Showing posts with label Galerie David Zwirner. Show all posts
Showing posts with label Galerie David Zwirner. Show all posts

16/10/25

Gerhard Richter @ Galerie David Zwirner, Paris - Exposition + Biographie

Gerhard Richter
Galerie David Zwirner, Paris
20 octobre - 20 décembre 2025

David Zwirner présente dans sa Galerie de Paris une sélection de peintures, dessins et installations de miroirs de Gerhard Richter. L’exposition marque la troisième collaboration du célèbre artiste allemand avec la Galerie depuis l’annonce de sa représentation en 2023. Elle fait suite aux expositions monographiques tenues à New York (2023) et à Londres (2024), et coïncide avec une rétrospective d’envergure s’ouvrant le 17 octobre 2025 à la Fondation Louis Vuitton à Paris, sous le commissariat de Nicholas Serota et Dieter Schwarz.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Kl. Badende (Petite baigneuse), 1994
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Blumen, (Fleurs), 1992
Oil on canvas
© Gerhard Richter 2025 (20102025) 
Courtesy the artist and David Zwirner

Les oeuvres présentées chez David Zwirner témoignent de l’impressionnante diversité d’enjeux, d’échelles et de techniques que mobilise l’artiste dans son travail. Prises dans leur ensemble, elles mettent en lumière sa profonde compréhension du médium pictural et l’enquête sans cesse renouvelée qu’il mène autour du fait même de créer une oeuvre. Dans ses Fotobilder (Photo-peintures) – par exemple Blumen (Fleurs, 1992), Torso (Torse, 1997) ou Kl. Badende (Petite baigneuse, 1994) –, l’artiste utilise ses propres photographies comme point de départ, mais aussi des images trouvées au hasard de journaux, magazines ou publicités. Souvent, l’artiste floute ou dénature d’une façon ou d’une autre l’image qui résulte de ce travail de composition, rendant plus complexe encore la relation qui unit la photographie à la peinture : une expérience conceptuelle se joue dans ces transpositions itératives entre les deux médiums.

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Gerhard Richter Oeuvre
Gerhard Richter
Abstraktes Bild (Tableau abstrait), 2001
Oil on alu dibond
© Gerhard Richter 2025 (20102025)
Courtesy the artist and David Zwirner

Avec la série des Abstrakte Bilder (Tableaux abstraits), Gerhard Richter explore le potentiel formel et conceptuel de la peinture sous un autre angle. Exécutées selon des principes de composition extrêmement rigoureux, ces oeuvres ont recours à l’abstraction pour mettre en exergue la matérialité de la peinture et de la couleur – une méthode de création à la fois aléatoire et planifi ée avec soin. Deux Tableaux abstraits datant de 2001 sont exposés, marbrés de peinture verte, rose vif ou jaune d’or se déployant harmonieusement sur toute la surface de la toile. Les deux oeuvres contrastent ainsi avec les dernières peintures à l’huile réalisées par l’artiste de 2015 à 2017, qui se caractérisent au contraire par des entrelacs complexes où la superposition de lignes et de touches appliquées avec vigueur créent une impression de relief. Ces peintures sont confrontées à Strip, tableau de 2024 s’étirant sur quatre mètres de largeur. Revisitant ses Tableaux abstraits grâce aux technologies numériques, Gerhard Richter orchestre dans la série des Strips un dialogue entre la peinture, la photographie, la reproduction d’images par impression et l’abstraction.

Des dessins récents de l’artiste figurent aussi dans l’exposition ; certains totalement inédits et d’autres ayant été présentés plus tôt cette année dans le cadre de Gerhard Richter: 81 Zeichnungen, 1 Strip-Bild, 1 Edition à la Staatliche Graphische Sammlung de Munich. Gerhard Richter a toujours accordé une place importante au médium du dessin dans sa pratique artistique, et le passage des années n’a pas démenti cet engagement fructueux. Les oeuvres présentées, incorporant souvent des encres de couleur et du crayon à mine de graphite, lui permettent d’explorer une autre dimension du rôle de la main de l’artiste dans le processus menant à la création d’un « récit » pictural abstrait mais dynamique.

