. La taille et l’austérité de la construction confèrent à la sculpture un aspect de mausolée. 

La volonté de reproduire une version différente de la peinture ajoute un trouble puisque la perspective choisie par Méndez Blake est une vue de paysage dans lequel le bâtiment rouge (maison ou bibliothèque ?) est à peine discernable mais se prête parfaitement à la réapparition d’un passé lointain. De façon générale, on peut dire que l’imaginaire se loge dans le document conservé dans la bibliothèque et que dans le silence de celle-ci se crée un « ailleurs » avec une lente maturation.

Artiste  polymorphe  qui  travaille  autant  la  sculpture,  le  dessin,  la  vidéo  que  la  performance,  JORGE MENDEZ BLAKE  s’intéresse constamment au potentiel des bibliothèques, voire à leur utopie. Ayant imaginé des murs-librairies comme frontières entre Israël et la Palestine, entre les Etats-Unis et le Mexique, il a également pensé des extensions de bibliothèques emblématiques de villes ou de pays. Toutes celles-ci tissent entre elles un réseau où les notions de mémoire et de souvenir croisent celles de l’errance et de l’utopie où celles de générosité et de convivialité s’allient à celles de connaissance et de popularité.

MSSNDCLRCQ
Meessen De Clercq
Bruxelles

28 octobre - 4 décembre 2010

www.meessendeclercq.com

Lieven de Boeck, The Archive of disappearance – Meessen de Clercq, Bruxelles

Lieven de Boeck, The Archive of disappearance
MSSNDCLRCQ Meessen De Clercq, Bruxelles

Jusqu'au 4 décembre 2010

Présenté au premier étage de la galerie MSSNDCLRCQ Meessen De Clercq, The Archive of disappearance est un projet de recherche sur lequel LIEVEN DE BOECK (1971) travaille de façon permanente. Il consiste en une recherche théorique et dans la production d’un travail neuf adapté à chaque ville où le projet est montré. Se basant sur des informations existantes, des interprétations d’œuvres d’autres artistes et du matériel trouvé au hasard, Lieven De Boeck crée un cabinet d’archives où la notion de disparition est omniprésente sur le fond et sur la forme.

De Boeck nous force à un mouvement inhabituel qui va du connu vers l’inconnu, c’est-à-dire qu’en se nourrissant d’œuvres connues (Broodthaers, Magritte, Duchamp), il recrée de l’inconnu. Il instaure de l’énigmatique et laisse de la sorte toute interprétation ouverte. Ainsi au premier étage, le visiteur est accueilli par un corbeau en néon qui fait référence à certaines œuvres de Broodthaers mais aussi à l’auteur inconnu qui signe des lettres anonymes. La disparition ou l’altération de l’identité est quelque chose qui se retrouve de façon constante dans son travail comme on peut le voir dans la salle de gauche avec son Autoportrait contre nature et Untitled. Le premier est une diapositive projetée sur la fenêtre représentant la photo d’une diapositive vide. Le second est un timbre avec l’empreinte du pouce de l’artiste vu à travers une boule de cristal.

La pièce principale de cette salle, intitulée Musée d’Art Moderne/Archive des Aigles disparus en hommage à Marcel Broodthaers, est une série sur papier de quarante emblèmes (+ une page de titre) dans lesquels apparaît chaque fois un aigle découpé au scalpel. Intéressé par l’identité, qu’elle soit individuelle ou nationale, l’artiste livre ici une vision par défaut de ce qui fait la fierté des villes ou nations qui arborent un aigle dans leurs armoiries (on retrouve une autre allusion à la fierté nationale avec The Belgian White Flag qui flotte au vent, sur la façade de la galerie).

Son travail n’est pas tant une affaire de documentation que d’invention. Lieven De Boeck utilise le classement comme système de présentation comme dans Le Perroquet où une table lumineuse formellement proche d’un échiquier rend visibles certaines clés de lecture de son travail. Il fragmente, réinvente constamment et, de la sorte, ne fossilise pas le travail de ses illustres prédécesseurs. 

Dans la salle de droite de la galerie, on trouve par exemple The Red Story ou The Alphabet Drawings qui sont des retranscriptions de textes existants dans un alphabet qu’il s’est créé pour lui-même. Devenus illisibles, ces textes sont incohérents mais gardent le dynamisme et le rythme des textes initiaux. Le Moon calendar, qui reproduit des objets appartenant à l’artiste, influe sur la perception du temps que nous avons tout comme le néon I II III IIII five qui fait référence aux marques inscrites sur les murs pour compter les jours qui passent. Le livre posé sur un socle près de la fenêtre est intitulé In The Beginning I Left Messages In The Street et reproduit avec une technique à l’acétone des annotations gravées dans les rues de New York.

Chez De Boeck, ce que l’archive met en place est un passé recomposé suivant des codes établis. Il consigne les traces à travers de nombreuses techniques (papier, néon, film 8 mm, vinyle, textiles, plastique…) et rend ces traces par moments indéchiffrables dans une volonté de disparition ultime.

