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18/03/00

Borromini / Edward Burtynsky, Centre Canadien d’Architecture, Montréal

Vues et points de vue : l'architecture de Borromini dans les photographies d'Edward Burtynsky
Centre Canadien d’Architecture, Montréal
15 mars - 7 mai 2000    

Le Centre Canadien d’Architecture présente l’exposition Vues et points de vues : L’architecture de Borromini dans les photographies d’Edward Burtynsky. Un choix de 27 photographies et gravures nous offre l’occasion de redécouvrir des bâtiments construits à Rome par l’architectecte baroque Francesco Borromini, dont on célébrait le 400e anniversaire de naissance l’an dernier.

Vues et points de vues propose un dialogue entre deux média et entre les deux approches différentes qui en découlent, pour représenter les oeuvres construites de Borromini: la photographie contemporaine et des gravures datant des 17e et 18e siècles. Les photographies de l’exposition font partie des acquisitions du CCA; elles ont été prises à Rome par le photographe torontois Edward Burtynsky en 1999. Elles sont présentées conjointement avec des gravures des mêmes édifices, dont des tirages dérivés de Borromini lui-même publiés après sa mort.

Cette rencontre romaine ne doit rien au hasard. Les bâtiments de Borromini joignent une grande expressivité plastique à une rigoureuse alliance entre géométrie et architecture. Ils constituent un défi particulier pour le photographe et pour le graveur: il faut traduire à la fois le revêtement extérieur de l’édifice et sa structure. De plus, les choix d’angle de vue et de cadrage du bâtiment ainsi que l’aptitude du photographe ou du graveur à maîtriser son art joueront des rôles décisifs dans sa capacité à transmettre une expérience qui s’apparente à celle des édifices concrets.

Dans la lignée de ceux qui ont fait le voyage à Rome pour y photographier ses chefs-d'œuvre, Edward Burtynsky a travaillé avec le spécialiste le plus en vue de l’étude de Borromini, Joseph Connors de l’université Columbia. Les tirages obtenus, quoiqu’ils refusent les effets d’ensemble et se concentrent sur des détails, démontrent l’esprit inventif extraordinaire des motifs architecturaux et ornementaux de Borromini. L’approche de Burtynsky lui permet également de saisir la dynamique spatiale qui caractérise le travail de l’architecte. Chaque détail découpé par le geste du photographe nous rappelle l’espace architectural contigu.

Cette sollicitation constante du spectateur à réfléchir au delà des limites du champ visuel a été délibérément accentuée dans l’exposition par le jeu des formats et de l’accrochage, par la juxtaposition de tirages photographiques et numériques, ainsi que par le contraste entre les tirages en couleur et en noir et blanc. Les oeuvres sont présentées dans la salle octogonale du CCA - elle-même inspirée par la coupole de l’église Saint Yves de Borromini.

C’est à un registre plus technique que nous convient les planches gravées de l’œuvre de Borromini. Elles utilisent les ombres portées et la juxtaposition pour surmonter la difficulté inhérente à l’estampe à traduire les effets de profondeur. Les nombreuses sources d’information graphique dévoilent l’intelligence du trait de l’architecte dans les dessins originaux. C’est pourquoi les recueils d’estampes joueront un rôle important dans la diffusion du baroque romain en général et, plus particulièrement, de l’oeuvre de Borromini.

CCA - CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE
1920, rue Baile, Montréal, Québec H3H 2S6
www.cca.qc.ca

30/03/99

32 Photographes Italiens - Hommage à Phyllis Lambert at CCA - Centre Canadien d'Architecture, Montréal

32 photographes italiens : Un homage à Phyllis Lambert 
CCA - Centre Canadien d'Architecture, Montréal
21 avril - 26 septembre 1999