L’exposition à Paris comprend également trois installations de surfaces réfl échissantes montées au mur, de tailles différentes, ainsi que 3 Scheiben (3 Panneaux de verre, 2023), où trois pans de verre transparent et réfl échissant sont dressés au sein d’un cadre en métal. Depuis 1967 et la création de son installation 4 Glasscheiben (4 Panneaux de verre), qui a marqué un tournant dans sa carrière, Gerhard Richter nourrit un grand intérêt analytique – qui confine à la fascination – pour le verre. De façon très personnelle, il mobilise ce matériau moins comme un élément de sculpture pure que comme une « réflexion », dans les deux sens du terme, de son investigation de la peinture et de la création d’image. Contempler ces oeuvres – et donc aussi les images qui se forment à leur surface – est une expérience radicalement paradoxale où la réalité, répliquée par le miroir de manière forcément fi dèle au monde réel qui entoure nécessairement l’oeuvre, devient pourtant inaccessible en tant que refl et, à la fois hors de portée et déformée. 
Dans les oeuvres en verre de Gerhard Richter, comme le soulignent Janice Bretz et Kerstin Küster, « les visiteurs ne restent pas spectateurs mais deviennent eux-mêmes créateurs ; ils se confrontent à l’écart entre l’espace d’exposition réel et le refl et aléatoire de la réalité sur le verre. […] L’artiste nous invite à réfl échir au fait même de voir et à considérer ce que l’on voit comme une seule réalité potentielle parmi de nombreuses autres. Voir est contextuel : la réalité dépend toujours de celui qui regarde ». – Janice Bretz and Kerstin Küster, “Transparent and Reflected: Mirrors, Glass, and Strips,” in Gerhard Richter: Abstraction. Exh. cat. (Potsdam: Museum Barberini, 2020), p. 198.
Artiste Gerhard Richter

Gerhard Richter est né en 1932 à Dresde en Allemagne. Il étudie les beaux-arts de 1951 à 1956 à la Hochschule für Bildende Künste de Dresde et se spécialise en peinture murale. En 1959, il visite la documenta II qui se tient à Cassel, alors en Allemagne de l’Ouest : une expérience fondatrice qui le mène à infl échir sa trajectoire artistique. Après avoir réussi à fuir l’Allemagne de l’Est en 1961, il entreprend un second cycle d’études à la Staatliche Kunstakademie de Düsseldorf. Il y cofonde un mouvement éphémère appelé « réalisme capitaliste » avec ses condisciples Sigmar Polke, Konrad Lueg (qui deviendra galeriste, plus connu sous le nom de Konrad Fischer) et Manfred Kuttner.

À partir de 1964, son travail fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans des galeries et musées du le monde entier. Sa première exposition monographique dans une institution publique se tient en 1969 au Gegenverkehr du Zentrum für aktuelle Kunst d’Aachen, en Allemagne de l’Ouest. En 1972, il est choisi pour représenter l’Allemagne à la Biennale de Venise, où il investit le pavillon national de ses seules oeuvres. Il est aussi l’artiste ayant présenté son travail le plus grand nombre de fois à la documenta (en 1972, 1977, 1982, 1987, 1992, 1997, 2007 et 2017). Le travail de Gerhard Richter a été montré tout autour du monde au fi l de nombreuses rétrospectives et expositions monographiques au sein d’institutions de premier plan, parmi lesquelles le Kunstverein für die Rheinlande und Westfalen à Düsseldorf (1971, 1986), la Kunsthalle de Brême en Allemagne de l’Ouest (1975), le Centre Pompidou à Paris (1977, 2012), la Städtische Kunsthalle de Düsseldorf (1986), la Neue Nationalgalerie de Berlin (1986, 2012), le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden à Washington D.C. (1988, 2003), le San Francisco Museum of Modern Art (1989, 2002), la Tate à Londres (1991, 2011), le Moderna Museet à Stockholm (1993), l’Art Institute de Chicago (2002), le MoMA à New York (2002), la Queensland Art Gallery à Brisbane (2017), le Met Breuer à New York (2020) et le National Museum of Modern Art de Tokyo (2022). En avril 2023, la Neue Nationalgalerie de Berlin inaugurait une installation semi-permanente intitulée Gerhard Richter: 100 Works for Berlin, rassemblant des prêts à très long terme consentis par la Fondation Gerhard Richter en 2021, parmi lesquels le cycle d’oeuvres Birkenau (2014), série de peintures abstraites de grandes dimensions.

