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17/07/16

Pierre Paulin @ Centre Pompidou, Paris

Pierre Paulin
Centre Pompidou, Paris
Jusqu'au 22 août 2016


Le Centre Pompidou présente la première grande rétrospective consacrée au travail de Pierre Paulin. Les créations de ce designer ont marqué la deuxième moitié du 20ème siècle et contribuèrent à une dynamique ouvrant sur un nouvel art de vivre.

Designer, architecte d’intérieur, créateur, Pierre Paulin sculpte l’espace, l’aménage, le « paysage ». Ses environnements, ses meubles, ses objets industriels, dépouillés ou spectaculaires se mettent toujours au service du corps, lui offrant confort et réconfort. Ils sont également marqués par sa fascination pour les innovations techniques comme le développement du textile extensible ou du plastique injecté.

La rétrospective présente des pièces phares de l’oeuvre de Pierre Paulin, jamais ou rarement montrées au grand public : la Coupe à fruit dite aux Nénuphars, le lustre dit Araignée, le Bonheur-du-Jour ou encore d’autres devenues aujourd’hui iconiques comme le Tripode cage, le Mushroom, la Tongue … Cette rétrospective fait également la part belle à des projets inédits, auto-édités, comme le Tapis-Siège, la Déclive ou la Tente Artifort ainsi qu’à des pièces rares des années 1950 et des prototypes.

A travers plus d’une centaine de meubles, de dessins, de maquettes et d’archives, l’exposition se déploie dans un parcours chronologique rythmé, stand après stand, par les collaborations successives de Paulin avec des éditeurs tels que Meuble TV, Thonet, Disderot, Artifort, les pièces industrielles dessinées pour Adsa, l’agence que Pierre Paulin créa avec son épouse Maïa Paulin et Marc Lebailly en 1975 ou encore le Mobilier National. Dès la fin des années 1960, les créations de Pierre Paulin entrent dans les collections du MoMa, à New York. En 1971, il est choisi par Claude et Georges Pompidou, pour revisiter l’aménagement des appartements privés de l’Elysée. En 1984, c’est à Pierre Paulin que fait également appel François Mitterrand pour concevoir l’architecture intérieure et le design du bureau présidentiel de l’Elysée.

Grâce au don exceptionnel de la famille du designer, en 2015, le parcours de la rétrospective retrace les cinquante années de création du designer. Ce fonds de mobiliers, d’archives, de documents et de dessins dédiés à l’oeuvre du créateur et plus particulièrement à son travail des années 1950-1960, éclaire la genèse de l’oeuvre de Pierre Paulin : de la main à la main en passant par le design industriel.

Parce que les recherches de Pierre Paulin furent sans cesse motivées par le souci du confort, du corps et de l’innovation, une sélection de rééditions est installée au sein du parcours dans lesquelles le public pourra s’installer, mettant ainsi en pratique ce nouvel art de vivre : un Mushroom, un Ribbon Chair, un siège Tulip, un Butterfly…Le parcours compte également une reconstitution inédite du salon de Pierre Paulin à La Calmette, la villa des Cévennes qu’il construisit dans les années 1990. Le public y expérimente un épais Diouan (tapis) glissant le long du mur et accueillant quatre fauteuils Tongue.

La scénographe de l’exposition Laurence Fontaine a choisi Petra Blaisse et l’équipe d’Inside Outside pour créer un rideau spécialement conçu pour l’occasion. Pensé comme un véritable paravent sinueux invitant le visiteur à se mouvoir dans l’espace, il s’inspire de l’esprit des aménagements de stand imaginés dans les années 1960 par Pierre Paulin. Matières translucides ou opaques, découpages circulaires ou linéaires permettent au rideau d’agir comme un écran. Le dispositif autorise un jeu ludique d’ombre et de lumière créant autant d’impressions visuelles des pièces de mobilier, des silhouettes des visiteurs ou encore d’un panel de couleurs et de formes mouvantes.

Le catalogue, sous la direction de Cloé Pitiot, commissaire de l’exposition, s’articule autour de thèmes clés du travail de Pierre Paulin : la couleur ; les innovations techniques ; le rapport à la publicité et à la société de consommation ; les commandes institutionnelles.

CENTRE POMPIDOU
www.centrepompidou.fr

12/05/16

Pierre Paulin, Galerie Jousse Entreprise, Paris

Pierre Paulin, Elysée Palace
Galerie Jousse Entreprise, Paris
13 mai - 11 juin 2016

En écho à la rétrospective de Pierre Paulin organisée par le Centre Georges Pompidou, l’exposition « Pierre Paulin, Élysée Palace » à la galerie Jousse Entreprise montre certaines des pièces conçues par le designer pour des salons de l’Élysée à partir de 1969. Elles ont une grande valeur, notamment historique, en cela qu’elles incarnent l’évolution de la société française vers la modernité.

