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18/01/15

Bronzes, Galerie Maeght, Paris

Bronzes
Galerie Maeght, Paris
23 janvier - 7 mars 2015

Georges Braque, Pur-sang, 1956. 
Bronze sur pierre. 35 x 29 cm. 
© Galerie Maeght, Paris

La Galerie Maeght met à l’honneur le bronze dans une exposition où les oeuvres sculptées des plus grands maîtres dialoguent avec celles, récentes, d’artistes contemporains : de Georges Braque, Eduardo Chillida, André Derain, Alberto Giacometti, Roger de La Fresnaye, Joan Miró, Paul Rebeyrolle, Jean-Paul Riopelle et Raoul Ubac, à Ruth Adler, Nicolas Alquin, Marco Del Re, Joanet Gardy-Artigas, François Lamore, Daniel Milhaud et Manolo Valdès.

Isabelle Maeght, directrice de la Galerie Maeght, rend hommage au matériau noble et exigeant qu’est le bronze par une sélection de très belles oeuvres d’artistes majeurs du XXe et XXIe siècle. L’exposition est l’occasion de (re)découvrir ce matériau à travers un ensemble d’oeuvres originales ou inédites comme l’un des rares bronzes qu’Ubac ait réalisé. Couleurs, formes, toucher, classicisme et contemporanéité : Isabelle Maeght a choisi de montrer la fascinante diversité offerte par ce médium.

« Le bronze, matériau aussi mythique qu’exigeant techniquement, offre aux artistes des possibilités immenses en même temps qu’il leur permet de renouveler leur langage artistique. L’oeuvre sculpté de Miró a révolutionné ce champ artistique. Le « Pur-Sang » de Braque qui semble jaillir de fouilles archéologiques revendique un héritage classique en même temps qu’une intense modernité », précise Isabelle Maeght.

Joan Miró, Femme, 1968 
Bronze, 69,5 x 32 x 23,5 cm. 
© Galerie Maeght, Paris

Joan Miró, Tête de Tériade, 1975 
Bronze, 32 x 39 x 25 cm. 
© Galerie Maeght, Paris

Miró, sculpteur. L'exposition présente une dizaine d’oeuvres sculptées de Miró. D’une puissance exceptionnelle, ses bronzes témoignent de l’importance qu’il accorde au rendu des matières et aux textures. Recouverts d’une patine naturelle, ses bronzes gardent une certaine rugosité comme ils incitent à la caresse. Sans cesse à la recherche de nouvelles formes et supports, Miró transgresse avec le bronze les règles établies et traditionnelles de la sculpture. Il ira jusqu’à se l’approprier et en faire une peinture. Chacune de ses créations est le résultat d’un dialogue étroit et complice avec les maîtres-artisans. Attentif au travail des fondeurs, Miró surveille avec minutie l'élaboration de ses bronzes, guide la main des artisans ou crée lui-même sa patine. « Le travail que je réalise avec plusieurs fonderies me donne à chaque fois des nouvelles idées », avait-il déclaré.

Manolo Valdès, Dama de Barajas I, 2004 
Bronze, 22 x 12 x 7 cm. 
© Galerie Maeght, Paris 

Manolo Valdès, Dama de Barajas II, 2004 
Bronze, 18 x 10 x 8,5 cm. 
© Galerie Maeght, Paris 

Manolo Valdès, Dama de Barajas III, 2004 
Bronze, 20,5 x 10,5 x 6,5 cm. 
© Galerie Maeght, Paris 

« Les dames de Barajas » de Manolo Valdès. L’oeuvre de Valdès, que ce soit ses peintures, ses sculptures ou son oeuvre graphique, éveille le toucher. Plus particulièrement avec le bronze, Valdès part à la recherche de textures informelles. Il décide de ne pas polir les défauts de fonte. Il recherche la texture, l’éveil des sens. Conçues comme des icônes qui dialoguent à trois, « Les dames de Barajas » se parlent, se regardent, se répondent. Le bronze devient le support tant de la forme que de la voix. Les personnages, qu’il réalise en taille réelle ou surdimensionnée, sont figés, immobiles, et en même temps, profondément humains. Ils traduisent l’éternité de la matière. Leurs coiffures, volumineuses, étonnantes, renvoient à des expériences plastiques antérieures. La rêveuse, la coquette, la réaliste, les qualifiait l’écrivain Marco Vargas Llosa dans les poèmes accompagnant ce trio de têtes féminines « grands formats » installé dans le nouvel aéroport de Madrid réalisé par Lord Richard Rogers en 2004.

