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28/01/23

La Cité Universitaire de Jean Prouvé @ Galerie Perrotin, Paris

La Cité Universitaire de Jean Prouvé
Galerie Perrotin, Paris
19 janvier — 25 février 2023

Perrotin Matignon présente La Cité Universitaire de Jean Prouvé, une exposition réalisée en collaboration avec la Galerie Downtown/François Laffanour. Conçues pour les résidences universitaires, ces créations iconiques de Jean Prouvé exposées sont mises en regard avec un ensemble audacieux d’œuvres de second marché qui questionnent le rapport au monde de l’académie et son esthétique.

Figure emblématique de l’aventure moderniste au XXe siècle, Jean Prouvé (1901-1984) fut à la fois architecte, ingénieur, constructeur et designer. Homme engagé dans les réflexions sociales de l’après-guerre, le créateur nancéien conçoit des meubles pratiques aux formes épurées ayant pour but l’alliance entre l’art et l’industrie. Il utilise une approche à la fois fonctionnelle et humaniste pour mettre ses créations à la portée de tous. Après ses débuts dans la ferronnerie d’art (pratique à l’origine de remarquables rampes d’escaliers, lampes, grilles d’ascenseur, ferronnerie de portes) il se tourne rapidement vers la construction architecturale suite à la découverte de la soudure et de l’acier inoxydable. L’idée maîtresse de Jean Prouvé est celle du principe constructif, selon lequel «il n’y a pas de différence entre la construction d’une maison et celle d’un meuble». Ses bâtiments comme ses meubles exposent leurs systèmes d’articulation et d’assemblage, dévoilent les forces en présence qui s’exercent les unes contre les autres, tels que les piètements de sa chaise standard, «en forme d’égale résistance», pensée pour ne pas casser quand on se balance. 

Le contexte d’après-guerre incite la France à trouver des solutions innovantes en terme d’équipements pour les résidences universitaires, logements les plus courants pour les étudiants français à l’époque. Parmi les grands chantiers entrepris par Jean Prouvé, les Cités Universitaires occupent une place centrale. Il se consacre d’abord à l’aménagement de la Cité Universitaire Monbois à Nancy en 1933, où il imagine le mobilier de soixante-dix chambres alliant modernité, sobriété et ergonomie, et à l’ameublement de la faculté de droit de l’université d’Aix-Marseille en 1952. Ensuite, la résidence universitaire Jean Zay à Antony en région parisienne, conçue entre 1954 et 1955 selon une structure «à l’américaine» particulièrement moderne, fait intervenir plusieurs designers et architectes dont Jean Prouvé lui-même. En plus des salles communes et de la cafétéria, le constructeur aménage cent quarante-huit chambres qui prennent la forme d’ensembles simples à l’agencement symétrique avec lits, chaises, bureaux dont la série «Antony» deviendra l’emblème: un mobilier simple, économique pouvant résister au passage des étudiants, et du temps.

Ed Ruscha
Ed Ruscha
If, 2007 
Acrylic on linen, 201/8×24 1/8 in. 
Courtesy of the artist and Perrotin

Sterling Ruby
Sterling Ruby
SP29, 2008
Spray paint on canvas. 100×144in | 254×365, 76cm
Courtesy of the artist and Perrotin

C’est dans la relecture de cet univers proposée au sein du 8 Avenue Matignon que le royaume des graffiti évoqué par les œuvres de Keith Haring (1958-1990) et de Sterling Ruby (1972) tisse un lien avec les broderies d’Alighiero Boetti (1940-1994), pièces phares de l’art d’après-guerre italien au croisement entre écriture et géométrie. La fascination pour l’urbanisme de Fernand Léger (1881-1955) se révèle dans des paysages aux formes nouvelles, tandis que dans l’œuvre de Peter Halley (1953) c’est la ville de New York avec sa géographie complexe et cellulaire qui devient le terrain de ses recherches. Le parcours s’enrichit également des œuvres de KAWS (1974) et de Yoshitomo Nara (1959) dont le caractère tantôt fantasque, tantôt ludique fait écho aux personnages de bande dessinée. Sont également exposées des oeuvres de Ed Ruscha, Mark Grotjahn, Joseph Kosuth, Sol Lewitt, Joan Miro, François Morellet ainsi que de Francis Picabia.

PERROTIN PARIS MATIGNON
8 avenue Matignon, 75008 Paris

30/01/18

Le Corbusier, Musée Soulages, Rodez - L’atelier de la recherche patiente, un métier

Le Corbusier. L’atelier de la recherche patiente, un métier
Musée Soulages, Rodez
27 janvier - 20 mai 2018



Cette exposition s’ouvre quelques mois après la remise du prestigieux prix Pritzker aux architectes du musée : RCR Arquitectes. Aussi, il apparaissait évident de souligner le lien architecture / peinture qui compose aujourd’hui une partie de l’identité du musée, en programmant une exposition qui mette à l’honneur une figure incontournable de l’architecture du vingtième siècle, tout en proposant un projet qui – même s’il n’est nullement question de confronter Soulages et Le Corbusier - puisse trouver son équilibre dans la proximité avec les collections permanentes, ainsi qu’au sein du vaste vaisseau d’acier Corten qui va l’accueillir.


Le Corbusier
La cheminée, 1918
Huile sur toile
Signé en bas à droite Jeanneret, daté, exécuté en 1918
Au verso : "Ceci est mon premier tableau" / Octobre 1918 L.C. / et "la cheminée. 1918" / signé Jeanneret
0,60 x 0,73 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Lors de la donation de ses œuvres à Rodez agglomération en 2005, Pierre Soulages a exprimé sa volonté que ce musée soit conçu comme un laboratoire. Dans cet esprit, le visiteur pénètre aujourd’hui au fil de son parcours différents espaces consacrés à des techniques variées : brous de noix, eau-forte, lithographie, sérigraphie, encre sur papier, huile sur toile, acrylique sur toile, travail du verre… Autant de techniques qui constituent les multiples facettes d’une quête en réalité unique et patiente autour de la lumière. Lorsque l’on fréquente les salles du musée, il apparaît rapidement que l’œuvre de Pierre Soulages ne peut s’entendre de manière séquencée – c’est-à-dire à partir d’une lecture chronologique, par techniques ou par formats – mais qu’elle acquiert au contraire sa force dans la somme des territoires plastiques et des expérimentations qu’elle convoque à l’échelle d’une vie. « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » dit le peintre. Son œuvre entier est fait de recherches, d’essais, d’expérimentations dont le travail de recherche pour Conques durant dix ans constitue certainement le paroxysme.

Le Corbusier
Le Corbusier
Nature morte aux nombreux objets, 1923
Huile sur toile
Signé et daté en bas à droite Jeanneret 1923
Au verso : Nature morte aux nombreux objets. Indépendants Jeanneret
1,14 x 1,46 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Le Corbusier
Le Grand Ubu, 1949
Huile sur toile
Signé et daté en bas à gauche Le Corbusier 49
Au verso : Le Grand Ubu. 1949. Le Corbusier
1,62 x 1,30 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Le Corbusier s’est également imposé très vite comme un chercheur. Architecte, peintre, sculpteur, urbaniste, théoricien… il est l’auteur d’une pensée prolifique, nourrie d’expériences multiples à partir de différents mediums. Son œuvre s’entend, elle aussi, comme un tout ; un tout parfois même collectif et collaboratif – la fameuse synthèse des arts, dont on a beaucoup parlé. Peintures, architectures, sculptures, dessins, tapisseries entrent en correspondance et se répondent pour former un ensemble empreint de liberté et d’unité. La personnalité et l’œuvre de Le Corbusier ont marqué son siècle, mais également plusieurs générations de collaborateurs qui ont ensuite essaimé ses théories à travers le monde.

