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25/08/23

Ange Leccia @ Casa Conti, Oletta - Exposition De Guerre et de Mode

Ange Leccia
De Guerre et de Mode
Casa Conti - Ange Leccia, Oletta
Jusqu'au 29 octobre 2023

Ange Leccia
ANGE LECCIA
Audrey, 2018
Vidéo, 12min 27s, en boucle

Ange Leccia
ANGE LECCIA
Girls, Ghosts and War, 2018
Vidéo, 23min, en boucle

Ange Leccia n’avait pas présenté son travail à la Casa Conti depuis l’ouverture du lieu. Son exposition intitulée De Guerre et de Mode peut être vu comme une extension à sa première monographie dans les salles du FRAC à Corti, Je veux ce que je veux, l’artiste propose ici un ensemble de cinq vidéos récentes qui confrontent la fragilité à l’horreur, comme l’amour à la violence.

Sur un mode fantomatique, il laisse planer les présences féminines dans l’ensemble des pièces pour dévoiler un regard inquiet sur notre monde contemporain. Avec Audrey, un jeu de transparence associe le visage d’une adolescente à un traveling aérien qui montre un lâcher de bombes enflammant le paysage. Comme un cauchemar dont nous ne parviendrions pas à nous réveiller, les images reviennent en boucle et apparaissent aussi entêtantes que la musique planante de Perez. Cette confrontation dialectique est en fait un extrait de Girls, Ghosts and War : les surimpressions ajoutent dans ce cas une présence militaire dans la Syrie dictatoriale de Bashar al-Assad au tournant des années 2000 ou encore l’enterrement des leaders de la Bande à Baader dans la République fédérale d’Allemagne en 1977. Si les contextes diffèrent, une même hantise se retrouve. C’est que les images sont comme des champs de force qui s’interpénètrent et connaissent une forme de survivance. Là où l’actualité médiatique nous place face à un présent piégé dans une constante immédiateté, l’art peut s’approprier ce flux continu et lui redonner une épaisseur sensorielle.

Le reste de l’exposition se fait alors baudelairien en convoquant des figures sophistiquées issues de la mode qui émergent du calme de la mer et du ciel. Surfaces de projection, elles peuvent être considérées comme des allégories contemporaines sans signification codifiée. La charge symbolique s’allège comme en attente d’une nouvelle potentialité. On se souvient du mot de Stendhal qui expliquait que la beauté est toujours une promesse de bonheur. Entravée, incertaine, ou même aujourd’hui diminuée, la grâce qui ponctue ces moments suspendus dessine à elle seule une résistance à l’égard de la destruction et des tensions géopolitiques qui sont plus terribles que jamais. Il ne s’agit pas d’une simple échappatoire, qui ajouterait à la cruauté, mais plutôt d’une éthique qui cherche à cultiver l’art du détachement et la vigilance, la superficialité et l’alerte. Pareille ambivalence est une façon de retrouver le pouls du monde à travers une observation qui n’est pas entièrement désenchantée. 

Ange Leccia
ANGE LECCIA
Dipti 1, 2021
Vidéo, 12min, en boucle

Ange Leccia
ANGE LECCIA
Bijoux, 2021
Vidéo, 21min 50s, en boucle

Ange Leccia
ANGE LECCIA
Dipti 2, 2021
Vidéo, 12min, en boucle

ANGE LECCIA - BIOGRAPHIE

Après une formation dans la section art du lycée de Bastia emmené par José Lorenzi, puis des études d’arts plastiques à l’Université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne entre 1972 et 1976), Ange Leccia s’engage dans une double activité de plasticien et de cinéaste, et initie ses recherches en tant que pensionnaire à la Villa Médicis – Académie de France à Rome de 1981 à 1983.

À la croisée entre cinéma expérimental, installation et vidéo, les images de Leccia mêlent portraits, paysages, histoires, puisent souvent leurs motifs dans la nature et captent des moments où intimité et intensité créent une texture visuelle particulièrement sensible. L’épure et l’abstraction deviennent alors les vecteurs d’une approche vibrante propice à la contemplation. Son travail propose une analyse charnelle de l’image où la lumière et les éléments naturels affirment l’énergie de la création.

Créateur d’un univers singulier, Ange Leccia est aussi un fédérateur de talents. Enseignant à l’École supérieure d’art de Grenoble puis de Paris-Cergy, et enfin au Pavillon, laboratoire de création au Palais de Tokyo qu’il a créé et dirigé de 2000 à 2017, on lui doit d’avoir repéré et développer les talents de Dominique Gonzalez-Foerster, mais aussi Philippe Parreno, Apichatpong Weerasethakul (Palme d’Or au Festival de Cannes de 2010) ou encore Isabelle Cornaro. Il a également enseigné à Geidai Tokyo University of the Arts et a été résident de la Villa Kujoyama à Kyoto en 1992.