Gerhard Richter est le lauréat de nombreux prix et distinctions prestigieux comme, parmi d’autres, le Kunstpreis Junger Westen de la Kunsthalle de Recklinghausen en Allemagne de l’Ouest (1967), le prix Arnold Bode de Cassel en Allemagne de l’Ouest (1982), le prix Oskar Kokoschka de Vienne (1985), le Goslarer Kaiserring de Goslar en Allemagne de l’Ouest (1988), le Lion d’or de la 47e Biennale de Venise (1997), le Praemium Imperiale de la Japan Art Association de Tokyo (1997), le prix Wexner du Wexner Center for the Arts de Columbus en Ohio (1998), le Foreign Honorary Membership de l’American Academy of Arts and Letters de New York (1998), le Staatspreis du Lander de Rhénanie-du-Nord-Westphalie de Düsseldorf (2000) et le Kunst- und Kulturpreis der deutschen Katholiken de la Deutsche Bischofskonferenz de Bonn (2004). En 2007, année où il crée un vitrail spectaculaire pour la cathédrale de Cologne, Gerhard Richter est élevé au rang de citoyen d’honneur de la ville.

David Zwirner représente Gerhard Richter depuis 2023. Cette année-là, sa galerie new-yorkaise accueille une exposition personnelle de l’artiste allemand. Rassemblant des peintures abstraites récentes, elle s’accompagne d’un catalogue richement illustré comportant un essai inédit de Dieter Schwarz. Au début 2024, une exposition monographique est consacrée à l’artiste chez David Zwirner London. Parmi les précédentes expositions de son travail s’étant tenues à New York, notons Gerhard Richter: Prints and Multiples 1966–1993 (1994), Gerhard Richter: Early Paintings (2000) et Gerhard Richter: Landscapes (2004). Les oeuvres de l’artiste sont présentes dans des collections publiques et privées de tout premier plan à travers le monde. Gerhard Richter vit et travaille à Cologne.

DAVID ZWIRNER, PARIS
108, rue Vieille du Temple, 75003 Paris

15/04/25

Studio Conversations, Exhibition Curated by Anaël Pigeat @ David Zwirner, Paris

Studio Conversations
Mamma Andersson, Jean Claracq, Marcel Dzama, Suzan Frecon, Nino Kapanadze, Christine Safa
Curated by Anaël Pigeat
David Zwirner, Paris
1 April – 24 May 2025

Mamma Andersson Studio Photography
Mamma Andersson’s studio
© Photo by Staffan Sundström

David Zwirner presents Studio Conversations, an exhibition curated by Anaël Pigeat that takes the form of dialogues between three artists chosen to reflect the current Parisian scene and three artists who have inspired them since their earliest work. Admiration, appropriation, inspiration ... How does one artist view another’s work? What dialogues and playful interactions can emerge between them? The encounters that took place between these painters, ranging from conversation to collaboration, gave rise to exchanges and reflections, friction to resonance.

Christine Safa (b. 1994) spoke with Suzan Frecon (b. 1941), whose work has had a strong influence on her since her early years at the École des Beaux-Arts in Paris. Frecon's work has led Safa toward abstraction despite the recent omnipresence of figurative painting. Together they discussed Early Italian and Minoan art and architecture, the different characteristics of pigments, geometry in painting composition, light and scale, and finally the ungraspable nature of painting.

Nino Kapanadze (b. 1990) met Mamma Andersson (b. 1962) in Paris, when she was working on a series of engravings in a studio near Place de la République (Atelier René Tazé). Originally from Georgia, Kapanadze had long admired Andersson’s work without knowing that the Swedish artist had taken an interest in the little-known Georgian painter Niko Pirosmani, or that she had written a text about his use of black backgrounds. Both have long been passionate about the experience of frescoes, particularly those by Giotto in the Scrovegni Chapel in Padua; the contrasts of light and bursts of color on the canvases of El Greco; and the humble paintings in Romanesque churches. Following their initial conversation, in preparation of "Studio Conversations", each of them painted works inspired by natural landscapes and simple forms, creating an astonishing echo effect both formal and spiritual.

Jean Claracq (b. 1991), who has been in residence in New York since the beginning of 2025, visited Marcel Dzama (b. 1974) in his Brooklyn studio. The two artists talked about music, Polaroid photography, surfing, and the light produced by the full moon. As the conversation progressed, Claracq and Dzama created works on paper collaboratively, blending their worlds in a kind of game. To experiment with new forms, Claracq moved away from the main lines of his explorations, medieval references and pictorial variations on the light of computer and telephone screens. Marcel Dzama, whose work extends from drawing and painting to sculpture and stage design, also presents a series of works on paper in which costumed characters explore our gestures and emotions, penetrating into our subconscious.

About artists' work

Mamma Andersson
Characterized by a unique combination of textured brushstrokes, loose washes, stark graphic lines, and evocative colors, the work of Mamma Andersson (b. 1962) embodies a new genre of painting that recalls late nineteenth-century Romanticism while also embracing a contemporary interest in layered, psychological compositions that draw inspiration from a wide range of source materials.

Jean Claracq
A painter of miniatures and icons, Jean Claracq (b. 1991) creates a dialogue between traditional painting and the digital world. His models come from social networks such as Instagram and Grindr. They interact in his paintings with numerous references to the history of classical art, particularly the schools of northern Europe. Using traditional techniques—oil paint on wood and attention to detail—the artist plays with different ways of reading and accurately depicts our relationship with screens and loneliness in the urban environment.

Marcel Dzama
Since rising to prominence in the late 1990s, Marcel Dzama (b. 1974) has developed an immediately recognizable visual language that investigates human action and motivation, as well as the blurred relationship between the real and the subconscious. Drawing equally from folk vernacular as from art-historical and contemporary influences, Dzama’s work visualizes a universe of childhood fantasies and otherworldly fairy tales.

Suzan Frecon
Made over long stretches of time, Suzan Frecon’s (b. 1941) abstract oil paintings and works on paper invite the viewer’s sustained attention. In her work, composition serves as a foundational structure, holding color, material, and light. Suzan Frecon mixes pigments and oils to differing effects, and the visual experience of her work is heightened by her almost tactile use of color and contrasting matte and shiny surfaces. Figure can become ground and ground can become figure in, as the artist defines it, a back-and-forth of full and empty space.

Nino Kapanadze
In her paintings, Nino Kapanadze (b. 1990) seeks the presence of silence, of sensations of fear or peace, representations that are not descriptions. Avoiding the idea that an image has a fixed end or a fixed viewing point, with neither category nor predefined identity, she explores the sensation of movement, varying tempo and transparency within the realm of the canvas.

Christine Safa
Christine Safa (b. 1994) paints landscapes from memory. She also paints figures, portraits, and sometimes doubles. These are emotionally charged moments and places that memory has preserved. Faces and mountains mixed. Silhouettes and horizons. In the light of a moment frozen in memory. Figures in the landscape, reduced to the essentials but alive. A warm palette that confesses its Mediterranean origins. What it means to be there, simple but complete, is what these sober, powerful paintings say with obvious empathy.

DAVID ZWIRNER, PARIS
108 rue Vieille du Temple, Paris

10/11/22

Carol Bove @ Galerie David Zwirner, Paris - Vase/Face

Carol Bove: Vase/Face
Galerie David Zwirner, Paris
17 octobre - 17 décembre 2022

Carol Bove
Carol Bove
Vase Face III / The Skeleton Juggling a Baby in the
Central Tableau of Heaven, 2022 (detail).
© Carol Bove.
Courtesy the artist and David Zwirner

David Zwirner présente actuellement une exposition de sculptures récentes de CAROL BOVE, présentées au mur ou au sol dans les espaces de la galerie à Paris. Après le succès public et critique de ses expositions au Nasher Sculpture Center de Dallas et au Metropolitan Museum of Art de New York en 2021, cette nouvelle exposition personnelle marque le retour de l’artiste dans la capitale parisienne, une décennie après sa présentation au Palais de Tokyo en tant que lauréate du premier prix Lafayette, en 2010. 

La salle d’exposition principale est occupée par des sculptures de grande taille  faites de tubes d’acier inoxydable écrasés ou froissés, chacune associée à un large disque en verre, formant ainsi comme une installation qui émerge d’un environnement monochrome, interrogeant l’expérience phénoménologique que suscitent la forme artistique mais aussi l’espace d’exposition. Présentées à des hauteurs différentes dans un contexte uniformément gris, du sol aux murs, les sculptures sont réalisées à partir de tubes pliés dans tous les sens ou presque, dont l’acier, laissé vierge de peinture, a été entièrement sablé jusqu’à obtenir un aspect doux et lisse qui rappelle la céramique. Cette finition mate confère non seulement une présence physique à ces pièces d’acier brut mais, en imitant une surface peinte, elle produit aussi un effet esthétique proche du trompe-l’œil. Chaque œuvre comporte un grand disque en verre –  entrant en dialogue avec la grande verrière en verre et fer forgé surplombant la salle d’exposition –  qui reflète sous différents angles l’espace environnant. Ainsi, les sculptures de Carol Bove sont capables à la fois d’accueillir et de modifier ce qui les entoure, se gardant de disparaître comme de tout chambouler. 

L’installation inclut également une version en trois dimensions du vase de Rubin, célèbre illusion visuelle inventée au début du XXe siècle par le psychologue danois Edgar Rubin. On peut y lire la silhouette d’un vase ou bien deux visages face à face, vus de profil : les mêmes contours produisent deux représentations différentes, dans un va-et-vient instable qui interroge le rapport figure-fond. Cette ambiguïté perceptuelle fait écho aux relations paradoxales et inégales qui traversent l’installation tout entière, jouant sur l’opposition entre sujet et espace négatif ou entre une approche formaliste et une appréhension plus gestaltiste. 

Les galeries adjacentes à la salle principale accueillent sur leurs murs plusieurs sculptures où les tubes d’acier, grâce à leurs couleurs et leur finition mate, apparaissent paradoxalement malléables, modifiables d’un simple geste. Les murs sur lesquels sont accrochées les œuvres, intégralement tendus de lin teint d’un mauve tirant sur le gris, contrastent avec leurs couleurs vives se déclinant en rose, jaune et orange. Ces tons vibrants, appliqués aux éléments en acier pliés ou tordus sur eux-mêmes, semblent faire tour à tour référence à des produits manufacturés contemporains et aux palettes d’artistes de la fin du XIXe siècle tels Paul Gauguin et Pierre Bonnard, pleines de roses, de jaunes lumineux, voire hyperréalistes, et de mauves estompés. Dans le même temps, l’aspect formel des œuvres évoque spontanément les images numériques qu’on peut réaliser sur Photoshop. Les différentes références oscillent ainsi entre histoire et technologie, s’entrecroisant souvent. Et ce d’autant plus lorsqu’on considère la tension créée entre le fait que les œuvres appartiennent concrètement à la sculpture et les relations qu’elles entretiennent avec la peinture – sur le plan de la représentation en ce qu’elles rappellent des touches et coups de pinceaux, et sur le plan technique par un usage expérimental des couleurs, de la lumière et des ombres. 

En termes d’accrochage, de palette chromatique et d’échelle, ces sculptures fonctionnent de plus selon des registres diamétralement opposés à ceux qui sont mobilisés dans la salle d’exposition principale. Cela ne fait que renforcer le travail mené sur les relations binaires, contradictoires ou ambiguës qui se jouent sur les plans formel et perceptuel à travers l’exposition dans son ensemble. Côte à côte et successivement, toutes les œuvres exposées prolongent l’engagement de Carol Bove aux frontières de la forme concrète comme à celles de la perception, témoignant de son exploration sans limites des possibilités offertes par la sculpture abstraite. 

CAROL BOVE

Née en 1971 à Genève, Carol Bove a grandi à Berkeley en Californie, avant de mener ses études à la New York University (NYU). Entre 2009 et 2013, elle a été professeure associée au Steinhardt Department of Art and Art Professions à la NYU. L’artiste a rejoint David Zwirner en 2011. En 2015, elle a présenté sa première exposition personnelle dans les espaces londoniens de la Galerie, The Plastic Unit, bientôt suivie en 2016 par Polka Dots, sa première exposition dans les espaces de la Galerie à New York. Sa troisième exposition personnelle s’est tenue à Londres en 2018. En 2019 se déroule à Hong Kong l’exposition personnelle Ten Hours, sa quatrième avec David Zwirner et sa première sur le continent asiatique. En 2021, elle présentait simultanément Chimes at Midnight et Carol Bove dans les espaces new-yorkais de la Galerie, respectivement sur la West 20th Street et sur la 69th Street.
 
En 2021 également, quatre œuvres de l’artiste ont occupé les niches de la façade du Metropolitan Museum of Art de New York dans le cadre du deuxième volet d’une nouvelle série de commandes d’œuvres in situ par le musée, sous le titre Carol Bove: The séances aren’t helping. De 2021 à 2022, deux sculptures de l’artiste, The Bicycle (2016) et Will’s Dog (2017), ont été exposées en continu au Whitney Museum of American Art de New York. Le Nasher Sculpture Center de Dallas a d’autre part présenté l’exposition Carol Bove: Collage Sculptures en 2021.

Le travail de Carol Bove a été exposé aux côtés de celui de John Chamberlain pour une exposition en duo au San Francisco Museum of Modern Art en 2019. La même année, l’artiste a été sélectionnée pour la 58e édition de la Biennale de Venise, où elle a présenté une sélection resserrée de travaux récents. En 2014, le Henry Moore Institute de Leeds, en collaboration avec le Museion de Bolzano en Italie et le Museum Dhondt-Dhaenens de Deurle en Belgique, a exposé conjointement Carol Bove et Carlo Scarpa. D’autres institutions ont aussi accueilli d’importantes expositions personnelles de l’artiste, dont le Museum of Modern Art de New York (2013), The Common Guild à Glasgow (2013), le Palais de Tokyo à Paris (2010), la Tate St Ives en Angleterre (2009), le Blanton Museum of Art de l’Université du Texas à Austin (2006), la Kunsthalle de Zürich (2004) et l’Institute of Contemporary Art de Boston (2004). La première exposition muséale d’envergure de l’artiste s’est tenue à la Kunstverein de Hambourg en 2003. Parmi les grandes expositions collectives auxquelles l’artiste a participé, citons les 58e, 57e et 54e Biennales de Venise (2019, 2017, 2011), la documenta 13 de Cassel en Allemagne (2012) et la Biennale du Whitney Museum of American Art de New York (2008). 

Les sculptures de grandes dimensions de Carol Bove sont souvent montrées en extérieur ou dans l’espace public. En 2020, quatre œuvres de l’artiste ont été installées sur le campus du Claremont McKenna College (Claremont, Californie). Lors de l’édition 2018 d’Unlimited à Art Basel, l’artiste a dévoilé une sculpture monumentale. En 2017, certaines de ses sculptures ont rejoint le Betty and Edward Marcus Sculpture Park de Laguna Gloria, attenant au musée The Contemporary d’Austin. La même année, on pouvait voir son travail dans Women of Venice au cœur du Pavillon suisse de la 57e Biennale de Venise, où elle était invitée à dialoguer avec l’héritage de l’artiste Alberto Giacometti. Sa sculpture Lingam (2015), réalisée à partir de poutrelles en acier, a été installée dans le City Hall Park de New York dans le cadre de l’exposition collective The Language of Things (2016), organisée par le Public Art Fund. En 2013, elle a créé une série de sculptures pour la High Line at the Rail Yards de New York.