Le Corbusier
Portrait de Le Corbusier (1887-1965), années 50
© Fondation Le Corbusier, Paris

Proposée en étroite collaboration avec la Fondation Le Corbusier à Paris, l’exposition est une création spécifique pour le musée Soulages. Celle-ci s’articule autour de l’ouvrage testamentaire de Le Corbusier, intitulé L’Atelier de la Recherche Patiente. Publiée en 1960, préfacée par Maurice Jardot, cette publication peut être considérée comme à part dans la production littéraire et théorique pourtant vaste de Le Corbusier (près d’une cinquantaine d’ouvrages). Ni vraiment autobiographique, ni totalement exhaustif, cet ouvrage propose un regard rétrospectif sur l’ensemble de l’œuvre, par Le Corbusier lui-même. Histoire personnelle, voyages, conférences, ouvrages, peinture, sculpture, projets d’habitations, projets urbanistiques, architecture sacrée mais également projets non réalisés sont assemblés de manière chronologique dans une première partie, puis plus thématique dans une seconde, mais toujours de manière très personnelle, selon les principes du Modulor (système de mesure à l’échelle de l’être humain, inventé par Le Corbusier). Une sorte de fresque heuristique qui constitue, à elle seule, une œuvre à part entière.

L’exposition ne se veut ni une illustration littérale de L’Atelier de la recherche patiente, ni une présentation exhaustive des éléments convoqués au fil des pages. Il s’agira plutôt d’un point de départ pour embrasser l’œuvre. Ouvrages, projets, maquettes, peintures, sculptures… seront exposés au sein d’un parcours thématique, scénographié par Jacques Sbriglio, à même d’éclairer à la fois la pensée et le parcours de leur auteur, mais aussi son engagement pour son siècle, tout en présentant la diversité de son parcours architectural et plastique.

Les commissaires d’exposition

Aurore Méchain est attachée de conservation du patrimoine, directrice adjointe des musées de Rodez agglomération. Spécialiste d’art moderne et contemporain, elle a travaillé au musée Rodin et au Centre Pompidou avant d’intégrer en 2012 l’équipe du musée Soulages pour participer à l’ouverture de celui-ci.

Jacques Sbriglio est architecte-urbaniste. Il dirige l’agence d’architecture sbriglio.architectes installée au cœur de la Métropole Aix-Marseille qui intervient dans le cadre de l’urbanisme, de l’architecture et de la scénographie. Jacques Sbriglio est un des spécialistes français de l’œuvre de Le Corbusier. Il a à ce titre publié plusieurs ouvrages et articles et réalisé de nombreuses expositions en France et à l’International. Il est aussi scénographe pour cette exposition.

Publication d'un catalogue d'exposition : 

Le Corbusier. L’atelier de la recherche patiente. Un métier
Editions musée Soulages
112 pages
ISBN 782954 225050

MUSEE SOULAGES, RODEZ
musee-soulages.rodezagglo.fr

26/12/17

Hommage à Jacques Ripault @ MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine

De l’intuition au réel - Hommage à Jacques Ripault 
MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine 
Jusqu'au 28 janvier 2018 


JACQUES RIPAULT  
MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, ouverture 2005. 
Perspective (aquarelle). Peinture Jacques Ignazi. 

JACQUES RIPAULT
MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, ouverture 2005. 
Plan du rez-dechaussée.

JACQUES RIPAULT
MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, ouverture 2005. 
Croquis préparatoires.

JACQUES RIPAULT 
MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, ouverture 2005. 
 Chantier. Photo © Pauline Turmel. 

L’agence Jacques Ripault Architecture et le MAC VAL s’associent pour rendre hommage à l’architecte du musée. 

JACQUES RIPAULT (1953 - 2015), figure majeure de la scène architecturale française des années 90 et 2000, aimait à dire que « l’architecte ne doit pas se borner à suivre la commande, mais toujours rechercher les espaces de liberté ». En réinterprétant les références et les matériaux de l’architecture moderne, cet architecte de la lumière ambitionnait de rendre ses bâtiments les plus aériens possibles. 

« Le premier matériau de l’architecture n’est pas le béton, le métal, le verre ou le bois, c’est la lumière. Pour moi, l’architecture c’est physique avant d’être mental, on se déplace, on ressent des choses, on descend, on monte, on est dans les trois dimensions. Je crois que c’est le premier élément qui influe sur notre comportement. On est appelé quand on voit une source de lumière : cela attire notre œil ». (Jacques Ripault, entretien réalisé dans le cadre des Enfants du Patrimoine, CAUE 94, 2008.) 

L’exposition au MAC VAL retrace le parcours architectural de Jacques Ripault, son œuvre et sa vision de l’architecture au sein d’une de ses réalisations les plus emblématiques. Les maquettes, perspectives, plans, photographies, dessins de première main et documents inédits présentés dans l’exposition, mettent en avant une sélection de 10 projets marquants de 1990 à 2015, couvrant ainsi 25 années de réalisations dans des domaines variés - culture, éducation, industrie et habitation. 

JACQUES RIPAULT
Espace Culturel Luxembourg, médiathèque, Meaux, ouverture 1994. 
Photo © Olivier Wogenscky

JACQUES RIPAULT
Espace Culturel Luxembourg, Meaux, ouverture 1994. 
Photo © Jean-Marie Monthiers

BIOGRAPHIE DE JACQUES RIPAULT
Jacques Ripault (1953-2015) est l’architecte du MAC VAL. Il a obtenu son diplôme à l’École d’Architecture de Paris Belleville en 1981 et fut pensionnaire de la Villa Médicis, Académie de France à Rome, de 1983 à 1985. De retour à Paris, il réalise ses premiers logements à Paris Belleville et s’associe à Denise Duhart en 1985. L’atelier se fait connaître avec le Centre Universitaire Port Royal - René Cassin (1990) et les logements pour l’état-major des pompiers de Paris dans le 18e arrondissement, puis l’espace Culturel Luxembourg à Meaux (1994), associant à la qualité des espaces et de la lumière, la rigueur constructive des édifices. Jacques Ripault s’est distingué par des réalisations dans le domaine de l’habitation, tels que les logements construits dans le quartier Seine Rive Gauche de Paris 13e, à Vitry-sur-Seine, Gentilly (1997), Gennevilliers, Clichy, Montreuil, avenue d’Italie à Paris, ainsi que les maisons particulières de Ville-d’Avray et Meudon. Il a également construit, entre autres, des logements pour étudiants à la porte de Vanves à Paris 14e (2015). L’atelier s’est également illustré avec des édifices publics, comme le Centre d’Art et de Culture de Meudon, les scènes de musiques actuelles de Reims (La Cartonnerie) et de Brest (La Carène, prix d’Architecture Bretagne 2008) et le MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne inauguré à Vitry-sur-Seine en 2005, mais également avec des projets hospitaliers au centre d’accueil et de soins hospitaliers de Nanterre et à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne, ainsi que des projets universitaires tels que la bibliothèque universitaire de Saint-Quentin-en-Yvelines et le campus universitaire de Gennevilliers qui a ouvert ses portes en 2010. Le lycée du Cinéma Suger à Saint-Denis et le lycée professionnel de Jouy-Le-Moutier ont été livrés en 2011. Le siège de Gaz de France à Brest, l’usine Valéo à La Suze-sur-Sarthe, le centre de design PSA Peugeot Citroën (ADN) livré à Vélizy en 2004, et le Centre de Conférences de L’Oréal d’Aulnay, comptent parmi les réalisations de l’atelier dans le secteur tertiaire et industriel. L’école des Arts et conservatoire de musique de Carcassonne a ouvert ses portes en 2012. En 2004, Jacques Ripault a reçu la médaille de la fondation le Soufaché, de l’Académie d’Architecture et représente la France à la XIVe biennale Panaméricaine d’Architecture à Quito en Équateur.


                                     JACQUES RIPAULT 
90 Logements Place du Soleil Levant, Gentilly, 1997 
Croquis préparatoires 

                            JACQUES RIPAULT
Scène de musiques actuelles La Carène, Brest, ouverture 2005 
Perspective, perspectivistes : Atelier Connoly-Cleary 


          JACQUES RIPAULT
Ecole des Arts et conservatoire de musique de Carcassonne (détail), ouverture 2012 
Photo © Patrick Muller

Projets présentés dans l’exposition
— Centre Universitaire René Cassin (Paris 13e – 1990)
— Espace culturel Luxembourg (Meaux – 1994)
— 90 logements Place du Soleil Levant (Gentilly – 1997)
— Centre de Design PSA ADN (Vélizy – 2004)
— Scène de musiques actuelles, La Carène (Brest – 2005)
— MAC VAL (Vitry-sur-Seine – 2005)
— École des Arts et conservatoire de musique (Carcassonne – 2012)
— Résidence étudiante Porte de Vanves (Paris 14e – 2015)
Projets non-réalisés :
— Musée archéologique de Bibracte – 1994
— Musée d’Art Contemporain de Varsovie – 2007

MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne
Place de la Libération - 94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr

18/07/16

Le Corbusier au Patrimoine Mondial de l'UNESCO

Le Corbusier au Patrimoine Mondial de l'UNESCO

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication, se félicite de l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de « l’OEuvre architecturale de Le Corbusier, une contribution exceptionnelle au Mouvement Moderne » par le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO réuni à Istanbul (Turquie) le 17 juillet 2016.

Cette candidature transnationale, portée par la France, est le fruit d’un travail conjoint avec six autres pays. La ministre remercie l’Allemagne, l’Argentine, la Belgique, l’Inde, le Japon et la Suisse d’avoir collectivement contribué à l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial de ces dix-sept oeuvres de Le Corbusier, construites sur trois continents. Elle remercie également l’association des sites de Le Corbusier et la Fondation Le Corbusier qui ont porté ce projet depuis des années jusqu’au Comité du patrimoine mondial.

La ministre salue l’ensemble des membres du Comité du patrimoine mondial ainsi que les représentants français et les porteurs de la candidature Le Corbusier, qui ont travaillé et défendu ce projet à Istanbul dans une période particulièrement trouble.

Les 17 oeuvres de Le Corbusier inscrites sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO ont été choisies car elles constituent une réponse aux enjeux fondamentaux de l’architecture et de la société du XXème siècle. Ces éléments construits ont été réalisés sur une période d’un demi-siècle, tout au long de ce que Le Corbusier a en effet lui-même nommé une « recherche patiente ».

Ces sites attestent, pour la première fois dans l’histoire de l’architecture, de l’internationalisation de la pratique architecturale à l’échelle de la planète toute entière. Les sites composant la série sont tous novateurs dans la manière dont ils reflètent de nouveaux concepts; tous eurent une influence importante sur de vastes aires géographiques et, ensemble, ils sont envisagés comme ayant permis la diffusion des idées du Mouvement Moderne dans le monde entier. Ce Mouvement a suscité, entre 1910 et 1960, un débat d’idées exceptionnel à l’échelle mondiale et a inventé un nouveau langage architectural afin de répondre aux défis qui se posent à l’homme moderne.

Ces monuments ont toujours gardé leur fonctionnalité et ne cessent d’être habités, utilisés et visités aujourd’hui.

La reconnaissance de l’oeuvre de Le Corbusier souligne l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine récent, de moins de cent ans, auquel le ministère de la Culture et de la Communication est particulièrement attaché. La loi du 7 juillet dernier relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine a ainsi créé un label spécifique permettant de veiller sur cet héritage architectural récent, que le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco vient lui aussi de mettre en lumière.

Les 17 oeuvres de Le Corbusier inscrites :

Allemagne
- Maison de la Weissenhof-Seidlung à Stuttgart
Argentine
- Maison du docteur Curutchet à La Plata
Belgique
- Maison Guiette à Anvers
France
- Cabanon de Roquebrune
- Chapelle Notre Dame du Haut à Ronchamp
- Cité Frugès à Pessac
- Cité radieuse à Marseille
- Couvent Sainte Marie de la Tourette à Evreux
- Maison de la culture à Firminy
- Immeuble locatif Molitor à Boulogne-Billancourt
- Maisons La Roche et Jeanneret à Paris
- Villa Savoye et loge du jardinier à Poissy
- Manufacture à Saint-Dié des-Vosges
Inde
- Palais de l’assemblée à Chandigarh 
(ensemble de trois bâtiments du Capitole)
Japon
- Musée National des Beaux-Arts de l’Occident à Taito-Ku
Suisse
- Immeuble Clarté à Genève
- Petite villa au bord du Lac Léman, à Corseaux

18/07/13

AJAP 2013 : Appel à candidatures, Concours architectes & paysagistes

AJAP 2013 - Lancement de la 21e édition des Albums des jeunes architectes et paysagistes : Appel à candidatures

Depuis hier, l’ensemble des architectes et paysagistes diplômés de moins de trente-cinq ans ont la possibilité de s’inscrire en ligne pour participer à la 21e édition du concours européen qui leur est destiné.

Les Albums des jeunes architectes et paysagistes sont un dispositif de promotion, destiné à favoriser l'accès de ces jeunes professionnels à la commande, notamment publique.

Les lauréats, qui seront sélectionnés à l'issue du concours européen par un jury prestigieux, bénéficieront pendant deux ans d'une campagne de promotion : exposition itinérante en France et à l'étranger, en partenariat avec la Cité de l'architecture et du patrimoine, catalogue et site internet dédiés, cercle de parrainage, etc.

En contribuant à affirmer le rôle central de l’architecture et du paysage au quotidien, les Albums des jeunes architectes et paysagistes constituent un maillon important dans la chaîne de promotion et de reconnaissance des professionnels du cadre de vie bâti par le ministère de la Culture et de la Communication.

Clôture des pré-inscriptions le 30 septembre 2013
Date limite de dépôt des dossiers le 31 octobre 2013
Pour en savoir plus sur le règlement du concours et s’inscrire en ligne :

www.ajap.culture.gouv.fr

21/06/13

Grand Prix national de l'architecture 2013 : architectes retenus et lauréat

Grand Prix national de l’architecture 2013

Le Grand Prix national de l’architecture, créé en 1975, relancé en 2004 est désormais remis tous les deux ans, il récompense un architecte ou une agence d’architectes pour l’ensemble de son œuvre.

Un appel à propositions a été envoyé à plus de 2000 personnalités qualifiées du monde de l’architecture les invitant à se prononcer sur plusieurs personnes susceptibles de recevoir ce prix. Cinq architectes et agences ont ainsi été retenus et leur dossier sera soumis à l'examen du jury national :

Marc Barani
Patrick Bouchain - Construire
Odile Decq (lien vers un post du blog sur un livre auquel elle a participé)
Jean-Marc Ibos & Myrto Vitart
Gilles Perraudin

Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication remettra au lauréat le diplôme du Grand Prix, spécialement conçu par l'artiste Daniel Buren.

Mise à jour du 25 juin 2013 : Proclamation du lauréat du Grand Prix national de l’architecture 2013

Aurélie Filippetti a remis à Marc Barani au cours de la cérémonie de proclamation, le diplôme de lauréat conçu par l’artiste Daniel Buren, ainsi qu’une dotation de 10 000 euros.

Cet architecte du sud, de 56 ans, s'est constitué par la pluridisciplinarité qui ne cesse de borner son parcours, l'anthropologie qui le conduira, juste après l'obtention de son diplôme d'architecte, au Népal pour l'étude d'un petit village de montagne, la scénographie et les arts plastiques.