Au même moment à la galerie : exposition de l’artiste Sofia Hulten

MSSNDCLRCQ
Meessen De Clercq
Bruxelles

28 octobre - 4 décembre 2010

www.meessendeclercq.com

17/11/10

Exposition Sofia Hulten – Meessen De Clerq, Bruxelles

Sofia Hultén, 99 Problems
MSSNDCLRCQ Meessen De Clercq, Bruxelles

Jusqu'au 4 décembre 2010

Pour sa première exposition personnelle en Belgique, SOFIA HULTEN (1972) montre des travaux récents qui incarnent parfaitement les problématiques qu’elle interroge depuis bientôt une dizaine d’années.

Tout en se basant sur une observation minutieuse d’objets usités, cette jeune artiste questionne principalement le temps, la mémoire, la trace, la transformation. 

Sofia Hultén a installé au sol un moniteur vidéo avec Past Particles où sont filmés individuellement un millier de petits objets provenant d’une boîte à outils. Cette vidéo, qui dure 72 minutes, constitue une présentation d’objets hétérogènes qui n’ont plus d’utilité précise (bouts de plastique, clous pliés, morceaux de bois,…) mais qui dans le passé ont vraisemblablement appartenu à un bricoleur qui leur trouvait une utilité. Past Particles est un travail dans lequel la fragile survivance de l’objet est soulignée tout en ouvrant une réflexion sur les « données inertes du vécu », sur toutes ces petites “choses” dont le temps épuise le sens.

L’éclatement du contenu de la boîte à outils de Past Particles est contrebalancée par With Added Dimensions qui, sous une apparence de ready-made, est en fait un objet manipulé et transformé par l’artiste.

Cette réinterprétation formelle est également visible dans 99 Problems composé de 99 cadenas attachés les uns aux autres et des 99 clés correspondantes disposées non loin mais dans un ordre aléatoire.

Autre oeuvre de Sofia Hultén, The Actual Calculated Size of a Black Hole est une photo d’un livre scientifique qui décrit la taille qu’aurait un trou noir s’il avait la même masse que la terre. Le trou percé traverse la vitre de l’encadrement mais aussi le mur de la galerie sur lequel la photo est accrochée.

Dans une autre salle de la galerie, Hultén présente One Step One Time, un escalier sauvé de la casse qu’elle a méticuleusement observé. Après avoir identifié les particularités de chaque marche (goutte de peinture, écorchure,…), elle re-exécute sur chacune des autres marches les gestes qui ont mené à l’apparition de ces particularités. Par exemple, la goutte de peinture visible sur la première marche est refaite délibérément sur les six autres marches. L’artiste enregistre toutes ses actions en vidéo en choisissant un gros plan qui, tout en nous plaçant dans une sphère intimiste, nous positionne dans un climat tendu. Ce travail induit également un effet de camouflage (où est l’original, où est la copie ?) qu’on retrouve dans le diptyque Test/Tat qui montre côte à côte une manche de chemise souillée recréée à l’identique par l’artiste. 

Dans la videobox de la galerie, est projetée From the Long Story qui est un travail issu des cassettes audio enregistrées par la grand-mère de l’artiste à l’attention de sa petite fille âgée alors de trois ans. L’histoire racontée en suédois dure au total douze heures mais est ici ramenée à 32 minutes. Avec une voix de conteuse, elle raconte l’histoire du monde : la formation de la terre, la circulation sanguine, la découverte de l’électricité, les jeux olympiques,…

Dans son travail, Sofia Hultén offre la chronique d’un monde parsemé de traces et d’indices qu’elle réactive sans cesse, permettant de la sorte une réelle expérience du temps.

Merci à la galerie Meessen De Clercq pour son si bon éclairage sur le travail de cette artiste que ce message reprend.

MSSNDCLRCQ
Meessen De Clercq
Bruxelles

28 octobre - 4 décembre 2010

www.meessendeclercq.com

10/12/08

Nan Goldin, Meessen De Clercq, Bruxelles

Nan Goldin
Naomi with my dog Yuri and other pictures
Meessen De Clercq, Bruxelles

December 12, 2008 - January 17, 2009

Nan Goldin est l'une des plus importantes photographes actuelles. En adoptant l'esthétique directe de l'instantané photographique, elle a réuni une documentation de sa propre vie et celle de ses amis depuis plus de 30 ans. Sont exposées, dans la salle de gauche, une série de rares photographies noir et blanc datant du début des années 70 . Prises à Boston entre 1972 et 1974, Nan Goldin propose une observation intime du monde des drag queens et des homosexuels. Photographiant son entourage, elle débute à ce moment tout le travail autobiographique pour lequel elle est aujourd'hui reconnue. L'essentiel se retrouve déjà dans cette série qui montre de façon décalée ce que la société considère comme des marginaux.

