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26/12/17

Exposition Elisabeth Ballet @ MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine

Elisabeth Ballet : Tout En Un Plus Trois
MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine
Jusqu'au 25 février 2018

Avec cette exposition d’ELISABETH BALLET, le MAC VAL renoue avec la monographie en dédiant l’ensemble de son plateau de 1300 m2 à cette artiste française à la longue carrière qui s’était un peu éloignée des projecteurs. Si « Tout En Un Plus Trois » offre un éventail de sa pratique sur plus de 30 années de travail, elle n’est pas totalement conçue comme une rétrospective, car chaque œuvre, extraite d’une des nombreuses séries de l’artiste - toutes ici représentées - est réactivée pour l’occasion, remise en jeu voire réinterprétée. Le commissaire, Frank Lamy, préfère alors parler de « rétrospective prospective ». Ainsi, l’exposition du MAC VAL éclaire le travail d’Élisabeth Ballet en 2017 en racontant une histoire non pas du passé, mais du présent. Les matières et les formes s’encastrent, se complètent, se repoussent, s’attirent et invitent les visiteurs à déambuler dans un vaste dispositif qui se joue de l’architecture et se fait architecture, où les corps rentrent en interaction avec les sculptures, où les œuvres orientent les regards, dessinent des espaces de protection, créent des perspectives, se font sculptures, chemins, corridors, seuils ; où parfois les mots se font œuvres et où les œuvres se jouent des mots. Fidèle à son habitude, Élisabeth Ballet livre ici des traces éparses de repères autobiographiques en laissant apparaître un habile jeu d’opposition entre espace public et intime, laissant ainsi émerger l’ébauche d’un récit.

Commissariat : Frank Lamy assisté de Julien Blanpied

Voici le texte de présentation rédigé par FRANK LAMY, Commissaire de l'exposition :

Les œuvres d’Élisabeth Ballet, en général, découlent de l’épreuve d’un lieu, se construisent et s’élaborent à partir des contraintes et spécificités de l’occasion pour laquelle elles sont produites. Dans le cas d’une rétrospective, qui, par essence, réunit de l’hétérogène, comment jouer de cette relation d’interdépendance forte avec le lieu d’origine dans un lieu d’arrivée à l’architecture très prégnante ? 

Nous avons élaboré plusieurs hypothèses, plusieurs scenarii. Nous avons fait des choix. « Nous nous sommes concentrés sur des sculptures détachées de leur contextes de réalisation, elles sont prélevées dans les séries Vie privées, Sept pièces faciles, Night Roofline ou Face à main. Les contraintes matérielles et personnelles sont capitales dans le choix, la création, l’orientation conceptuelle d’une exposition. » Et, avons opté pour un regard rétrospectif, privilégiant les œuvres autonomes, posées là, comme nonchalamment disposées, arrangement dandy, qui réfléchissent la question du lieu, orchestrent le déplacement. « J’imagine les œuvres un peu comme les pièces d’un billard électrique. L’exposition se vit par rebond d’une pièce à l’autre », précise Élisabeth Ballet.

Une exposition raconte une histoire/des histoires. Un récit spatial et mental. Qui excède la seule réunion, dans un même espace, d’œuvres disparates. Pour Élisabeth Ballet, chaque exposition est un terrain de remise en jeu. 

Les œuvres, ici, sont autant de fragments, d’éléments d’un récit que constitue la série, et/ou l’exposition pour laquelle elles ont été réalisées. L’exposition rétrospective prélève des parcelles dans ces récits, des éléments, hétérogènes, pour les agencer, les moduler en d’autres faisceaux narratifs. 

Tout En Un Plus Trois. 

Les notices, qui accompagnent chaque œuvre, chaque exposition, rédigées par l’artiste après coup, font état de leurs origines, de leurs mouvements, de leurs fabriques ; elles sont racontées, narrées, prises dans un récit global (une « chronique biographique »), lui-même composé de l’assemblage de toutes ces gestes racontées, mais jamais n’assignent un sens, une direction, une signification autre que celle de leur nécessaire présence même. 

Les œuvres de Ballet ressortent du lieu de la sculpture. Souvent, ses œuvres désignent un espace qu’elles n’occupent pas. Elles contiennent fréquemment du mouvement suggéré, induit, représenté. 

Les œuvres sont tout autant d’ilots, d’archipels narratifs, qui s’ancrent, traduisent, formalisent quelque chose d’une expérience singulière du monde. 

Chaque œuvre fonctionne comme un syntagme. Reassemblées, reconfigurées, ré-agencées, elles produisent de nouvelles phrases, de nouveaux énoncés. Des récits inédits. 

Le travail met en forme une traversée, un usage unique, personnel du réel. Il active quelque chose d’une économie quasi psychanalytique, analytique pour le moins. Elle suggère de « peut-être proposer une nouvelle lecture plus psychanalytique, dans laquelle ce vide, ce degré zéro, peut avoir une source plus personnelle, de l’ordre d’un espace de la mémoire intentionnellement laissé vacant (pour des raisons de survie en général). » 

Elle dit : « L’escalier, l’échelle, le corridor sont des sculptures de passage d’un lieu vers un autre ; le carton indique l’éphémère, le déménagement ; la boite ce qui est caché, conservé. ». Et aussi : « L’absence,   le silence… occupent mon travail. ». Elle ajoute : « Les sculptures-enclos sont pleines d’absences à elles-mêmes comme soustraites de l’espace qu’elles occupent, c’est le lieu d’une histoire muette. J’en dessine méticuleusement chaque détail comme s’ils étaient agrandis à la loupe, leurs gravités sont dans leurs contours extérieurs et dans les assemblages, leur centre est silencieux. » 

Il y a quelque chose de la vacance. Comme un vide, une suspension, une absence, une disponibilité. 

