Jeu de Paume – Château de Tours
26 juin - 27 octobre 2019
Un album est édité à l'occasion de l'exposition.
JEU DE PAUME - CHATEAU DE TOURS
25 avenue André-Malraux, 37000 Tours
www.jeudepaume.org
Tenter de dessiner un portrait de ce pays au passé cinématographique "plein de bruit et de fureur" et au présent toujours fragmenté, c’est illustrer, dans un premier temps, un point de vue historique pour aller vers l’approche d’une nouvelle génération de cinéastes et de producteurs, qui entretiennent aujourd’hui des échanges complexes et stimulants avec leurs confrères des pays avoisinants.
La tradition documentaire antiapartheid, très riche à partir des années 1960, est représentée ici par le chef d’œuvre de Lionel Rogosin Come Back Africa, tourné clandestinement à Sophiatown, faubourg de Johannesburg, au moment où le gouvernement a décidé, pour construire une banlieue réservée aux Blancs, de détruire cinquante mille foyers noirs et d’expulser leurs habitants vers des terrains qui deviendront l’ossature du township de Soweto.
C’est aussi dans Sophiatown, devenu le symbole de la résistance culturelle, que naît le magazine Drum, véritable arme médiatique évoquée par le film éponyme de Zola Maseko, tandis que les artistes Claudia et Jürgen Schadeberg, dans Have you seen DRUM recently?, font surgir des archives cette génération de critiques, auteurs, musiciens, danseurs et chanteurs, comme Miriam Makeba. 1974, c’est l’année d’un autre tournage clandestin, Last Grave at Dimbaza, qui révèle au monde extérieur les images choquantes de la réalité de l’apartheid.
Apparaissent aussi des fictions qui mettent en scène des "révolutions" de société comme The Grass Is Singing de Michael Raeburn ou Mapantsula d’Oliver Schmitz.
Après l’abolition de l’apartheid en 1991, le cinéma accompagne une nouvelle ère sociale et politique dans des lieux symboliques tels que les townships où se déroule Fools de Ramadan Suleman ou celui de Soweto, à Johannesburg qu’évoque Hijack Stories d’Oliver Schmitz tandis qu’apparaissent des biographies filmées de Nelson Mandela, devenu une icône vivante.
A partir des années 2000, la commission "Vérité et Réconciliation", qui par le biais de confessions publiques a pour objectif la réconciliation nationale, cherche à provoquer dans la société une catharsis, explorée dans de nombreux films de fiction dont Zulu Love Letter de Ramadan Suleman. À la même période, d’autres films de fiction mettent en avant les aspects les plus troubles de la société postapartheid comme le sida dans Life above all (Le Secret de Chanda) d’Oliver Schmitz.
Aujourd’hui, au milieu du clivage des productions de films orientés vers des publics spécifiques et étanches ou de grosses productions internationales, apparaissent de jeunes cinéastes atypiques et de grand talent, comme Sara Blecher, réalisatrice d’Otelo Burning ou l’apprentissage de la liberté pour de jeunes noirs par le surf, Oliver Hermanus et son très beau film, Beauty, sur l’aspect prédateur du désir inassouvi, Khalo Matabane, réalisateur de nombreux documentaires et d’un premier long métrage de fiction, State of Violence, reprenant les vieux démons de l’oubli et de la vengeance, dans un style brillant et novateur, ou François Verster, écrivain, musicien et cinéaste qui déploie avec talent et sensibilité les panoramas humains de sa grande ville du Cap.
Danièle Hibon *
C’est sur la promenade des anglais à Nice, en 1934, que Lisette Model a réalisée sa première série de photos : des portraits de la “classe de loisirs” (Veblen) c’est à dire de la bourgeoisie oisive.
"Lorsque je pointe mon objectif sur quelque chose, je pose une question, à laquelle la photographie permettra peut-être de répondre. En d’autres termes, je ne suis pas celle qui sait ou qui veut prouver quelque chose, mais celle qui reçoit une leçon (1)." – Lisette Model
Dans le contexte d’une certaine photographie documentaire — la street photography qui se développe à New York pendant les années quarante avec les travaux de Weegee, Helen Levitt, Roy de Carava…—, l’oeuvre de Lisette Model apparaît comme étant unique : pour elle, réussir une photographie c’est, selon ses propres termes, photographier "avec ses tripes".
Lisette Model était passionnée par le monde du spectacle et des arts vivants. Elle y consacra de nombreuses photos à l’image de la photographie bien connue d’un artiste travesti.
Avec 120 photographies, l’exposition regroupe des extraits de l’ensemble des grandes séries de l’artiste, de ses premières photographies prises à Paris et à Nice au début des années 30, à celles du Newport Jazz Festival ou de l’hippodrome de Belmont Park prises à New York dans les années 50. Cristina Zelich, commissaire de l’exposition s’est attachée à mettre en avant les aspects les plus caractéristiques des prises de vue de Lisette Model : approche audacieuse et franchise du regard ; utilisation du gros plan ; contreplongée ; cadrages radicaux (elle n’hésitait pas à recadrer certains négatifs pour en éliminer les détails superflus, leur imprimer un certain dynamisme et conférer à l’image plus de force ou d’expressivité) ; accentuation du noir afin d’augmenter les contrastes lors du tirage des épreuves.
Les photographies sont accompagnées de vidéos et d’enregistrements sonores qui permettront de voir et d’entendre Lisette Model, ainsi que de revues originales avec lesquelles elle a collaboré telles que Regards ou Harper’s Bazaar.
(1) Model, Lisette texte pour Invisions Portfolio. Document d’archive de la National Gallery of Canada, réf. LM.AR5.PRP.03.11 n.d.
Commissaire de l'exposition : Cristina Zelich
Exposition organisée par le Jeu de Paume et la Fundación Mapfre.