Les oeuvres d’Ange Leccia sont régulièrement exposées en France et à l’international, notamment au Centre Georges Pompidou et au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, au Guggenheim Museum à New York, à la documenta à Cassel, au Skulptur Projekte à Münster, à la Biennale de Venise, au Seibu Museum of Art à Tokyo et à la National Gallery of Iceland à Reykjavík. En 2013, le MAC/VAL lui consacre une exposition monographique, ainsi que le Palais de Tokyo en 2014, la HAB galerie à Nantes durant l’été 2016 et l’Akureyri Art Museum (Islande) en 2019. En 2017, il fait l’objet d’une exposition rétrospective à la National Gallery de Reykjavik, en 2018 à la Maison Salvan (Labège), en 2019 au Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, et en 2022 au musée de l’Orangerie et au musée des impressionismes à Giverny.

Son travail fait partie des prestigieuses collections internationales du Guggenheim Museum de New-York, du musée de la ville d’Hiroshima au Japon, le musée d’Art Contemporain Helsinki en Finlande ou encore The Progressive Collection de Cleveland aux États-Unis. En France, on peut citer le Centre George Pompidou et le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris à Paris, ainsi que dans de nombreux Fonds Régionaux d’Art Contemporain (Corse, Rhône Alpes, Pays de la Loire, Alsace, Grand Large, Hauts-de-France, Nouvelle Aquitaine Méca, etc.)

En 2022, le film Christophe…Définitivement, co-réalisé avec Dominique Gonzalez-Foerster, est sélectionné au festival de Cannes et sort au cinéma à l’échelle nationale.

Ange Leccia est représenté par la galerie Jousse Entreprise à Paris et la galleria Six à Milan. 


CASA CONTI - ANGE LECCIA
62 Saliceto - 20232 Oletta, Corse




Ange Leccia - De Guerre et de Mode - Casa Conti - Ange Leccia - 2.07 / 29.10.2023

26/03/22

Ange Leccia @ Galleria Six, Milan & Venice - Cars, Marble and Cinder Block

Ange Leccia 
Cars, Marble and Cinder Block 
Galleria Six, Milan & Venice 
March 26 - June 25, 2022 

Galleria Six presents ANGE LECCIA's solo exhibition, Cars, Marble and Cinder Block. This is his second show at the gallery after Ange Leccia: Girls, Ghosts and war (2018-2019).

The exhibition focuses on both sculptural and installation works. The pieces are concerned with the constant relationship between light and image: an image that disorients our gaze, our thinking and leads us to question the subtle relationship between man, technology and identity.

In this exhibition the photographic works, Arrangement, are related both formally and conceptually to the sculptures on display. 

In fact the construction of an enigmatic space placed between the proximity of two or more objects, seems to constitute 'the original gesture' upon which the artist leads us to reflect.

For the occasion a work by Ange Leccia is exhibited in the new space in Venice at Calle de la Vida San Marco 2530.

For the Musée de l'Orangerie, Paris, Ange Leccia has created a video installation, (D') Aprés Monet, which proposes to feel and read the polysemy of Monets Water Lillies from the story of the genesis of this masterpiece. 

Ange Leccia, born in 1952 in Minerviu, Corsica, lives and works in Paris and Corsica. After studying visual arts, he became dually involved as a visual artist and filmmaker, and initiated his research as a resident at the French Academy in Rome. His work has been shown at the Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, the Centre Georges Pompidou (Paris), the Guggenheim Museum in New York, Documenta in Kassel, Skulptur Projekte in Münster, the Venice Biennale, the Seibu Museum, Hiroshima Art Document, among others. Ange Leccia has taught at Geidai Tokyo University of the Arts. He was a resident at Villa Kujoyama in Kyoto. In 2013, he had a solo exhibition at the MAC/VAL, as well as the Palais de Tokyo in 2014, and the HAB in Nantes during the summer of 2016. In 2017, he had a retrospective exhibition at the National Gallery in Reykjavik. In 2018, he participated in Printemps de Septembre in Toulouse. In 2019, he had a solo exhibition at the Abbaye de Jumièges and the Akureyri Art Museum in Iceland. In 2022, he will exhibit his work at the Artizon Museum in Tokyo, the Musée de l'Orangerie in Paris, the Musée des Impressionnismes in Giverny, and the Louvre Abu Dhabi. Ange Leccia has directed numerous films and fashion shows for big names in the fashion world such as Vuitton and Hermès. He recently co-directed the feature film Christophe Définitivement with the artist Dominique Gonzalez-Foerster. It will be released in 2022.