Marco Del Re, Assyrien moderne, 2009. 
Bronze, 110 x 70 x 63 cm. 
© Galerie Maeght, Paris.

« Assyrien moderne » de Marco Del Re offre avec le bronze une nouvelle lecture de son travail. Son oeuvre sculpté est un voyage où se réinventent et se côtoient la tradition classique et le contemporain. Ses bronzes patinés imitent la couleur de la pierre des temples romains et évoquent les héritages grec et étrusque en même temps qu’ils témoignent d’une grande liberté. Escargots de mer, animaux, bateaux de guerre s’y croisent comme autant clins d’oeil à un univers aussi poétique qu’onirique.

La sélection proposée par Isabelle Maeght rassemble plus de cinquante bronzes, de petits comme de grands formats, édités par Maeght Éditeur. Chaque pièce témoigne du soutien sans faille des Maeght aux artistes d’hier et d’aujourd’hui dans leur création.

« C’est aujourd’hui un enjeu pour les artistes contemporain de redécouvrir ce médium. Les pièces les plus récentes qui sont présentées aujourd’hui, avec François Lamore et Nicolas Alquin par exemple, en témoignent », déclare Isabelle Maeght.

Reconnu aujourd’hui comme le plus important éditeur de lithographies et de gravures originales au monde, Maeght Editeur travaille depuis longtemps avec la Fonderie Susse, véritable entreprise du patrimoine vivant au service de la sculpture depuis plus de 200 ans qui a collaboré avec les plus grands : de Matisse à Giacometti, en passant par Miró, Braque, Ubac. L’exposition est l’occasion de mettre en lumière les relations amicales qui ont existé entre eux.

« La Fonderie Susse a depuis toujours bénéficié de notre confiance, de notre passion pour l’art et le bronze. Chaque pièce exposée porte en elle toute cette histoire, ces rapports très étroits avec les artisans et leur savoir-faire », ajoute Isabelle Maeght.

GALERIE MAEGHT
42, rue du Bac
75007 PARIS
www.maeght.com

12/01/15

La toilette, la naissance de l'intime, Musée Marmottan Monet, Paris

La toilette, la naissance de l'intime 
Musée Marmottan Monet, Paris 
12 février - 5 juillet 2015 

Henri de Toulouse Lautrec, "La toilette : Madame Favre (femme se faisant les mains)", 1891 
Peinture à l’essence sur carton, 72 x 76 cm, Suisse, Collection Nahmad 

© Suisse, Collection Nahmad / Raphaël Barithel

Après avoir célébré les quatre-vingts ans de l’ouverture du musée au public à travers les deux expositions temporaires « Les Impressionnistes en privé » et « Impression, soleil levant », le musée Marmottan Monet présente du 12 février au 5 juillet 2015 la première exposition jamais dédiée au thème de La Toilette et à La Naissance de l’Intime.

L’exposition réunit des œuvres d’artistes majeurs du XVe siècle à aujourd’hui, concernant les rites de la propreté, leurs espaces et leurs gestuelles.

C’est la première fois qu’un tel sujet, unique et incontournable, est présenté sous forme d’exposition. Dans ces œuvres qui reflètent des pratiques quotidiennes qu’on pourrait croire banales, le public découvrira des plaisirs et des surprises d’une profondeur peu attendue.

Des musées prestigieux et des collections internationales se sont associés avec enthousiasme à cette entreprise et ont consenti des prêts majeurs, parmi lesquels des suites de peintures qui n’avaient jamais été montrées depuis leur création.