Dans chacun de ses projets il cherche à trouver la distance juste entre ces champs, accordant une scrupuleuse attention au détail constructif, dont il affirme que c'est lui, qui fait passer le projet de la scénographie à l'architecture. Marc Barani, architecte sans emphase mais à la constante poésie, appréhende l'architecture comme « une mise en ordre momentanée des choses ».

On lui doit entre autres l’extension du cimetière de Saint-Pancrace, à Roquebrune-Cap-Martin (1992), la réhabilitation du Centre d'art contemporain de Chelle, avec le designer Martin Szekely (2008), celle du musée Fernand-Léger, à Biot, avec la scénographe Birgitte Fryland (2008), le Pôle multimodal du tramway de l'agglomération niçoise, pour lequel il reçut l’Équerre d'argent en 2009, ainsi que le Pont Eric Tabarly, à Nantes (2011).


Le Grand Prix national de l’architecture vient lui rendre aujourd’hui le plus bel hommage, la reconnaissance la plus totale d’un parcours exemplaire.

02/09/11

Expo Dietmar Feichtinger Architectes, La Galerie d'architecture, Paris

DIETMAR FEICHTINGER architectes, Paris-Vienne, Projets
Exposition à LA GALERIE d'architecture, Paris
2 - 26 septembre 2011

La galerie d’architecture présente une exposition consacrée à l’agence franco-autrichienne Dietmar Feichtinger Architectes. Dix ans après une première exposition à la galerie, ce nouvel évènement retrace une période riche en chantiers, qui a démarré avec le projet emblématique de la passerelle Simone de Beauvoir à Paris.

Après des études d’architecture à la Graz Technical University, DIETMAR FEICHTINGER ouvre son agence à Paris en 1994. Mais c’est en Autriche, son pays d’origine, que Dietmar Feichtinger a pu commencer à exprimer, à travers ses premières réalisations, son exigence spatiale pensée pour le bien-être des usagers, ainsi que son grand intérêt pour la technique, le détail et les matériaux. Après avoir franchi le système complexe d’accès aux concours en France, de nombreux projets ont vu le jour dans l’Héxagone.


Mont Saint Michel - La Jetée
Mont Saint Michel, Normandie - 2002
Architecte : Dietmar Feichtinger architectes
Maître d’ouvrage : Syndicat mixte du Mont-Saint-Michel
© Dietmar Feichtinger architectes
Présenté à l'exposition LA GALERIE d'architecture, Paris, 2011


L’exposition présente entre autres la nouvelle préfecture d’Ille et Vilaine, le siège de la Voestalpine à Linz (photos), le collège / école primaire à Taufkirchen, le groupe scolaire et centre de loisirs à Nanterre et la jetée du Mont Saint Michel (photo ci-dessus). Cette richesse de la double culture est le fil conducteur de l’exposition, qui a lieu pendant la semaine des Cultures Etrangères, bénéficiant ainsi du soutien du Forum Culturel Autrichien à Paris.


Dietmar Feichtinger Architectes
Centre de gestion et de la vente Vœstalpine
Linz, Autriche, 2009
Photo © Josef Pausch
Présenté à l'exposition LA GALERIE d'architecture, Paris, 2011

L’ensemble du nouveau centre administratif et de « la tour bleue » emblématique de la Direction de la Société, constituent la nouvelle porte d’accès au site de la Vœstalpine, société d’industrie métallurgique autrichienne. Dialoguant avec la tour, la forme horizontale du nouveau complexe souligne sa verticalité. Les deux bâtiments complémentaires deviennent ainsi le symbole du regroupement des compétences au sein de la société Vœstalpine. Vu de la Stahlstrasse, l’ensemble invite le visiteur à pénétrer le site sous l’avancée du toit, symbole de l’ambition d’une entreprise moderne, innovante et compétitive. La place ainsi créée sous l’abri du toit, s’inscrit comme lieu de rencontre et d’échange. La nuit, illuminée à partir du sol de la place, la sous face du toit avancé devient réflecteur, et tel un signal dans la nuit, attire les visiteurs et les accueille.


Dietmar Feichtinger Architectes
Photo © Josef Pausch
Présenté à l'exposition LA GALERIE d'architecture, Paris, 2011

Maître d’ouvrage : Vœstalpine Stahl GmbH
Superficie : 15771 m2
Concours 05-2006
Début de l’étude 09-2006
Début du chantier 08-2007
Livré 06-2009
Centre de gestion et de la vente 15771 m2
400 places de travail
Caseli Service catering sur le site 1326 m2
Parking 21 154 m2, 632 places de parkin

Aujourd’hui, après la réalisation de plusieurs projets de passerelles et équipements, le nom de Dietmar Feichtinger fait partie intégrante de la scène architecturale française et européenne.

Site internet de Dietmar Feichtinger Architectes : www.feichtingerarchitectes.com

LA GALERIE D'ARCHITECTURE, PARIS
11, rue des blancs manteaux
75004 Paris
www.galerie-architecture.fr

19/05/11

Projet de rénovation de La Samaritaine à Paris pour 2012-2015

Architecture : Rénovation-modernisation de la Samaritaine à Paris

Le bâtiment de l'ancien grand magasin La Samaritaine à Paris fait partie des éléments architecturaux symboliques de Paris aux yeux de bon nombre de parisiens. La décision de mettre un terme à l'activité initiale du lieu avait bien sûr engendré des interrogations sur l'avenir du lieu. Bernard Arnault, Président-directeur général du groupe LVMH, et Bertrand Delanoë, Maire de Paris, ont inauguré hier (18 mai) "La Maison du Projet", un lieu d’informations et d’échanges qui sera ouvert au public, à partir de demain, 20 mai.

La rénovation de la Samaritaine doit redonner une nouvelle vie à l'ensemble architectural grâce à un programme d’activités, de logements et de services. Le concept architectural entend renouveler l’identité de la Samaritaine en mariant réhabilitation urbaine et création contemporaine. Le bâtiment principal, très largement inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques, fera l’objet d’une rénovation qui doit s'appuyer sur les principaux métiers de l’artisanat traditionnel. Toutes ses façades seront restaurées dans leur état d’origine et le grand hall sous-verrière retrouvera toute sa beauté. 

La façade rue de Rivoli, "alliant modernité esthétique, intégration urbaine et performance technique, renouera avec la tradition d’innovation de la Samaritaine qui avait déjà marqué son temps, et contribuera au rayonnement de Paris" souligne également le communiqué de presse faisant part du projet.

Les travaux de rénovation-modernisation doivent d'échelonner de 2012 à 2014, voire 2015. Le permis de construire devrait être déposé à la fin du mois, permettant ainsi le lancement du chantier courant juillet 2012, pour une durée de plus de 2 ans.

La nouvelle Samaritaine accueillera : 
- 26 000 m² de commerces,
- 7 000 m² de logements sociaux, soit 95 appartements qui accueilleront prés de 250 nouveaux habitants,
- une crèche de 60 enfants,
- 20 000 m² de bureaux,
- un hôtel de prestige  "Cheval Blanc", qui occupera le bâtiment emblématique quai du Louvre.

Le projet représente un investissement de 450 millions d’euros et développera une surface de 70 000 m². Le site doit rassembler 2400 nouveaux emplois. 

C’est l’agence d’architecture Sanaa, prix Pritzker 2010, qui a été choisie pour réaliser ce projet ambitieux de rénovation de la Samaritaine à Paris

Kazuyo Sejima et Ryue Nishizawa, fondateurs de l’agence, ont déclaré : "Depuis l’ouverture du premier magasin en 1870, l’architecture de la Samaritaine n’a cessé d’évoluer, notamment sous l’impulsion de deux grands architectes novateurs : Frantz Jourdain et Henri Sauvage. C’est donc avec la volonté de préserver l’identité unique du lieu, en collaboration étroite avec les architectes des bâtiments de France, que le nouveau projet architectural a été conçu. A l’intérieur, nous avons voulu cours et verrières pour créer lumière et continuité ; à l’extérieur, une façade associant légèreté et transparence pour faire écho à l’esthétique rénovée des bâtiments historiques".

Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris, a pour sa part indiqué : "La nouvelle Samaritaine portera une vision partagée et généreuse de Paris avec ses commerces, ses bureaux, sa terrasse accessible à tous, ses logements sociaux comme sa crèche. C’est aussi ici que se bâtit l’avenir d’une métropole durable, respectueuse de son patrimoine, en fidélité à son histoire". 

"Ce projet ambitieux, tant sur le plan architectural qu’économique, projette la Samaritaine dans le XXIème siècle. Nous avons été particulièrement attentifs à respecter l’identité du patrimoine et à observer les normes de haute qualité environnementale. Ce projet sera le symbole d’une continuité entre l’histoire des parisiens et le monde moderne" a indiqué Jean-Jacques Guiony, Président-directeur général de la Samaritaine.

07/03/11

Rencontres architecture et littérature : Infinis paysages, Palais de Chaillot, Paris

 

rencontres_architecture_litterature

Pour la deuxième année consécutive, la Cité de l’architecture & du patrimoine, en partenariat avec l’AFEX (Architectes français à l’export) et avec le concours de l’association Textes & Voix, organise des rencontres entre architectes et écrivains dans le cadre du Printemps des poètes. Ces rencontres sont placées en 2011 sous le signe du thème de l’édition 2011 du Printemps des Poètes : «  Infinis paysages  ». Elles entreront ainsi en résonance avec le cycle «  Ville et nature  » organisé par la Cité à compter du 23 mars 2011, avec notamment les expositions La Ville fertile. Vers une nature urbaine et Roberto Burle Marx, la permanence de l’instable.

11 mars  : Marc Mimram, architecte et ingénieur, s’entretiendra avec Maylis de Kerangal, auteur de Naissance d’un pont (Editions Verticales – Prix Médicis 2010) - rencontre animée par François Chaslin, France Culture / Métropolitains  .

18 mars  : Pascal Cribier, architecte-paysagiste, s’entretiendra avec Valentin Retz, auteur de Grand Art et Double (éditions Gallimard / L’infni) - rencontre animée par Philippe Trétiack, Beaux Arts Magazine.

Chacun des échanges s’est introduit et conclu par des lectures de textes d’auteurs choisis par les intervenants. Ces textes sont lus par le comédien Thibault de Montalembert.

Rencontres « Architecture et littérature  »
11 et 18 mars à 19h / Auditorium de la Cité de l’architecture & du patrimoine

Plus d'informations sur www.citechaillot.fr

03/10/04

Dialogues entre architecture et sculpture du XVIIIe siècle à nos jours, Exposition "ArchiSculpture", Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

ArchiSculpture 
Dialogues entre architecture et sculpture du XVIIIe siècle à nos jours 
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle 
3 octobre 2004 – 30 janvier 2005 

Etienne Louis Boullée – Auguste Rodin – Paul Cézanne – Kazimir Malevitch – Vladimir Tatline – Constantin Brancusi – Bruno Taut – Rudolf Steiner – Erich Mendelsohn – Giorgio de Chirico – Wilhelm Lehmbruck – Ludwig Mies van der Rohe – Frank Lloyd Wright – Le Corbusier – Friedrich Kiesler – Henry Moore – Alberto Giacometti – Eduardo Chillida – Max Bill – Donald Judd – Arata Isozaki – Constant – Frank O. Gehry – Jean Nouvel – Herzog & de Meuron – Dan Graham – Per Kirkeby – Thomas Schütte –Tony Cragg –  Zaha Hadid – Gerhard Merz – Peter Kogler – Greg Lynn et al.
« Une véritable architecture, c’est de la sculpture. »
- Constantin Brancusi 
ArchiSculpture s’attache à retracer les parentés et les interactions entre l’architecture et la sculpture moderne, qui ont pris une empreinte toute particulière au XXe siècle. La sculpture a toujours fait certains emprunts à l’architecture, tandis que cette dernière adoptait des formes et des structures propres à la sculpture. Mais depuis l’époque moderne, les frontières entre ces deux genres se sont indéniablement estompées. Certaines tendances de l’architecture contemporaine vont jusqu’à donner l’impression de poursuivre l’histoire de la sculpture sous forme d’édifices. 

La singularité de ce projet réside dans une exploration parallèle et équivalente des deux domaines, ce qui le distingue de récentes publications exclusivement consacrées au développement de formes sculpturales dans l’architecture. La forme de la présentation est, elle aussi, inhabituelle. Elle place en effet des œuvres originales de très grands sculpteurs en regard de maquettes de réalisations de l’architecture mondiale, ce qui permet de révéler certaines correspondances. C’est ainsi que des sculptures d’Henry Moore côtoient la maquette en bois de la chapelle de Ronchamp du Corbusier (1950–1954). L’envergure de cette manifestation et son cadre historique sont également uniques : l’exposition, conçue par Markus Brüderlin, propose en effet de parcourir toute l’évolution de l’archisculpture de la fin du XVIIIe siècle à nos jours. 180 créations de 60 artistes et de 50 architectes y trouvent place. L’histoire de l’archi-sculpture sera articulé en dix chapitres, multipliant les retours en arrière et les anticipations, mettant en relief la constance de certains thèmes. La maquette de travail du célèbre musée Guggenheim de Bilbao achevé par Frank O. Gehry en 1997 prend ainsi un profil nouveau quand elle se trouve placée dans l’axe de vue du relief d’angle du constructiviste russe Vladimir Tatline de 1915. Ce dialogue tridimensionnel est complété par un choix de toiles et par des photographies grand format, qui approfondissent ce thème sur le plan pictural. L’exposition est centrée sur l’expérience du corps et de l’espace, qui prend une actualité insoupçonnée au siècle des médias et des simulations électroniques. La mise en scène cherche également à établir une relation triangulaire sensuelle entre le volume de la sculpture, l’espace de l’architecture et le corps du spectateur. 

ArchiSculpture est une exposition à thèse, qui propose de redécouvrir l’histoire de l’architecture du XXe siècle sous le signe du sculptural, et l’évolution de la sculpture en s’appuyant sur l’architectonique. Le parcours commence avec l’autonomisation de l’architecture à la fin du XVIIIe siècle. Il s’ouvre sur la célèbre vision d’Etienne Louis Boullée d’un immense cénotaphe sphérique destiné au physicien Isaac Newton. Après ce chapitre consacré à la « préhistoire », on découvre la révolution de l’art moderne classique (cubisme, constructivisme, Bauhaus), suivie de l’époque des grandes archisculptures de nombreux artistes dont Le Corbusier, Chillida et Wotruba dans les années 50. La naissance des installations (Giacometti, Minimal Art) marque une césure de taille. Ce mouvement d’expansion se développe parallèlement aux utopies urbaines des années 60 (Hollein, Friedman, Isozaki, Coop Himmelb(l)au). À l’époque contemporaine, les interactions entre architecture et sculpture se densifient une fois encore. Le point final est apposé par une interprétation multivisionnaire du grand dé d’acier du « monolithe », de 34 mètres de côté à l’origine, que Jean Nouvel a conçu pour l’Expo.02. Nous reconduisant à notre point de départ, il noue un dialogue bourré de références avec le monument sphérique de Boullée.

