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14/11/25

Bernard Plossu et Pierre Buraglio @ Galerie 8 + 4, Paris - Exposition 'Suivre Favignana'

Bernard Plossu et Pierre Buraglio
Suivre Favignana
Galerie 8 + 4, Paris
4 octobre - 20 décembre 2025

Pierre Buraglio Dessin
Pierre Buraglio
, Favignana, 2009
Crayon sur papier, 21 x 30  cm
© Pierre Buraglio

Bernard Plossu Photographie

Bernard Plossu
, Favignana, 2008
Photographie noir & blanc, 24 x 30 cm
© Bernard Plossu
« On sait juste que depuis longtemps, instinctivement, l’on adore tous les deux les travaux l’un de l’autre. « Ensemble », cela ne peut que fonctionner ! ».
Bernard Plossu
L’exposition Suivre Favignana, que présente la Galerie 8+4, réunit enfin Bernard Plossu et Pierre Buraglio qui espéraient poursuivre dans un espace d’exposition un dialogue imaginé il y a de nombreuses années et sans cesse reporté. Elle met en scène de façon dynamique un ensemble de dessins, collages et photographies. Constituée d’œuvres inédites, certaines réalisées pour cette occasion, l’exposition se veut une ode à la substance de notre monde : fragments de paysages épurés chez l’un comme chez l’autre, surgissements d’architectures vernaculaires, objets saisis dans leurs dépouillements…

Il s’agit ici d’une conversation laissée depuis trop longtemps en suspens, qui soudain se cristallise dans de joyeux allers-retours, et dévoile une amitié forgée à distance, par le truchement des œuvres, des prises de positions et de conversations intenses lors de rencontres interminables. L’estime que l’un porte à l’autre fut longtemps affaire de circonstances, presque de hasards. Si Bernard Plossu se souvient d’une évidence devant les dessins de Pierre Buraglio lors d’une exposition en 1989 au Musée Réattu à Arles, Buraglio aime à mentionner le Musée du quai Branly comme moment inaugural de leur rencontre, marqué entre autres par un portrait photographique réalisé in situ par Plossu. L’affinité est aussi vagabonde lorsqu’ils évoquent, ébahis, leur amour de l’Italie, le sud, les îles Favignana et Ponza, certains villages oubliés de la Sicile que tous deux ont traversé avec pour unique bagage l’envie d’arrêter le temps et de rendre cette suspension palpable.

Cette exposition est née de cette passion commune qu’ils portent à une contrée où la pesanteur du soleil les pousse à la sobriété. Austérité dans les compositions de Bernard Plossu, économie du trait dans un paysage à peine esquissé chez Pierre Buraglio. Ce territoire méridional se révèle être un terrain de jeu trop étroit pour leurs aspirations qu’ils élargissent à d’autres lieux en France, mais aussi aux États-Unis, au Mexique ou en Espagne, pour Plossu.

L’exposition, qui présente une trentaine d’oeuvres pour chacun des artistes, s’impose comme un échange entre les territoires de la photographie et ceux du dessin ou du collage. Si Pierre Buraglio perçoit dans les images noir et blanc de Bernard Plossu une sorte de singularité à contre-courant d’une photographie couleurs, si bavarde et criarde, s’il reconnaît justement dans les œuvres de Plossu ce même souci humaniste qu’il ne cesse de décliner dans ses oeuvres, s’il croit qu’il y a là justement un rapport au monde que lui-même défend depuis si longtemps en affirmant que l’engagement politique débute en capturant l’inframince du monde, alors cette exposition est bien un manifeste en faveur d’une « abstraction discrète » comme aime à l’affirmer Bernard Plossu. Une abstraction refusant l’évidence du formalisme pour aller vers une métaphysique abordant des territoires qui ouvriraient sur la substance même du monde. Nul besoin d’y convoquer l’être humain. Un pan de mur, un nuage, un panneau indicateur ou un camion, un simple intérieur avec deux jarres pour tout mobilier, la solitude d’un arbre brulé par le soleil sont autant de motifs qui se répondent pour nous parler d’un monde que l’on ne sait plus voir. Notre univers est tout autant marqué par le permanent que par le transitoire et il semble possible, à condition de prendre un certain recul, de lier les deux ensembles.

Cette union prend chez Pierre Buraglio la forme de dessins, certains simples croquis, d’autres plus détaillés et aboutis. Un ensemble de vêtements sur un portant, une cheminée d’usine, un coin de mur ou un balcon d’une maison italienne, une colline abritant un hameau, un tronc noueux. Comme pour mieux magnifier cette perception du monde, Buraglio a imaginé pour l’occasion une série étonnante de collages. Parmi ceux-ci, il enchâsse, dans une logique de montage très épuré, des morceaux de cette réalité volée. Bernard Plossu y répond par un choix d’images noir et blanc au cadrage serré. Si la plupart s’amusent à capturer la lumière et lui donner un poids singulier, d’autres s’aventurent vers une déambulation du regard envers les choses les plus ordinaires du réel mais soudain illuminées par le regard du photographe. Dans ses fameuses Histoire(s) du cinéma, Jean-Luc Godard nous rappelait « une image n’est pas forte parce qu’elle est brutale ou fantastique, mais parce que l’association des idées est lointaine et juste ». Plossu, comme Godard, mais aussi Buraglio tentent dans leurs compositions de montrer un œil qui écoute le temps pour le suspendre, le mettre dans l’évidence de nos regards.

L'exposition "Suivre Favignana" est réalisée en partenariat avec les galeries Ceysson Bénétieres et Camera Obscura.

PIERRE BURAGLIO

Pierre Buraglio
Pierre Buraglio 
© Bernard Plossu

Pierre Buraglio, né en 1939 à Charenton-le-Pont, se forme à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris en 1959. Après un séjour à New York en 1963, il produit ses premiers « Papiers » et « Recouvrements ». Proche de Claude Viallat, Michel Parmentier et François Rouan, il se sent alors proche du mouvement Supports/Surfaces naissant. Dans les années 1960, il compose des oeuvres à partir de chutes de tableaux qu’il juge mauvais. En 1968, il participe à « Salle Rouge pour le Vietnam » à l’ARC puis s’investit dans l’atelier populaire des Beaux-arts de Paris en produisant nombre d’affiches murales. Dans les années 1970, il produit ses premiers « Camouflages » puis la série « Dessins… d’après… autour… selon… » et les « Caviardages » qui le rendent célèbre. Bénéficiant de nombreuses expositions en institutions, il développe en parallèle les « Fenêtres » et les « Cadres » dans les années 1980. En France, Pierre Buraglio a exposé au CAPC de Bordeaux (1999), au Musée des Beaux-Arts de Lyon (2004), au Musée National d’Art Moderne (2008), au Musée Fabre à Montpellier (2009), au Musée du Louvre (2011). Il a également été présenté à la Biennale de São Paulo, à la Fondation Joan Miró (Barcelone)… Une vaste rétrospective s’est déroulée en 2019 au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (MAMC+). Pour la seule année 2025, l’oeuvre de Pierre Buraglio est exposée dans les musées des Beaux-Arts de Grenoble, d’Orléans et de Caen. Ses oeuvres sont présentes dans les principaux musées français et européens.