GALLERIA SIX
Piazza Piola 5 - 20131 Milan
Calle de la Vida San Marco, 2530 - Venice

06/03/22

Ange Leccia @ Musée de l'Orangerie, Paris - (D’) Après Monet - Arrangement vidéo et sonore - Bande sonore originale de Julien Perez

Ange Leccia : (D’) Après Monet 
Musée de l'Orangerie, Paris 
2 mars - 5 septembre 2022 

Arrangement vidéo et sonore, 2020 
Bande sonore originale de Julien Perez 

En réponse à l’invitation du musée de l’Orangerie, Ange Leccia propose de sentir et de lire la polysémie des Nymphéas de Claude Monet dans un arrangement vidéo, (D’) Après Monet, conçu à partir de l’histoire de la genèse de cette oeuvre magistrale, de sa relation avec le jardin de Giverny, avec la lumière et les saisons, soulignant aussi son lien tant avec les abstractions américaine et européenne qu’avec la culture japonaise. Le titre de la pièce, créée en 2020, exprime avec une extrême concision son ambition, « (D’) Après » pointant à la fois l’hommage d’un des principaux acteurs de la scène artistique française au maître du siècle précédent, le regard attentif sur le chef d’oeuvre des Nymphéas et le principe fondateur qu’il représente pour nombre d’artistes. Ange Leccia propose au spectateur une expérience sensible et spirituelle, une plongée dans l’univers coloré et mouvant de Claude Monet, une traversée temporelle. 

Ange Leccia mène simultanément une réflexion sur l’objet et un travail sur l’image en mouvement. Il est reconnu comme l’un des pionniers de l’art vidéo en France. Grâce au montage, au centre de ses recherches, il juxtapose le langage pictural au vocabulaire cinématographique dans une relation étroite à l’histoire de l’art. Du travail de Monet à Giverny face au bassin des Nymphéas, qu’il avait façonné comme un motif pour la peinture, il note : « Sa pratique impressionniste fut l’occasion d’affirmer à la fois la dissolution du motif et la matérialité de la peinture. Mon ambition est donc de retrouver ces caractéristiques à travers des images en mouvement. Il s’agit de filmer les jardins de Giverny, en faisant appel au format DV des années 1990 afin d’obtenir une texture de l’image qui rappelle la liquidité picturale des oeuvres de Monet. » 

Après avoir étudié les arts plastiques à l’université au milieu des années soixante-dix, été pensionnaire de l’Académie de France à Rome - Villa Médicis de 1981 à 1983, Ange Leccia a enseigné dans plusieurs écoles d’art. À partir de 2001 et pendant près de vingt ans il a dirigé le Pavillon, résidence d’artiste et laboratoire de création du Palais de Tokyo, poursuivant une ambition pédagogique qui fait partie intégrante de son approche artistique.

Commissariat : Sophie Eloy, responsable de la documentation, de la bibliothèque, des archives et de la recherche au musée de l’Orangerie.

Musée de l'Orangerie
Jardin des Tuileries, côté Seine, 75001 Paris

21/10/18

Ange Leccia @ Galleria Six, Milan - Girls, Ghosts and war - Curated by Elio Grazioli

Ange Leccia 
Girls, Ghosts and war 
Galleria Six, Milan 
20 October 2018  - 26 January 2019 

​Galleria Six presents a solo show by Corsican artist Ange Leccia curated by Elio Grazioli

​In the '80s Ange Leccia became famous for one of the simplest yet most fascinating artistic operations, a sort of double readymade. In fact, he took two copies of an object, of various sizes, even very large, such as the caterpillars at Skulptur Projekte in Münster (1987) or two airplanes or two oil tankers (of which a photographic version is on display), arranged one in front of the other (or next to it) . It was a radical and significant operation as never before, if one thinks that doubling is the basis of a certain idea of postmodernism. One of the most important exhibitions of American art of the period was titled Art and his double (1986). Ange Leccia's version was more limpid than the American ones and at the same time unequivocally poetic, suspended and not demonstrative . Two identical objects, that were simply juxtaposed, "arranged" as the French say (and it was the title of the works: Arrangement), as if they were a reflection of one the other, or as if they were kissing, as an encounter, but also as a confrontation . Because a relationship between two parties is the simplest but also the most paradigmatic one: what happens between the two? What unites them and / or separates them? how are they together? But the fact that they are identical gives these questions sort of an enigmatic allure, as in the case of twins: something flows between the two, unity is the whole, no longer the single, or other.

