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09/10/13

Expo Marco Del Re, Galerie Maeght, Paris

Marco Del Re : Fables, contes et métamorphoses 
Galerie Maeght, Paris 
18 octobre - 14 décembre 2013 

MARCO DEL RE 
L'ours et les deux compagnons — L V F XX, 2010 
Gouache sur papier, 76 x 56 cm 
© Galerie Maeght Paris 

« Marco Del Re, est un artiste qui dans une société en crise, choisit de s’opposer à la présence de l’inquiétude et des périls, par un contre-pied esthétique et éthique : l’exercice, dans son œuvre, d’une légèreté et d’une joie permettant, non d’oublier mais de trouver, dans l’art, un plaisir spirituel et joueur comme une réponse à la mélancolie. » C’est en ces termes qu’Olivier Kaeppelin préface le catalogue de l’exposition que la Galerie Maeght propose du 17 octobre au 14 décembre 2013. 

Les gouaches, encres et huiles que Marco Del Re consacre aux Fables de La Fontaine, à la Cendrillon napolitaine ou aux Métamorphoses d’Ovide sont autant de prétextes à faire vivre autrement les contes et légendes. Marco Del Re crée par la littérature. Ses œuvres se détachent de la logique fonctionnelle du récit ; la peinture s’échappe de la narration pour créer des fictions purement picturales. Elle ne raconte ni ne nomme, elle capte l’essentiel des mouvements, le cœur des métamorphoses. Les œuvres de Marco Del Re, parfois illustratives et souvent énigmatiques, ont pour objet d’énoncer autrement ces histoires qui font vivre son imaginaire et notre inconscient collectif. Ces personnages, qui pourtant sont là de toute éternité, créent un sentiment paradoxal d’une familiarité inconnue. 

MARCO DEL RE 
L'homme et son image — L I F XI, 2010 
Huile sur toile, 46 x 65 cm 
© Galerie Maeght Paris 

Dans cette exposition, Marco Del Re a créé un moment de liberté et de peinture. Les créatures prennent forme, l’essentiel étant la naissance de figures nouvelles, la transformation, le déroulement ininterrompu. Les outils du peintre : l’imaginaire, la couleur, la mémoire et la danse, au rythme des différentes techniques et surfaces que Marco Del Re utilise avec gourmandise − gouaches et encres sur papier, épurées, huiles sur papier Népal, profondes et envoutantes, huiles sur toile. 

MARCO DEL RE 
Cendrillon XV, 2011 
Encre sur papier, 75 x 110 cm 
© Galerie Maeght Paris 

« Les formes surgissent rapidement pour conserver l’impulsion de la fable » précise Marco Del Re, qui réenchante la littérature par le regard et, notamment, l’emploi de la couleur. Elle se dilate, recouvre, figure par une tache ou une trajectoire libre ; parfois assourdie, parfois éclatante, elle joue avec la profondeur des papiers et de la toile. Gris, bruns, roses, éclats de jaunes et de rouges, composent un mouvement léger, une rêverie, disent l’essentiel. 

Ainsi, avec une façon singulière de poser le lavis, la tempera, Marco Del Re cherche les surfaces liquides, transparentes ; la métamorphose prend alors un sens nouveau. 

MARCO DEL RE 
Les Métamorphoses d'Ovide I, 2011 
Gouache sur papier, 90 x 63 cm 
© Galerie Maeght Paris 

MARCO DEL RE 
Les Métamorphoses d'Ovide XXX, 2011 
Gouache sur papier, 106 x 76 cm 
© Galerie Maeght Paris 

Le catalogue de l’exposition, préfacé par Olivier Kaeppelin, met en regard les œuvres de Marco Del Re avec quelques uns des textes originaux, toujours à redécouvrir et plus que jamais de notre temps. 