Les œuvres de Ballet sont autant de matérialisations de la pensée en train de se faire. L’esprit et le corps en mouvement. Activent également la réflexion de celles et ceux qui regardent et contournent.

Orienter les regards, les perspectives, les corps. Dessiner, organiser la trajectoire, le plaisir de dérouter, rythmer l’espace. Entourer, enchâsser, emboiter, superposer, imbriquer, enclore, délimiter, protéger, isoler, entourer, détourer, prélever, préserver, cerner, qualifier, désigner… 

Arpenter, contourner, déambuler, marcher, traverser, parcourir, entrer, sortir, buter… 

Les œuvres d’Élisabeth Ballet en appellent à l’expérimentation individuelle. Le visiteur est face à des objets, des situations, des lieux. Des espaces de projection, de désignation. 

Seuils, transitions, paliers, barrières, couloirs, corridors, enclos, balustrades, capots, écrans... Elle précise : « Tout ce qui sépare ». Elle privilégie les espaces de passage, de transition. 

Ni l’un ni l’autre. Et l’un et l’autre. 

Des matériaux de construction, de transition, de déplacement, de protection. Carton, parpaing, métal, films plastiques etc. Toute une matériologie particulière. 

Ce qui est représenté (comme autant de fragments détachés du réel, refaits, repris, reproduits), les matériaux utilisés, les titres (de chaque œuvre individuellement ainsi que de chaque série) activent des déflagrations poétiques, des suspensions sémantiques qui produisent autant de récits nouveaux. 

Si l’œuvre d’Élisabeth Ballet s’ancre dans une expérience intérieure et intime du réel, et ses possibles transcriptions ; si l’artiste résiste à toute interprétation socio-politique de ses œuvres tout au moins pour en décrire les intentions ; ces variations déroulées autour de motifs comme la clôture, le seuil, la frontière ne sont pas sans résonner singulièrement avec l’actualité immédiate. 

Beau comme la rencontre d’une hotte de cuisine avec un mur de parpaings sur une table d’orientation.

Frank Lamy Commissaire de l’exposition



Catalogue de l’exposition « Tout En Un Plus Trois » d’Élisabeth Ballet
304 pages, 220 reproductions, 
bilingue français-anglais, 
17 × 22 cm, 25 €.
Textes d’Élisabeth Ballet, Alexia Fabre, Michel Gauthier, Frank Lamy, 
Élisabeth Lebovici, Julie Portier, Philippe Vasset.

MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne 
Place de la Libération - 94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr

30/04/17

Eustachy Kossakowski @ MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine

Eustachy Kossakowski : « 6 mètres avant Paris » 
157 clichés de la collection du Musée Nicéphore Niépce 
Dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris
MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne, Vitry-sur-Seine
22 avril - 28 mai 2017 



Paris, PARIS ! Comme une terre promise, comme le graal, pour ceux qui fuyant leur terre natale élisent une nouvelle vie. Tel est le sens de l’œuvre magistrale de d’Eustachy Kossakowski, conceptuelle et néanmoins terriblement sensible, poignante. En effet, avec son épouse Anka, le photographe quitte la Pologne en 1970 et décide de s’installer à Paris, ville rêvée et fantasmée.  
Cette longue approche pour en être, pour y vivre se traduit dans ses 157 prises de vue, toutes élaborées avec un même système, à exactement 6 mètres d’éloignement de sa frontière, à une distance qui permet d’envisager et de faire de chaque panneau d’entrée de (La) ville le sujet de l’image et de l’œuvre : un programme, un espoir, une joie, une crainte. Que recouvrent ces 6 mètres, telle une distance infranchissable, l’espace du respect, le frisson de l’aventure, la peur de la déception ?  
Ces panneaux directionnels dessinent tout au long des cimaises d’exposition comme un mur de séparation, de protection qui aujourd’hui résonne curieusement à nous.  
À l’heure où Paris devient pour tant de réfugiés une terre d’asile, à l’heure où la Ville tente des expériences pour faire face, à l’heure ou tant craignent l’arrivée de ceux venus d’ailleurs, les 45 ans de distance se réduisent à une peau de chagrin.  
Le MAC VAL, à quelques mètres de Paris,  est infiniment heureux de présenter, à l’occasion du Mois de la photo du Grand Paris, cette œuvre emblématique, universelle et hélas intemporelle, qui, dans ce musée de la proche banlieue parisienne, dont toute l’histoire a été de créer sur son territoire une présence singulière et originale. Car le Grand Paris est en marche, bientôt les panneaux et les murs tomberont.  
Alexia Fabre, conservatrice du MAC VAL 

Photoreporter en Pologne à partir de 1957, Eustachy Kossakowski émigre à Paris en  1970 et se tourne vers une photographie plus objective. À partir des années 1980 son travail explore la question de la lumière en tant qu’objet (Lumières de Chartres, Pompéi). Il partagea les dernières années de sa vie entre la France, l’Italie et la Pologne.  Peu après son arrivée en France, en 1971, pendant quelques mois, Eustachy Kossakowski (Varsovie, 1925 - Paris, 2001) suit à pied la frontière indécise qui sépare Paris de ses banlieues. Un à un, il fixe sur la pellicule les  157 panneaux qui entourent la ville à son entrée, sur sa limite administrative, aux points de convergence des rues de la banlieue et des rues parisiennes. Ces panneaux sont tous photographiés de face, centrés et à six mètres de distance. Cette règle stricte, éliminant toute volonté esthétisante, révèle une réalité changeante et hasardeuse, et donne à voir une vue singulière sur Paris. 

Commissariat de l'exposition : Frank Lamy assisté de Julien Blanpied

MAC VAL - Musée d’art contemporain du Val-de-Marne 
Place de la Libération - 94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr