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23/01/22

Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles @ Musée du Luxembourg, Paris

Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles
Musée du Luxembourg, Paris
2 mars - 10 juillet 2022

Très longtemps marginalisées et discriminées tant dans leur formation que dans leur accès aux galeries, aux collectionneurs et aux musées, les artistes femmes de la première moitié du XXe siècle ont néanmoins occupé un rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité sans pour autant être reconnues de leur vivant en tant que telles. Ce n’est que récemment que leur rôle dans les avant-gardes est exploré: de fait il est a prévoir que lorsque le rôle de ces femmes sera reconnu a leur juste valeur, ces mouvements seront profondément changés. Cette exposition nous invite à les réinscrire dans cette histoire de l’art en transformation: du fauvisme à l’abstraction, en passant par le cubisme, Dada et le Surréalisme notamment, mais aussi dans le monde de l’architecture, la danse, le design, la littérature et la mode, tout comme pour les découvertes scientifiques. Leurs explorations plastiques et conceptuelles témoignent d’audace et de courage face aux conventions établies cantonnant les femmes à certains métiers et stéréotypes. Elles expriment de multiples manières la volonté de redéfinir le rôle des femmes dans le monde moderne. Les nombreux bouleversements du début du XXe siècle voient s’affirmer certaines grandes figures d’artistes femmes. Elles se multiplient après la révolution russe et la Première Guerre mondiale qui accélèrent la remise en cause du modèle patriarcal pour des raisons pratiques, politiques et sociologiques. Les femmes gagnent en pouvoir et visibilité et les artistes vont donner à ces pionnières le visage qui leur correspond. 

Un siècle après, il est temps de se remémorer ce moment exceptionnel de l’histoire des artistes femmes. Les années 1920 sont une période de bouillonnement et d’effervescence culturelle, d’où sera tiré le qualificatif d’années folles. Synonymes de fêtes, d’exubérance, de forte croissance économique, cette époque est aussi le moment du questionnement de ce que l’on appelle aujourd’hui les «rôles de genre», et de l’invention ainsi que de l’expérience vécue d’un «troisième genre». Un siècle avant la popularisation du mot «queer», la possibilité de réaliser une transition ou d’être entre deux genres, les artistes des années 20 avaient déjà donné forme à cette révolution de l’identité.

La crise économique, la montée des populismes, puis la seconde guerre mondiale vont à la fois restreindre la visibilité des femmes, et faire oublier ce moment extraordinaire des années 20 où elles avaient eu la parole. L’euphorie avant la tempête se joue surtout dans quelques capitales où Paris tient un rôle central, et plus précisément les quartiers latin, de Montparnasse et de Montmartre,

L’exposition Pionnières, artistes dans le Paris des années folles présente 45 artistes travaillant aussi bien la peinture, la sculpture, le cinéma, que des techniques/catégories d’objets nouvelles (tableaux textiles, poupées et marionnettes). Des artistes connues comme Suzanne Valadon, Tamara de Lempicka, Marie Laurencin côtoient des figures oubliées comme Mela Muter, Anton Prinner, Gerda Wegener. Ces femmes viennent du monde entier, y compris d’autres continents où certaines exporteront ensuite l’idée de modernité : comme Tarsila Do Amaral au Brésil, Amrita Sher Gil en Inde, ou Pan Yunliang en Chine. 

Après les “femmes nouvelles” du XIXème siècle liées à la photographie, ces « nouvelles Eves », sont les premières à avoir la possibilité d’être reconnue comme des artistes, de posséder un atelier, une galerie ou une maison d’édition, de diriger des ateliers dans des écoles d’art, de représenter des corps nus, qu’ils soient masculins ou féminins, et d’interroger ces catégories de genre. Les premières femmes à avoir la possibilité de vivre leur sexualité, quelle qu’elle soit, de choisir leur époux, de se marier ou pas et de s’habiller comme elles l’entendent. Leur vie et leur corps, dont elles sont les premières à revendiquer l’entière propriété, sont les outils de leur art, de leur travail, qu’elles réinventent dans toaus les matériaux, sur tous les supports. L’interdisciplinarité et la performativité de leur création a influencé et continue d’influencer des générations entières d’artistes.

Organisation spatiale en neuf chapitres

L’exposition se veut aussi foisonnante que ces années 1920, convoque artistes et femmes de l’art, amazones, mères, androgynes à leurs heures et révolutionnaires presque toujours, qu’elle rassemble dans neuf chapitres thématiques Dans certaines salles/chapitres une sélection d’extraits de films, chansons, partitions, romans, revues évoquent les grands personnages féminins dans les domaines du sport, de la science, de la littérature, de la mode. 

En introduction, « Les femmes sur tous les fronts » examine comment la guerre a promu les femmes engagées volontaires comme infirmières au front, mais aussi remplaçant les hommes décimés par une guerre meurtrière partout où leur présence était nécessaire. Une  galerie de portraits de Berenice Abott, datant de ses années parisiennes, brosse une image de la ville cosmopolite où milieux sociaux, élites aristocratiques et artistiques se mélangent.

Pourquoi Paris? Paris c’est la ville des Académies privées où les femmes sont bienvenues ; la ville des librairies d’avant-garde, des cafés où les artistes croisent les poètes et romanciers dont les livres sont traduits et diffusés dans des librairies uniques au monde, où le cinéma expérimental s’invente…. Tous ces lieux sont tenus ou remplis, par des femmes ; elles sont dans toutes les avant -gardes et toutes les formes d’abstraction. Paris c’est elles, les protagonistes des nouveaux langages (cinéma, littérature, peinture et sculpture).

Pour ces femmes libérées et autonomes, Vivre de son art est un impératif essentiel : elles développent des points entre l’art et les arts appliques, la peinture et la mode, inventent des espaces intérieurs et des architectures ou même des décors de théâtre, et enfin inventent de nouvelles typologies d’objet comme des poupées/portraits, des marionnettes/sculptures, des tableaux en textile. Sonia Delaunay aura sa boutique ainsi que Sarah Lipska

Non contentes de ré-inventer le métier d’artiste, elles se saisissent du temps de loisir et représentent le corps musclé, sous le soleil, voire sportif, transformant le sport masculin en un équivalant à la fois élégant, ambitieux et décontracté féminin, inventant ce qui deviendra un poncif du XXIème siècle. La nouvelle Eve découvre les joies de ne rien faire au soleil (l’héliothérapie), s’inscrit aux Jeux Olympiques ou promeut son célèbre nom grâce à des produits dérivés, pratiquant aussi bien le music hall la nuit, que le golf la journée : elle s’appelle Joséphine Baker.

Tandis que le corps se déploie librement sous le soleil dans des poses nouvelles, il se réinvente aussi Chez soi, sans fard. Ces odalisques modernes se représentent dans leurs intérieurs avec naturalisme. Plus besoin de paraître ni de faire semblant : la maternité peut-être ennuyeuse et fatigante; les poses de nues excentriques, le déshabillage un échappatoire aux diktats du regard du monde.

Ainsi s’élabore dans les années 20 ce nouveau point de vue complexe et informé de femmes éduquées et ambitieuses, déterminées à représenter le monde telles qu’elles le voient, à commencer par leur corps. C’est là que leur regard s’affute, se mesure au passé, rêve un autre futur. Le female gaze des années 20 s’emploie à représenter le corps autrement.

Parmi les tropes que ces années folles inventent et surtout mettent en pratique au grand jour, celui des « deux amies », décrit une amitié forte entre deux femmes sans la présence d’hommes, ou une histoire d’amour, ou un mélange d’amitié et de désir qui permet aux femmes une bisexualité assumée. Les deux amies sont une invention des années 20 que la peinture, la littérature et la société cosmopolite vont représenter, accueillir et dont elles transmettront la mémoire.

Ni les garçonnes qui succombent à la mode de se couper les cheveux, ni les amazones qui ne dédaignent pas d’endosser des costumes masculins, ni les travestis occasionnels ou bals masqués courants, ne recouvrent l’essentielle émergence d’un « troisième sexe », ancêtre de notre fluidité des genres et en particulier de la possibilité de ne pas s’assigner de genre.

Pour conclure, l’exposition rappellera que ces artistes furent aussi des voyageuses : d’un continent à l’autre pour se former et lancer des avant-gardes dans leur pays ; ou exploratrices de pays inconnus, ou peintres et sculpteuses à la découverte d’un « autre » dont elles tentent de saisir l’identité sans les poncifs du regard coloniales. Ces Pionnières de la diversité souffraient de l’invisibilité dans leur pays : elles étaient à même de comprendre d’autres identités mises à l’écart : elles ont beaucoup à nous apprendre.