Le chapitre « Préhistoire » part de l’idée que, considérée sous le signe de l’architecture, la sculpture moderne n’a pas pour unique source le cubisme et sa mise en espace. On songe en l’occurrence à l’influence du gothique et du néoclassicisme sur la naissance de la sculpture moderne au XIXe siècle. Le constructivisme russe avec ses barres qui laissent transparaître l’espace (El Lissitzky) fait l’effet d’une interprétation moderne du gothique et de son appréhension par le XIXe siècle. Une branche néoclassique part des architectures géométriques cubiques des « Architektona » de Malevitch (1920–1926) – dont deux maquettes historiques ont quitté Saint-Pétersbourg pour être exposées à Riehen, – pour revenir au « style carré » protocubiste de la Sécession viennoise et renouer enfin avec l’architecture révolutionnaire utopiste française (Boullée), forme originelle de l’archisculpture moderne. On peut relever une troisième lignée, baroque celle-ci, qui rattache la grande maquette de la flèche hélicoïdale qui couronne le dôme de l’église Sant’ Ivo della Sapienza de Rome (1642–1660 ; Francesco Borromini) au Jugendstil de Gaudí et Obrist pour se poursuivre jusqu’à la  « Serpentine » (1909) de Matisse. 

La vision d’une architecture sculpturale chère à Constantin Brancusi est d’une importance essentielle pour l’histoire de l’archisculpture moderne. « Mais c’est mon atelier », aurait-il déclaré, surpris, en découvrant pour la première fois le skyline de Manhattan. Aujourd’hui, les gratte-ciel se rapprochent effectivement de plus en plus de l’art sculptural. « La victoire sur la mesure » est une invention des années 20 et 30, à laquelle le siècle de l’ordinateur, bannissant toute dimension, a donné un prolongement qui n’est pas toujours sans poser quelques problèmes. Le deuxième chapitre de l’exposition associe la maquette du gratte-ciel « Swiss Re » de Norman Foster, qui vient d’être inauguré à Londres, à « L’oiseau » (1923/47), sculpture sur marbre de Brancusi.

Le dualisme entre géométrique et organique, rationalité et expressivité, instauré dans les années 1910 et qui se poursuit jusqu’à nos jours constitue, avec la chronologie, la deuxième grande articulation de ce projet. Dans les chapitres trois et quatre, au cœur de l’exposition donc, la géométrie rationnelle du Bauhaus et du mouvement De Stijl des années 20 et 30 (Vantongerloo, Rietveld, Mies van der Rohe) rencontrent le plastique et l’organique des tendances expressives des projets archisculpturaux contemporains d’Archipenko, Taut et Finsterlin. Le bloc monolithique de la tour d’Einstein (1919–1921) de l’architecte expressionniste Erich Mendelsohn est un sommet de l’archisculpture moderne. Cette construction, qui fait l’effet d’un corps modelé plastiquement, est appréhendée aujourd’hui comme un prodrome majeur de l’architecture sculpturale et assistée par ordinateur.

La rencontre, dans le cinquième chapitre de l’exposition, des manifestes architecturaux et plastiques fascinants de Rudolf Steiner et de Ludwig Wittgenstein, deux philosophes viennois, surprendra peut-être. Comment ne pas voir une matérialisation monumentale de l’esprit et de l’âme dans le deuxième Goetheanum (1924–1928) conçu par Rudolf Steiner, où l’espace extérieur du monde et l’espace intérieur de l’âme se fondent dans une structure plastique et architectonique faite d’ondulations convexes et concaves ? Cette œuvre a pour pendant la maquette de la maison cubique rationnelle de Wittgenstein (1926–1928). Le père du Conceptual Art, Sol LeWitt, poursuit ce rationalisme à l’heure actuelle. Par ailleurs, avec le « mètre étalon plastique-thermique », vestige de l’exposition de sculptures de Brüglingen (1984), Joseph Beuys  se rattache à l’image du monde métaphysique de Steiner. 

Si les projets spatiaux rationnels de l’International Style (Mies) et les tendances expres-sionnistes du géométrique et de l’organique s’opposaient, avant la Seconde guerre mondiale, on a assisté dans les années 50 à une tentative de synthèse grandiose, dont témoigne notamment la chapelle de Ronchamp du Corbusier. La conquête de l’espace et la découverte de la plasticité convergent dans l’invention de la plastique spatiale, qui repose sur le creus-ement et le gonflement de la surface ou sur l’imbrication de l’intérieur et de l’extérieur. Le spectateur l’appréhendera également à l’aide des maquettes et des sculptures de Wright, Moore, Wotruba et Chillida. 

La synthèse entre l’espace et la sculpture se radicalise au contraire dans la question suivante : comment le corps peut-il devenir espace, et comment l’espace peut-il s’« incarner » ? Dès la fin des années 50, avec son « architecture du vide », Eduardo Chillida a frayé la voie à la « spatialisation du corps », posant ainsi un jalon essentiel à l’apparition des installations artistiques — un jalon essentiel aussi dans cette exposition, comme on le découvre fort bien dans la salle suivante. Dans l’art des années 60 qui part à la conquête de l’espace, le Minimal Art, par exemple de Carl Andre, la sculpture devient lieu, et le spectateur assume ainsi en quelque sorte le rôle de sculpture animée. Sans renoncer à la figuration, Giacometti avait déjà cherché à transformer le corps en espace. Le célèbre groupe qu'il a conçu pour la Chase Manhattan Plaza articule la « place » ménagée devant le pavillon de Dan Graham, un artiste dont l’œuvre marque le moment des années 70 où la sculpture se transforme en archisculpture praticable.
 
Avec le Minimal Art, l’architecture et la sculpture atteignent un nouveau seuil de rapprochement, exploré dans le huitième chapitre. Une caractéristique commune est la radicalisation de la simplicité de la « box » à angles droits. La « minimal architecture » n’apprend pas seulement de l’art l’importance de la perception, mais également l’effet psychologique d’espaces façonnés tout spécialement. Dans le même temps, l’art paraît se dissoudre progressivement dans l’architecture, sous forme d’installations. Dans notre exposition, l’étroit rapport entre Minimal Art et Minimal Architecture trouve une excellente illustration dans la proximité entre Donald Judd et les premiers travaux d’Herzog & de Meuron, ainsi qu’entre un travail au sol de Walter de Maria et la principale maquette du projet de Peter Zumthor « Topographie des Terrors » (1993).

Le neuvième chapitre, consacré aux utopies urbaines, ménage une surprise. À partir du milieu des années 1950, on a vu surgir de plus en plus de projets de villes conçus comme de grandes formes sculpturales. Les mégastructures de l’architecture d’avant-garde, qui édifie des villes entièrement nouvelles sur des piliers gigantesques, présentent d’étonnantes correspondances avec la sculpture informelle de l’époque (Hollein, Friedman, Constant, Isozaki, Coop Himmel-b(l)au). En réaction sans doute à ces mégastructures anonymes, la fin des années 1960 se caractérise par les projets futuristes de l’architecture cellulaire, qui cherche à répondre aux besoins de l’individu par des habitations individuelles (Häusermann). Les formes élémentaires de Brancusi ainsi que l’« Endless House » (1950–1959) en forme de caverne de Friedrich Kiesler anticipent ce mouvement. En juxtaposant structure et cellule sous forme de thèse, ArchiSculpture apporte sa pierre aux débats sur les utopies urbaines des années 60, des débats qui ont retrouvé une certaine actualité, tout en préparant le terrain à l’esthétique de l’architecture en « blob » traitée dans notre dernier chapitre.

Le parcours s’achève sur la récente lutte de tendance entre « Box » et « Blob » qui acquiert une dimension propre à travers les sculptures d’Arp, Moore et Giacometti et reprend le dualisme fondamental entre géométrique et organique : la rencontre entre l’« Embryological House » (1999–2001) de Greg Lynn, conçue par ordinateur, souple, dynamique, et la réinterprétation des monolithes de l’Expo.02 de Jean Nouvel sous les traits d’une installation qui monumentalise l’idée de la « Box » et son isolement, en lui conférant une dimension hiératique. La mise en scène de son intérieur reprend la combinaison explosive entre espace rituel et espace virtuel. Enfin, l’installation réalisée pour cette exposition à partir de travaux de Lynn, principal représentant de l’architecture des jeunes maîtres du blob, pose une question très actuelle : les maîtres du blob portent-ils l’ancienne relation entre architecture et sculpture à un nouveau niveau ou inaugurent-ils une ère encore inédite de l’architecture sculpturale ? Si l’on songe à son immense créativité, n’est-ce pas aujourd’hui l’architecture qui poursuit l’histoire de la sculpture sous forme de construction ? À l’inverse, l’analyse de la sculpture postmoderne (Schütte) ne peut plus se passer du concept de l’architectonique. Maintenant que la sculpture a adopté l’aspect fonctionnel propre à l’architecture (« useful sculpture », Kirkeby), son potentiel d’avenir se situe dans le champ de tension entre virtualisation et plasticité, High Tech et High Touch (Cragg). La première de ces tendances est représentée ici par « Cave » (1999) de Peter Kogler, une installation vidéo interactive et assistée par ordinateur. Le spectateur peut y naviguer à l’aide de lunettes 3D et d’une manette de jeu dans une œuvre située au-delà du réel. La seconde est incarnée par le besoin de contact, de toucher de la sculpture, réaction à la dématérialisation croissante de notre environnement. 

Unissant simultanément ces deux tendances, celle du High Tech et celle du High Touch, le parc du musée accueille une archisculpture d’Herzog & de Meuron de 9 mètres de haut, construction praticable et que l’on peut même escalader (« Jinhua Structure II – Vertical, For Berower Park, Riehen/Basel »). Le pavillon est fraisé sur un établi à commandes informatiques dans du contreplaqué et constitue, pendant toute sa genèse et jusqu’à la fin de sa fabrication matérielle, une « matrice purement numérique » (Herzog & de Meuron).
« Jinhua Structure II – Vertical » érigé dans le parc du musée associe le projet ArchiSculpture à un vaste espace d’exposition urbain déjà existant, de 37 kilomètres carrés: grâce à sa remar-quable culture architecturale internationale, Bâle s’est affirmée au cours des vingt dernières années comme la capitale suisse de l’architecture. On pourra suivre, dans le cadre de l’exposition, une visite de la ville « Sur les traces de l’ArchiSculpture ».
ArchiSculpture reprend aussi le fil des expositions bâloises de sculpture organisées à l’initiative d’Ernst Beyeler (en 1980 dans le Wenkenpark de Riehen, et en 1984 à Brüglingen près de Bâle). Dans l’histoire de la Fondation, ArchiSculpture se rattache aux grandes expositions thématiques comme « Couleur > Lumière » (2000), « Ornement et Abstraction » (2001) ou « Claude Monet ... jusqu’à l’impressionnisme numérique » (2002). La tradition, devenue une véritable marque de fabrique de la Fondation, consistant à établir un dialogue entre ancien et nouveau, art moderne et art contemporain et à révéler des liens exigeants par la présence d’œuvres impressionnantes, se poursuit à travers ce projet.

De nombreuses collections privées, des musées et des archives spécialisées dans l’architecture ont soutenu ce projet grâce à des prêts d’une importance inestimable. Nous pouvons citer ainsi le Deutsches Architektur Museum de Francfort/Main, l’Architekturmuseum de la Technische Universität de Munich, le Bauhaus-Archiv de Berlin, la Bauhaus Universität de Weimar, la Kunsthalle d’Hambourg, la Kunstsamm-lung de Rhénanie du Nord- Westphalie à Düsseldorf, le Museum für Moderne Kunst de Francfort/Main, la Staatsgalerie de Stuttgart, le Wilhelm Lehmbruck Museum, Duisburg, le Centre Georges Pompidou de Paris, le frAC-Fonds régional d’art contemporain du centre, Orléans, le musée Chillida-Leku, Hernani, le Centre Cultural Caixa Catalunya, La Pedrera, à Barcelone, The Henry Moore Foundation, la Royal Academy of Arts de Londres, le Haags Gemeentemuseum de La Haye, le Muzeum Sztuki à Lodz, le Rudolf Steiner Archiv de Dornach, l’Öffentliche Kunstsammlung de Bâle, le Kunsthaus de Zurich, le Kunstmuseum de Winterthur, la Menil Collection à Houston, le Gehry Partners, LLP, le Canadian Centre for Architecture, Montréal, le Musée National Russe de Saint-Pétersbourg.

Le catalogue est édité par Hatje Cantz, Ostfildern, en allemand et en anglais. Il contient des articles d’auteurs de renom, dont Friedrich Teja Bach, Markus Brüderlin, Werner Hofmann, Philip Ursprung et Viola Weigel. Une table ronde virtuelle donne la parole à des spécialistes réputés des deux domaines (parmi lesquels Aaron Betsky, Bazon Brock, Hans Hollein, Stanislaus von Moos). Il s’agit de la première publication qui consacre une importante partie illustrée à une juxtaposition entre architecture et sculpture. 224 pages avec 370 illustrations, dont 220 en couleurs.

FONDATION BEYELER 
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel 
www.beyeler.com  

18/03/00

Borromini / Edward Burtynsky, Centre Canadien d’Architecture, Montréal

Vues et points de vue : l'architecture de Borromini dans les photographies d'Edward Burtynsky
Centre Canadien d’Architecture, Montréal
15 mars - 7 mai 2000    

Le Centre Canadien d’Architecture présente l’exposition Vues et points de vues : L’architecture de Borromini dans les photographies d’Edward Burtynsky. Un choix de 27 photographies et gravures nous offre l’occasion de redécouvrir des bâtiments construits à Rome par l’architectecte baroque Francesco Borromini, dont on célébrait le 400e anniversaire de naissance l’an dernier.

Vues et points de vues propose un dialogue entre deux média et entre les deux approches différentes qui en découlent, pour représenter les oeuvres construites de Borromini: la photographie contemporaine et des gravures datant des 17e et 18e siècles. Les photographies de l’exposition font partie des acquisitions du CCA; elles ont été prises à Rome par le photographe torontois Edward Burtynsky en 1999. Elles sont présentées conjointement avec des gravures des mêmes édifices, dont des tirages dérivés de Borromini lui-même publiés après sa mort.

Cette rencontre romaine ne doit rien au hasard. Les bâtiments de Borromini joignent une grande expressivité plastique à une rigoureuse alliance entre géométrie et architecture. Ils constituent un défi particulier pour le photographe et pour le graveur: il faut traduire à la fois le revêtement extérieur de l’édifice et sa structure. De plus, les choix d’angle de vue et de cadrage du bâtiment ainsi que l’aptitude du photographe ou du graveur à maîtriser son art joueront des rôles décisifs dans sa capacité à transmettre une expérience qui s’apparente à celle des édifices concrets.

Dans la lignée de ceux qui ont fait le voyage à Rome pour y photographier ses chefs-d'œuvre, Edward Burtynsky a travaillé avec le spécialiste le plus en vue de l’étude de Borromini, Joseph Connors de l’université Columbia. Les tirages obtenus, quoiqu’ils refusent les effets d’ensemble et se concentrent sur des détails, démontrent l’esprit inventif extraordinaire des motifs architecturaux et ornementaux de Borromini. L’approche de Burtynsky lui permet également de saisir la dynamique spatiale qui caractérise le travail de l’architecte. Chaque détail découpé par le geste du photographe nous rappelle l’espace architectural contigu.

