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23/01/22

Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles @ Musée du Luxembourg, Paris

Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles
Musée du Luxembourg, Paris
2 mars - 10 juillet 2022

Très longtemps marginalisées et discriminées tant dans leur formation que dans leur accès aux galeries, aux collectionneurs et aux musées, les artistes femmes de la première moitié du XXe siècle ont néanmoins occupé un rôle primordial dans le développement des grands mouvements artistiques de la modernité sans pour autant être reconnues de leur vivant en tant que telles. Ce n’est que récemment que leur rôle dans les avant-gardes est exploré: de fait il est a prévoir que lorsque le rôle de ces femmes sera reconnu a leur juste valeur, ces mouvements seront profondément changés. Cette exposition nous invite à les réinscrire dans cette histoire de l’art en transformation: du fauvisme à l’abstraction, en passant par le cubisme, Dada et le Surréalisme notamment, mais aussi dans le monde de l’architecture, la danse, le design, la littérature et la mode, tout comme pour les découvertes scientifiques. Leurs explorations plastiques et conceptuelles témoignent d’audace et de courage face aux conventions établies cantonnant les femmes à certains métiers et stéréotypes. Elles expriment de multiples manières la volonté de redéfinir le rôle des femmes dans le monde moderne. Les nombreux bouleversements du début du XXe siècle voient s’affirmer certaines grandes figures d’artistes femmes. Elles se multiplient après la révolution russe et la Première Guerre mondiale qui accélèrent la remise en cause du modèle patriarcal pour des raisons pratiques, politiques et sociologiques. Les femmes gagnent en pouvoir et visibilité et les artistes vont donner à ces pionnières le visage qui leur correspond. 

Un siècle après, il est temps de se remémorer ce moment exceptionnel de l’histoire des artistes femmes. Les années 1920 sont une période de bouillonnement et d’effervescence culturelle, d’où sera tiré le qualificatif d’années folles. Synonymes de fêtes, d’exubérance, de forte croissance économique, cette époque est aussi le moment du questionnement de ce que l’on appelle aujourd’hui les «rôles de genre», et de l’invention ainsi que de l’expérience vécue d’un «troisième genre». Un siècle avant la popularisation du mot «queer», la possibilité de réaliser une transition ou d’être entre deux genres, les artistes des années 20 avaient déjà donné forme à cette révolution de l’identité.

La crise économique, la montée des populismes, puis la seconde guerre mondiale vont à la fois restreindre la visibilité des femmes, et faire oublier ce moment extraordinaire des années 20 où elles avaient eu la parole. L’euphorie avant la tempête se joue surtout dans quelques capitales où Paris tient un rôle central, et plus précisément les quartiers latin, de Montparnasse et de Montmartre,

L’exposition Pionnières, artistes dans le Paris des années folles présente 45 artistes travaillant aussi bien la peinture, la sculpture, le cinéma, que des techniques/catégories d’objets nouvelles (tableaux textiles, poupées et marionnettes). Des artistes connues comme Suzanne Valadon, Tamara de Lempicka, Marie Laurencin côtoient des figures oubliées comme Mela Muter, Anton Prinner, Gerda Wegener. Ces femmes viennent du monde entier, y compris d’autres continents où certaines exporteront ensuite l’idée de modernité : comme Tarsila Do Amaral au Brésil, Amrita Sher Gil en Inde, ou Pan Yunliang en Chine. 

Après les “femmes nouvelles” du XIXème siècle liées à la photographie, ces « nouvelles Eves », sont les premières à avoir la possibilité d’être reconnue comme des artistes, de posséder un atelier, une galerie ou une maison d’édition, de diriger des ateliers dans des écoles d’art, de représenter des corps nus, qu’ils soient masculins ou féminins, et d’interroger ces catégories de genre. Les premières femmes à avoir la possibilité de vivre leur sexualité, quelle qu’elle soit, de choisir leur époux, de se marier ou pas et de s’habiller comme elles l’entendent. Leur vie et leur corps, dont elles sont les premières à revendiquer l’entière propriété, sont les outils de leur art, de leur travail, qu’elles réinventent dans toaus les matériaux, sur tous les supports. L’interdisciplinarité et la performativité de leur création a influencé et continue d’influencer des générations entières d’artistes.

Organisation spatiale en neuf chapitres

L’exposition se veut aussi foisonnante que ces années 1920, convoque artistes et femmes de l’art, amazones, mères, androgynes à leurs heures et révolutionnaires presque toujours, qu’elle rassemble dans neuf chapitres thématiques Dans certaines salles/chapitres une sélection d’extraits de films, chansons, partitions, romans, revues évoquent les grands personnages féminins dans les domaines du sport, de la science, de la littérature, de la mode. 

En introduction, « Les femmes sur tous les fronts » examine comment la guerre a promu les femmes engagées volontaires comme infirmières au front, mais aussi remplaçant les hommes décimés par une guerre meurtrière partout où leur présence était nécessaire. Une  galerie de portraits de Berenice Abott, datant de ses années parisiennes, brosse une image de la ville cosmopolite où milieux sociaux, élites aristocratiques et artistiques se mélangent.

Pourquoi Paris? Paris c’est la ville des Académies privées où les femmes sont bienvenues ; la ville des librairies d’avant-garde, des cafés où les artistes croisent les poètes et romanciers dont les livres sont traduits et diffusés dans des librairies uniques au monde, où le cinéma expérimental s’invente…. Tous ces lieux sont tenus ou remplis, par des femmes ; elles sont dans toutes les avant -gardes et toutes les formes d’abstraction. Paris c’est elles, les protagonistes des nouveaux langages (cinéma, littérature, peinture et sculpture).

Pour ces femmes libérées et autonomes, Vivre de son art est un impératif essentiel : elles développent des points entre l’art et les arts appliques, la peinture et la mode, inventent des espaces intérieurs et des architectures ou même des décors de théâtre, et enfin inventent de nouvelles typologies d’objet comme des poupées/portraits, des marionnettes/sculptures, des tableaux en textile. Sonia Delaunay aura sa boutique ainsi que Sarah Lipska

Non contentes de ré-inventer le métier d’artiste, elles se saisissent du temps de loisir et représentent le corps musclé, sous le soleil, voire sportif, transformant le sport masculin en un équivalant à la fois élégant, ambitieux et décontracté féminin, inventant ce qui deviendra un poncif du XXIème siècle. La nouvelle Eve découvre les joies de ne rien faire au soleil (l’héliothérapie), s’inscrit aux Jeux Olympiques ou promeut son célèbre nom grâce à des produits dérivés, pratiquant aussi bien le music hall la nuit, que le golf la journée : elle s’appelle Joséphine Baker.

Tandis que le corps se déploie librement sous le soleil dans des poses nouvelles, il se réinvente aussi Chez soi, sans fard. Ces odalisques modernes se représentent dans leurs intérieurs avec naturalisme. Plus besoin de paraître ni de faire semblant : la maternité peut-être ennuyeuse et fatigante; les poses de nues excentriques, le déshabillage un échappatoire aux diktats du regard du monde.

Ainsi s’élabore dans les années 20 ce nouveau point de vue complexe et informé de femmes éduquées et ambitieuses, déterminées à représenter le monde telles qu’elles le voient, à commencer par leur corps. C’est là que leur regard s’affute, se mesure au passé, rêve un autre futur. Le female gaze des années 20 s’emploie à représenter le corps autrement.

Parmi les tropes que ces années folles inventent et surtout mettent en pratique au grand jour, celui des « deux amies », décrit une amitié forte entre deux femmes sans la présence d’hommes, ou une histoire d’amour, ou un mélange d’amitié et de désir qui permet aux femmes une bisexualité assumée. Les deux amies sont une invention des années 20 que la peinture, la littérature et la société cosmopolite vont représenter, accueillir et dont elles transmettront la mémoire.

Ni les garçonnes qui succombent à la mode de se couper les cheveux, ni les amazones qui ne dédaignent pas d’endosser des costumes masculins, ni les travestis occasionnels ou bals masqués courants, ne recouvrent l’essentielle émergence d’un « troisième sexe », ancêtre de notre fluidité des genres et en particulier de la possibilité de ne pas s’assigner de genre.

Pour conclure, l’exposition rappellera que ces artistes furent aussi des voyageuses : d’un continent à l’autre pour se former et lancer des avant-gardes dans leur pays ; ou exploratrices de pays inconnus, ou peintres et sculpteuses à la découverte d’un « autre » dont elles tentent de saisir l’identité sans les poncifs du regard coloniales. Ces Pionnières de la diversité souffraient de l’invisibilité dans leur pays : elles étaient à même de comprendre d’autres identités mises à l’écart : elles ont beaucoup à nous apprendre.

Commissariat général : Camille Morineau, Conservatrice du Patrimoine et directrice d’AWARE (Archives of WOmen Artists, Research and Exhibitions)

Commissaire associée : Lucia Pesapane, historienne de l’art

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais

Liste des 45 artistes exposées

Berenice Abbott
Laure Albin-Guillot
Tarsila do Amaral
Alice Bailly
Aleksandra Beļcova
Maria Blanchard
Anna Boetty Steiner
Romaine Brooks
Marcelle Cahn
Claude Cahun
Emilie Charmy
Franciska Clausen
Irina Codreanu
Lucie Cousturier
Sonia Delaunay
Gisèle Freund
Natalia Gontcharova
Alicja Halicka
Nina Hamnett
Rita Kern Larsen
Marie Laurencin
Stefania Lazarska
Tamara de Lempicka
Sarah Lipska
Sonia Lewitska
Madame d’Ora
Marevna
Jacqueline Marval
Marcelle Moore
Marlow Moss
Chana Orloff
Mela Muter
Anton Prinner
Anna Fanny Quinquaud
Juliette Roche
Germaine de Roton
Amrita Sher Gil
Sophie Taeuber-Arp
Suzanne Valadon
Marie Vassilieff
Gerda Wegener
Gertrude Whitney

Catalogue de l’exposition

PIONNIÈRES
Artistes dans le Paris des Années folles
Editions de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais
Auteures : Camille Morineau, Lucia Pesapane, 
Emmanuelle Retaillaud, Pauline Créteur, Ewa Bobrowska, 
Paula J. Birnbaum, Lauren Jimerson, Catherine Gonnard, 
Tirza Latimer, Nathalie Ernoult
Relié, 20 x 29 cm, 208 p., 160 illustrations
Parution : 2 mars 2022

MUSÉE DU LUXEMBOURG
19 rue Vaugirard, 75006 Paris

21/09/14

Niki de Saint Phalle au Grand Palais, Paris - Exposition rétrospective

Niki de Saint Phalle 
Grand Palais, Paris 
17 septembre 2014 - 2 février 2015


Niki de Saint Phalle au Grand Palais 
Affiche de la Réunion des musées nationaux-Palais 
© Réunion des musées nationaux-Grand Palais, Paris 2014

NIKI DE SAINT PHALLE (1930-2002) est l’une des artistes les plus populaires du milieu du XXe siècle mais paradoxalement la richesse et la complexité de son oeuvre restent à découvrir. Elle compte parmi les premières artistes femmes à acquérir de son vivant une reconnaissance internationale et à jouer de sa personnalité médiatique. Niki est d’ailleurs l’une des premières personnalités – au même moment que Andy Warhol – à utiliser la presse et les media pour contrôler ou orienter la réception de son travail. 

Autodidacte, Niki de Saint Phalle s’inspire de Gaudi, Dubuffet et Pollock pour mettre en place dès la fin des années 50 un univers singulier, en dehors de toute tendance et mouvement. Son parcours biographique y est sublimé par la création de grands thèmes et de mythes qui articuleront ensuite toute son oeuvre. On en connaît le caractère joyeux et coloré, mais on en a oublié la violence, l’engagement et la radicalité. Qu’il s’agisse de l’audace de ses performances, du contenu politique et féministe de son travail ou de l’ambition de ses réalisations dans l’espace public.

Cette rétrospective, première grande exposition consacrée à Niki de Saint Phalle depuis vingt ans, présente toutes les facettes de l’artiste qui fut à la fois peintre, assemblagiste, sculpteure, graveuse, performeuse et cinéaste expérimentale, et renouvelle profondément le regard posé sur son travail. Plus de 200 oeuvres et archives dont beaucoup sont inédites émaillent un parcours de 2000 m2 à la fois chronologique et thématique, ponctués d’écrans montrant l’artiste commentant son travail. Des maquettes de projets architecturaux et une sculpture-fontaine (L’Arbre de Vie) devant l’entrée du Grand Palais, permettent d’évoquer l’ampleur et la diversité de son oeuvre publique.

Niki de Saint Phalle
Dolorès, 1968-1995, 550 cm, polyester peint sur grillage, Sprengel Museum, Hanovre 
© 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved. Donation Niki de Saint Phalle

Niki de Saint Phalle : Une artiste franco-américaine
Née en France où elle passera une grande partie de sa vie mais élevée aux États-Unis et choisissant d’y passer la fin de sa carrière, elle ne cessera de voyager entre ses deux pays d’origine et d’en réconcilier les tendances artistiques. Connue comme la seule artiste femme du Nouveau Réalisme en France, on a oublié que c’était aussi une artiste américaine - dont les oeuvres sont à replacer dans une histoire des Combine Paintings Néo Dada - au côté de Jasper Johns et Robert Rauschenberg, mais aussi à l’origine du Pop Art dont son approche renouvelle la lecture. Le multiculturalisme - les références à l’art des natifs d’Amérique et à la civilisation mexicaine, la question raciale et la critique de la politique de Georges Bush sont autant de sujets américains qui caractérisent ses dernières oeuvres.

Niki de Saint Phalle : La première artiste féministe
Articuler une vie de femme avec une vie d’artiste, renouveler la représentation du corps féminin et de l’érotisme, réinterpréter les grandes figures mythiques, interroger le rôle de la femme dans la société et en proposer un autre sont autant de thèmes contenus dans son travail dès la fin des années 50 et qui seront récurrents jusqu’à la fin de la vie. Fille, épouse, mère, guerrière, sorcière et déesse, pour n’en citer que quelques-unes, sont autant de facettes ou d’interprétations possibles des fameuses « Nanas » qui sont autant d’autoportraits, à la fois réels et fantasmés, de l’artiste et de la femme contemporaine. De fait, les séries successives des Mariées, Accouchements, Déesses puis après les Nanas, des Mères dévorantes, recréent une véritable mythologie féminine. S’y ajoutent les performances, les textes et les déclarations de l’artiste, le contenu des longs métrages : autant de preuves pour réhabiliter Niki de Saint Phalle comme la première grande artiste féministe du XXe siècle.

Niki de Saint Phalle
Skull (Meditation Room), Sprengel Museum, Hanovre, donation de l’artiste en 2000 
© 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved / Photo : Michael Herling

Niki de Saint Phalle : Une artiste engagée
Le féminisme n’est qu’un élément de sa lutte précoce et constante contre les conventions et les carcans de la pensée. Chacune de ses oeuvres comporte plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation dont on a souvent omis le caractère politique au profit d’une lecture décorative et superficielle de son oeuvre. Aller au-delà, c’est reconnaître par exemple aux « Tirs » toute leur puissance subversive. Ces performances, où des tableaux étaient détruits à la carabine par l’artiste ou le public invité, furent à la fois fondatrices dans l’histoire du happening et particulièrement scandaleuses car orchestrées par une femme. Dirigés contre une vision de l’art, une idée de la religion, une société patriarcale, une situation politique où guerre froide et guerre d’Algérie s’entremêlent, un pays – les États-Unis – où le port d’arme est légalisé, les Tirs sont à l’image de son oeuvre ultérieure, qui se nourrit presque toujours de questionnements sociétaux. Niki de Saint Phalle fut l’une des premières artistes à aborder la question raciale et à défendre les droits civiques puis un multiculturalisme américain ; une des premières aussi à utiliser l’art pour sensibiliser le grand public aux ravages du sida.

Niki de Saint Phalle : A l’avant-garde d’un art public
Première femme à s’imposer dans l’espace public à l’échelle mondiale, Niki de Saint Phalle a eu le souci très tôt de s’adresser à tous, bien au-delà du seul public des musées. Le choix d’un art public est à voir comme un choix politique ; il est précoce puisqu’elle en fait une direction essentielle de ses recherches dès le milieu des années 60. Projets architecturaux et sculptures monumentales se suivent ensuite tout au long de sa carrière : fontaines, parcs pour enfants, jardins ésotériques et maisons habitables sont parmi ses plus importantes réalisations. Central et majestueux, le Jardin des Tarots est son oeuvre majeure, qu’elle a entièrement financé elle-même, en partie grâce au développement d’éditions ; un parfum, du mobilier, des bijoux, des estampes, des livres d’artistes.

Niki de Saint Phalle
Vue du Jardin des Tarots, Garavicchio, Italie 
© Laurent Condominas

Cette exposition est organisée par la Réunion des musées nationaux - Grand Palais avec l’aimable participation de la Niki Charitable Art Foundation et co-organisée avec le Guggenheim Museum de Bilbao. Elle bénéficie de prêts exceptionnels des musées de Hanovre et Nice, qui ont reçu d’importantes donations de l’artiste. Elle sera présentée au musée Guggenheim de Bilbao du 27 février au 29 juin 2015.

Commissariat général : Camille Morineau

GRAND PALAIS, PARIS
www.grandpalais.fr

07/10/06

Exposition Yves Klein, Centre Pompidou, Paris - Corps, Couleur, Immatériel + Catalogue

Yves Klein 
Corps, Couleur, Immatériel 
Centre Pompidou, Paris 
5 octobre 2006 - 5 février 2007

Le Centre Pompidou, Musée national d'art moderne consacre une grande exposition à Yves Klein, artiste majeur de la seconde moitié du XXe siècle. 

Longtemps enfermé dans un rôle d’artiste-emblème, internationalement célèbre pour le bleu IKB et ses monochromes, Yves Klein fut peu compris de son vivant. Mort prématurément en 1962, à l'âge de trente quatre ans, après une carrière fulgurante - Yves Klein a réalisé son œuvre en l'espace de sept ans - l'artiste, dont la production dépasse largement le champ de la peinture, n'a cessé d'affirmer : « mes tableaux ne sont que les cendres de mon art » (Le dépassement de la problématique de l’art et autres écrits. Yves Klein. École Nationale Supérieure des Beaux-Arts). 

Malgré de nombreuses rétrospectives et notamment l'exposition présentée au Centre Pompidou en 1983, l’œuvre de l'artiste reste encore largement à découvrir ainsi que le révèle la publication récente de ses écrits.

Réunissant cent vingt peintures et sculptures, environ quarante dessins et manuscrits de l'artiste et un grand nombre de films et photographies d'époque, cette exposition propose une relecture du travail d’Yves Klein. Aussi fidèle que possible aux déclarations de l’artiste contenues dans les écrits publiés récemment, la scénographie met en évidence l’importance qu’Yves Klein accordait aux aspects multiples de son activité artistique: peintures, sculptures, mais aussi performances, œuvres sonores, interventions dans les espaces publics, projets d’architecture…

En reconstituant des œuvres telles que la Sculpture aérostatique, 1957 (lâcher de 1001 ballons) ou l’Illumination de l’Obélisque, 1958, de la place de la Concorde, cette manifestation met sur le même plan que les monochromes les actions éphémères de l’artiste. Le travail d’Yves Klein repose sur un équilibre dynamique entre deux pôles : le visible et l’invisible, la matière et le vide, la chair et l’immatériel. Cette tension est au cœur de son œuvre: tout en explorant la non matérialité au point d’exposer Le Vide (Galerie Iris Clert, Paris 1958), Yves Klein continuera à créer des œuvres visibles.