Commissariat général : Camille Morineau, Conservatrice du Patrimoine et directrice d’AWARE (Archives of WOmen Artists, Research and Exhibitions)

Commissaire associée : Lucia Pesapane, historienne de l’art

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais

Liste des 45 artistes exposées

Berenice Abbott
Laure Albin-Guillot
Tarsila do Amaral
Alice Bailly
Aleksandra Beļcova
Maria Blanchard
Anna Boetty Steiner
Romaine Brooks
Marcelle Cahn
Claude Cahun
Emilie Charmy
Franciska Clausen
Irina Codreanu
Lucie Cousturier
Sonia Delaunay
Gisèle Freund
Natalia Gontcharova
Alicja Halicka
Nina Hamnett
Rita Kern Larsen
Marie Laurencin
Stefania Lazarska
Tamara de Lempicka
Sarah Lipska
Sonia Lewitska
Madame d’Ora
Marevna
Jacqueline Marval
Marcelle Moore
Marlow Moss
Chana Orloff
Mela Muter
Anton Prinner
Anna Fanny Quinquaud
Juliette Roche
Germaine de Roton
Amrita Sher Gil
Sophie Taeuber-Arp
Suzanne Valadon
Marie Vassilieff
Gerda Wegener
Gertrude Whitney

Catalogue de l’exposition

PIONNIÈRES
Artistes dans le Paris des Années folles
Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais
Auteures : Camille Morineau, Lucia Pesapane, 
Emmanuelle Retaillaud, Pauline Créteur, Ewa Bobrowska, 
Paula J. Birnbaum, Lauren Jimerson, Catherine Gonnard, 
Tirza Latimer, Nathalie Ernoult
Relié, 20 x 29 cm, 208 p., 160 illustrations
Parution : 2 mars 2022

MUSÉE DU LUXEMBOURG
19 rue Vaugirard, 75006 Paris

20/07/20

Edward Hopper @ Fondation Beyeler, Riehen / Basel

Edward Hopper
Fondation Beyeler, Riehen / Basel
Jusqu'au 20 septembre 2020

EDWARD HOPPER (1882–1967) compte parmi les artistes majeurs du 20ème siècle. Connu en Europe principalement pour ses peintures à l’huile de scènes de la vie urbaine produites dans les années 1920 à 1960, dont certaines ont acquis une popularité exceptionnelle, jusqu’à présent ses paysages avaient reçu moins d’attention. Etonnamment, aucune exposition importante n’avait encore été consacrée au regard porté par Edward Hopper sur le paysage américain. La Fondation Beyeler présente une vaste exposition de paysages emblématiques à l’huile ainsi qu’une sélection d’aquarelles et de dessins. C’est par ailleurs la première fois qu’une exposition est consacrée à Edward Hopper en Suisse alémanique.

Edward Hopper est né à Nyack, New York. Après une formation en tant qu’illustrateur, il étudie la peinture à la New York School of Art jusqu’en 1906. Outre la littérature allemande, française et russe, ce sont surtout des peintres comme Diego Velázquez, Francisco de Goya, Gustave Courbet et Edouard Manet qui fournissent des points de repère importants au jeune artiste. Bien que Edward Hopper ait longtemps travaillé principalement en tant qu’illustrateur, sa célébrité repose surtout sur ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt profond pour la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Edward Hopper a en outre su développer à partir de ses observations une esthétique dont l’influence se fait sentir non seulement en peinture mais aussi dans la culture populaire, la photographie et le cinéma.

L’idée de cette exposition a germé lorsque Cape Ann Granite, peinture de paysage d’Edward Hopper datant de l’année 1928, a intégré la collection de la Fondation Beyeler en tant que prêt permanent. L’oeuvre a fait partie des décennies durant de la célèbre collection Rockefeller et date d’une époque à laquelle Hopper fait l’objet d’une attention croissante de la part de la critique, des commissaires d’exposition et du public. En 1929, il est notamment invité à participer à la deuxième exposition du Museum of Modern Art de New York intitulée Paintings by Nineteen Living Americans.

En histoire de l’art, le terme « paysage » signifie une image de la nature, par opposition à la « nature » elle même, toujours changeante, qui ne peut être fixée sous forme d’image. La peinture de paysage donne toujours à voir l’impact de l’homme sur la nature, ce que les peintures d'Edward Hopper reflètent de manière subtile et multiple. Il établit ainsi une approche distinctement moderne à un genre pictural traditionnel. A la différence de la tradition académique, les paysages d'Edward Hopper paraissent illimités; par la pensée, ils sont infinis et ne semblent toujours donner à voir qu’une petite partie d’un tout gigantesque.

Les paysages américains d'Edward Hopper sont des compositions géométriques claires. Les éléments principaux sont des maisons, symboles de la présence de l’homme. Des voies ferrées structurent les images à l’horizontale et incarnent l’ambition humaine de conquérir l’immensité du territoire. Un vaste ciel et des ambiances lumineuses particulières – lumière éclatante de midi et lueur du crépuscule – font apparaître l’immensité d’une nature en mutation permanente même dans une peinture en vérité statique. Un phare peut ainsi devenir un point de repère dans l’étendue de l’océan et de la côte.

Les peintures de paysage d'Edward Hopper donnent l’impression qu’il s’y agit en fait d’une chose invisible, qui se passe en dehors du tableau, ainsi que l’illustre par exemple sa toile Cape Cod Morning (1950): dans une fenêtre en baie, une femme au visage baigné de soleil scrute une chose qui demeure inaccessible au regard du spectateur parce qu’elle se situe en dehors de l’espace pictural. Les paysages visibles d'Edward Hopper ont toujours pour pendant des paysages invisibles et subjectifs, qui apparaissent à l’intérieur du spectateur. Comme toutes ses toiles, les paysages d'Edward Hopper sont empreints de mélancolie et de solitude. Il émane souvent d’eux une impression d’étrangeté et de menace. Edward Hopper montre aussi dans son oeuvre l’irruption parfois brutale de l’homme dans la nature, mettant en relation paysages naturels et paysages urbains. Edward Hopper a contribué de manière significative à établir la notion d’une Amérique mélancolique, marquée aussi par les faces sombres du progrès – un espace immense et sans limites, grandement popularisé en particulier par sa reprise et son développement au cinéma dans des oeuvres telles La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

Le cinéaste Wim Wenders a réalisé spécialement pour cette exposition un court-métrage 3D exceptionnel intitulé Two or Three Things I Know about Edward Hopper, projeté dans une salle dédiée. Ce film constitue l’hommage personnel de Wim Wenders à Edward Hopper, qui l’a marqué durablement et a influencé son oeuvre cinématographique. Wim Wenders a parcouru les Etats-Unis en quête de l’« esprit » d'Edward Hopper, condensant les prises ainsi obtenues en un film, dont la première a eu lieu lors du vernissage de l’exposition. Ce film montre de manière poétique et émouvante ce que le cinéma doit à Edward Hopper, mais aussi à quel point Edward Hopper a été influencé par le cinéma.

L’exposition réunit 65 oeuvres datant des années 1909 à 1965. Elle est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Whitney Museum of American Art, New York, dépositaire de la plus importante collection au monde d’oeuvres d’Edward Hopper.

Edward Hopper
EDWARD HOPPER
Ein neuer blick auf landschaft
Catalogue de l'exposition (en anglais ou en allemand)
© Fondation Beyeler, 2020

Le catalogue rassemble l'ensemble des peintures, aquarelles et dessins des années 1910 à 1960 présentés dans l'exposition, et les complète par des essais axés sur le thème de la représentation du paysage. Ce catalogue d'exposition comprend 148 pages avec 110 illustrations.

Related Post (in english): Edward Hopper. A–Z, Hatje Cantz Verlag, 2020, edited by Ulf Küster, curator.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101 - CH-4125 Riehen/Basel
fondationbeyeler.ch

08/07/20

Global(e) Resistance @ Centre Pompidou, Beaubourg, Paris

Global(e) Resistance
Centre Pompidou, Paris
29 juillet 2020 - 4 janvier 2021

L’exposition « Global(e) Resistance » dévoile pour la première fois les oeuvres de plus d’une soixantaine d’artistes* réunies au cours de la dernière décennie. Dans la lignée de l’exposition « Une histoire : art, architecture, design des années 80 à nos jours », elle présente une majorité d’artistes issus des « Suds » (Afrique, Moyen-Orient, Asie, Amérique latine) et se donne pour ambition d’examiner les stratégies contemporaines de résistance. « Global(e) Resistance » pose également des interrogations théoriques qui vont de l’articulation de l’esthétique et du politique au rapport même du musée au politique au sein des mondes de l’art.