En 1964, une initiative du ministre des Affaires culturelles André Malraux, avec le soutien de Georges Pompidou, devait faire date dans l’histoire du décor officiel en France : la fondation de l’Atelier de Recherche et de Création du Mobilier National, dont la direction fut confiée à Jean Coural. Très rapidement, Pierre Paulin collabora activement avec cette institution. Aussitôt élu président, Georges Pompidou, souhaitant relancer l’industrie du mobilier contemporain, décida de donner l’exemple. À ce propos, Claude Pompidou déclarait lors d’un entretien avec Frédéric Mitterrand, diffusé sur France Culture en 2007 : « Nous voulions faire entrer le mobilier nouveau à l’Élysée. C’était quand même dommage que les gens ne soient pas reçus dans une maison dont les meubles n’étaient pas ceux de l’art contemporain. »

Conseillé par Jean Coural, le couple présidentiel décida de réaménager les appartements privés ainsi que les salons semi-officiels du Palais. Claude et Georges Pompidou, ayant vu les prototypes de Paulin au Mobilier National, furent convaincus. Pierre Paulin intervint sur trois pièces contiguës du rez-de-chaussée : le Salon des tableaux, la Salle à manger et le Fumoir. Entre le fumoir et le couloir, une bibliothèque, constituée de dix- neuf caissons (en altulor teinté en brun) montés en quinconce, compléta l’ensemble. Paulin dut d’abord s’adapter à la volonté du commanditaire de préserver la réversibilité de l’opération. Ne pouvant toucher aux murs, il utilisa des systèmes scénographiques amovibles et autoportants, concevant ces salons comme des tentes, avec des parois et des plafonds tendus de laine grège. Comme il le dit : « J’ai fait des pièces dans les pièces. » Par cette utilisation de techniques spécifiques au montage d’exposition, dont il était un habitué depuis les années 1950, Pierre Paulin introduisit une ambiance novatrice au sein de l’Élysée. On pourrait dire qu’il fit de ces pièces un « Superstand ».

Le mobilier est un vecteur symbolique du pouvoir. « Le style Élysée » est un dialogue intime entre Paulin et la politique. Ce travail fait ainsi partie des moments phares de sa carrière, aussi bien dans le sens théorique que plastique. Pour l’Élysée, Pierre Paulin crée un univers clos, protégé et apaisant, en phase avec sa déclaration : « Je traite du pouvoir de cette époque-là. À chaque fois, le contexte est primordial. » Ce mobilier souple et inventif marie avec grâce la rigueur, l’avant-garde et l’excellence, dans une époque qui célébrait la liberté du corps.

L’exposition à la galerie Jousse Entreprise montre le mobilier imaginé par Pierre Paulin pour l’Elysée, tel que les appliques et le lampadaire grand modèle édités par Verre Lumière et l’ensemble de fauteuils et canapé « Coussins », édité par Alpha International et Mangau, toujours sous la tutelle du Mobilier National.

Ces créations anticipent un design expressif, entre sculptures et pièces fonctionnelles. Cette particularité, certainement due à la formation de Paulin, fait des pièces « Élysée » de véritables oeuvres d’art, tant par leur qualité d’exécution que par leur originalité.

Pierre Paulin (1927-2009), après ses études à l’École Camondo à Paris, entra au bureau d’études de Michel Gascoin. Il devait en retenir les influences scandinaves, ainsi qu’un attachement pour les créations et les théories du Bauhaus. Dès les années 1950, il débuta sa carrière de designer, attentif au travail de Harry Bertoia, Charles Eames et Charlotte Perriand. En 1953, il s’associa à la maison d’édition Thonet, puis à Artifort en 1958. S’affranchissant de ces diverses influences, Pierre Paulin fut reconnu au Japon et aux USA, notamment lors de la sortie du F560 (Mushroom en 1960) et du F582 (Ribbon Chair, créée en 1966, qui entre dans la collection du MoMA), avant de l’être en France. Si Pierre Paulin est ancré dans son époque, il réussit à créer un style intemporel, chaleureux et résolument moderne. Il incarne un esprit de rigueur, d’intégrité et de recherche, sans jamais sacrifier ni l’équilibre ni le confort. Sa vision reste incontournable dans l’histoire du design en France.

D.L.

Galerie Jousse Entreprise
www.jousse-entreprise.com