Andrea Abati - Cesare Ballardini - Marina Ballo Charmet - Olivo Barbieri - Gabriele Basilico - Nunzio Battaglia - Giannantonio Battistella - Roberto Bossaglia - Luca Campigotto - Vincenzo Castella - Alessandra Chemollo - Giovanni Chiaramonte - Mario Cresci - Paola de Pietri - Vittore Fossati - Moreno Gentili - Luigi Ghirri - Paolo Gioli - William Guerrieri - Guido Guidi - Mimmo Jodice - Martino Marangoni - Walter Niedermayr - Fulvio Orsenigo - Francesco Radino - Gloria Salvatori - George Tatge - Franco Vaccari - Fulvio Ventura - Silvio Wolf - Giovanni Zaffagnini - Marco Zanta
Trente-deux photographes italiens ont répondu à l’invitation de Paolo Costantini, brillant conservateur de la collection de photographies du CCA, afin de rendre hommage à Phyllis Lambert, directeur fondateur et président du CCA, à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. En reconnaissance de l’engagement de Mme Lambert et de sa contribution à l’avancement de l’art photographique, chacun des artistes a choisi une oeuvre qui représente sa vision personnelle du monde bâti pour en faire don à la collection du CCA. L’exposition 32 photographes italiens : Un hommage à Phyllis Lambert, offre au public l’occasion de voir ce don exceptionnel qui souligne l’apport de Paolo Costantini à titre de conservateur au CCA. Sélectionnées à partir des directives de Costantini, ces oeuvres sont représentatives des préoccupations des photographes italiens depuis les années 1970. Elles nous donnent un aperçu de la culture photographique italienne récente, qui n’a pas encore reçu l’attention qu’elle mérite. Grâce aux efforts de Paolo Costantini, malheureusement décédé peu de temps après avoir obtenu ce don, le CCA est maintenant en mesure d’attirer l’attention sur ce corpus important d’essais visuels.
Il y a plusieurs façons d’aborder cette collection, mais une image en particulier se révèle d’une force particulière : la vue de Versailles réalisée par Luigi Ghirri (1943–1992). L’utilisation magistrale que fait Ghirri de la lumière lui permet d’évoquer un temps et un espace mythiques, un lieu surréel entouré de mystère.
Des artistes de trois générations qui ont été proches de Ghirri et qui sont représentés dans l’exposition ont adopté l’approche phénoménologique de ce dernier. La sensibilité poétique avec laquelle il abordait le paysage bâti est le point de départ de leurs propres travaux.
Les oeuvres présentées dans l’exposition 32 photographes italiens : Un hommage à Phyllis Lambert explorent des lieux marginaux en Italie comme à l’étranger. S’efforçant, dans leur démarche créatrice, de se libérer de la tradition de la représentation pittoresque de monuments classiques – tradition si profondément ancrée dans toutes les vues du paysage italien produites en Occident –, ces photographes révèlent les « fragments épars » des frontières du monde moderne. Avec intuition, ils dressent une cartographie de l’ordinaire.
L’exposition nous donne à voir un échantillonnage dressé au hasard, mais très évocateur de l’habitat contemporain : lumière rayonnante et scènes de nuit; salles de classe et usines désertées; maisons et murs en ruine; graffitis; vieilles voitures et bus insolites; touristes et habitants vaquant à leurs activités quotidiennes (et parfois conscients de la présence du photographe). Ces images montrent des scènes de tous les jours, captées avec spontanéité et transformées en motifs abstraits. Des objets courants y révèlent tout à coup leur signification par rapport aux rites sociaux. Ruines et débris deviennent les éléments d’une scène métaphysique éclairée par la lumière de la Méditerranée et révélée par le regard inquisiteur de l’artiste.
Ce don exceptionnel reconnaît la contribution immense de Phyllis Lambert à l’art de la photographie. En 1970, Mme Lambert photographie les bâtiments en pierre grise de Montréal avec Richard Pare et publie, dans l’ouvrage Court House, A Photographic Document (Richard Pare dir., New York, Horizon Press, 1978), un corpus de photographies qui constitue l’une des contributions les plus importantes aux célébrations du bicentenaire des États-Unis. A partir de 1974, les donations de Phyllis Lambert vont grandement enrichir la collection du Musée des beaux-arts du Canada par le biais de dons annuels et d’un don important de daguerréotypes et de tirages de Walker Evans.
En 1974, Phyllis Lambert commence à rassembler les pièces à partir desquelles sera constituée la collection de photographies du CCA. Comprenant plus de 50 000 oeuvres couvrant l’ensemble de l’histoire de la photographie, cette collection est l’une des plus remarquables du monde et est unique dans son domaine. Ce grand corpus, ainsi que le programme international d’expositions et de publications qui lui est consacré – et qui a été inauguré avec l’ouvrage innovateur Photographie et architecture : 1839–1939 (Paris, CCA/Mardaga et Montréal, CCA/Méridien, 1982) –, ont permis à Phyllis Lambert de jeter les bases d’un nouveau discours sur les relations fondamentales entre photographie et architecture, entre paysage et image, entre la ville et sa représentation.
Enfin, Phyllis Lambert, à titre de directeur du CCA, a continuellement soutenu la photographie contemporaine par la commande de missions photographiques. Parmi ces projets figurent
- Terra Cotta (1981–1991), une étude des façades en terre cuite de Chicago réalisée par Bob Thall ;
- Louisiana World Exposition in New Orleans (1984), une étude photographique de l’Exposition internationale de Louisiane à La Nouvelle-Orléans, effectuée par Catherine Wagner, qui a aussi photographié les parcs à thèmes de Disney (1995–1996) ;
- Regards sur un paysage industriel : Le Canal de Lachine (1985–1986), commande réalisée par Clara Gutsche et David Miller;
- Passages à l’Université de Montréal (1989), relevé photographique de Gabor Szilasi ;
- Frederick Law Olmsted en perspective : Photographies de Robert Burley, Lee Friedlander et Geoffrey James (1989–1995) ;
- Penser avec les yeux (1996–1998), un essai photographique exhaustif sur les réalisations de Carlo Scarpa commandé à Guido Guidi.
CCA - Centre Canadien d'Architecture, Montréal
Salle octogonalle 