Résister à travers une pratique à la fois artistique et politique, voire activiste, a souvent été l’apanage d’artistes vivant dans des situations d’oppression ou d’inégalités. La fin de la colonisation a fait jaillir de nombreuses voix qui se sont élevées pour entamer de nouveaux chemins de résistance, que ce soit sur un plan purement politique ou pour questionner les histoires, les mémoires trop tenaces ou menacées de délitement. La résistance s’est également organisée grâce à l’art lui-même, de manière poétique ou discursive.

Le projet fait la part belle à la place de la contestation politique à l’heure des décolonisations et de l’effondrement des idéologies communistes après 1989 tout en abordant les relectures actuelles de l’histoire à travers l’excavation et la mise en mémoire. Il prend pour point de départ deux oeuvres fondatrices des années 1990 issues de la collection du Centre Pompidou : le film The Couple in the Cage (1993), dans lequel Coco Fusco et Guillermo Gómez-Peña questionnent la persistance contemporaine de réflexes coloniaux, ainsi que la vidéo Partially Buried (1996), de Renée Green qui met au jour le rôle de la mémoire subjective dans l’écriture de l’histoire. Dans une époque de tumulte et d’urgence, il s’agit d’explorer comment ces contestations participent à la transformation des systèmes de pensées et modifient le regard sur le monde.

Le visiteur est accueilli dans le forum par la sculpture Rédemption de Barthélémy Toguo, exposée pour la première fois depuis son acquisition. L’oeuvre évoque la rencontre Nord-Sud, le panafricanisme et la question de la rédemption et du salut des peuples. Le projet se déploie ensuite au quatrième étage des collections permanentes (Galerie du musée, Galerie d’art graphique et Galerie 0) sur près de 1500m2. Le parcours est ponctué de slogans imprimés sur les murs, réalisés à partir d’œuvres de Barthélémy Toguo. Des oeuvres-manifestes ouvrent l’exposition : Khalil Rabah évoque la situation palestinienne, Teresa Margolles la frontière mexicaine, Yin Xiuzhen les conflits armés et Nadia Kaabi-Linke l’errance des migrants et des sans-abris.

Inspirée par Robert Smithson, l’oeuvre de Renée Green structure dans un premier temps une stratégie de résistance polysémique pensée à l’échelle du paysage comme du territoire, mais aussi rattachée à une mémoire intime. L’imaginaire complexe de certaines villes comme Braddock (LaToya Ruby Frazier), Johannesburg (Subotzsky et Waterhouse), Dakar (Cheikh Ndiaye), marquées par le déclin économique, la contestation socio-politique ou la recomposition urbaine, hantent plusieurs œuvres.

Parallèlement, les artistes accompagnent la ferveur et les inquiétudes surgies des décolonisations (Kiluanji Kia Henda, Abdoulaye Konaté) et surtout en Afrique du Sud où persiste l’apartheid jusqu’en 1991 (Penny Siopis, Kemang Wa Lehulere, Sue Williamson). La mise en question de l’hypothèse communiste, abordée par The Propeller Group, et la progression d’un monde autoritaire, reflétée par l’installation de Pratchaya Phintong, sont le point de départ d’œuvres engagées qui tentent de réconcilier récits individuels et traumatismes collectifs. Les œuvres de Chim Pom et Yin Xiuzhen, elles, dénoncent la menace écologique. Dans une section plus contemplative, la littérature et la philosophie servent de réceptacles à une résistance plus souterraine comme dans le travail de Mohssin Harraki ou M’barek Bouhchichi ou dans l’œuvre emblématique Facing the Wall de Song Dong mêlant zen et combat spirituel.

Dans un second temps, dans la lignée de la mascarade amérindienne de Fusco et Gómez-Peña, certains résidus du monde colonial, en attente d’une recomposition multiculturelle, sont mis en lumière : le « cirque » ethnographique du « bon nègre » au Brésil (Jonathas de Andrade) est mis en négociation dans un monde qui ploie sous le poids des cicatrices (Otobong Nkanga). Plus loin, il s’agit d’envisager la question de la mobilité au coeur du système capitaliste contemporain: les migrations (Younès Rahmoun, Halil Altındere), le corps comme outil de résistance (Evelyn Taocheng Wang, Ming Wong) viennent nourrir une série d’œuvres pensées comme des traversées. Les luttes féministes sont enfin activées dans le travail de Susan Hefuna et de Marcia Kure, tout autant que de nouveaux questionnements sur les questions de genre. Afin de rendre compte des engagements et stratégies des artistes, un salon et des vitrines documentaires envisagés comme un espace discursif accueillent le visiteur à l’entrée du niveau 4 du Musée. Ils valorisent également les engagements de certains «lieux» de l’activisme basés en France.

Un catalogue est réalisé avec des essais de Christine Macel, Alicia Knock et Yung Ma autour des problématiques entre esthétique et politique, à partir des oeuvres de la collection.

Global(e) Resistance
sous la direction de Christine Macel, Alicia Knock et Yung Ma
Bilingue FR/ANG, 160 pages, 15 X 21 cm, 24€
Centre Pompidou

Sommaire du catalogue
Avant-propos, Serge Lasvignes et Bernard Blistène
Introduction, Christine Macel, Alicia Knock, Yung Ma
Stare ou l’artiste en résistance, Christine Macel
Une communauté fragile, Alicia Knock
Les pas que nous devons faire, Yung Ma
Annexes
Liste des oeuvres exposées
Bibliographie sélective, Aurélien Bernard et Chris Cyrille

*Artistes exposés

Georges ADÉAGBO
Jawad AL MALHI
Halil ALTINDERE
Jonathas de ANDRADE
Malala ANDRIALAVIDRAZANA
Iván ARGOTE
Kader ATTIA
Marcos ÁVILA FORERO
Omar BA
Sammy BALOJI
Yto BARRADA
Taysir BATNIJI
Guy BEN-NER
Lotfi BENYELLES
M’barek BOUHCHICHI
Jan BRYKCZYNSKI
Chieh-jen CHEN
CHIM↑POM
Latoya Ruby FRAZIER
Coco FUSCO et Guillermo GÓMEZ-PEÑA
Meschac GABA
Renée GREEN
Hazem HARB
Mohssin HARRAKI
Susan HEFUNA
Kiluanji Kia HENDA
Anna HULAČOVÁ
Nadia KAABI-LINKE
Katia KAMELI
Bouchra KHALILI
Jems KOKO BI
Abdoulaye KONATÉ
Marcia KURE
Hayoun KWON
Firenze LAI
Goddy LEYE
Chuang LIU
Ibrahim MAHAMA
Paulo NAZARETH
Cheik NDIAYE
Otobong NKANGA
Sara OUHADDOU
Akosua Adoma OWUSU
Pratchaya PHINTHONG
Khalil RABAH
Younès RAHMOUN
Zineb SEDIRA
Penny SIOPIS
Dong SONG
Mikhael SUBOTZKY et Patrick WATERHOUSE
Barthélémy TOGUO
Thu-Van TRAN
Kemang WA LEHULERE
Hajra WAHEED
Evelyn Taocheng WANG
Sue WILLIAMSON
Ming WONG
Xiuzhen YIN
Billie ZANGEWA

Cette exposition est réalisée grâce au soutien des amis du Centre Pompidou qui ont fait don au Centre Pompidou des oeuvres de trente-six artistes montrées dans « Global(e) Resistance ».

CENTRE POMPIDOU, PARIS
centrepompidou.fr

24/07/19

Berthe Morisot @ Musée d'Orsay, Paris

Berthe Morisot (1841-1895)
Musée d'Orsay, Paris
Jusqu'au 22 septembre 2019

Berthe Morisot (1841-1895)
Affiche de l'exposition

Pour la première fois depuis son ouverture en 1986, le musée d’Orsay consacre une exposition à l’une des figures majeures de l’impressionnisme, Berthe Morisot (1841-1895). C'est aussi la première manifestation monographique consacrée à l’artiste par un musée national depuis la rétrospective de 1941 à l’Orangerie.