Photographiant des amis, des drogués, des laissés-pour-compte issus du monde de la nuit à Boston ou New York, Nan Goldin laisse derrière elle des traces autobiographiques implacables alternant moments de détresse et moments de grâce. Toute cette observation de la vulnérabilité humaine rend son travail essentiel.

Nan Goldin travaille sur la représentation des êtres qui lui sont chers dans la solitude, la détresse, l'amusement, la défonce, les gestes quotidiens. Elle développe un travail narratif qui a connu un énorme retentissement avec la présentation de son diaporama The Ballad of sexual dependency composé de plus de sept cents images dans les années 80. Comme tout corpus d'oeuvres qui ausculte le réel dans ce qu'il a de marginal et de « peu propre », cette série, dont sont visibles à l'exposition trois photographies : un autoportrait intitulé Me on top of my lover, Suzanne in yellow hotel room et Brian in hotel room, Mexico, peut déranger. A travers la description de sa réalité, Nan Goldin pose son oeil sur les questions de la limite et de la détresse, de la norme et de la marginalité, de l'autodestruction comme issue potentielle, de la misère affective,...

La seconde salle regroupe des photos en couleur étalées sur une période plus longue. Bien que le secret de la vie intime est souvent exhibée de façon crue dans le travail de Goldin, les oeuvres ici présentées évoquent l'amour, la tendresse et la fragilité et contrebalancent de cette façon la désespérance d'autres travaux. Les clichés de personnes couchées, dormant, rêvant, faisant l'amour mettent en exergue le lit comme lieu de vie.

Meessen De Clercq, Bruxelles
www.meessendeclercq.be

16/09/08

Ignasi Aballi, Meessen De Clercq, Bruxelles

Ignasi Aballí
To Show
Meessen De Clercq, Bruxelles

September 18, 2008 - October 25, 2008

Pour sa première exposition personnelle en Belgique, Ignasi Aballí a choisi de montrer deux séries importantes de photos ainsi qu’une vidéo. La première série, nommée Manipulaciones, est composée de 4 séquences d’une vingtaine de photos chacune et reproduit des images anonymes issues d’encyclopédies ou de manuels techniques de photographie. Ces illustrations rassemblées par l’artiste représentent des conseils pratiques censés aider l’apprenti photographe à exécuter correctement les gestes de base (comment nettoyer un objectif, comment changer une pellicule, etc…). Aucune valeur esthétique ne réside dans ces clichés puisque leur rôle unique est la description d’une action arrêtée. On tend vers une photo objective, neutre, dénuée d’affect. Tout le monde doit pouvoir comprendre ces séquences.

Dans sa série Demostrar, Aballí puise dans l’iconographie abondante de notre époque en récoltant (et ce depuis des années) des coupures de presse issues de grands quotidiens espagnols. Il a découpé des centaines de photos qui exhibent une personne qui montre quelque chose. Cela va de la mère du martyr qui porte la photo de son fils défunt, d’un policier qui exhibe une preuve à la presse, de manifestants qui revendiquent une cause et qui en portent le symbole, d’un sportif qui brandit un trophée,… L’artiste, en privilégiant la série sur l’unicum, fait ressurgir l’universel en recueillant des centaines de documents passés dans le domaine public. L’oeuvre finale, de format 165 x 120 cm, se compose de plusieurs dizaines de photos scannées et juxtaposées consciencieusement. Ce travail de réappropriation puise dans le réel pour paradoxalement s’en échapper dans la mesure où ces clichés sont sortis de leur contexte et cette décontextualisation, souvent, ne permet plus de comprendre la situation originelle. Le sens de la photo est dissimulé sous une information qui nous est incomplète puisque nous n’avons aucune légende, aucune date, aucun élément sur lesquels nous appuyer. La photo d’une main nous montrant un médicament ne peut en rien nous indiquer le contexte. Ce
médicament est-il neuf, le lance-t-on sur le marché, a-t-il servi à sauver ou à tuer quelqu’un ? Est-ce un produit dopant retrouvé dans la valise d’un sportif ? On peut évidemment allonger cette liste de questions.

En nous enlevant la possibilité de donner une explication intelligible, Aballí nous contraint à nous poser des questions et à redonner du sens à une image orpheline. Il nous propose de considérer comme sujet de la photo le fait même de montrer et non plus l’objet montré. La monstration devient le sujet même du travail. Ce qui l’intéresse ici est évidemment de porter une réflexion sur l’acte photographique et sur la notion que toujours plus d’images tuent le sens de l’image.

On peut considérer qu’avec des artistes tels que Tacita Dean, Peter Friedl, Hans-Peter Feldmann pour n’en citer que quelques-uns, Ignasi Aballí développe une photographie conceptuelle comme genre à part entière dans l’art contemporain.

Meessen De Clercq, Bruxelles
www.meessendeclercq.be