18/08/96

Luigi Ghirri / Aldo Rossi, Centre Canadien d’Architecture, Montréal - Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes

Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes
Centre Canadien d’Architecture, Montréal
21 août - 24 novembre 1996
« Il existe à Ispahan une mosquée à l'intérieur de laquelle, lorsqu'on se place en un point précis, le moindre son, un simple mot aussi bien que le claquement des doigts, est répercuté sept fois par l'écho. L'architecture de Rossi me procure cette même impression d'émerveillement : en quelque point que ce soit, lorsqu'on se déplace dans l'espace ou sous l'effet de la lumière changeante, elle devient comme la propagation et la multiplication d'un écho qui se réverbère sur les souvenirs et les inventions. » 
- Luigi Ghirri
Le Centre Canadien d'Architecture présente l'exposition Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes. L'exposition réunit une sélection critique de 39 photographies du regretté Luigi Ghirri sur l'oeuvre architecturale d'Aldo Rossi, ainsi qu'un montage de photographies polaroïds réalisées par Aldo Rossi et qui sont montrées au public pour la première fois.

Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes inaugure une série d'expositions du CCA où est explorée la rencontre de l'architecture et de la photographie, par rapport à leur lien avec le développement et la perception de l'environnement bâti à notre époque. L'exposition est conçue comme un dialogue visuel entre deux figures majeures de l'art et de la culture de l'Italie contemporaine. Cet échange entre le photographe et l'architecte est placé sous le signe d'une profonde affinité, qui découle de leur attrait commun pour une région - la plaine padane du nord de l'Italie - et d'une même foi aussi bien dans le regard autonome du photographe que dans la possibilité de ce regard de révéler à l'architecte de nouveaux aspects de son oeuvre.

Luigi Ghirri a découvert les oeuvres d'Aldo Rossi à la fin des années 70, à l'occasion d'un voyage dont le but initial était de parcourir les paysages de la vallée du Pô. Ces oeuvres l'avaient ébahi, ainsi qu'il le rappelait plus tard, « non pas parce qu'elles appartenaient à la catégorie de l'insolite ou de l'abscons, mais en raison de leur apparence immédiatement familière et en même temps mystérieuse : une fusion extraordinaire du retrouvé et du jamais vu, du connu et de l'inconnu ». Il admirait également « le courage et la civilité avec lesquels Rossi s'était oublié lui-même afin de laisser à l'espace, aux matériaux et aux volumes la tâche de devenir pour nous architecture, afin de laisser le temps et l'usage donner [à celle-ci] un sens ».