Née en 1841 dans ce que son ami Renoir qualifiait de « milieu le plus austèrement bourgeois », mais ouvert aux arts, Berthe Morisot affiche très tôt un goût de l’indépendance. Elle s’affranchit d’une pratique amateure, où la peinture est considérée comme un talent d’agrément, et affirme, à rebours des usages de son milieu, l’ambition de travailler en professionnelle. Ainsi, elle expose au Salon, manifestation officielle essentielle pour qui veut faire carrière, place des oeuvres sur le marché et, surtout décide de participer à la première exposition dite impressionniste de 1874. Elle est alors la seule femme à prendre part à cette manifestation et, l’une des rares avec Pissarro, qui restera fidèle à la stratégie de l’indépendance, c’est-à-dire au développement d’une carrière en marge des circuits officiels. Figure centrale du mouvement, elle participe à toutes les expositions du groupe, sauf celle de 1879, affaiblie par la naissance de sa fille Julie. Mariée à l’un des frères d’Edouard Manet, Eugène, Berthe Morisot travaille jusqu’à sa mort prématurée en 1895, laissant un ensemble d’un peu plus de 400 tableaux. Toute sa vie, elle a été au coeur des avant-garde artistiques et littéraires, engageant des échanges artistiques féconds avec Manet, Degas, Renoir, Monet ou Mallarmé pour ne citer que quelques noms.

Cette exposition veut marquer une nouvelle étape dans la diffusion et la connaissance de Berthe Morisot en proposant et suscitant de nouvelles approches, tout en déjouant les clichés d’une peinture « féminine » encore attachés à son oeuvre. Ainsi, le choix a été fait d’explorer une facette essentielle de sa création, les tableaux de figures et les portraits.

Dans l’édition de 1919 de son histoire des peintres impressionnistes, Théodore Duret distinguait les paysagistes et les peintres de figures. Berthe Morisot se range assurément dans cette dernière catégorie, aux côtés de Renoir, Degas ou Cassatt. Sur les 423 peintures répertoriées par le plus récent catalogue raisonné, 69,5 % sont donc consacrées à la figure, qu’il s’agisse de portraits, de scènes d’intérieur ou de plein air avec des personnages. C’est également la part de son oeuvre que l’artiste a choisi de montrer en priorité : de son vivant, on peut estimer qu’elle a exposé quatre-vingt-dix-huit tableaux de figures et portraits, contre trente-six paysages et trois natures mortes.

Pour Berthe Morisot, portraits et tableaux de figures sont autant de scènes de la vie moderne. Peindre d’après modèle lui permet en effet d’explorer plusieurs thématiques de la vie de son temps, telles que l’intimité de la vie bourgeoise de l’époque, le goût de la villégiature et des jardins, l’importance de la mode, le travail domestique féminin, tout en brouillant les frontières entre intérieur/extérieur, privé/public ou fini/non fini. Pour Morisot en effet, la peinture doit s’efforcer de « fixer quelque chose de ce qui passe ». Sujets modernes et rapidité d’exécution ont donc à voir avec la temporalité de la représentation, et l’artiste se confronte inlassablement à l’éphémère et au passage du temps. Ainsi, les dernières oeuvres de Berthe Morisot, aux accents symbolistes, caractérisées par une expressivité et une musicalité nouvelles, invitent à une méditation souvent mélancolique sur ces relations entre l’art et la vie. Souvent réduite à des scènes de la vie quotidienne, ces tableaux de figures et portraits se caractérisent au contraire par ce que la grande historienne de l’art américaine, récemment disparue, Linda Nochlin, appelait de « stimulantes ambiguïtés ». Ces « ambiguïtés », ce mystère, s’expriment tant du point de vue des modèles que des espaces mis en jeu et en scène et d’une technique audacieuse et énergique, qui vise à suggérer plutôt qu’à décrire. C’est à cette exploration qu’invitent l’exposition et le catalogue, à la fois en renouvelant le corpus et en croisant les approches.

Près de la moitié des tableaux réunis sont issus de collections particulières et certains n’ont pas été vus en France depuis plus de cent ans. Le parcours, chronologique et thématique, invite à s’interroger sur les sujets représentés (la mode, la toilette, le travail), qui traduisent en effet le statut de la femme au XIXe siècle, mais aussi sur la technique unique de Berthe Morisot (le plein air, l’intérieur, l’importance des espaces intermédiaires tels fenêtres, le fini). Ses tableaux sont une exploration de l’identité moderne que Berthe Morisot a délibérément voulu ambiguë, en équilibre fragile, à la fois paisible et intranquille, limpide et mystérieuse, mais toujours exigeante et profondément novatrice. L’exposition met ainsi en valeur les choix, la détermination sans faille d’une artiste qui affirmait dès l’âge de vingt-ans ne pouvoir obtenir son indépendance « qu’à force de persévérance et en manifestant très ouvertement l’intention de [s]’émanciper ».

Cette exposition est organisée par les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris, le Musée des beaux-arts, Québec, la Fondation Barnes, Philadelphie, et le Dallas Museum of Art, Dallas.

Commissaires de l'exposition : Sylvie Patry, conservatrice générale, directrice de la conservation et des collections du musée d'Orsay. 
Nicole R. Myers, The Barbara Thomas Lemmon Senior Curator of European Art au Dallas Museum of Art.
Assistante pour la présentation au musée d’Orsay, Lucile Pierret, chargée d’études documentaires.

Berthe Morisot
Catalogue de l’exposition
Sous la direction de Sylvie Patry
Coédition Musées d’Orsay et de l’Orangerie / Flammarion
304 pages – 22,5 x 30 cm – 200 ill.
ISBN : 978-2-35433-288-4

Sommaire du catalogue de l'exposition

Berthe Morisot aujourd’hui : « ambiguïtés stimulantes »
Sylvie Patry, Conservatrice générale et directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay

La modernité vue de l’intérieur
Anne Higonnet, Ann Witney Olin Professor, Barnard, Columbia University

Peindre la vie moderne
« Mettre une figure en plein air »
Femmes à leur toilette
La « beauté de l’être en toilette »
Fini / non-fini : « Fixer quelque chose de ce qui passe »
Femmes au travail
Fenêtres et seuils
Un atelier à soi
Sylvie Patry, Conservatrice générale et directrice de la conservation et des collections du musée d’Orsay

Une artiste en devenir
Marianne Mathieu, Directrice scientifique du musée Marmottan Monet

Morisot et la femme moderne
Nicole R. Myers, The Barbara Thomas Lemmon Senior Curator of European Art, Dallas Museum of Art

Morisot sur le seuil
Cindy Kang, Conservatrice adjointe à la Fondation Barnes, Philadelphie

Peintre pour peintres
Bill Scott, Peintre et graveur abstrait

Annexes
Chronologie, Amalia Wojciechowski, Doctorante au Bryn Mawr College
Les carnets de Berthe Morisot, Samuel Rodary, Chercheur indépendant en histoire de l’art
Expositions tenues de son vivant et posthume, Liste des oeuvres exposées, Liste des images de comparaison, Bibliographie

MUSEE D'ORSAY
1 rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris
www.musee-orsay.fr

11/07/19

Gauguin. Portraits, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

Gauguin. Portraits
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
Jusqu'au 8 septembre 2019

Le Musée des beaux-arts du Canada présente l’exposition Gauguin. Portraits, qui constitue une occasion unique de voir l’oeuvre de l’artiste français Paul Gauguin (1848 – 1903) sous un jour nouveau et permet de mieux comprendre sa vision de l’art du portait.

Les oeuvres de Paul Gauguin ont fait l’objet de maintes expositions, mais Gauguin. Portraits est la première exposition consacrée exclusivement à ses portraits. Gauguin, qui compte parmi les artistes les plus importants et les plus fascinants du dix-neuvième siècle, a totalement renouvelé la pratique traditionnelle du portrait et a exercé une influence déterminante sur l’art du XXe et du XXIe siècle.

L’exposition met en lumière la manière dont l’artiste a utilisé le portrait et l’autoportrait pour constituer un récit de soi, pour s’exprimer, pour exposer ses idées sur l’art et pour s’affirmer comme chef de file de l’avant-garde parisienne. Gauguin a remis en cause la fonction habituelle du portrait, pour donner à celui-ci un sens nouveau. Il s’est rarement intéressé à la position sociale de ses modèles, à leur personnalité et au contexte familial qui constituaient jusque-là les principaux éléments constitutifs du portrait. Il connaissait néanmoins très bien la tradition occidentale en ce domaine et recourait à des poses, à des compositions et à des attributs qui faisaient de ses œuvres des portraits quand bien même le modèle était inconnu.