Cette sollicitation constante du spectateur à réfléchir au delà des limites du champ visuel a été délibérément accentuée dans l’exposition par le jeu des formats et de l’accrochage, par la juxtaposition de tirages photographiques et numériques, ainsi que par le contraste entre les tirages en couleur et en noir et blanc. Les oeuvres sont présentées dans la salle octogonale du CCA - elle-même inspirée par la coupole de l’église Saint Yves de Borromini.

C’est à un registre plus technique que nous convient les planches gravées de l’œuvre de Borromini. Elles utilisent les ombres portées et la juxtaposition pour surmonter la difficulté inhérente à l’estampe à traduire les effets de profondeur. Les nombreuses sources d’information graphique dévoilent l’intelligence du trait de l’architecte dans les dessins originaux. C’est pourquoi les recueils d’estampes joueront un rôle important dans la diffusion du baroque romain en général et, plus particulièrement, de l’oeuvre de Borromini.

CCA - CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE
1920, rue Baile, Montréal, Québec H3H 2S6
www.cca.qc.ca

18/08/96

Luigi Ghirri / Aldo Rossi, Centre Canadien d’Architecture, Montréal - Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes

Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes
Centre Canadien d’Architecture, Montréal
21 août - 24 novembre 1996
« Il existe à Ispahan une mosquée à l'intérieur de laquelle, lorsqu'on se place en un point précis, le moindre son, un simple mot aussi bien que le claquement des doigts, est répercuté sept fois par l'écho. L'architecture de Rossi me procure cette même impression d'émerveillement : en quelque point que ce soit, lorsqu'on se déplace dans l'espace ou sous l'effet de la lumière changeante, elle devient comme la propagation et la multiplication d'un écho qui se réverbère sur les souvenirs et les inventions. » 
- Luigi Ghirri
Le Centre Canadien d'Architecture présente l'exposition Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes. L'exposition réunit une sélection critique de 39 photographies du regretté Luigi Ghirri sur l'oeuvre architecturale d'Aldo Rossi, ainsi qu'un montage de photographies polaroïds réalisées par Aldo Rossi et qui sont montrées au public pour la première fois.

Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes inaugure une série d'expositions du CCA où est explorée la rencontre de l'architecture et de la photographie, par rapport à leur lien avec le développement et la perception de l'environnement bâti à notre époque. L'exposition est conçue comme un dialogue visuel entre deux figures majeures de l'art et de la culture de l'Italie contemporaine. Cet échange entre le photographe et l'architecte est placé sous le signe d'une profonde affinité, qui découle de leur attrait commun pour une région - la plaine padane du nord de l'Italie - et d'une même foi aussi bien dans le regard autonome du photographe que dans la possibilité de ce regard de révéler à l'architecte de nouveaux aspects de son oeuvre.

Luigi Ghirri a découvert les oeuvres d'Aldo Rossi à la fin des années 70, à l'occasion d'un voyage dont le but initial était de parcourir les paysages de la vallée du Pô. Ces oeuvres l'avaient ébahi, ainsi qu'il le rappelait plus tard, « non pas parce qu'elles appartenaient à la catégorie de l'insolite ou de l'abscons, mais en raison de leur apparence immédiatement familière et en même temps mystérieuse : une fusion extraordinaire du retrouvé et du jamais vu, du connu et de l'inconnu ». Il admirait également « le courage et la civilité avec lesquels Rossi s'était oublié lui-même afin de laisser à l'espace, aux matériaux et aux volumes la tâche de devenir pour nous architecture, afin de laisser le temps et l'usage donner [à celle-ci] un sens ».

Avec ses photographies du cimetière de Modène, en 1983, Luigi Ghirri commençait un examen de l'oeuvre d'Aldo Rossi qui allait s'approfondir - pendant les neuf dernières années de sa vie - sous la forme d'un dialogue intense, au cours duquel l'architecte comme le photographe verraient avancer leurs idées respectives dans des directions inattendues. Pour Luigi Ghirri, la découverte des oeuvres de Rossi transforma l'idée qu'il se faisait de la photographie d'architecture; jusque-là il n'avait vu dans cette photographie qu'un ensemble de conventions usées, la dernière étape du processus d'authentification de l'oeuvre architecturale - depuis l'élaboration du concept jusqu'à la réalisation publiée -, et des images qui, se voulant une iconographie statique et précise, s'apparentaient à des « natures mortes » - elles ressemblaient à des photographies de maquettes plus que de bâtiments réels. Confronté à la simplicité manifeste et à la linéarité des constructions d'Aldo Rossi, Luigi Ghirri a pris conscience de leur vitalité intrinsèque, et il s'est attaché à rendre les surprises et les variations produites par les modifications de la lumière, par les moindres changements de position dans l'espace, et par les résonances inattendues entre un bâtiment et son environnement. À mesure que s'approfondissait son examen de ces oeuvres, Luigi Ghirri en vint à faire sienne également la recherche poursuivie par Rossi sur les éléments de la forme, et à mettre au jour, en redécouvrant ces éléments, des strates de mémoire, de mélancolie et de sens.

L'oeuvre qui en résulte - la recherche de l'inattendu, le rejet de toute forme de choc visuel ou émotif, la construction d'images rigoureusement frontales - réaffirme l'autonomie de l'observateur en même temps qu'elle découvre le caractère autonome de l'objet observé. Rossi n'a pas tardé à reconnaître dans l'oeuvre de Luigi Ghirri un « discours » sur son propre discours, et à convenir de ce qu'il pouvait en tirer : « Les photos de Ghirri, celles de mon oeuvre aussi bien que de mon atelier, représentent ce que je cherchais sans le trouver ». Dans sa lecture à son tour de l'oeuvre de Luigi Ghirri, et dans la représentation qu'elle donnait des caractéristiques essentielles de son architecture, Rossi a trouvé une nouvelle force symbolique : loin d'épuiser ses formes, l'oeuvre de Luigi Ghirri lui révélait dans celles-ci un « univers de signes rigoureusement choisis... des figures dépouillées et essentielles... la langue dans laquelle parlent les choses muettes ».

Il n'est pas étonnant que Luigi Ghirri ait manifesté le plus vif intérêt pour les polaroïds qu'avait réalisés Aldo Rossi dans les décennies précédentes, car il y voyait une passion cachée, les images « secrètes » de l'architecte. Ces polaroïds réunissent indifféremment des façades anonymes et les réalisations de l'architecte, des images sacrées et des affiches publicitaires, les maisons et les intérieurs d'un village de shakers et les façades baroques des églises de Lecce. Luigi Ghirri aurait dit de ces images, citant une phrase qu'il aimait à répéter pour définir la photographie, que ce sont « des énigmes qui se résolvent avec le coeur ». Ces séquences d'images représentaient pour lui « un enchevêtrement de monuments, de lumières, de pensées, d'objets, de moments, d'analogies qui forment notre paysage mental, celui que nous cherchons, quoique inconsciemment, chaque fois que nous regardons par une fenêtre, par une ouverture sur le monde extérieur, comme feraient les points d'une boussole imaginaire qui indiquerait une direction possible ».

Paolo Costantini, conservateur de la collection de photographies du CCA, est commissaire de l'exposition Luigi Ghirri / Aldo Rossi : Des choses qui ne sont qu'elles-mêmes.

Le catalogue qui accompagne l'exposition, coédité par le CCA et la maison Electa, reproduit toutes les photographies présentées dans l'exposition et comprend une préface de Phyllis Lambert, Directeur du CCA, un essai introductif du commissaire, Paolo Costantini, un texte de Luigi Ghirri sur Rossi et un texte d'Aldo Rossi sur Ghirri, écrit spécialement pour cette occasion. Offert à 34,95 $ dans une édition française, anglaise et italienne, le livre de 84 pages est en vente à la Librairie du CCA.

CCA - CENTRE CANADIEN D'ARCHITECTURE
1920, rue Baile, Montréal, Québec H3H 2S6
www.cca.qc.ca