BERNARD PLOSSU

Bernard Plossu
Bernard Plossu 
© Bernard Plossu

Né en 1945, Bernard Plossu appartient à cette génération française qui dans l’immédiat après-guerre révolutionne l’idée de la photographie. Au lieu de s’attacher à l’idée de reportage ou même d’instant décisif, Bernard Plossu développe dès le milieu des années 1960 une photographie du voyage où dans les contrées qu’il traverse – le Mexique (1965) puis l’Ouest américain (1967-1977), l’Afrique (1975) et l’Europe – il saisit une forme de suspension du temps. Humains, paysages mais surtout architectures ou simples objets, deviennent sous son regard des évocations de notre condition, des sortes de poèmes révélant l’inframince du monde ou ce qu’il nomme des « paysages intermédiaires ». Essentiellement en noir et blanc ses photographies tracent en creux une écriture intime qui loin d’être autobiographique atteste surtout d’un regard décalé, empreint de tendresse envers la richesse du réel. La considération dont il bénéficie dès les années 1970 l’entraîne à exposer dans les grandes institutions européennes et internationales (exposition itinérante aux États-Unis en 1987) et permet à ses images d’intégrer de prestigieuses collections. Depuis le milieu des années 1980, il a bénéficié de plusieurs expositions telle une rétrospective au Centre Pompidou en 1988, puis sous la direction de Gilles Mora, une deuxième qui circule quelques années plus tard en Europe (Salzbourg, Barcelone, Lisbonne, Paris), complétée en 1997 par celle de l’IVAM à Valence (Espagne). Il fut également présenté par la Maison européenne de la photographie (2015), aux Rencontres d’Arles (2016), et au musée Granet (2022). Il est également l’auteur de plus de 300 ouvrages sur ses photographies.

GALERIE 8 + 4
13 rue d'Alexandrie, 75002 Paris

08/11/25

Jeffrey Gibson @ Hauser & Wirth Paris - Exposition 'This is dedicated to the one I love'

Jeffrey Gibson 
This is dedicated to the one I love
Hauser & Wirth Paris
20 octobre – 20 décembre 2025

Jeffrey Gibson Portrait
Jeffrey Gibson in the studio, 2025
© Jeffrey Gibson
Courtesy the artist and Hauser & Wirth
Photo: Emiliano Granado

La première exposition personnelle de l'artiste américain Jeffrey Gibson en France est actuellement présentée par la galerie Hauser & Wirth à Paris. Célébrant l’ampleur de la création de l’artiste, elle réunit trois nouveaux ensembles de peintures, du grand au petit format, ainsi que de nouvelles oeuvres issues de sa célèbre série de sacs de frappe, des parures suspendues, des peintures sur papier, toile et panneau perlé, et un groupe inédit de sculptures en céramique autoportantes en forme de têtes. Le titre de l’exposition, « This is dedicated to the one I love », convie à un appel d’empathie et de méditation sur nos façons d’agir et de créer en temps de crise. 

Depuis plus de trois décennies, Jeffrey Gibson développe une pratique interdisciplinaire nourrie par l’histoire américaine, autochtone et queer, tout en convoquant la musique populaire, la littérature et les récits de l’histoire de l’art. Son langage visuel distinctif embrasse un vaste panorama d’expressions culturelles et d’identités, assemblées de manière à la fois intime et résolument luxuriante. Les oeuvres exposées témoignent de sa sensibilité chromatique audacieuse et de son goût pour les motifs et l’abstraction, tout en s’inspirant de l’histoire des théories de la couleur et du concept de « psycho-prismatique », selon lequel la couleur, la lumière et les prismes ouvrent simultanément une multiplicité de perceptions. 

Jeffrey Gibson est le sixième artiste choisi pour la Genesis Facade Commission 2025 du Metropolitan Museum of Art de New York, pour laquelle il a réalisé quatre oeuvres exposées à l’extérieur historique du musée jusqu'au 9 juin 2026. Parmi ses projets en cours figurent une installation immersive au MASS MoCA (North Adams, Massachusetts), jusqu’en août 2026, ainsi qu’une installation au Kunsthaus Zürich (Suisse), jusqu’en décembre 2026, marquant sa première présentation dans un musée européen après son exposition personnelle au pavillon des États-Unis lors de la 60e Biennale di Venezia en Italie. 

La genèse des nouvelles oeuvres dans cette exposition réside dans une série de petites peintures évoquant des bijoux, inspirées par les recherches de Jeffrey Gibson sur les projections astrales et le psycho-prismatisme. Ces créations s’inscrivent dans l’histoire des études chromatiques du XVIIe siècle à nos jours, avec un intérêt particulier pour celles du XIXe siècle. Leurs compositions formelles combinent des diagrammes colorés et des références à l’abstraction autochtone et moderne. L’exploration du psycho-prismatisme par Jeffrey Gibson prend forme dans une série de grandes peintures « horizontales », dans lesquelles des motifs circulaires superposés produisent des assemblages polychromes oscillant entre paysages et étendues temporelles. A ces oeuvres s’ajoutent une sélection de toiles à cadre perlé plus grandes encore, aux couleurs extatiques. Malgré leur format imposant, les couches plurielles de pigments demeurent indéchiffrables : de subtils dégradés de teintes adoucissent les contrastes graphiques et laissent simultanément transparaître toutes les strates de la composition. 

Formé à la peinture, Jeffrey Gibson s’intéresse au processus et à la matérialité. Il puise des techniques sophistiquées et esthétiques culturelles dans diverses traditions artisanales : perlage, travail du cuir, matelassage, qu’il applique à des objets quotidiens et vernaculaires, créant ainsi des formes hybrides, ludiques et évocatrices qui échappent à toute catégorisation convenue. Cette approche se manifeste notamment dans les parures murales ornées de perles et de franges et les sacs de frappe présentés aux côtés des peintures. 

Référence aux tenues traditionnelles d’apparat autochtones, ces parures deviennent des outils conceptuels pour réfléchir au pouvoir transformateur de ce qui nous habille : comment le vêtement active le corps et inversement. Jeffrey Gibson les envisage comme des sculptures figuratives. Le rez-de-chaussée à double hauteur de la galerie presente des sacs de frappe ornés de perles et inscrits de phrases telles que « NEVER LET YOUR SPIRIT BEND » (« ne laisse jamais ton esprit faiblir ») ou « I WANT TO TAKE YOU HIGHER » (« je veux t’élever »). Comme les parures, ces sacs illustrent le détournement d’objets fonctionnels en ready-mades assistés. L’usage du langage reste au coeur de son travail, nourri par la culture populaire, l’expression de soi et une réflexion sur l’histoire humaine. Pour la première fois, Jeffrey Gibson présente également de nouvelles sculptures autonomes en céramique en forme de têtes, inspirées par son intérêt pour les têtes de poterie mississippiennes, une tradition précolombienne autochtone nord-américaine. 

HAUSER & WIRTH PARIS
26 bis rue François 1er, 75008 Paris

05/11/25

Exposition Paul Sietsema @ Galerie Marian Goodman, Paris

Paul Sietsema 
Galerie Marian Goodman, Paris 
18 octobre - 20 décembre 2025

Paul Sietsema Art
Paul Sietsema 
Arrangement, 2025 
Peinture émail sur lin 
121.9 x 121.9 x 2.9 cm (48 x 48 x 1 1/8 in.)
© Paul Sietsema, courtesy Marian Goodman Gallery

La Galerie Marian Goodman à Paris présente actuellement la deuxième exposition personnelle de l'atiste américain Paul Sietsema en France. Cette exposition rassemble des oeuvres nouvelles et plus anciennes, dont deux films 16 mm. Le travail de Paul Sietsema explore la nature complexe de la représentation, en examinant comment le sens se construit à l'intersection de l'image et de la matière. Si l'art est une forme de langage culturel, l’artiste adopte une approche dialectique qui interrompt, détourne ou reconfigure le flux naturel de la communication.

Sept oeuvres créées cette année sont exposées au rez-de-chaussée de la galerie. A première vue, chacune d'entre elles représente un objet familier – un téléphone, une pièce de monnaie, un pinceau, etc. – et pourtant, de par différents dégrés de mises à distance propres au procédé de Paul Sietsema, ces images apparaissent comme des spectres ou des réceptacles de ces représentations. Ces reliquaires se déploient de manière critique pour redéfinir leur fonction, à mesure qu’ils évoluent dans le temps au sein d’un système dont la constante mutation dépend des valeurs culturelles héritées du passé. Object painting (2025), figure une machine obsolète, conçue dans sa physiologie pour permettre au corps humain de transformer une action laborieuse en langage. Le téléphone à cadran, déconnecté, de Arrangement (2025) évoque, quant à lui, la dimension métaphysique de la peinture tout en suggérant un potentiel de transmission et d’échanges réels, rendu ici irréalisable. 

A travers ces oeuvres, Paul Sietsema représente ou présente des matières premières : métal, toiles naturelles et peinture dans leurs formes les plus brutes. Dans cette optique, réfléchissant à la valeur symbolique de la peinture, Gray painting (2025) est une composition abstraite et monochrome qui joue des codes du matérialisme concret et laisse apparaître certaines parties de la toile vierge. Cette oeuvre renvoie tant à un travail antérieur de l’artiste qu'à la peinture abstraite du milieu du XXe siècle, période durant laquelle la peinture est passée d’un statut spirituel et politique à celui d'une monnaie culturelle dotée d'une valeur symbolique. De même, Action painting (black line) (2025) et Action painting (white on black) (2025) évoquent la portée emblématique du geste pictural autonome dans la peinture abstraite occidentale et de la valeur qui lui est attribuée. Action painting (black line), représentant l'image peinte d'une pièce de monnaie répandant une trainée de peinture sur la toile, met en parallèle le commerce et la valeur d'échange de l’oeuvre avec une action concrète.

Les oeuvres Action painting (black line) et Figure ground study (white on white) (2025) ont été peintes au verso d’imitations de tableaux de Jackson Pollock achetées sur des sites d'enchères en ligne, estampillées de faux tampons d'authenticité. Dans Figure ground study (white on white) (2025) et Arrangement (2025), des fragments de CD et de vinyles brisés ont été recouverts de peinture. Les objets initiaux sont littéralement et métaphysiquement ‘réduits au silence’ par les différentes interventions opérées par l’artiste, marquant leur transformation d'objet en image.

Au sous-sol de la galerie est présentée une sélection d'oeuvres datant de 2009 à 2020. Les ‘date paitings’ 1992 (2015) et 1994 (2015) ont été réalisées, entre autres outils de retouche photo argentique, avec un pinceau enduit de liquide de masquage au latex et un aérographe en partie cassé pour représenter des dalles de pierre minimalistes. La figuration des dates sur les pierres traduit l'échelle d'une histoire personnelle plutôt que collective. De même, Collection 5 (2016) donne à voir des jetons de vestiaire de musée collectés par l’artiste, réalisés à la peinture émail sur du papier incrusté de poussières provenant de son atelier. Lors de nombreuses visites dans des musées, l'artiste a régulièrement échangé des effets personnels contre ces jetons souvent marqués du nom des institutions. Si la première fois, il a oublié un vêtement, il a ensuite délibérément abandonné divers articles de sa propre garde-robe, essaimant ainsi, en quelque sorte, ses ‘oeuvres’ dans les musées du monde entier.

Une autre oeuvre est en partie issue des effets du travail en atelier. Le film muet, en noir et blanc, Anticultural Positions (2009), montre des images de traces résiduelles provenant de l'espace de travail de Paul Sietsema. Celles-ci sont accompagnées de sous-titres extrait d'une conférence donnée en 1951 par Jean Dubuffet, dans laquelle celui-ci énonce l'absence de forme et l'ambiguïté comme éléments essentiels du processus artistique. Le film a été projeté pour la première fois à la New School de New York en remplacement inattendu d'une conférence de Paul Sietsema alors que celui-ci était dans un avion en route vers la côte ouest des Etats-Unis.

Les deux films 16 mm dans l’exposition mettent en lumière le médium de prédilection initialement choisi par l'artiste pour interroger les constructions de la matérialité et leur relation plus large avec les médias. Dans Telegraph (2012), des fragments de bois trouvés sont utilisés pour former et incarner le langage. Reliés par une série de fondus enchaînés, ces morceaux sont configurés et reconfigurés au sein d'une structure répétitive et minimale qui finit par composer la phrase «L/E/T/T/E/R/T/O/A/Y/O/U/N/G/P/A/I/N/T/E/R». Le film explore l'idée de l’oeuvre d'art comme transmission en atténuant l'ordre de lisibilité linguistique et en soulignant l'abstraction inhérente à chaque forme de lettre.

Antérieures aux oeuvres présentées au rez-de-chaussée, Action painting (1977) (2017) et Action painting (City National) (2016) sont composées d'un unique geste réalisé en raclant ou frottant un objet sur la couche picturale, respectivement une pièce de monnaie et une carte de crédit. L'objet physique reste incrusté dans la peinture, l’amenant à perdre sa valeur monétaire au profit d’une valeur symbolique lors de sa transformation en oeuvre d’art. Pour Blue Picasso (2020), Paul Sietsema a sérigraphié sur toile une affiche originale du Guggenheim, avant d’y superposer la couleur de sa bordure originelle, créant ainsi un masque monochrome recouvrant l’intégralité de image. Cette technique affadit subtilement l’image, diminuant, voire suspendant, la fonction première de l’affiche.

Paul Sietsema (né en 1968 en Californie) vit et travaille à Los Angeles. Il est diplômé de l'université de Californie à Los Angeles en 1999 et de l'université de Californie à Berkeley en 1992. De nombreuses institutions ont consacré des expositions individuelles à son oeuvre, notamment le Nouveau Musée National de Monaco (2015), le Museum of Contemporary Art de Denver (2014), le Museum of Contemporary Art de Chicago (2013), le Wexner Center for the Arts de Columbus, dans l'Ohio (2013), le Mercer Union de Toronto (2013), la Kunsthalle Basel (2012), The Drawing Room de Londres (2012), le Schinkel Pavilion de Berlin (2010), le Cubitt de Londres (2010), le Midway Contemporary Art de Minneapolis (2010) ; le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid (2009) ; le Museum of Modern Art de New York (2009) ; le San Francisco Museum of Modern Art (2008) ; la de Appel Foundation d’Amsterdam (2008) et le Whitney Museum of American Art de New York (2003).

GALERIE MARIAN GOODMAN, PARIS
79 rue du Temple, 75003 Paris

27/10/25

Ed Ruscha @ Gagosian, Paris - Exposition 'Talking Doorways'

Ed Ruscha
Talking Doorways
Gagosian, Paris
22 octobre – 3 décembre, 2025

Galerie Gagosian Paris - Exposition Ed Ruscha
Ed Ruscha
Talking Doorways, 2025, installation view
© Ed Ruscha
Photo: Maris Hutchinson
Courtesy Gagosian

Gagosian présente actuellement l'exposition Ed Ruscha: Talking Doorways à la galerie de la rue de Castiglione à Paris. Dans ces nouvelles peintures, Ed Ruscha délaisse les façades tournées vers l’espace public pour explorer le drame silencieux des intérieurs privés. Talking Doorways coïncide avec Ed Ruscha: Says I, to Myself, Says I, une exposition d’une autre série de travaux de l'artiste présentée à la galerie Gagosian de Davies Street à Londres.

Depuis plus de six décennies, Ed Ruscha revient fréquemment à l’architecture et aux infrastructures comme sujets, représentant stations-service, immeubles, parkings, musées, maisons ou des sites industriels vus depuis la rue ou du ciel. Avec Talking Doorways, il délaisse pour la première fois les extérieurs au profit d’intérieurs, utilisant de subtils dégradés en pointillés pour représenter des pièces nues, décorées uniquement de moulures et d’encadrements de portes. Chaque œuvre présente en outre une porte à travers laquelle apparaît une phrase peinte, franchissant le seuil, accompagnée de bandes linéaires évoquant à la fois des faisceaux lumineux et les ondes sonores de paroles prononcées.

Gagosian Paris - Ed Ruscha
Ed Ruscha
Talking Doorways, 2025, installation view
© Ed Ruscha
Photo: Maris Hutchinson
Courtesy Gagosian

L’intérêt de Ed Ruscha pour les intérieurs a, en partie, été suscité par l’oeuvre du peintre danois Vilhelm Hammershøi (1864–1916). Célèbre pour ses tableaux énigmatiques de pièces baignées de lumière, vides ou habitées par une seule figure, Hammershøi a créé des oeuvres à la palette restreinte, empreintes d’une observation minutieuse, évoquant une attention silencieuse. En évoquant sa réflexion sur les peintures de Hammershøi, Ed Ruscha explique:
J’ai commencé à voir l’intérieur des murs, avec des moulures, des lambris, des petites corniches, des détails qui m’ont intrigué. Et bien que mon travail ne ressemble en rien au sien, je peux dire qu’il m’a inspiré. Il est plus direct, franchement rigide comparé à ce que font les artistes aujourd’hui. Formel, rigide et froid, mais porteur d’un véritable propos.
 
Ed Ruscha Oeuvre
Ed Ruscha
Says I To Myself Says I, 2025
Acrylic and graphite on canvas
54 x 120 inches (137.2 x 304.8 cm)
© Ed Ruscha
Photo: Jeff McLane
Courtesy Gagosian

Ed Ruscha - Gagosian Paris
Ed Ruscha
Talking Doorways, 2025, installation view
© Ed Ruscha
Photo: Maris Hutchinson
Courtesy Gagosian

Les nouvelles œuvres de Ed Ruscha expriment elles aussi une forme d’intériorité, bien que leur quiétude soit perturbée par les textes peints, suggérant une conversation ou un monologue. Says I to Myself Says I (2025), une toile de trois mètres de long, met en avant la phrase éponyme tirée du langage vernaculaire, divisée en trois bandes qui soulignent la répétition palindrome (mot ou groupe de mots qui peut se lire indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche en gardant le même sens)  de « Says I ». Cette œuvre, qui représente la parole franchissant un encadrement de porte, constitue aussi une nouvelle déclaration de l’artiste sur l’art et le langage.

Gagosian publiera un catalogue dédié à ces nouvelles œuvres de Ed Ruscha à l’occasion de l’exposition.

Pour consulter la biographie d’Ed Ruscha ainsi que l’historique de ses expositions, rendez-vous sur gagosian.com.

GAGOSIAN PARIS
9 rue de Castiglione, 75001 Paris 

25/10/25

Eric Fischl @ Skarstedt Gallery, Paris - 'Couples' Exhibition of Recent Paintings

Eric Fischl: Couples
Skarstedt, Paris
October 20 – December 6, 2025 

Skarstedt presents the exhibition Eric Fischl: Couples, an exhibition devoted to the artist’s recent work, in Paris. Four years after his first exhibition Eric Fischl: My Old Neighborhood, which inaugurated the Paris gallery, ERIC FISCHL returns with a series on the historical theme of couples - whether mythological, literary or cinematic – as well as the feelings that are intrinsically linked to relationships: fidelity, passion, and love, but also breakups, betrayal and solitude.

Renowned for his depiction of the human figure, Eric Fischl’s naturalistic paintings captures moments of everyday life, featuring characters from the American middle class. Having been raised in the suburbs of Long Island, Fischl’s quasi-autobiographical works provide food for thought about American society, where image culture, sexuality and the troubles of couple relations are recurrent themes.

Each painting is imbued with a tragic tranquillity, the characters belonging to a true “casting” of actors that the artist mobilises to tell an intimate story. The direction of his narratives guides the choice of protagonists he employs, taken from his own photographs, working, in a way, as a director. Roadsides, hotel rooms, suburbs, swimming pools: these are all cinematic settings that serve as backdrops for his works, where apparent stillness masks deeper psychological unease.

Fischl’s characters rarely make eye contact—either with the viewer of the others in the composition— but are often driven by a desire to get closer to one another. The viewer becomes a witness to scenes populated by the unspoken, where an imminent incident risks triggering a rift or, alternatively, a healing complicity. The proximity of bodies juxtaposed to their emotional distance and nebulous dynamics are at the heart of Couples. The series presents duos - companions or strangers - suspended in moments of immobility, where narrative certainty is withheld and the viewer is left to navigate the emotional terrain between the figures.

Since the 1980s, the artist has been constructing these pictorial episodes of great intensity from his memories and his own photographic montages. With lucidity, Eric Fischl reveals the other side of the American way of life, exploring the invisible flaws of intimacy, desire and the human condition in a tragicomic tone. In Fischl’s own words, “When something happens beyond what is expected, and whose very nature strips you of your armour, that’s the definition of tragedy. Ambiguity is then the only way to move towards understanding.”

SKARSTED PARIS
2 Avenue Matignon 75008 Paris

Previous Exhibitions at Skarstedt Paris:

Sue WilliamsJune 5 – July 25, 2025

Chantal Joffe: The Dog's BirthdayApril 3 – May 31, 2025

Self-Portraits , February 13 – March 29, 2025

Andy Warhol: Who is Who?, October 14 – December 21, 2024

16/10/25

Gerhard Richter @ Galerie David Zwirner, Paris - Exposition + Biographie

Gerhard Richter
Galerie David Zwirner, Paris
20 octobre - 20 décembre 2025

David Zwirner présente dans sa Galerie de Paris une sélection de peintures, dessins et installations de miroirs de Gerhard Richter. L’exposition marque la troisième collaboration du célèbre artiste allemand avec la Galerie depuis l’annonce de sa représentation en 2023. Elle fait suite aux expositions monographiques tenues à New York (2023) et à Londres (2024), et coïncide avec une rétrospective d’envergure s’ouvrant le 17 octobre 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, sous le commissariat de Nicholas Serota et Dieter Schwarz.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Kl. Badende (Petite baigneuse), 1994
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Blumen, (Fleurs), 1992
Oil on canvas
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Les oeuvres présentées chez David Zwirner témoignent de l’impressionnante diversité d’enjeux, d’échelles et de techniques que mobilise l’artiste dans son travail. Prises dans leur ensemble, elles mettent en lumière sa profonde compréhension du médium pictural et l’enquête sans cesse renouvelée qu’il mène autour du fait même de créer une oeuvre. Dans ses Fotobilder (Photo-peintures) – par exemple Blumen (Fleurs, 1992), Torso (Torse, 1997) ou Kl. Badende (Petite baigneuse, 1994) –, l’artiste utilise ses propres photographies comme point de départ, mais aussi des images trouvées au hasard de journaux, magazines ou publicités. Souvent, l’artiste floute ou dénature d’une façon ou d’une autre l’image qui résulte de ce travail de composition, rendant plus complexe encore la relation qui unit la photographie à la peinture : une expérience conceptuelle se joue dans ces transpositions itératives entre les deux médiums.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Avec la série des Abstrakte Bilder (Tableaux abstraits), Gerhard Richter explore le potentiel formel et conceptuel de la peinture sous un autre angle. Exécutées selon des principes de composition extrêmement rigoureux, ces oeuvres ont recours à l’abstraction pour mettre en exergue la matérialité de la peinture et de la couleur – une méthode de création à la fois aléatoire et planifi ée avec soin. Deux Tableaux abstraits datant de 2001 sont exposés, marbrés de peinture verte, rose vif ou jaune d’or se déployant harmonieusement sur toute la surface de la toile. Les deux oeuvres contrastent ainsi avec les dernières peintures à l’huile réalisées par l’artiste de 2015 à 2017, qui se caractérisent au contraire par des entrelacs complexes où la superposition de lignes et de touches appliquées avec vigueur créent une impression de relief. Ces peintures sont confrontées à Strip, tableau de 2024 s’étirant sur quatre mètres de largeur. Revisitant ses Tableaux abstraits grâce aux technologies numériques, Gerhard Richter orchestre dans la série des Strips un dialogue entre la peinture, la photographie, la reproduction d’images par impression et l’abstraction.

Des dessins récents de l’artiste figurent aussi dans l’exposition ; certains totalement inédits et d’autres ayant été présentés plus tôt cette année dans le cadre de Gerhard Richter: 81 Zeichnungen, 1 Strip-Bild, 1 Edition à la Staatliche Graphische Sammlung de Munich. Gerhard Richter a toujours accordé une place importante au médium du dessin dans sa pratique artistique, et le passage des années n’a pas démenti cet engagement fructueux. Les oeuvres présentées, incorporant souvent des encres de couleur et du crayon à mine de graphite, lui permettent d’explorer une autre dimension du rôle de la main de l’artiste dans le processus menant à la création d’un « récit » pictural abstrait mais dynamique.

L’exposition à Paris comprend également trois installations de surfaces réfl échissantes montées au mur, de tailles différentes, ainsi que 3 Scheiben (3 Panneaux de verre, 2023), où trois pans de verre transparent et réfl échissant sont dressés au sein d’un cadre en métal. Depuis 1967 et la création de son installation 4 Glasscheiben (4 Panneaux de verre), qui a marqué un tournant dans sa carrière, Gerhard Richter nourrit un grand intérêt analytique – qui confine à la fascination – pour le verre. De façon très personnelle, il mobilise ce matériau moins comme un élément de sculpture pure que comme une « réflexion », dans les deux sens du terme, de son investigation de la peinture et de la création d’image. Contempler ces oeuvres – et donc aussi les images qui se forment à leur surface – est une expérience radicalement paradoxale où la réalité, répliquée par le miroir de manière forcément fi dèle au monde réel qui entoure nécessairement l’oeuvre, devient pourtant inaccessible en tant que refl et, à la fois hors de portée et déformée. 
Dans les oeuvres en verre de Gerhard Richter, comme le soulignent Janice Bretz et Kerstin Küster, « les visiteurs ne restent pas spectateurs mais deviennent eux-mêmes créateurs ; ils se confrontent à l’écart entre l’espace d’exposition réel et le refl et aléatoire de la réalité sur le verre. […] L’artiste nous invite à réfl échir au fait même de voir et à considérer ce que l’on voit comme une seule réalité potentielle parmi de nombreuses autres. Voir est contextuel : la réalité dépend toujours de celui qui regarde ». – Janice Bretz and Kerstin Küster, “Transparent and Reflected: Mirrors, Glass, and Strips,” in Gerhard Richter: Abstraction. Exh. cat. (Potsdam: Museum Barberini, 2020), p. 198.
Artiste Gerhard Richter

Gerhard Richter est né en 1932 à Dresde en Allemagne. Il étudie les beaux-arts de 1951 à 1956 à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde et se spécialise en peinture murale. En 1959, il visite la documenta II qui se tient à Cassel, alors en Allemagne de l’Ouest : une expérience fondatrice qui le mène à infl échir sa trajectoire artistique. Après avoir réussi à fuir l’Allemagne de l’Est en 1961, il entreprend un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y cofonde un mouvement éphémère appelé « réalisme capitaliste » avec ses condisciples Sigmar Polke, Konrad Lueg (qui deviendra galeriste, plus connu sous le nom de Konrad Fischer) et Manfred Kuttner.

À partir de 1964, son travail fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans des galeries et musées du le monde entier. Sa première exposition monographique dans une institution publique se tient en 1969 au Gegenverkehr du Zentrum für aktuelle Kunst d’Aachen, en Allemagne de l’Ouest. En 1972, il est choisi pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise, où il investit le pavillon national de ses seules oeuvres. Il est aussi l’artiste ayant présenté son travail le plus grand nombre de fois à la documenta (en 1972, 1977, 1982, 1987, 1992, 1997, 2007 et 2017). Le travail de Gerhard Richter a été montré tout autour du monde au fi l de nombreuses rétrospectives et expositions monographiques au sein d’institutions de premier plan, parmi lesquelles le Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen à Düsseldorf (1971, 1986), la Kunsthalle de Brême en Allemagne de l’Ouest (1975), le Centre Pompidou à Paris (1977, 2012), la Städtische Kunsthalle de Düsseldorf (1986), la Neue Nationalgalerie de Berlin (1986, 2012), le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington D.C. (1988, 2003), le San Francisco Museum of Modern Art (1989, 2002), la Tate à Londres (1991, 2011), le Moderna Museet à Stockholm (1993), l’Art Institute de Chicago (2002), le MoMA à New York (2002), la Queensland Art Gallery à Brisbane (2017), le Met Breuer à New York (2020) et le National Museum of Modern Art de Tokyo (2022). En avril 2023, la Neue Nationalgalerie de Berlin inaugurait une installation semi-permanente intitulée Gerhard Richter: 100 Works for Berlin, rassemblant des prêts à très long terme consentis par la Fondation Gerhard Richter en 2021, parmi lesquels le cycle d’oeuvres Birkenau (2014), série de peintures abstraites de grandes dimensions.

Gerhard Richter est le lauréat de nombreux prix et distinctions prestigieux comme, parmi d’autres, le Kunstpreis Junger Westen de la Kunsthalle de Recklinghausen en Allemagne de l’Ouest (1967), le prix Arnold Bode de Cassel en Allemagne de l’Ouest (1982), le prix Oskar Kokoschka de Vienne (1985), le Goslarer Kaiserring de Goslar en Allemagne de l’Ouest (1988), le Lion d’or de la 47e Biennale de Venise (1997), le Praemium Imperiale de la Japan Art Association de Tokyo (1997), le prix Wexner du Wexner Center for the Arts de Columbus en Ohio (1998), le Foreign Honorary Membership de l’American Academy of Arts and Letters de New York (1998), le Staatspreis du Lander de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de Düsseldorf (2000) et le Kunst- und Kulturpreis der deutschen Katholiken de la Deutsche Bischofskonferenz de Bonn (2004). En 2007, année où il crée un vitrail spectaculaire pour la cathédrale de Cologne, Gerhard Richter est élevé au rang de citoyen d’honneur de la ville.

David Zwirner représente Gerhard Richter depuis 2023. Cette année-là, sa galerie new-yorkaise accueille une exposition personnelle de l’artiste allemand. Rassemblant des peintures abstraites récentes, elle s’accompagne d’un catalogue richement illustré comportant un essai inédit de Dieter Schwarz. Au début 2024, une exposition monographique est consacrée à l’artiste chez David Zwirner London. Parmi les précédentes expositions de son travail s’étant tenues à New York, notons Gerhard Richter: Prints and Multiples 1966–1993 (1994), Gerhard Richter: Early Paintings (2000) et Gerhard Richter: Landscapes (2004). Les oeuvres de l’artiste sont présentes dans des collections publiques et privées de tout premier plan à travers le monde. Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.

DAVID ZWIRNER, PARIS
108, rue Vieille du Temple, 75003 Paris

10/10/25

Albert Oehlen @ Gagosian Gallery, Paris - 'Endless Summer'

Albert Oehlen: Endless Summer
Gagosian, Paris
October 20 – December 20, 2025

Texte en français ci-dessous


Albert Oehlen
Albert Oehlen
Endless Summer, 2021
Oil on canvas
35 1/2 x 27 5/8 inches (90 x 70 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2021
Oil on canvas
35 1/2 x 27 5/8 inches (90 x 70 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Stefan Rohner
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2022
Acrylic, oil and lacquer on canvas
62 7/8 x 72 1/4 inches (159.5 x 183.5 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Gagosian will present Endless Summer, an exhibition of new paintings by Albert Oehlen in Paris. The paintings explore the theme of the bather, a motif deeply embedded in French art history that captivated such artists as Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Edouard Manet, and Pablo Picasso.

The bather has maintained a significant and diverse presence throughout the history of art, and in Endless Summer, Albert Oehlen contributes to the tradition in characteristically expressive style. Presenting variations on a dark-haired female nude, he sometimes approaches, sometimes retreats from his ostensible subject, using it as a template for unbounded experimentation. While the woman’s shape is clearly legible in some paintings, in others it dissolves into pure gesture, shifting Oehlen’s project continually between representation and abstraction.

Neither directly observed nor wholly improvised, Oehlen’s recurring figure originates in Tramonto Spaventoso (Terrifying Sunset, 1940–49) by the Russian-born American modernist painter John Graham, whose work Albert Oehlen discovered in the 1990s. Embellishing, reworking, and recontextualizing Graham’s image, the artist combines graphic gestures and “painterly” drips with surprising color combinations and textural obfuscations. The density of the compositions also varies—some are packed with formal incident, while others appear relatively sparse.

In Endless Summer, Albert Oehlen again tests the limits of coherence, reinventing a long-established motif while rejecting the quest for stable form and meaning.

Endless Summer is presented in the Paris gallerie of Gagosian and Galerie Max Hetzler, and is accompanied by a copublished catalogue featuring an essay by Jean-Pierre Criqui and an interview with Max Dax about Albert Oehlen’s filmmaking.


Texte en français

Gagosian va présenter Endless Summer, une exposition de nouvelles peintures d’Albert Oehlen qui explorent le thème de la baigneuse, un motif profondément ancré dans l’histoire de l’art français qui a captivé des artistes tels que Pierre Bonnard, Paul Cézanne, Edouard Manet et Pablo Picasso. 

La baigneuse a maintenu une présence significative et variée tout au long de l’histoire de l’art, et dans Endless Summer, Albert Oehlen s’incrit dans cette tradition avec un style expressif caractéristique de son travail. Présentant des variations sur un nu féminin aux cheveux noirs, il s’approche de son sujet et parfois s’en éloigne, l’utilisant comme modèle pour une expérimentation sans limite. Si la forme de la femme est clairement lisible dans certaines peintures, dans d’autres elle se dissout dans un geste pur, faisant continuellement osciller le projet d’Oehlen entre représentation et abstraction.

Ni directement observée ni totalement improvisée, la figure récurrente d’Albert Oehlen trouve son origine dans Tramonto Spaventoso (Coucher de soleil terrifiant, 1940–49) du peintre moderniste américain d’origine russe John Graham, qu’Albert Oehlen a découvert dans les années 1990. En embellissant, retravaillant et recontextualisant l’image de John Graham, l’artiste mêle des gestes graphiques, des drips « picturaux », des combinaisons de couleurs surprenantes et des obstructions texturales. La densité des compositions varie également : certaines foisonnent d’incidents formels, tandis que d’autres paraissent relativement éparses.

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
74 7/8 x 50 3/8 inches (190 x 128 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
74 7/8 x 63 inches (190 x 160 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2024
Oil on canvas
11 7/8 x 9 1/2 inches (30 x 24 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Albert Oehlen
Albert Oehlen
Untitled, 2025
Acrylic, oil and lacquer on canvas
108 x 90 inches (274.3 x 228.6 cm)
© Albert Oehlen
Photo: Simon Vogel
Courtesy the artist and Gagosian

Dans Endless Summer, Albert Oehlen teste à nouveau les limites de la cohérence, réinventant un motif établi de longue date tout en rejetant toute quête de forme et de signification stable.

Endless Summer est présentée dans la galerie Gagosian et la galerie Max Hetzler à Paris, et est accompagnée d’un catalogue coédité comprenant un essai de Jean-Pierre Criqui ainsi qu’un entretien avec Max Dax au sujet du travail cinématographique d’Albert Oehlen.

GAGOSIAN PARIS
4 rue de Ponthieu, 75008 Paris

06/10/25

De la ligne à la matière @ Galerie Mitterrand, Paris - Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier, Lawrence Weiner

De la ligne à la matière
Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier, Lawrence Weiner
Galerie Mitterrand, Paris
12 septembre - 20 décembre 2025

La galerie Mitterrand présente une exposition collective, intitulée De la ligne à la matière, sur l’ensemble de ses espaces à Paris (Faubourg Saint-Honoré et Temple).
 
Réunissant des figures majeures de l’art minimal et post-minimal américain, l’exposition offre un regard transversal sur une génération d’artistes ayant transformé les pratiques sculpturales et picturales à partir des années 1960. À travers une sélection d’oeuvres caractéristiques, elle interroge les principes fondamentaux de ces courants artistiques : réduction formelle, matérialité brute, répétition, rapport au corps et à l’espace, expérience physique de l’oeuvre.
 
Les structures horizontales de Carl Andre, les lignes tendues de Fred Sandback, les modules répétitifs de Richard Nonas ou les volumes suspendus de Robert Morris activent une nouvelle relation entre l’œuvre, l’espace et le spectateur, fondée sur l’expérience directe, sensorielle et physique, plutôt que sur la représentation. Judd, théoricien majeur du minimalisme, développe des modules géométriques en série, réalisés en métal ou plexiglas, qu’il qualifie d’“objets spécifiques” : ni peintures, ni sculptures, mais entités autonomes interagissant avec l’espace.
 
Les carrés de Josef Albers, bien qu’antérieurs, annoncent par leur rigueur formelle et leur approche sérielle certaines préoccupations du minimalisme et ouvrent la voie à une approche analytique de la perception. Keith Sonnier, en introduisant le néon et des matériaux industriels dans l’espace, illustre une sensibilité post-minimale, où la lumière, la couleur et l’environnement deviennent partie intégrante de l’oeuvre. De son côté, Allan McCollum développe des compositions sérielles et modulaires à grande échelle, où la répétition n’annule pas la singularité, mais au contraire la questionne. Sa démarche systématique inscrit son œuvre dans une veine post-minimale qui dépasse la pure réduction formelle pour interroger les conditions mêmes de l’unicité et de la reproductibilité dans l’art.
 
Ces approches renforcent l’idée selon laquelle le minimalisme – et aussi son prolongement post-minimal - n’est pas une réduction, mais une densité essentielle. L’épure devient ici une stratégie de révélation : de la ligne, de la matière, et de notre propre perception. A travers les oeuvres de Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier et Lawrence Weiner, De la ligne à la matière propose un regard collectif sur une esthétique qui privilégie la forme, le matériau et l’espace, sans recours à l’ornement ou à la narration.