Gauguin usait de diverses techniques, dont la peinture, le dessin, la gravure, la sculpture, la poterie et l’écriture, auxquelles il a toutes eu recours pour réaliser des portraits. Ses couleurs intenses, son intérêt pour des sujets non occidentaux et son recours précoce à une multiplicité de techniques ont influencé des artistes tels qu’Henri Matisse ou Pablo Picasso.

L’exposition rassemble des œuvres datées des années 1880 jusqu’à la fin de la vie de l’artiste. Gauguin. Portraits est la première exposition majeure consacrée à Paul Gauguin organisée par le Musée des beaux-arts du Canada, qui est le seul musée d’Amérique du Nord à la présenter. Elle est organisée par le Musée des beaux-arts du Canada d’Ottawa, qui l’inaugure, et par la National Gallery de Londres, où elle sera présentée du 7 octobre 2019 au 26 janvier 2020.

L’exposition thématique explore différents aspects de l’art du portrait de Gauguin. Elle regroupe peintures, sculptures, gravures et dessins de collections publiques et privées à travers le monde dont le Musée d’Orsay, Paris, France ; le Museum of Modern Art, New York, USA ; l’Art Institute de Chicago, USA ; le Musée national de l’art occidental, Tokyo, Japon ; le Museum Folkwang, Essen, Allemagne et les Musées Royaux des Beaux-arts de Belgique. Elle présente également des oeuvres sur papier de la collection du Musée des beaux-arts du Canada qui témoignent des amitiés et des collaborations entretenues par Gauguin. Beaucoup de ces oeuvres n’ont été exposées ensemble que rarement.

Gauguin. Portraits est le fruit de cinq années de préparation. Elle a été conçue par Cornelia Homburg, commissaire invitée au Musée des beaux-arts du Canada et spécialiste de l’art de la fin du XIXe siècle. Madame Homburg a travaillé en étroite collaboration avec le co-commissaire Christopher Riopelle, conservateur Neil Westreich de la peinture postérieure à 1800 à la National Gallery de Londres.

L’idée de Gauguin. Portraits est née du buste en chêne que Paul Gauguin a réalisé de son ami le peintre néerlandais Meijer de Haan, un buste qui fait partie de la collection du Musée des beaux-arts du Canada depuis 1968. L’exposition présente également les récentes découvertes majeures de Doris Couture-Rigert, chef du laboratoire de restauration et de conservation du Musée des beaux-arts du Canada, sur la méthode employée par Gauguin pour réaliser cette sculpture polychrome. Une salle est consacrée à ces résultats de recherche.

Gauguin. Portraits
Musée des beaux-arts du Canada. Co-publié avec 5 Continents
Publié sous la direction de Cornelia Homburg et Christopher Riopelle, 
avec contributions d’Elizabeth C. Childs, Dario Gamboni, Linda Goddard, 
Claire Guitton, Jean-David Jumeau-Lafond, et Alastair Wright.

MUSEE DES BEAUX-ARTS DU CANADA
380, promenade Sussex, Ottawa (Ontario) K1N 9N4
www.beaux-arts.ca

25/06/19

L'équilibriste, André Kertész : 1912-1982 @ Jeu de Paume – Château de Tours

L'équilibriste, André Kertész : 1912-1982
Jeu de Paume – Château de Tours
26 juin - 27 octobre 2019

Cet été au Jeu de Paume – Château de Tours, l’exposition rétrospective L'équilibriste, André Kertész : 1912-1982 est consacrée au grand photographe hongrois naturalisé américain (1894-1985). Son oeuvre fut à l’unisson de sa vie et de ses sentiments : de ses débuts en Hongrie à l’épanouissement de son talent en France, de ses années d’isolement à New York à sa reconnaissance internationale. Acteur majeur de la scène artistique parisienne durant l’entre-deux-guerres, André Kertész, dont la carrière s’étend sur plus de soixante-dix ans, est aujourd’hui reconnu comme l’un des photographes les plus marquants du XXe siècle. Cette exposition d’une centaine de tirages retrace le lien que Kertész a tissé tout au long de sa vie entre ses pratiques photographiques et éditoriales.

Autodidacte, André Kertész (Budapest, 1894-New York, 1985) se voit offrir son premier appareil en 1912. Mobilisé en 1914, il photographie la vie quotidienne des soldats, l’attente dans les tranchées, les longues marches. Après la guerre, il cherche à faire de la photographie son métier et publie ses premières images dans la presse en 1925.

Il arrive à Paris et fréquente alors les milieux artistiques d’avant-garde. Dès 1926, il publie dans de nombreux magazines français et allemands comme VU, Art et Médecine ou Uhu. Ses images empreintes d’émotion, aux cadrages imaginatifs, saisissent ses amis hongrois, les ateliers d’artistes de Montparnasse, des scènes de rue et des déshérités. En 1932-1933, il réalise sa célèbre série des Distorsions où les corps nus de deux modèles se reflètent dans un miroir déformant.

En 1936, il signe un contrat avec Keystone, la plus grande agence photographique américaine de portée internationale de l’époque et émigre à New York. Toutefois, il peine à s’imposer sur le marché de la photographie. Les rues, l’enchevêtrement des buildings ou les toits le fascinent et lui offrent de nouveaux sujets.

A partir de 1944, année de sa naturalisation américaine, il collabore avec des revues telles que Vogue et House and Garden. A partir de 1962, André Kertész cesse de répondre à toute commande et voit son oeuvre reconnue par les institutions et le grand public : il est exposé à New York, Paris, Londres, Tokyo et Venise.

Cette exposition d’une centaine de tirages modernes argentiques réalisés en 1995 par Yvon Le Marlec, tireur avec lequel André Kertész collaborait à Paris, est organisée autour des ouvrages majeurs que le photographe a publié de son vivant.

Des maquettes originales comme celle de Distorsions (1976) et des reproductions d’ouvrages issues de Day of Paris (1945), où il avait restitué le Paris des années 1930, Sixty Years of Photography (1972), J’aime Paris (1974), Of New York… (1976) et Hungarians Memories (1982) témoignent de sa réflexion sur son œuvre à la fin de sa vie. Alors qu’il pratique la couleur depuis les années 1940, l’utilisation du Polaroid SX-70 lui offre un nouveau champ d’expérimentation à partir de 1979.

Une sélection d’une quinzaine de tirages modernes en référence à l’ouvrage From My Window (1981) permet de découvrir la dernière série du photographe. Ces tirages respectent le format et la sélection d'une série de reproductions que Kertész a effectuée à la fin de sa vie. 

Un album est édité à l'occasion de l'exposition.

André Kertész
L'équilibriste : André Kertész
Album de l’exposition
Textes de Pia Viewing et Matthieu Rivallin
Broché, 22 × 31 cm ; 48 pages, 43 ill. coul. et n. et b.
Jeu de Paume / Médiathèque de l’architecture et du patrimoine
ISBN : 978-2-915704-87-7

Commissaires de l'exposition : Matthieu Rivallin et Pia Viewing

Cette exposition est coproduite par le Jeu de Paume et la Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, en collaboration avec la Ville de Tours. 

JEU DE PAUME - CHATEAU DE TOURS
25 avenue André-Malraux, 37000 Tours
www.jeudepaume.org

08/06/19

Fantaisies. Jacques Henri Lartigue, décors et haute couture, Musée d'Art et d'Histoire Louis-Senlecq, L'Isle-Adam, Val d'Oise

Fantaisies. Jacques Henri Lartigue, décors et haute couture
Musée d'Art et d'Histoire Louis-Senlecq, L'Isle-Adam, Val d'Oise
Jusqu'au 22 septembre 2019

Jacques Henri Lartigue
Fantaisies. Jacques Henri Lartigue, décors et haute couture
Affiche de l'exposition au Musée d'Art et d'Histoire Louis-Senlecq, L'Isle-Adam
© Musée d'art et d'histoire Louis Senlecq

L’exposition Fantaisies. Jacques Henri Lartigue, décors et haute couture organisée par le musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de L’Isle-Adam propose de découvrir une partie méconnue de l’oeuvre de Jacques Henri Lartigue, réalisée en marge de sa production en tant que peintre et photographe. L’important fonds d’oeuvres peintes et dessinées par Jacques Henri Lartigue, fruit de la donation de l’artiste et de son épouse à la ville de L’Isle-Adam, ainsi que le dépôt de la Fondation de France en 2001 au musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, constituent le point de départ de ce projet d’exposition.