Les œuvres de l’artiste figurent dans les collections de multiples institutions à travers le monde, dont le Crystal Bridges Museum of American Art (Bentonville, Arkansas), le FRAC Grand Large - Hauts-de-France (Dunkerque), l’Institute of Contemporary Art de Boston, le Museum of Modern Art de New York, le Princeton University Art Museum (New Jersey), le Museum of Modern Art de San Francisco, le Wadsworth Atheneum Museum of Art (Hartford, Connecticut), le Whitney Museum of American Art de New York et la Yale University Art Gallery (New Haven, Connecticut). Carol Bove vit et travaille à New York (États-Unis).

GALERIE DAVID ZWIRNER
108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

16/04/21

Francis Alÿs @ Galerie David Zwirner, Paris - Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River

Francis AlÿsDon’t Cross the Bridge Before You Get to the River
Galerie David Zwirner, Paris
27 mai – 17 juillet 2021

Francis Alÿs
FRANCIS ALYS
Untitled (Study for ‘Don’t Cross the Bridge Before You Get to the River), 2007-2008
© Francis Alÿs. Courtesy the artist and David Zwirner

David Zwirner présente Don't Cross the Bridge Before You Get to the River, une exposition de l'artiste belge Francis Alÿs (né en 1959, vit et travaille au Mexique) dans sa galerie parisienne. L’exposition réunit un ensemble d'œuvres réalisées autour d’une action qui s'est déroulée simultanément sur les rives opposées du détroit de Gibraltar, à Tanger au Maroc et à Tarifa en Espagne, le 12 août 2008. Il s'agit de la première exposition à Paris de cet artiste de renommée internationale qui représentera la Belgique à la Biennale de Venise de 2022.

Francis Alÿs est connu pour ses ambitieux projets faisant appel à un large éventail de médiums, comprenant le film documentaire, la peinture, la photographie, la performance et la vidéo. Dans sa pratique, Alÿs oriente constamment sa sensibilité poétique et son imagination vers des préoccupations anthropologiques et géopolitiques centrées sur l'observation et des prises de position en lien avec la vie de tous les jours. L'artiste a lui-même décrit son travail comme "une sorte d'argument discursif composé d'épisodes, de métaphores ou de paraboles".

Depuis 2004, Francis Alÿs s'est intéressé aux conflits socio-politiques inhérents aux zones frontalières, réalisant des œuvres dans des lieux interstitiels tels que le détroit de Gibraltar, la ville de Jérusalem, la frontière turco-arménienne, les eaux extraterritoriales entre La Havane et Key West en Floride, ou la région du canal de Panama. Don't Cross the Bridge Before You Get to the River est un exemple parfait du présupposé d'Alÿs selon lequel le poétique et le politique sont intimement liés. Dans ce cas précis, l’artiste se penche à nouveau sur les notions géographiques et philosophiques liées aux frontières, ainsi que sur des questions plus larges concernant la liberté de mouvement. Alÿs a préparé cette action, documentée dans une vidéo, durant plusieurs années. Le jour J, une file d'enfants locaux, tenant chacun un petit bateau fabriqué à partir d'une chaussure, se rassemble sur la plage de Tarifa tandis qu’une autre file d'enfants tenant des bateaux-chaussures se rassemble également sur la plage de Tanger. Tentant de jeter un pont non seulement entre les pays, mais aussi entre les cultures, les deux lignes d'enfants s’amusent dans le clapotis des vagues, tentant de se rapprocher l'une de l'autre, tandis que la marée les ramène vers le rivage, dans une tentative de répondre à la question posée par Alÿs : "Les deux lignes se rencontreront-elles dans la chimère de l'horizon ?"

En parallèle à cette vidéo, Alÿs a exécuté un important ensemble de peintures, sculptures et dessins. Réalisées principalement en atelier et in situ depuis 2006, ces œuvres permettent à l'artiste d'expérimenter des idées et des thèmes similaires de façon plus solitaire et davantage introspective. Tout au long de sa pratique, Alÿs a eu recours à une combinaison de motifs abstraits et réalistes dans ses peintures en vue d'appréhender de façon directe la difficulté inhérente liée à la représentation de concepts complexes.

Cette présentation est une première en France pour cet important corpus d'œuvres.