Le parcours de l’exposition s’articule autour des trois couleurs emblématiques d’Yves Klein: bleu, or et rose, citées dans cet ordre dans ses écrits, ou rassemblées dans quelques rares triptyques. Dès 1959 c’est à partir de ces couleurs que se construit l’œuvre de Klein. L’ Ex-voto dédié à Sainte Rita, 1961, déposé par l’artiste au Monastère de Sainte Rita à Cascia (Italie), œuvre inédite présentée dans l’exposition, constitue un témoignage précieux de la valeur symbolique que l’or et le rose représentent au même titre que le bleu dans l’univers de sa création.

Le sous-titre de l’exposition CORPS, COULEUR, IMMATÉRIEL met l’accent sur les aspects du travail d’Yves Klein qui le révèlent éminemment contemporain, proche du regard des artistes aujourd’hui : l’implication physique et quotidienne de l’artiste dans son œuvre, sa volonté d’étendre le rôle de l’artiste par l’intermédiaire de la couleur à une transformation (technique, urbaine et philosophique) du monde, son utilisation de matériaux éphémères et naturels, ainsi que son exploration de l’immatériel.

L’exposition sera également présentée au Museum Moderner Kunst Stiftung Ludwig Wien (Vienne, Autriche) du 9 mars au 3 juin 2007.

Commisariat de l'exposition

Camille Morineau, conservatrice, Musée national d’art moderne, Centre Pompidou
Alexandra Mueller, Marion Guibert, chargées de projet
Bruno Veret, chargé de production
Katia Lafitte, Pascal Rodriguez, scénographes / architectes

A l'occasion de cette exposition les Éditions du Centre Pompidou publient un important catalogue :

CATALOGUE YVES KLEIN
CORPS, COULEUR, IMMATÉRIEL
ÉDITIONS DU CENTRE POMPIDOU
Directrice d'ouvrage : Camille Morineau
Format 23,5 x 28 cm, 304 pages
250 ill. couleur, 100 ill. noir et blanc

SOMMAIRE DU CATALOGUE

I L’exposition
Denys Riout, Imprégnations : scénarios et scénographies
Yve-Alain Bois, L’actualité de Klein
Camille Morineau, De l’imprégnation à l’empreinte, de l’artiste au modèle, de la couleur à son incarnation
Camille Morineau, Le bleu, l’or et le rose : comment appropriation rime avec sublimation

II Yves Klein en son siècle
Kaira Marie Cabañas, Yves Klein en France : un paradoxe spatial
Marion Guibert, Yves Klein en Allemagne (1957-1961)
Marco Meneguzzo, Klein et l'Italie : entre Nucléaires et Spatialistes
Ming Tiampo, Empreintes de l’immatériel : Yves Klein au Japon
Nuit Banaï, Dangereuse abstraction : Yves Klein à New York, 1961-1967
Catherine Grenier, Moi aussi, j’ai sauté dans le vide : l’influence d’Yves Klein sur l’art de Los Angeles
Eva Badura-Triska, Yves Klein en relation avec l’actionnisme viennois
Vitek Havranek, Yves Klein et l’Europe de l’Est : une oeuvre à l’état d’idée, 1959-1971

III Yves Klein et son image
Albums de presse d’Yves Klein (18 pages en fac-simile)
L’IMAGE ÉCRITE
Rita Cusimano, Les albums de presse d’Yves Klein, la rumeur publique autour d’Yves Klein
Kaira Maria Cabanas, De Klein à Restany : vers le Nouveau Réalisme
L’IMAGE PHOTOSENSIBLE
Alexandra Mueller, Yves Klein et la photographie
Jean-Michel Bouhours, La caméra saurait-elle être le témoin de l'irreprésentable ?
François Albera, Yves Klein vu par le cinéma
L’IMAGE REDÉFINIE DE L’ARTISTE
Emmanuelle Ollier, Yves Klein et le judo : l’impulsion créatrice ou théâtre du « je »
Laurence Bertrand Dorléac, La politique au cœur du vide
Marion Guibert, La collaboration selon Yves Klein, un réalisme spirituel
Didier Semin, Yves Klein, la propriété intellectuelle en question

CHRONOLOGIE
Collectif (Rita Cusimano, Auteurs catalogue, Archives Yves Klein)

Bibliographie sélective
Filmographie
Liste des œuvres

CENTRE POMPIDOU, BEAUBOURG, PARIS