Jacques Henri Lartigue
Jacques Henri Lartigue décorant la salle des Ambassadeurs
pour le gala "Marché aux fleurs", Casino de Cannes, avril 1936
Photographie anonyme
Paris, AAJHL
Collection Jacques Henri Lartigue
© Ministère de la Culture - France / AAJHL / DR

Jacques Henri Lartigue
L’Officiel, n° 173, Janvier 1936
Couverture illustrée par Jacques Henri Lartigue
32.5 x 25.5 cm
L’Isle-Adam, archives du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq
© Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam – Henri Delage

L'événement entend montrer pour la première fois l’œuvre graphique de forme libre et originale de Jacques Henri Lartigue. Elle montre l’artiste comme un créateur touche-à-tout, davantage intéressé par le processus créatif que par l’objet final, passant avec légèreté et en même temps avec une grande rigueur d’une technique à une autre.

Regroupant près de 170 pièces, sous le titre de « fantaisies », l’exposition présente une série de croquis de mode et dessins décoratifs de jeunesse, des photographies de décors de galas éphémères et grandioses réalisés par l’artiste dans les années trente, des tissus de la maison Bianchini Férier en 1937-1938 exécutés d’après des dessins de Jacques Henri Lartigue, ou encore des variations libres autour de motifs de fleurs, de ballons, d’oiseaux. Seront également évoqués les liens d’amitiés de Jacques Henri Lartigue avec la couturière Carven et les collaborations de l’artiste avec la presse de mode et la maison italienne de tissus d’art Fede Cheti.

L’exposition réunie ainsi des pièces des trois collections dédiées à l’oeuvre de Jacques Henri Lartigue: la collection du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq de L’Isle-Adam, le dépôt de la Fondation de France au musée Louis-Senlecq et la collection de la Donation Jacques Henri Lartigue (AAJHL). De généreux prêts du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon et du Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, viennent par ailleurs enrichir la sélection des pièces exposées.

Jacques Henri Lartigue
Jacques Henri Lartigue
Carven 48, 1948. Huile sur bois. 41 x 33 cm
L’Isle-Adam, musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq 
Dépôt de la Fondation de France
© Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam – J.M. Rousvoal

Jacques Henri Lartigue
Jacques Henri Lartigue
Sans-titre - Non daté, Gouache sur papier. 25 x 32 cm
L’Isle-Adam, musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq 
Dépôt de la Fondation de France
© Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam

Jacques Henri Lartigue
Jacques Henri Lartigue
Sans-titre - Non daté, Gouache sur papier. 65 x 50 cm
L’Isle-Adam, musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq 
Dépôt de la Fondation de France
© Musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam

Commissariat de l'exposition : Caroline Oliveira, directrice du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq ; Marianne Le Galliard, historienne de l’art.

Catalogue de l’exposition : Lienart Editions – Paris,
21x27 cm, 160 pages, 112 ill., 25 €

Introduction
Caroline Oliveira, directrice du musée d’Art et d’Histoire Louis-Senlecq, L’Isle-Adam

« Je suis un peintre (un peu décorateur au besoin) »
Marianne Le Galliard, historienne de l’art

Les dessins de Lartigue pour Bianchini Férier
Pierre Vernus, maître de conférences en histoire contemporaine, Université Lumière, Lyon 2

Carven et Jacques Henri Lartigue - Les gens heureux n’ont pas d’histoire…
Laurent Cotta, conservateur chargé du département des arts graphiques, Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris

Fede Cheti et le tissu d’art dans l’Italie des années cinquante et soixante
Chiara Lecce, docteur en Design et Architecture d’Intérieur, École Polytechnique de Milan

MUSÉE D'ART ET D'HISTOIRE LOUIS-SENLECQ
31 Grande Rue – 95290 L’Isle-Adam
www.musee.ville-isle-adam.fr

20/02/19

Expo Vasarely @ Centre Pompidou, Paris

Vasarely, Le partage des formes
Centre Pompidou, Paris
Jusqu'au 6 mai 2019

Le Centre Pompidou présente la première grande rétrospective française consacrée à Victor Vasarely. A travers trois cents oeuvres, objets et documents, l'exposition donne à voir et à comprendre le " continent Vasarely " et met ainsi en lumière l’ensemble des facettes de l'oeuvre foisonnant du père de l'art optique en présentant tous les aspects de sa production : peintures, sculptures, multiples, intégrations architecturales, tout comme les publicités et études des débuts.

Suivant un parcours tout à la fois chronologique et thématique, l’exposition aborde les grandes étapes de l’oeuvre, depuis la formation de l’artiste dans les traces du Bauhaus jusqu’aux dernières innovations formelles, d’inspiration science-fictionnelle, en passant par le projet d’un langage visuel universel et l’ambition d’un art à la large diffusion sociale.

Après une enfance et une jeunesse hongroises, Victor Vasarely (1906-1997) s’installe à Paris en 1930 où il travaille comme graphiste dans la publicité, avant de se consacrer pleinement à l’art au lendemain de la Guerre. L’abstraction qu’il pratique alors, procédant de l’observation du réel, va vite s’intéresser aux troubles et étrangetés de la vision. Dès le milieu des années 1950, il pose les fondements de ce qui deviendra, une décennie plus tard, l’Op Art. Moment capital de l’histoire de l’abstraction, l’art optico-cinétique propose, à partir de processus à la rigueur scientifique, des images instables avec lesquelles la peinture devient un art du temps au moins autant que de l’espace. Parallèlement, il s’attache à développer un vocabulaire formel permettant une multiplicité d’actualisations dans différentes situations, notamment architecturales.

L’oeuvre de Victor Vasarely s’inscrit pleinement dans le contexte scientifique, économique et social des années 1960 et 1970. L’exposition, en même temps qu’elle présente un grand nombre d’oeuvres, dont certaines jamais vues depuis plus d’un demi-siècle, s’attache à rendre compte de la prégnance de l’art de Vasarely dans la culture populaire de l’époque (mode, design, graphisme, cinéma, télévision…), soulignant sa place cardinale dans l’imaginaire des Trente Glorieuses.

Exposition organisée par le Centre Pompidou, Paris en collaboration avec le Städel Museum, Francfort.

Commissaires de l'exposition
Michel Gauthier, conservateur, service des collections contemporaines musée national d’art moderne,
Arnauld Pierre, professeur en histoire de l’art contemporain, Sorbonne Université
assistés de Mathilde Marchand, chargée de recherches au musée national d'art moderne

Chargée de production : Malika Noui
Scénographe : Camille Excoffon

PUBLICATIONS

Vasarely | Le Partage des formes
Catalogue de l'exposition
sous la direction de Michel Gauthier et Arnauld Pierre
24 x 28 cm - 232 pages - broché - 39.90€

Le catalogue comprend trois essais des deux commissaires de l'exposition, Michel Gauthier et Arnauld Pierre et de Jill Gasparina, critique d'art indépendante et spécialiste de l'art et de la mode. Il reprend également la structure de l'exposition avec sept textes correspondant à ses sections.


Vasarely
Album de l'exposition
sous la direction de Michel Gauthier et Arnauld Pierre,
avec la participation de Mathilde Marchand
27 x 27 cm - 60 pages - broché - 9.50€

L'album, un beau souvenir de l'exposition Vasarely. Il retrace en image le parcours de visite avec une sélection des oeuvres majeures de l'artiste éclairés de courts textes. Un ouvrage à destination du grand public, clair et concis.

CENTRE POMPIDOU, PARIS
www.centrepompidou.fr

30/01/18

Le Corbusier, Musée Soulages, Rodez - L’atelier de la recherche patiente, un métier

Le Corbusier. L’atelier de la recherche patiente, un métier
Musée Soulages, Rodez
27 janvier - 20 mai 2018



Cette exposition s’ouvre quelques mois après la remise du prestigieux prix Pritzker aux architectes du musée : RCR Arquitectes. Aussi, il apparaissait évident de souligner le lien architecture / peinture qui compose aujourd’hui une partie de l’identité du musée, en programmant une exposition qui mette à l’honneur une figure incontournable de l’architecture du vingtième siècle, tout en proposant un projet qui – même s’il n’est nullement question de confronter Soulages et Le Corbusier - puisse trouver son équilibre dans la proximité avec les collections permanentes, ainsi qu’au sein du vaste vaisseau d’acier Corten qui va l’accueillir.