Avec ses photographies du cimetière de Modène, en 1983, Luigi Ghirri commençait un examen de l'oeuvre d'Aldo Rossi qui allait s'approfondir - pendant les neuf dernières années de sa vie - sous la forme d'un dialogue intense, au cours duquel l'architecte comme le photographe verraient avancer leurs idées respectives dans des directions inattendues. Pour Luigi Ghirri, la découverte des oeuvres de Rossi transforma l'idée qu'il se faisait de la photographie d'architecture; jusque-là il n'avait vu dans cette photographie qu'un ensemble de conventions usées, la dernière étape du processus d'authentification de l'oeuvre architecturale - depuis l'élaboration du concept jusqu'à la réalisation publiée -, et des images qui, se voulant une iconographie statique et précise, s'apparentaient à des « natures mortes » - elles ressemblaient à des photographies de maquettes plus que de bâtiments réels. Confronté à la simplicité manifeste et à la linéarité des constructions d'Aldo Rossi, Luigi Ghirri a pris conscience de leur vitalité intrinsèque, et il s'est attaché à rendre les surprises et les variations produites par les modifications de la lumière, par les moindres changements de position dans l'espace, et par les résonances inattendues entre un bâtiment et son environnement. À mesure que s'approfondissait son examen de ces oeuvres, Luigi Ghirri en vint à faire sienne également la recherche poursuivie par Rossi sur les éléments de la forme, et à mettre au jour, en redécouvrant ces éléments, des strates de mémoire, de mélancolie et de sens.

L'oeuvre qui en résulte - la recherche de l'inattendu, le rejet de toute forme de choc visuel ou émotif, la construction d'images rigoureusement frontales - réaffirme l'autonomie de l'observateur en même temps qu'elle découvre le caractère autonome de l'objet observé. Rossi n'a pas tardé à reconnaître dans l'oeuvre de Luigi Ghirri un « discours » sur son propre discours, et à convenir de ce qu'il pouvait en tirer : « Les photos de Ghirri, celles de mon oeuvre aussi bien que de mon atelier, représentent ce que je cherchais sans le trouver ». Dans sa lecture à son tour de l'oeuvre de Luigi Ghirri, et dans la représentation qu'elle donnait des caractéristiques essentielles de son architecture, Rossi a trouvé une nouvelle force symbolique : loin d'épuiser ses formes, l'oeuvre de Luigi Ghirri lui révélait dans celles-ci un « univers de signes rigoureusement choisis... des figures dépouillées et essentielles... la langue dans laquelle parlent les choses muettes ».

Il n'est pas étonnant que Luigi Ghirri ait manifesté le plus vif intérêt pour les polaroïds qu'avait réalisés Aldo Rossi dans les décennies précédentes, car il y voyait une passion cachée, les images « secrètes » de l'architecte. Ces polaroïds réunissent indifféremment des façades anonymes et les réalisations de l'architecte, des images sacrées et des affiches publicitaires, les maisons et les intérieurs d'un village de shakers et les façades baroques des églises de Lecce. Luigi Ghirri aurait dit de ces images, citant une phrase qu'il aimait à répéter pour définir la photographie, que ce sont « des énigmes qui se résolvent avec le coeur ». Ces séquences d'images représentaient pour lui « un enchevêtrement de monuments, de lumières, de pensées, d'objets, de moments, d'analogies qui forment notre paysage mental, celui que nous cherchons, quoique inconsciemment, chaque fois que nous regardons par une fenêtre, par une ouverture sur le monde extérieur, comme feraient les points d'une boussole imaginaire qui indiquerait une direction possible ».

Paolo Costantini, conservateur de la collection de photographies du CCA, est commissaire de l'exposition Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes.

Le catalogue qui accompagne l'exposition, coédité par le CCA et la maison Electa, reproduit toutes les photographies présentées dans l'exposition et comprend une préface de Phyllis Lambert, Directeur du CCA, un essai introductif du commissaire, Paolo Costantini, un texte de Luigi Ghirri sur Rossi et un texte d'Aldo Rossi sur Ghirri, écrit spécialement pour cette occasion. Offert à 34,95 $ dans une édition française, anglaise et italienne, le livre de 84 pages est en vente à la Librairie du CCA.

CCA - CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE
1920, rue Baile, Montréal, Québec H3H 2S6
www.cca.qc.ca