​In the '90s Ange Leccia went on to make more and more videos - he had already shot them before, but never shown before, and they are back now. Sometimes he put two projections of the same video next to each other, but gradually Ange Leccia goes from identical subjects to other forms of relationship . Therefore the video can now either be alone or inserted into complex video installations. It is as if instead of looking at the two objects now Ange Leccia looks rather at the space between them, the one in which they touch, while remaining separate: something happens there, something special. Videos are a particular medium: the shooting first, with its face to face with the subject that is shot, and the projection then, with that peculiar device that is the screen, seem to contain the two from the beginning , the doubling and the relationship. But Ange Leccia also goes in search of subjects that make this new and different doubling clearer: the explosion, the wake of the ship, the shore, the lightning, the intermittent light. There, in threshold spaces, all sorts of mixing or tensions take place, of turbulences or contacts. All ever-changing visual forms.

​Elio Grazioli

GALLERIA SIX
Piazza Piola 5 - 20131 Milan

17/07/16

Ange Leccia @ Galerie Jousse Entreprise, Paris

Ange Leccia
Je t'aime jour et nuit

Galerie Jousse Entreprise, Paris
Jusqu'au 23 juillet 2016


Pour sa première exposition chez Jousse Entreprise, Ange Leccia propose une déclaration d’amour qui tourne à l’obsession. Entre la nuit et le jour, aucun choix n’est à énoncer car une simple alternance a lieu. C’est que la réalité du fantasme est fait de la matière des rêves. Et c’est entre chien et loup que tout se joue. La lumière crépusculaire se décline sous de multiples expressions : elle est un battement régulier qui anime les sculptures des jardins de la Villa Médicis tout autant que le bruit visuel du format DV des années 1990. La lumière est surtout l’affirmation du désir compris comme le monde du sujet, le monde de l’expérience dans son intégralité. « Le désir est un rapport d’être à manque, écrit Jacques Lacan. Ce manque est manque d’être à proprement parler. Ce n’est pas manque de ceci ou de cela, mais manque d’être par quoi l’être existe . » 1 Ainsi, le désir est à la fois l’essentiel et le leurre. Il est l’impossible différence entre l’existence et les apparences. Il est l’affirmation d’une présence enchaînée à l’absence. Ce n’est donc pas un hasard si le parcours vidéo de Leccia entremêle les périodes et met en boucle les séquences. La chaîne des significations se distend - de la pierre à l’eau - dans le souvenir latent de toute chose.

La première oeuvre reprend le titre d’une chanson de Christophe, L’Interview (1996) que l’on entend dans l’atelier. Cet autoportrait voit l’artiste muni de lunettes de soleil entrer dans le champ et s’accroupir à côté d’une autre caméra pour y faire tourner une montre à gousset. Leccia regarde en direction du spectateur, qui devient ici le témoin de son agitation mentale virant à l’ennui. Il affirme ici une mise en scène de soi qu’on ne connaît que trop peu et qui renvoie à ses premières expérimentations au début des années 1970. Une autre oeuvre, Cendres (1975) le montre nu au milieu d’un maquis calciné en train de se frotter le corps avec de la cendre. Dans la lignée d’un art performatif viscéral, le geste - filmé en super 8 - revient à se purifier par la poussière. La réalisation de ce rituel primitif est une façon de chercher à préserver l’intensité du feu éteint, à renaître à partir d’une nature dévastée qui perdure dans la transformation.

De Marissa (2016) à Villa Médicis (2016), c’est une même qualité de métamorphose qui se retrouve. Du bleu au noir et blanc, de l’onde à la pulsation, les visages - de chair ou de marbre – connaissent une même énergie fantomatique. L’un glisse sous le silence de l’eau quand les autres crépitent dans un ronflement, au bord de la désintégration. À chaque fois, l’image est en suspension. Elle flotte dans un temps et un espace incertains -hors contexte : nulle part et partout. Finalement, Ange Leccia représente la puissance du surgissement. Celle-là même qui définit la vie sur le fond d’une indétermination. Celle-là même qui est capable d’affirmer un ordre et de l’abolir dans un seul mouvement.

1.  Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre II. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse 1954-1955, Paris, Seuil, 1978, p. 306.

Texte : Fabien Danesi

Galerie Jousse Entreprise
www.jousse-entreprise.com