Le Corbusier
La cheminée, 1918
Huile sur toile
Signé en bas à droite Jeanneret, daté, exécuté en 1918
Au verso : "Ceci est mon premier tableau" / Octobre 1918 L.C. / et "la cheminée. 1918" / signé Jeanneret
0,60 x 0,73 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Lors de la donation de ses œuvres à Rodez agglomération en 2005, Pierre Soulages a exprimé sa volonté que ce musée soit conçu comme un laboratoire. Dans cet esprit, le visiteur pénètre aujourd’hui au fil de son parcours différents espaces consacrés à des techniques variées : brous de noix, eau-forte, lithographie, sérigraphie, encre sur papier, huile sur toile, acrylique sur toile, travail du verre… Autant de techniques qui constituent les multiples facettes d’une quête en réalité unique et patiente autour de la lumière. Lorsque l’on fréquente les salles du musée, il apparaît rapidement que l’œuvre de Pierre Soulages ne peut s’entendre de manière séquencée – c’est-à-dire à partir d’une lecture chronologique, par techniques ou par formats – mais qu’elle acquiert au contraire sa force dans la somme des territoires plastiques et des expérimentations qu’elle convoque à l’échelle d’une vie. « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche » dit le peintre. Son œuvre entier est fait de recherches, d’essais, d’expérimentations dont le travail de recherche pour Conques durant dix ans constitue certainement le paroxysme.

Le Corbusier
Le Corbusier
Nature morte aux nombreux objets, 1923
Huile sur toile
Signé et daté en bas à droite Jeanneret 1923
Au verso : Nature morte aux nombreux objets. Indépendants Jeanneret
1,14 x 1,46 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Le Corbusier
Le Grand Ubu, 1949
Huile sur toile
Signé et daté en bas à gauche Le Corbusier 49
Au verso : Le Grand Ubu. 1949. Le Corbusier
1,62 x 1,30 m 
© Fondation Le Corbusier, Paris

Le Corbusier s’est également imposé très vite comme un chercheur. Architecte, peintre, sculpteur, urbaniste, théoricien… il est l’auteur d’une pensée prolifique, nourrie d’expériences multiples à partir de différents mediums. Son œuvre s’entend, elle aussi, comme un tout ; un tout parfois même collectif et collaboratif – la fameuse synthèse des arts, dont on a beaucoup parlé. Peintures, architectures, sculptures, dessins, tapisseries entrent en correspondance et se répondent pour former un ensemble empreint de liberté et d’unité. La personnalité et l’œuvre de Le Corbusier ont marqué son siècle, mais également plusieurs générations de collaborateurs qui ont ensuite essaimé ses théories à travers le monde.

Le Corbusier
Portrait de Le Corbusier (1887-1965), années 50
© Fondation Le Corbusier, Paris

Proposée en étroite collaboration avec la Fondation Le Corbusier à Paris, l’exposition est une création spécifique pour le musée Soulages. Celle-ci s’articule autour de l’ouvrage testamentaire de Le Corbusier, intitulé L’Atelier de la Recherche Patiente. Publiée en 1960, préfacée par Maurice Jardot, cette publication peut être considérée comme à part dans la production littéraire et théorique pourtant vaste de Le Corbusier (près d’une cinquantaine d’ouvrages). Ni vraiment autobiographique, ni totalement exhaustif, cet ouvrage propose un regard rétrospectif sur l’ensemble de l’œuvre, par Le Corbusier lui-même. Histoire personnelle, voyages, conférences, ouvrages, peinture, sculpture, projets d’habitations, projets urbanistiques, architecture sacrée mais également projets non réalisés sont assemblés de manière chronologique dans une première partie, puis plus thématique dans une seconde, mais toujours de manière très personnelle, selon les principes du Modulor (système de mesure à l’échelle de l’être humain, inventé par Le Corbusier). Une sorte de fresque heuristique qui constitue, à elle seule, une œuvre à part entière.

L’exposition ne se veut ni une illustration littérale de L’Atelier de la recherche patiente, ni une présentation exhaustive des éléments convoqués au fil des pages. Il s’agira plutôt d’un point de départ pour embrasser l’œuvre. Ouvrages, projets, maquettes, peintures, sculptures… seront exposés au sein d’un parcours thématique, scénographié par Jacques Sbriglio, à même d’éclairer à la fois la pensée et le parcours de leur auteur, mais aussi son engagement pour son siècle, tout en présentant la diversité de son parcours architectural et plastique.

Les commissaires d’exposition

Aurore Méchain est attachée de conservation du patrimoine, directrice adjointe des musées de Rodez agglomération. Spécialiste d’art moderne et contemporain, elle a travaillé au musée Rodin et au Centre Pompidou avant d’intégrer en 2012 l’équipe du musée Soulages pour participer à l’ouverture de celui-ci.

Jacques Sbriglio est architecte-urbaniste. Il dirige l’agence d’architecture sbriglio.architectes installée au cœur de la Métropole Aix-Marseille qui intervient dans le cadre de l’urbanisme, de l’architecture et de la scénographie. Jacques Sbriglio est un des spécialistes français de l’œuvre de Le Corbusier. Il a à ce titre publié plusieurs ouvrages et articles et réalisé de nombreuses expositions en France et à l’International. Il est aussi scénographe pour cette exposition.

Publication d'un catalogue d'exposition : 

Le Corbusier. L’atelier de la recherche patiente. Un métier
Editions musée Soulages
112 pages
ISBN 782954 225050

MUSEE SOULAGES, RODEZ
musee-soulages.rodezagglo.fr

12/12/17

Galerie Thierry Bigaignon : Catalogue Post-Scriptum 1

POST-SCRIPTUM 1
LE 1ER CATALOGUE DELUXE 
DE LA GALERIE THIERRY BIGAIGNON, PARIS

Galerie Thierry Bigaignon, Post-Scriptum 1

A l'occasion du lancement du premier numéro de son catalogue, Post-scriptum 1, la Galerie Thierry Bigaignon à Paris organise une grande journée dédiée aux livres samedi 16 décembre 2017.

Surprendre en dévoilant l’inattendu, bousculer en jouant des contradictions, en mettant l’oxymore au centre de la programmation et interroger en jouant des temporalités : telle est la ligne de conduite de la galerie parisienne. Et c’est pour l’illustrer qu’elle met en vente dès le mois de décembre le premier numéro de son catalogue annuel.

La première année de la galerie aura été marquée par cinq expositions, de nombreux coups de coeur, mais également des choix forts et des risques assumés. Il était donc naturel pour son dirigeant Thierry Bigaignon de coucher sur le papier la mémoire de ces expositions.

Post-Scriptum est un ouvrage hors du commun limité à 162 exemplaires (la galerie ayant été inaugurée le 162ème jour de l’année 2016) ! Il a été conçu comme un catalogue de galerie de très belle facture. Composé de 5 livrets indépendants et proposé dans un coffret, il présente les 5 premières expositions de la galerie.


Galerie Thierry Bigaignon, Post-Scriptum

Post-Scriptum 1, 150 €TTC.
Coffret collector, édition de luxe, limité à 162 exemplaires.
Comprend les expositions de Ralph Gibson, Catherine Balet, Alain Cornu, 
Harold Feinstein et Renato D'Agostin.
Préface de Thierry Bigaignon (en anglais et en français).

Chaque livret dévoile, pour chaque exposition, sous la forme d’un accordéon, l’intégralité des oeuvres, telles qu'elles avaient été accrochées à la galerie.

Post-Scriptum est la mémoire de la galerie, mais les lecteurs et les collectionneurs auront la surprise d’y découvrir également quelques pièces inédites, parmi celles que le galeriste n’avait pas pu accrocher au moment de ces expositions.

Cet ouvrage est co-produit par the(M) éditions, une maison d’édition nouvelle génération dirigée par Marie Sepchat, qui, à l’instar de la Galerie Thierry Bigaignon, entend se démarquer et s’affirmer comme un acteur premium sur un marché réputé difficile.

Rendez-vous à la Galerie Thierry Bigaignon (9 rue Charlot, 75003 Paris), samedi 16 décembre 2017, de 12h à 19h pour une journée très spéciale !

Une belle occasion de rencontrer Catherine Balet et Alain Cornu qui seront également présents pour signer leur livre respectif, mais aussi de découvrir toutes les publications de Renato D'Agostin, ainsi que le livre collector de Harold Feinstein. Enfin, Thierry Bigaignon en profitera pour sortir de ses tiroirs quelques trésors cachés du maître Ralph Gibson !

Exposition en cours : « Empire of Dust » d’Amélie Labourdette, jusqu’au 23 décembre 2017.

Prochaine exposition : Fragments #1 de Thomas Paquet, du 25 janvier au 10 mars 2018.