Marco Del Re : Editions 

MARCO DEL RE 
Côte d'Azur III, 2013 
Linogravure originale sur Népal, 70 x 50 cm 
18 exemplaires 
© Galerie Maeght Paris 

Lors de son dernier séjour dans les ateliers Maeght à Saint Paul, Marco Del Re a enrichi son Œuvre gravé de 8 pointes sèches et 12 linogravures originales. Ces œuvres gravées seront présentées dans la librairie pendant l’exposition. Dans la continuité de son travail pictural, Marco Del Re se libère de ses intérieurs. Des jardins plantureux et expansifs, révèlent la nature toute entière. Dans cette nouvelle série, intérieurs, paysages méditerranéens et l’atelier du peintre forment l’espace de l’artiste, tel un théâtre et ses décors. La réplique est donnée par des références picturales, historiques, mythologiques ou encore statuaires. Un patrimoine culturel que l’artiste s’approprie dans ces œuvres. Marco Del Re nous invite ainsi à prendre part à un dialogue dont l’enrichissement est permanent. 

GALERIE MAEGHT
42, rue du Bac
75007 PARIS
www.maeght.com

05/07/11

Expo + Livre J-B Coffinet Troyes : Une exposition "Précieux Moyen Age" au Musée Saint-Loup et un beau livre

Exposition + Livre : Jean-Baptiste Coffinet
Précieux Moyen Age. La collection Coffinet 
Musée Saint-Loup, Troyes
Jusqu'au 18 septembre 2011

Affiche de l'exposition - Musée Saint-Loup - Troyes

Au lendemain de la Révolution française, la préservation du patrimoine devient un véritable enjeu national et coïncide en 1837, avec la création des Monuments Historiques par l'Etat. 

Historiens locaux, amateurs d'art et archéologues participent, sur tout le territoire, à ce vaste mouvement qui montre un engouement particulier pour le Moyen Age. C'est le temps des voyages archéologiques à travers toutes les régions françaises et des ouvrages qui les accompagnent, dont le plus célèbre est celui initié par le Baron Taylor,  Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France.

A l'échelle du département de l'Aube, l'équivalent  de Taylor aura pour nom Arnaud, Gaussen, Fichot et bien d’autres, dont Jean-Baptiste Coffinet.

Secrétaire de l'évêché où il servira 20 ans, trois évêques successifs de Troyes qu'il accompagne à travers le diocèse, Jean-Baptiste Coffinet se découvre une passion pour l'histoire locale et le patrimoine. Il l'étudie et recueille de multiples témoignages souvent précieux (émaux, ivoires, manuscrits...) où domine le Moyen Age. Il  s'attache ainsi à des monuments (cathédrale, collégiale Saint-Etienne…) et des personnalités parmi les plus emblématiques de la période (Henri le Libéral, comte de Champagne…).

Collectionneur, il se fera aussi mécène de la cathédrale et des diverses institutions patrimoniales locales (la bibliothèque, les archives et notamment le musée, dont il devient le conservateur de l'archéologie en 1863).

A sa mort en 1882, la mise en vente de sa collection, permet l'acquisition, par la Société Académique, de nombreux objets qui s'ajoutent aux pièces léguées au musée, constituant un ensemble remarquable d'objets d'art du Moyen Age. 

La Dormition de la Vierge
14e siècle
Plaque en ivoire
Inv. 882.37
Photo J.-M. Protte, Musées de Troyes


Ce sont ces pièces rares et précieuses des collection du musée, mais également des archives, de la bibliothèque et de la cathédrale qui sont présentés dans cette superbe exposition qui emène le visiteur dans un voyage à travers le temps qui le mène au Moyen Age. L'exposition s'accompagne d'une très belle publication.

LE LIVRE : JEAN-BAPTISTE COFFINET

Jean-Baptiste Coffinet
Un livre de Nicole Hany-Longuespé
Tirage à 800 exemplaires
En vente à la Maison du Boulanger 
et au musée Saint-Loup - 18 €


C'est la parution du livre de Nicole Hany-Longuespé, édité par la Maison du Boulanger, qui a été le prétexte de l'exposition. Le titre du livre : Jean-Baptiste Coffinet. Historien local, archéologue, collectionneur, mécène.

L'auteur, Nicole Hany-Longuespé, est docteur en Histoire de l'art et Histoire, conservatrice honoraire des Antiquités et Objets d'Art de l'Aube, elle s'est particulièrement attachée au trésor de la Cathédrale, riche de 295 pièces.