GALERIE MITTERRAND
95, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
79, rue du Temple, 75003 Paris

17/09/25

Exposition Générale @ Fondation Cartier, Paris - Exposition inaugurale du nouveau bâtiment Place du Palais-Royal de la Fondation Cartier pour l'art contemporain

Exposition Générale
Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris
25 octobre 2025 - fin août 2026

Fondation Cartier, Place du Palais Royal, Paris
Le nouveau bâtiment de la Fondation
Cartier
situé 2, place du Palais-Royal à Paris, 
dont l’architecture intérieure est signée par Jean Nouvel
Photo © Luc Boegly

Le 25 octobre 2025, la Fondation Cartier pour l’art contemporain inaugure ses nouveaux espaces dans le centre historique de Paris, au 2, place du Palais-Royal. Entièrement ouvert sur la ville grâce à ses grandes baies vitrées, le projet architectural conçu par Jean Nouvel s’inscrit dans l’édifice haussmannien des anciens Grands Magasins du Louvre. Composée de cinq plateformes mobiles, son architecture dynamique ouvre la voie à un renouvellement profond des possibilités d’exposition. Dans ce lieu de rencontre saisissant entre le passé et l’avenir, l’architecture de la nouvelle Fondation Cartier est à la fois une extension du paysage urbain et un prolongement de son histoire.

Présentée jusqu’à fin août 2026, l’Exposition Générale dévoile l’identité artistique de la Fondation Cartier et son patrimoine à travers près de 600 oeuvres de plus de 100 artistes qui ont jalonné sa programmation de 1984 à aujourd’hui. Reflet de l’histoire de l’institution et de son ouverture au monde dans toute sa diversité, la Collection de la Fondation Cartier témoigne de quatre décennies de création contemporaine internationale. L’exposition met ainsi en lumière la singularité d’une collection unique, qui s’est construite, tout au long de son histoire, à travers sa programmation. Elle est composée d’expositions personnelles et d’ensembles thématiques autour desquels s’articulent les engagements artistiques de la Fondation Cartier : architectures, mondes vivants, technologies et sciences se déploient à travers des oeuvres emblématiques et des fragments d’expositions marquantes qui ont façonné l’histoire de l’institution.

L’Exposition Générale emprunte son titre aux expositions d’objets et de vêtements qui se tenaient aux Grands Magasins du Louvre. Contemporaines des Expositions universelles, dont la première édition parisienne de 1855 fut concomitante de la construction du bâtiment lors de la première phase des travaux du baron Haussmann, ces « Expositions Générales » étaient de véritables lieux de sociabilité et de découvertes, offrant une nouvelle compréhension de la culture matérielle. Le bâtiment incarne un symbole de l’avènement de la modernité dans Paris que la Fondation Cartier fait dialoguer avec sa Collection. En la présentant dans l’esprit d’ouverture qui caractérisait ces « Expositions Générales », l’institution conçoit l’exposition comme un lieu public d’expérimentation et de partage au coeur de la ville.

Week-end d’ouverture gratuit les 25 et 26 octobre 2025 
A l’occasion de l’inauguration de son nouveau site au coeur de Paris, la Fondation Cartier invite le public à découvrir gratuitement ses espaces et l’Exposition Générale. 
Réservation obligatoire et dans la limite des places disponibles

A paraître aux Éditions de la Fondation Cartier
Catalogue Exposition Générale - Fondation Cartier
Catalogue Exposition Générale 
© Fondation Cartier pour l'art contemporain
Image courtesy Fondation Cartier pour l'art contemporain
En précommande le 1er octobre

La Fondation Cartier par Jean Nouvel
La Fondation Cartier pour l’art contemporain par Jean Nouvel
© Jean Nouvel © Fondation Cartier pour l'art contemporain
Image courtesy Fondation Cartier pour l'art contemporain
En précommande le 1er octobre

Fondation Cartier - Livre Pop Up
Fondation Cartier pour l’art contemporain POP UP
© Fondation Cartier pour l'art contemporain
Image courtesy Fondation Cartier pour l'art contemporain
Parution 22 octobre

Fondation Cartier by Yann Kebbi
Fondation Cartier pour l’art contemporain by Yann Kebbi
© Yann Kebbi © Fondation Cartier pour l'art contemporain
Image courtesy Fondation Cartier pour l'art contemporain
Parution 22 octobre

FONDATION CARTIER POUR L'ART CONTEMPORAIN
2, place du Palais-Royal, Paris

Maj 23.09.2025

03/09/25

Tursic & Mille @ Galerie Max Hetzler, Paris - Exposition "Lavis en Rose"

Tursic & Mille - Lavis en Rose
Galerie Max Hetzler, Paris
6 Septembre – 11 Octobre 2025

Tursic & Mille
Tursic & Mille 
Lavis en Rose, 2025 
© Tursic & Mille, photo: I & W, 2025

« Le sujet, dans la peinture de Tursic & Mille, est un leurre à tous les sens du terme : il trompe et il appâte... Car le véritable sujet de leurs œuvres est la peinture, dans une tradition classique qui va de Picabia à Christopher Wool. » 1 
Eric Troncy

La galerie Max Hetzler, Paris, présente Lavis en Rose, une exposition de Tursic & Mille, la sixième avec la galerie Max Hetzler et la première dans la galerie parisienne.

Avec un partenariat artistique qui s'étend sur plus de deux décennies, les peintres Tursic & Mille, mènent une réflexion profonde sur la peinture et sur la notion de représentation. À travers une pratique empirique d’une peinture ouverte à toutes les possibilités conceptuelles et matérielles, aux accidents constitutifs du médium, ils abordent la peinture, aussi bien en tant qu’objet que comme sujet. Réinventant sans cesse leur pratique, s’intéressant autant au concept, au process, à la matérialité de la peinture, qu’à l’utilisation de l’imagerie, ils développent une manière singulière de penser en peinture aujourd’hui.

Lavis en Rose, commence donc, avec son titre, par une homophonie, un jeu de mot, un malentendu : Lavis / La vie. Ainsi, un cliché, une promesse du bonheur se transforme en simple procédé technique à dominance rose (rose étant l’anagramme d’Éros). Ce malentendu est peut-être aussi celui qu’ils traquent dans l’idée même de peinture figurative, avec l’éternelle conflictualité interne image/peinture.

Le Rose, ici, agit comme élément perturbateur, tel un filtre à double usage : physiquement, il ajoute une couche matérielle au tableau (le poussant parfois à la limite du monochrome), sémantiquement enfin, en instillant une distance, une sensation d’instabilité qui agit tel un voile qui simultanément perturbe tout en affirmant le caractère complexe de la perception et de la représentation. Lavis en Rose est une traversée, aussi douce qu’incendiaire, d’un monde en tension.

L’exposition commence par un tableau programmatique. Un portrait d’une jeune femme, qui regarde ses doigts tachés de peinture rose. Mi-surprise, mi-dégoutée, elle semble se demander ce qu’elle va en faire, quoi en faire. « Ce tableau pourrait servir de portrait à n'importe quel peintre au travail, confronté à son démon, ces pigments dilués dans l'huile, incontrôlables, collés aux doigts, corps et âme, entêtants et rebelles aux coups de pinceau qui prétendent avoir tout pouvoir sur eux. Et pourtant, la peinture fait ce qu'elle veut : elle surgit de nulle part, gâchant l'image autant qu'elle la trace ». 2

Dans la première salle, deux paysages se font face. Un paysage lointain, un ciel étoilé rose, l’infiniment grand, en vis-à-vis, un ciel plus proche, ciel traversé par des fusées, l’infiniment humain. Sur les murs latéraux, deux petits panneaux de bois peints, deux natures mortes où figurent des mégots de cigarettes.