Auparavant, Don't Cross the Bridge Before You Get to the River a été présenté sous diverses formes dans plusieurs institutions à travers le monde entier, notamment à la Biennale de Marrakech (2009), à la 11e Biennale de Sharjah (2013) ; dans le cadre de la grande exposition individuelle itinérante de l'artiste, A Story of Negotiation, qui a été présentée au Museo Tamayo Arte Contemporáneo de Mexico (2015), au Museo de Arte Latinoamericano (MALBA) - Fundación Costantini de Buenos Aires (2015-2016), au Museo Nacional de Bellas Artes de La Havane (2016), et au Musée des Beaux-arts de l'Ontario, Toronto (2016-2017) ; à la  Triennale di Milano (2017) ; et, plus récemment, dans des solo shows au Art Sonje Center, Séoul (2018), et au Tai Kwun Centre for Heritage and Art, Hong Kong (2020-2021).  

Né en 1959 à Anvers, en Belgique, Francis Alÿs a d'abord suivi une formation d'architecte. Il s'est installé à Mexico en 1986, où il vit et travaille depuis. La confrontation entre les questions d'urbanisation et d'agitation sociale dans son nouveau pays d'adoption a été à l’origine de sa décision de devenir un artiste visuel.

En 2022, Alÿs représentera la Belgique à la Biennale de Venise. Francis Alÿs : Salam Tristesse est actuellement présentée à Fragmentos, Espacio de Arte y Memoria, Bogotá, Colombie, jusqu'au 30 mai 2021. Toujours en 2021, le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne en Suisse, présentera Francis Alÿs : As Long as I'm Walking. Une exposition individuelle, Wet Feet_dry feet: borders and games, a été inaugurée au Tai Kwun Centre for Heritage and Art, à Hong Kong, en 2020. De 2019 à 2020, des expositions personnelles ont été présentées au Musée d'art contemporain de Montréal, dans le cadre de la 16e édition de MOMENTA | Biennale de l'image, et au Eye Filmmuseum d'Amsterdam. 

En 2014, la vidéo d'Alÿs REEL-UNREEL, qui dépeint un jeu de rue auquel s’adonnent des enfants à Kaboul en Afghanistan, a été présentée aux côtés de dessins, de peintures et de matériels de recherche connexes au Museo d'Arte Contemporanea Donna Regina à Naples. L'exposition a ensuite été présentée la même année au Centre for Contemporary Art Ujazdowski Castle, à Varsovie. REEL-UNREEL a été produite en 2012 pour la documenta 13, où une sélection de peintures était installée dans une ancienne boulangerie du centre-ville de Cassel tandis que la vidéo était projetée dans un lieu satellite à Kaboul.

Le travail de l'artiste a fait l'objet d'une importante exposition A Story of Deception, qui a été présentée de 2010 à 2011 à la Tate Modern de Londres, au Wiels Centre d'Art Contemporain de Bruxelles, au Museum of Modern Art de New York et au MoMA PS1 de Long Island City à New York. Alÿs a également présenté plusieurs expositions individuelles dans des lieux de premier plan, dont le Musée d'art contemporain de Tokyo et au Musée d'art contemporain d'Hiroshima (2013), au Musée irlandais d'art moderne de Dublin (2010), à The Renaissance Society de l'Université de Chicago (2008), au Hammer Museum de Los Angeles (2007), au Hirshhorn Museum and Sculpture Garden de Washington (2006) et au Portikus de Francfort (2006).

Les œuvres de l'artiste figurent dans des collections publiques du monde entier, notamment au 21st Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, Japon ; à l'Art Institute of Chicago ; au Hammer Museum, Los Angeles ; au Musée d'art moderne de la Ville de Paris ; au Musée d'art moderne Grand-Duc Jean, Luxembourg ; au Museum of Modern Art, New York ; au Philadelphia Museum of Art ; à la Pinakothek der Moderne, Munich ; au Solomon R. Guggenheim Museum, New York ; au Stedelijk Museum, Amsterdam ; et à la Tate, Royaume-Uni. Francis Alÿs est représenté par David Zwirner depuis 2004. Il s'agit de la quatrième exposition individuelle que lui consacre la galerie.

DAVID ZWIRNER PARIS
108 Rue Vieille du Temple, 75003 Paris