L'éditeur, la Maison du Boulanger a pour mission de réaliser une programmation d'animations culturelles dans les domaines du spectacle vivant, de la musique, des arts plastiques, de l'édition et du livre. Elle édite des ouvrages dans lesquels la ville, les hommes et le patrimoine troyen sont au cœur de la préoccupation littéraire. Cet éditeur local inaugure avec ce livre consacré à Jean-Baptiste Coffinet une collection dédiée aux figures auboises.

Eléments biographiques sur Jean-Baptiste Coffinet

Mais qui fut donc ce Jean-Baptiste Coffinet, ce chanoine qui œuvra toute sa vie dans la bonne ville de Troyes ?

Curieusement, à ce jour, aucune rue, place ou impasse de Troyes ne porte son nom…  Il est connu de certains historiens locaux, voire historiens étrangers, tels ces chercheurs de l'Université de Liège qui s'intéressent aux émaux mosans qu'il légua au musée Saint-Loup et au trésor de la cathédrale de Troyes, mais pratiquement pas de nos concitoyens. Pourtant, le premier objet cité dans le catalogue de vente de son cabinet d'art, après son décès en 1882,  une  grande plaque  de châsse  byzantine,  figure dans les riches collections du musée de Cleveland.

Quel fut son parcours ? Brillant séminariste, il devint, très jeune, secrétaire de l'évêché où, durant vingt ans, il servit trois évêques. En accompagnant ces prélats dans leurs visites épiscopales, il prit connaissance des richesses patrimoniales du diocèse. Dans le sillage de Guizot et des Monuments historiques, il conseilla les curés pour qu'ils veillent au bon entretien de leurs églises et du mobilier religieux qu'elles renferment.

Dans sa vie privée, il devint très vite un collectionneur passionné et avisé. Ses acquisitions furent soit des objets archéologiques, tels ce vase étrusque du Ve siècle avant notre ère ou ce bracelet en or d'époque celtique (IIIe siècle avant notre ère), soit des objets à connotation religieuse, le plus souvent d'époque médiévale : émaux mosans, manuscrits comme le précieux évangéliaire de l'abbaye Saint-Loup (XIIe sièclee), sceaux, orfèvrerie religieuse, ivoires, statuettes, monnaies, tableaux dont le symbolique portrait (début XVIe siècle) du comte Henri Ier le Libéral dont il admira tant les « largesses ».

Il collectionnait pour son plaisir mais aussi pour  enrichir nos collections patrimoniales et, peut-être à l'image du comte de Champagne, se fit-il mécène du trésor de la cathédrale, de  la bibliothèque, du musée où il fut conservateur de l'archéologie. Trois lieux où il œuvra durant de longues années.

Conservateur du patrimoine avant l'heure, il sauvegarda ces œuvres d'une dispersion certaine et nous pouvons toujours les admirer, aujourd'hui.

Ces objets, avec lesquels il vécut, l'incitèrent à en retracer l'histoire et firent de lui un historien local à part entière. Ses nombreuses publications, tant dans différentes revues nationales que dans les Mémoires de  la Société académique de  l'Aube,  font autorité et sont toujours consultées avec intérêt.

MUSEE SAINT-LOUP, TROYES

07/04/11

Eric Roux-Fontaine : plus de 100 Toiles pour Le Livre de la Jungle chez Critères édition qui inaugure sa nouvelle collection Textart

Livre d'Art : Eric Roux-Fontaine 
Le livre de la Jungle de Rudyard Kipling 
Critères éditions, Grenoble 
Nouvelle collection Artext 

ERIC ROUX-FONTAINE (c) Critères éditions / Eric Roux-Fontaine
ERIC ROUX-FONTAINE est connu pour être un artiste aux multiples talents, avec ses peintures, photographies, installations vidéos, dessins... Cet artiste brillant redonne dans ce livre, avec plus de 100 toiles peintes, ses véritables griffes à l'oeuvre de Kipling. Si Le livre de la Jungle plaît aux enfants, et c'est tant mieux, il serait injuste de considérer ce livre comme leur étant uniquement destiné. C'est ce que peuvent donner à croire les versions édulcorées du livre qui délaissent la puissance évocatrice originelle du récit, son onirisme et parfois sa noirceur. Cette jungle-là appartient à Shere Khan, et ne fait que tolérer l'homme. « Il s'agit ici de révéler la véritable histoire de Mowgli, l'enfant loup », souligne l'éditeur grenoblois Critères éditions qui souhaite proposer « une version mature du récit pour adolescent et adulte ». Avec les oeuvres de Eric Roux-Fontaine sur un texte de Rudyard Kipling, CRITERES EDITIONS, maison d'édition indépendante, créée en 2004, spécialisée dans l'art contemporain, démarre bien sa nouvelle collection : TEXTART. Celle-ci est destinée à être « un bel endroit pour des rencontres entre des textes classiques et des artistes contemporains ». 

Eric Roux-Fontaine, artiste dont on connait le goût du voyage, a arpenté les territoires de Shere Khan pour en extraire sa peinture. De la forêt de Seeonee, à la jungle de Bandhavgarh, au Madhya Pradesh, en passant par le territoire de Ranthambore situé dans l’Etat du Rajasthan, il est parti de la racine des mots pour peindre sans exotisme sa chanson de la jungle. 

ERIC ROUX-FONTAINE (c) Critères éditions / Eric Roux-Fontaine

Au regard de cette histoire universelle, il fallait la force d’une peinture puissante capable d’évoquer la dureté mais aussi la poésie de ces nouvelles. Ces deux aspects, dureté et poésie, Eric Roux-Fontaine les a déjà combiné avec un réel talent, notamment dans ses photographies sur les Roms du Rajasthan. 

Après avoir parcouru, en Inde, les différents lieux qui ont inspiré Kipling pour son livre, vécu avec les tribus des anciens chasseurs de tigres Moghyas, Eric Roux-Fontaine présente ici un ensemble de plus de 100 toiles imprégnées de l’atmosphère des jungles du Rajasthan et du Madhya Pradesh. C’est toute l’atmosphère onirique de Ranthambore, de Seeonee et Bandhavgarh que l’on découvre au fil des pages.
« Il y a quelque chose de très contemporain dans le récit de Kipling : le mythe de l’enfant loup, c’est à dire l’homme replacé au cœur de la nature. Mowgli doit traverser toutes sortes d’épreuves pour trouver son rapport au monde, sa place d’homme. La jungle est l’un des grands personnages du récit. » Eric Roux-Fontaine.

ERIC ROUX-FONTAINE (c) Critères éditions / Eric Roux-Fontaine

216 pages quadri - 19,2 x 25,5 cm
Couverture Brochée, avec rabats
ISBN :  978-2-917829-41-7
Prix public : 25 euros
Diffusion & Distribution : Belles Lettres 
Date de parution : 25 mars 2011 

Critères éditions
11 rue Aimé Berey
38000 Grenoble

16/09/10

Christie’s Multiplied Fair 2010 London

Christie’s Multiplied Contemporary Editions Fair 2010: New Art Fair in Frieze week 

Christie’s new fair in the field of contemporary art will be held during the week of the Frieze Art Fair, 15-18th October 2010, providing a platform to promote emerging talent in two and three-dimensional contemporary editions. Christie’s has invited over thirty galleries to showcase a selection of talents. 

The idea for the fair came about when Richard Lloyd, International Head of Christie’s Print department, attended the Editions and Artist's Book Fair in New York last winter: “I was inspired to stage something similar in London and help to create a buzz and a platform for the very best in contemporary publishing. Everyone benefits from a vibrant arts scene, and giving galleries an opportunity to promote themselves and their artists is our way of putting something back”. He added that Christie's are not taking any percentage of the sales; stands are very competitively priced and entry to the fair is free. “Since the October Contemporary art sale moved to Christie's King Street, there was space in South Kensington during one of the most important weeks in the calendar. It was just too good to miss.”

Contemporary publishers and gallerists representing established artists such as Damien Hirst and Tracey Emin will exhibit alongside many as yet unknown and emerging talents, providing collectors with a unique opportunity to discover a work by 'the next big thing' and perhaps make a lucrative investment at the same time.

Nic McElhatton, Chairman of Christie’s South Kensington is very excited about the fair, commenting, “Following the major refurbishment of our South Kensington salerooms in 2007 we now have an exceptional exhibition space within this cultural hub of the City. This enhancement has not only enabled us to present a much improved service to our clients through our core business as auctioneers but also to participate in and stage other exciting projects. The Multiplied Contemporary Editions Fair in October will use this space to provide a platform for artists and their publishers in this very important week for the art market.”

CHRISTIE’S SOUTH KENSINGTON, LONDON

www.christies.com

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11/06/10

Exposition Matisse et le livre illustré - Scriptorial d’Avranches

Exposition Art Moderne > Henri Matisse
Exposition Art Moderne > Basse-Normandie > Avranches > Scriptorial

 

Henri Matisse, Icare Matisse et le livre illustré
Scriptorial d’Avranches

Commissariat d'exposition

Patrick Descamps

Jusqu'au 12 septembre 2010


« Le livre ne doit pas avoir besoin d’être complété par une illustration imitatrice. Le peintre et l’écrivain doivent agir ensemble, sans confusion, mais parallèlement. Le dessin doit être un équivalent plastique du poème ». Henri Matisse


Henri Matisse, Icare
Icare, planche au pochoir (VIII), Jazz, publié en 1947 par Tériade éditeur, Paris.
© Succession Henri Matisse. Photo : Archives Matisse

 

Dans l’univers de l’édition d’art, Henri Matisse a assurément atteint, avec Jazz notamment, un niveau de perfection et de qualité rarement égalé. Son exigence, le soin extrême qu’il apporte à la composition de chaque page, sa connaissance profonde des textes qu’il interprète, son investissement dans ces entreprises au long cours qui peuvent durer plusieurs années, ont donné naissance à une série de 14 ouvrages dans lesquels il a su, à plus de soixante ans, avec une étonnante fraîcheur se renouveler à chaque fois. Cette exposition présentera sept ouvrages d’Henri Matisse, à savoir Pasiphaé de Montherlant, Florilège des Amours de Ronsard, Poèmes de Charles d’Orléans, Jazz, les Fleurs du mal de Baudelaire, les Lettres portugaises et les Poésies antillaises de Nau. Ces livres sont accompagnés de gravures et des dessins originaux. Matisse n’ayant jamais caché son attrait pour l’art médiéval (1), intérêt qui apparaît très clairement dans ses illustrations pour les Poèmes de Charles d’Orléans, une sélection de manuscrits provenant de la collection du Scriptorial accompagnera cette présentation. Elle permettra d’établir un parallèle entre l’art abouti de la mise en page de Matisse et la réglure médiévale, sa créativité dans l’élaboration de lettrines et de motifs ornementaux et ceux exceptionnels qui décorent les manuscrits.

Entre la publication des Poésies de Mallarmé chez Skira en 1932 et l’achèvement de la maquette des Poésies antillaises de John-Antoine Nau en 1953, Henri Matisse a réalisé quatorze ouvrages majeurs qui font toujours les délices des bibliophiles les plus exigeants. Ces débuts tardifs, à plus de soixante ans, dans l’univers du livre illustré peuvent surprendre chez cet artiste tant renommé. Matisse pratique pourtant la gravure depuis près de trente ans, exercice qui est pour lui un prolongement du dessin et auquel il s’adonne de plus en plus au début des années 30. Ainsi, Henri Matisse n’a jusqu’alors jamais songé à se lancer dans l’aventure du livre illustré dans laquelle se sont déjà plongés nombre de ses contemporains comme Derain, Picasso ou encore Bonnard ; de plus, aucun éditeur ne l’a jamais sollicité. En 1930, une société de bibliophiles lyonnais « les XXX » le contacte afin de lui demander d’illustrer Les Fleurs du Mal de Charles Baudelaire, projet qui n’aboutira que partiellement en 1947. C’est donc en 1932 que le jeune éditeur Albert Skira s’adresse à lui pour lui proposer d’illustrer les Amours de Psyché de La Fontaine auxquels se substitueront très rapidement les Poésies de Mallarmé. Avec ce premier ouvrage, Henri Matisse élabore un protocole de travail duquel il ne dérogera pas pour ses livres à venir. Dans un premier temps, Il s’imprègne longuement des poèmes, qu’il recopie parfois, et qu’il lit au point de les connaître par coeur (2) puis il sélectionne ceux qu’il décide d’illustrer, généralement les plus proches de sa sensibilité et qui nous permettent de le découvrir tel qu’en lui-même. Cependant, il ne s’agit pas pour lui de donner une « illustration imitatrice » mais de concevoir « un équivalent plastique du poème » (3).
 