GALERIE THIERRY BIGAIGNON
Hôtel de Retz, Bâtiment A
9 rue Charlot 75003 Paris
www.thierrybigaignon.com

17/03/14

Expo Fernand Léger - Biot & Nantes : Reconstruire le réel

Fernand Léger : Reconstruire le réel 
Musée national Fernand Léger, Biot, 1er mars - 2 juin 2014 
Musée des Beaux-arts de Nantes, 20 juin - 22 septembre 2014

Fernand Léger : Reconstruire le réel 
© Affiche Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2014 

Considéré comme un peintre « réaliste » en phase avec les éléments de la vie moderne, Fernand Léger propose, des années 1920 à l’immédiat après Seconde Guerre mondiale, des associations d’objets déroutantes, jouant de ruptures d’échelle, de mises en espace d’objets flottants, de motifs biomorphiques. S’il reste fidèle au « réalisme de conception » qu’il définit comme celui de la ligne, de la forme et de la couleur, Léger semble aussi attentif aux recherches plastiques des Surréalistes. Ami de Man Ray et de Duchamp, il retrouve, lors de son exil aux États-Unis, Masson, Tanguy, Matta, Breton, Ernst et affiche son amitié avec le milieu surréaliste, notamment lors de l’exposition « Artists in Exils » en mars 1942 à la galerie Pierre Matisse de New York.

Un regard approfondi sur l’oeuvre de Fernand Léger permet de dégager de grands axes qui semblent pouvoir être rapprochés de certains préceptes caractéristiques du surréalisme.

Fernand Léger, les contrastes d'objets et la perturbation des rapports d'échelle
Dans l’oeuvre de Fernand Léger, les rapprochements contrastés de formes sont à la base même des recherches engagées par l'artiste mais la confrontation incongrue d’objets devient aussi une modalité courante. L'objet est définitivement libéré de toute contrainte et devient une entité à part entière : parapluie, compas, boîte d’allumettes, trousseau de clefs en éventail, roulement à bille, balustre, machine à écrire, chapeau melon ... sont autant d'éléments qui figurent dans l'iconographie de Fernand Léger et dont le traitement, comme dans la Joconde aux clefs, permet de créer des « contrastes aigus » et des rencontres aléatoires, assez proches finalement de la définition du hasard objectif, chère aux Surréalistes. Ces derniers, rappelons-le, ont fait leur la célèbre phrase de Lautréamont : Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie, (Les Chants de Maldoror) pour en faire une des définitions de leur esthétique.

Fernand Léger et la recherche d'un nouvel espace : objets décontextualisés et objets en apesanteur
Comme les Surréalistes, Fernand Léger est fasciné par « l’art de la vitrine », cet assemblage insolite d’objets rendus libres du fait de leur décontextualisation. Ainsi, l’oeuvre de l'artiste connaît-il une période dite des « objets dans l’espace ». Il semble ainsi évoluer du monumental au sculptural et donne la priorité à une perspective inversée, repérable dans de tourbillonnantes compositions. C'est à une sorte d'oxymore visuel auquel aboutissent alors ses compositions où les objets initialement inertes sont subitement ramenés à la vie par leur mise en mouvement. Si les compositions antérieures faisaient en effet reposer les objets sur des supports (tables, guéridons), tels des ancrages dans le réel, les objets sont désormais dégagés des lois de la gravité : ils sont comme en apesanteur sur des fonds colorés, souvent monochromes, parfois seulement reliés à des cordes, torons, tresses ou autres rubans.

Fernand Léger et le biomorphisme
Souvent intéressés par les sciences du vivant, de nombreux artistes ont, dans cette période, recours à un vocabulaire formel que l'on peut qualifier de biomorphisme. Des artistes comme Arp, Miró, Tanguy ou Dalí ont fait leur ce langage qui fait lien entre le réel et l’imaginaire. Entre 1929 et 1933, Fernand Léger abandonne l'univers mécanique et industriel au profit, à son tour, de formes naturelles, d'essence minérale, végétale ou animale. Il subit l'influence de Jean Painlevé dont le cinéma scientifique élargit la conscience visuelle de l'époque en scrutant le monde microscopique. Léger délaisse le spectacle de la vie moderne pour une approche plus lente du réel. De la série des objets dans l'espace, il garde le fond neutre où flottent ses formes abstraites, souples et molles qui semblent toutes venir du monde organique.

Fernand Léger et les objets décontextualisés
Constituée de dessins austères en noir et blanc qui évoquent la technique de la gravure par leurs jeux d'ombre et de lumière, une étrange série graphique témoigne d'une recherche minutieuse du sujet. Choisis dans le périmètre quotidien de l'artiste, les objets appréhendés (veste, gants, lunettes, compas…) subissent une manière de métamorphose par agrandissement de leurs formes et par soustraction à leur univers habituel. Fruit d’une intense observation du réel, les dessins d’objet se font ainsi support de l’imaginaire et se dotent d'une puissance lyrique entièrement nouvelle.

Ainsi, l'exposition que le musée des beaux-arts de Nantes et le musée national Fernand Léger à Biot présentent cette année, entend explorer les rapports de l'oeuvre de Fernand Léger avec les préceptes d'un mouvement qui, à première vue, semblent lui être bien étrangers. L'exposition « Fernand Léger : reconstruire le réel » se propose de mettre en évidence les similitudes entre des mondes qui semblent très éloignés mais qui, étant contemporains, peuvent tout de même présenter certaines connivences.

Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, les musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes et le musée des Beaux-arts de Nantes.

Commissaires de l'exposition : Blandine Chavanne, directrice du musée des Beaux-arts de Nantes, Maurice Fréchuret, directeur des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes, Diana Gay, conservatrice au musée national Fernand Léger, Claire Lebossé, conservatrice chargée de l'art moderne au musée des Beaux-arts de Nantes, Nelly Maillard, chargée des collections au musée national Fernand Léger.

FERNAND LEGER. RECONSTRUIRE LE REEL : Catalogue de l'exposition 

Fernand Léger : Reconstruire le réel 
22 x 29 cm, broché avec rabats, 144 pages, 120 illustrations 
Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, Paris 2014 

Sommaire :
- Le réel transposé, Maurice Fréchuret
- « Il faut toujours laisser une route libre pour les artistes », Blandine Chavanne
Contrastes d'objets par Claire Lebossé
- La question de l’objet vu du cinéma, Jean-Michel Bouhours
- Léger le démiurge, Thierry Dufrêne
- Le pragmatisme de Léger, Megan Heuer
Objets dans l'espace par Claire Lebossé
- Contrastes d’objets, 1930, Jacqueline Chénieux-Gendron
- La Joconde aux clés, Emmanuelle de l'Ecotais
Biomorphisme par Diana Gay
- Brut et parfait ou l’objet « tout cru », Guitemie Maldonado
- Semence d’étoile, Le cosmos biomorphique de Fernand Léger, Arnauld Pierre
Objets décontextualisés par Diana Gay
- L’imagination matérielle de Fernand Léger, Nicolas Surlapierre
Abécédaire, Petit-répertoire de formes référencées dans l’oeuvre de Fernand Léger par Nelly Maillard
- Biographie par Nelly Maillard
Liste des oeuvres exposées
Bibliographie indicative

Auteurs :
Maurice Fréchuret, Directeur des musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes
Blandine Chavanne, Conservatrice générale du patrimoine, directrice du Musée des Beaux-arts de Nantes
Claire Lebossé, Conservatrice du patrimoine, chargée des collections d’art moderne au musée des Beaux-Arts de Nantes
Jean-Michel Bouhours, Conservateur collections historiques, Musée national d'art moderne, Centre Pompidou
Thierry Dufrêne, Professeur à l’université Paris 10 Ouest Nanterre et à l’Institut national d’histoire de l’art
Megan Heuer, Historienne d’art
Jacqueline Chénieux-Gendron, Directrice de recherche CNRS émérite et membre du comité André Breton
Emmanuelle de l’Ecotais, Chargée des collections photographiques au Musée d’art moderne de la ville de Paris
Diana Gay, Conservatrice du patrimoine au musée national Fernand Léger
Guitemie Maldonado, Professeur d'Histoire de l'art à l'École Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris
Nicolas Surlapierre, Directeur des musées de Belfort
Nelly Maillard, Chargée des collections au musée national Fernand Léger

Musée national Fernand Léger
Chemin du Val de Pôme - 06410 Biot
Site internet : www.musee-fernandleger.fr

Musée des Beaux-arts de Nantes
Chapelle de l'Oratoire, Place de l'Oratoire - 44000 Nantes
Site internet : www.museedesbeauxarts.nantes.fr