Au centre de l’exposition, l’Hallali inversé, se déroule sur trois tableaux. Utilisant plusieurs sources iconographiques, différents imaginaires, différents styles de peinture, différentes temporalités, comme si la scène provenait d’un souvenir parsemé de confusion. Dans un sous-bois en proie à des flammes symboliques, des animaux, ensemble, cèdent à une fuite panique, face à une menace non identifiée, qui n’est plus localisée, mais qui infuse au-delà de la composition. En opposition à ce mouvement, statique, une femme peintre est assise devant son chevalet, palette à la main, pinceau suspendu. À côté d’elle, un homme en costume, cigarette à la main, observe nonchalamment, comme s’il assistait à une scène ordinaire. Tursic & Mille interrogent la nature anachronique du medium en opposant la frénésie et l’urgence au temps long de la peinture.

Paysage Rose, un diptyque dans lequel une maison pavillonnaire est dévorée par des flammes qui s’élèvent dans un ciel rose délavé. Cette œuvre s’inscrit dans une série initiée en 2005, où le feu, omniprésent, devient une figure métaphysique : moins un évènement qu’un état latent, il habite le paysage et altère la lumière. Le lavis rose qui recouvre toute la surface adoucit et voile l’image, le rendant quasiment irréel et plus troublant. Le tableau est ici divisé en deux, scindant ainsi la temporalité interne de la composition en deux événements possibles.

Un portrait d’une jeune femme fixe le spectateur d’un regard vague, elle pose dans un canapé au milieu d’une clairière embrasée, habitant étrangement la composition. La forêt qui l’entoure est en flammes, pourtant, la scène reste étonnamment calme, tout est placé avec soin, comme dans un catalogue de décoration. Cette fusion de l’espace domestique à l'espace sauvage, cette uniformisation créée par le recouvrement d’une couche transparente rose, installe un trouble, une ambiguïté existentielle.

En parallèle, au 46 rue du Temple, est présenté une sélection de peintures sur papier issues de Papers 2018-2022, révélant l’aspect empirique de leur pratique. Ces œuvres accidentelles et inconscientes accumulées pendant plus de vingt ans donnent à voir le travail en train de se faire et créent in fine des peintures abstraites involontaires, des matérialisations de la pratique même de la peinture, un émerveillement constant et brut de la couleur. Les pigments dilués dans l'huile, incontrôlable. Et pourtant, la peinture fait ce qu'elle veut.

Ida Tursic (née en 1974 à Belgrade, en Serbie) et Wilfried Mille (née en 1974 à Boulogne-Sur-Mer, en France) vivent et travaillent à Mazamet, en France. Les œuvres de Tursic & Mille ont été présentées, entre autres, dans des expositions personnelles le FRAC – Fonds régional d'art contemporain de Normandie, Caen (2023); le Musée Consortium, Dijon (2022); Le Portique, Le Havre (2021); le Muzeum Sztuki, Łodz (2020); la Fondation d'Entreprise Ricard, Paris (2017); le Musée des Beaux-Arts, Dole (2011); le FRAC Auvergne, Clermont-Ferrand (2011) et le Musée de Serignan (2008-2009). Le duo d'artistes a reçu le prix de la Fondation Simone et Cino Del Duca en 2020 et le prix de la Fondation d'Entreprise Ricard en 2009. Ils ont été nominés pour le prix Marcel Duchamp en 2019.

Les oeuvres de Tursic & Mille font partie des collections permanentes de la Collection Berardo, Lisbonne; du Centre Pompidou, Paris; de la Fondation Louis Vuitton, Paris; le FNAC – Fonds National d'Art Contemporain, Paris; le FRAC – Auvergne, Clermont-Ferrand; le FRAC – Bourgogne, Dijon; le FRAC – Le Plateau, Paris; Le Consortium, Dijon; le Musée des Beaux-Arts de Dôle; et le Musée Régional d'Art Contemporain de Sérignan, entre autres.

_________
1 Eric Troncy dans le dossier de presse pour Tursic & Mille - Tenderness, Consortium Museum
2 Judicaël LavradorLibération, 15 mars 2022 

GALERIE MAX HETZLER, PARIS
46 & 57, rue du Temple, 75004 Paris

29/08/25

Dessins sans limite. Chefs-d'oeuvre de la collection du Centre Pompidou @ Grand Palais, Paris

Dessins sans limite. Chefs-d'oeuvre de la collection du Centre Pompidou
Grand Palais, Paris
16 décembre 2025 - 15 mars 2026

Avec plus de 35 000 dessins, la collection du cabinet  d'art graphique du Centre Pompidou est l'un des plus importants ensembles au monde d'œuvres sur papier des XXe et XXIe siècles. Ce fonds exceptionnel par sa richesse et sa diversité n'a encore jamais fait l'objet d'une grande exposition qui lui soit exclusivement consacrée. L'exposition Dessins sans limite est donc l'occasion de révéler pour la première fois les trésors inestimables de cette collection qui offre l'opportunité unique de comprendre comment ce medium s'est totalement réinventé au XXe siècle.

Car nombreux sont les artistes qui se sont emparés de ce mode d'expression originel et cathartique afin de transgresser les limites de l'art au point que le dessin est devenu aujourd'hui le laboratoire de tous les possibles. Au-delà de la feuille ou du traditionnel carnet, son domaine d'expression s'est étendu vers bien d'autres supports jusqu'à celui du mur ou de l'espace de l'installation. L'art graphique s'est ouvert à d'autres pratiques, étendant son champ à d'autres formes d'expression, photographiques, cinématographiques, ou encore numériques, ce qui rend ses frontières toujours plus mouvantes et ouvertes. Le regain d'intérêt porté par les jeunes générations d'artistes pour ce medium élémentaire et accessible est bien la preuve de sa grande actualité. S'il faut faire évoluer la notion même de dessin à l'aune des enjeux esthétiques et plastiques du XXIesiècle, cela n'exclut pas de se replonger dans les fondements d'une pratique qui, demeure par essence ouverte à l'invention et à l'expression de la pensée, qu'elle soit consciente ou inconsciente.

L'exposition Dessins sans limite met à l'honneur des pièces majeures de la collection rarement montrées notamment des œuvres de Balthus, Marc Chagall, Willem de Kooning, Sonia Delaunay, Jean Dubuffet, George Grosz, Vassily Kandinsky, Paul Klee, Fernand Léger, Henri Matisse, Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, mais aussi Karel Appel, Jean-Michel Basquiat, Roland Barthes, Robert Breer, Trisha Brown, Marlène Dumas, William Kentridge, Robert Longo, Giuseppe Penone, Robert Rauschenberg, Kiki Smith ou encore Antoni Tàpies. Elle ne s'interdit pas d'aller au-delà du champ de la feuille de papier pour considérer le dessin en tant que performance, installation, ou bien encore dans sa forme animée.

Avec une sélection de près de 300 œuvres de 120 artistes, l'exposition « Dessins sans limites » n'a pas pour ambition de dresser une histoire du dessin aux XXe et XXIe siècles - une entreprise que la nature même du fonds rendrait impossible - mais propose une exploration sensible et subjective de la collection du Cabinet d'art graphique. Sans parti pris chronologique, le parcours est conçu sur le mode de l'anadiplose dans lequel les œuvres dialoguent à travers des face-à-face inédits et éclairants. Y sont considérées successivement quatre modalités du dessin, de la plus traditionnelle à la plus novatrice : étudier, raconter, tracer et animer.

Une exposition coproduite par le GrandPalaisRmn et le Centre Pompidou

Commissaires
Claudine Grammont, Cheffe de service, Cabinet d’art graphique, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne
Anne Montfort-Tanguy, Conservatrice, Cabinet d’art graphique, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne

GRAND PALAIS, PARIS