Lithographie originale d’Henri Matisse, Le Clown

Henri Matisse, Jazz
Lithographie originale d’Henri Matisse
Le Clown
Paris, Tériade, 1947 - Donation Alice Tériade en 2000
Musée Départemental Matisse, Le Cateau-Cambrésis
© Succession Henri Matisse - Photo Philip Bernard


Il s’attache ensuite à la composition de l’ouvrage, sélectionnant les caractères d’imprimerie, déterminant le rythme de l’ouvrage et la place des poèmes, puis décide de la technique d’illustration et enfin entame la recherche de l’expression plastique la plus adéquate en exécutant de très nombreuses études. Il passe alors au travail de gravure et en fonction de la sélection qu’il a opéré, reprend la maquette initiale. Cette élaboration lente et rigoureuse, obéissant à des règles strictes n’est pas sans évoquer la réglure médiévale qui, si elle doit guider la main du scribe, doit aussi guider l’oeil du lecteur. Les mises en page de Matisse dans leur équilibre entre texte et illustration, dans leurs respirations, dans le choix des couleurs ont cette même fonction. En 1935, paraît l’Ulysse de James Joyce, livre que Matisse ne considère pas véritablement comme le sien du fait de sa participation réduite à celle d’illustrateur et du peu de satisfaction que lui donne le résultat. Durant les années de guerre, Matisse va concevoir ses livres les plus personnels et les plus aboutis : Pasiphaé d’Henri de Montherlant, Les Lettres de Marianna Alcaforado, Jazz, Florilège des Amours de Ronsard et Poèmes de Charles d’Orléans. Cette intense activité trouve son explication dans la maladie et la grave opération subie par le peintre qui le contraint à passer une grande partie de son temps au lit. Il ne peut guère peindre et se consacre donc principalement au dessin et à ses livres. Ainsi écrit-il, en 1942, à son ami, l’écrivain et journaliste, André Rouveyre à propos du Ronsard ; « […] je crois que rarement les circonstances ont favorisé ainsi la naissance d’un travail qui de secondaire par essence, devient une chose essentielle, principale. » (4). Ces créations arrivent dans ce que Matisse lui-même définit comme une seconde vie (5).

Ayant frôlé la mort, c’est libéré et avec une étonnante fraîcheur, un amour serein de la vie, en dépit de la douleur qui est sa compagne, que Matisse aborde ce nouveau chapitre de son existence. Ces ouvrages sont placés sous le signe de l’amour, celui de Pasiphaé, l’épouse de Minos, pour un taureau blanc, la passion amoureuse d’une jeune religieuse portugaise, le Florilège de Ronsard… Matisse opère lui-même la sélection des poèmes qui de ce fait mettent en lumière ses propres préoccupations. L’exaltation nourrit le trait matissien qui n’a jamais été plus sensuel, surtout dans le Ronsard, sa première oeuvre après l’opération. Sirènes, naïades et corps enlacés jalonnent l’ouvrage formant comme un écho à la Joie de vivre, tableau fauve de 1905. Pour Charles d’Orléans dont le projet remonte à 1942, l’identification avec ce prince captif des anglais est évidente pour un Matisse prisonnier de sa chambre. Ce qui retient l’attention de Matisse dans les rondeaux et autres ballades de Charles d’Orléans, ce n’est pas leurs aspects limpides et légers mais le fait qu’il ait été conçu comme des remèdes aux malheurs. Matisse va donc adopter pour ce livre un style d’apparence superficiel et raffiné et une innovation majeure va substituer sa main au caractère d’imprimerie. Matisse devient donc scribe pour mieux s’approprier le texte et pour encore renforcer l’équivalence entre mots et images, il aborde par cette technique la fusion de l’acte de dessiner et de celui de peindre, fusion qui trouvera son suprême accomplissement avec Jazz. C’est par la fréquentation de l’éditeur Tériade qu’Henri Matisse a la révélation du papier découpé. En 1939, Matisse rend fréquemment visite à Tériade dont l’optimisme le soulage de son angoisse. Arrivant vers sept à huit heures du matin, Matisse passe ses matinées à découper les feuilles d’albums des spécimens d’encre d’imprimerie que lui donne Tériade avec le secret espoir que cela débouche sur un livre. Cependant, Matisse peu satisfait par les encres d’imprimerie ne poursuit pas l’expérience. En 1943, Matisse substituant l’encre d’imprimerie à des feuilles de papier gouaché revient à cette technique et dès 1944 réalise l’ensemble des planches qui constituent Jazz. Contrairement à ce que son titre peut laisser entendre, l’ouvrage évoque le monde du cirque, le titre initialement choisit était Cirque, mais également des souvenirs du voyage en Polynésie. Le titre Jazz retenu par Matisse s’explique au prisme de la liberté nouvelle que le peintre éprouve suite à son opération mais également par la technique de la gouache découpée, l’utilisation des ciseaux permet de trancher le fil du passé. Il est aussi symptomatique du passage d’un art « savant » à un art populaire, naïf, spontané que revendique alors Matisse. Le livre paraît en 1947 et rencontre un succès sans précédent. Matisse n’est cependant pas satisfait mais finira par nuancer son jugement. Le dernier ouvrage réalisé par Matisse et publié à titre posthume en 1972 est consacré à la poésie de son défunt ami Charles-Antoine Nau. Matisse a travaillé sur ce livre entre 1945 et 1953. Des problèmes financiers puis la mort de Matisse empêchent sa publication. En 1972, sous l’impulsion des héritiers de l’artiste, le livre paraît.

PATRICK DESCAMPS

NOTES

(1) « je me suis toujours senti à l’aise dans les choses médiévales. Ce sont elles qui traduisent de façon la plus directe mes sentiments. » in « Nous manquions d’un portrait de Charles d’Orléans… Henri Matisse vient d’en composer un. », Entretien avec Régine Pernoud, Le Figaro littéraire, 14 octobre 1950.

(2) « Au réveil à six heures je lis toutes les pièces copiées et assemblées selon mon plaisir. Je déplace celle-ci celle-là pendant une bonne heure avant midi ; je donne encore au moins une heure à lire au hasard des divers livres de poésies et je découvre la vie de telle ou telle pièce que j’avais déjà lu moins bien. J’ai peur que cette rage me quitte comme elle est venue. » Lettre à André Rouveyre, à propos des poèmes de Charles d’Orléans, du 5 février 1943. Matisse-Rouveyre Correspondance, Editions Flammarion, Paris, 2001.

(3) Entretien de Raymond Escholier avec Henri Matisse, in Matisse, ce vivant. Editions Arthème Fayard, Paris, 1956.

(4) Lettre à André Rouveyre des 3 & 4 juillet 1942. Matisse-Rouveyre Correspondance, Editions Flammarion, Paris, 2001.

(5) Lettre à Albert Marquet du 16 janvier 1942 in Henri Matisse, écrits et propos sur l’art, Editions Hermann, Paris, 1972.

Partenaires de l'exposition : Musée départemental Henri Matisse du Cateau-Cambrésis, Musée Henri Matisse de Nice, Bibliothèques Municipales de Nice et de Lille, Bibliothèque Jacques Doucet à Paris, Les Héritiers Matisse.

Scriptorial d’Avranches
Musée des manuscrits du Mont Saint-Michel
Place d’Estouteville
50300 Avranches

Informations pratiques - Horaires d’ouverture
Juillet / août > 10h - 19h tous les jours
Mai / juin / septembre > 10h - 18h (fermé le lundi)
Octobre à avril > 10h - 12h30 et 14h - 17h en semaine
10h - 12h30 et 14h - 18h samedi-dimanche (fermé le lundi)
La billetterie se termine une heure avant la fermeture du musée

Prochaine exposition au Scriptorial d’Avranches : Peintures et calligraphies chinoises de He Yifu, 18 septembre - 31 décembre 2010
 
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