Une centaine de tableaux, des sculptures, des estampes, des photographies et des images animées (« chronophotographies ») permettent de proposer un parcours d’exception.

François Boucher, "L’Œil indiscret" ou "La Femme qui pisse", 1742 ? Ou années 1760 ? 
Huile sur toile, 52,5 x 42 cm, Collection particulière 
© Christian Baraja 

François Boucher, "Une Dame à sa toilette", 1738 
Huile sur toile, 86 x 76 cm, Collection particulière 
© Image courtesy of P & D Colnaghi & Co, Ltd, London 

L’exposition s’ouvre sur un ensemble exceptionnel de gravures de Dürer, de Primatice, de peintures de l’Ecole de Fontainebleau, parmi lesquels un Clouet, l’exceptionnelle Femme à la puce de Georges de La Tour, un ensemble unique et étonnant de François Boucher, montrant l’invention de gestes et de lieux spécifiques de toilette dans l’Europe d’Ancien Régime.

Edgar Degas, "Après le bain, femme nue couchée", 1885-1890 
Pastel sur papier, 48,3 x 82,3 cm, Suisse, Collection Nahmad
© Suisse, Collection Nahmad / Raphaël Barithel 

Dans la deuxième partie de l’exposition, le visiteur découvrira qu’avec le XIXe siècle s’affirme un renouvellement en profondeur des outils et des modes de la propreté. L’apparition du cabinet de toilette, celle d’un usage plus diversifié et abondant de l’eau inspirent à Manet, à Berthe Morisot, à Edgar Degas, à Toulouse Lautrec et encore à d’autres artistes, et non des moindres, des scènes inédites de femmes se débarbouillant dans un tub ou une cuve de fortune. Les gestuelles sont bouleversées, l’espace est définitivement clos et livré à une totale intimité, une forme d’entretien entre soi et soi se lit dans ces œuvres, d’où se dégage une profonde impression d’intimité et de modernité.

Natalino Bentivoglio Scarpa, dit Cagnaccio di San Pietro, "Femme au miroir", 1927 
Huile sur toile, 80 x 59,5 cm, Vérone, collezione della Fondazione Cariverona 
© collezione della Fondazione Cariverona, Italy 


Bettina Rheims, "Karen Mulder with a very small Chanel bra, janvier 1996, Paris", 1996 
C-print, 120 x 120 cm, Signé au dos sur le cartel, Paris, collection de l’artiste, 
© Bettina Rheims copyright Studio Bettina Rheims  

La dernière partie de l’exposition livre au visiteur l’image à la fois familière et déconcertante de salles de bains modernes et « fonctionnelles » qui sont aussi, avec Pierre Bonnard, des espaces où il est permis, à l’écart du regard des autres et du bruit de la ville, de s’abandonner et de rêver.

Commissaires de l’exposition : Nadeije Laneyrie-Dagen, historienne de l’art et Georges Vigarello, historien.

Musée Marmottan Monet 

30/12/13

Joel Morrison, Galerie Almine Rech, Paris

Exposition Joel Morrison 
Galerie Almine Rech, Paris
9 janvier - 15 février 2014


Pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Almine Rech, l’artiste californien JOEL MORRISON présente un nouvel ensemble d’assemblages en acier inoxydable. Un cadre conceptuel inébranlable est joint à des objets du quotidien et enchâssé dans des extérieurs lisses et raffinés. Grâce à des surfaces sans faille et à une fabrication impeccable, Joel Morrison lubrifie efficacement la réalité brute et parfois crue qui sous-tend son œuvre.

Oscillant entre art élitiste et art populaire, minimalisme et abstraction, ordre et chaos, Morrison touche un public divers grâce à un indéniable travail d’artisan, tout en maintenant une intégrité subversive. Il élève des objets trouvés organiques, divergents et apparemment arbitraires en leur offrant des rôles exaltés. Le motif cousu sur la couverture New Madrid est le même que celui d’une peinture de Frank Stella de 1961. Une viennoiserie française ordinaire est détournée sur un buste néo-classique, formant un croissant-moustache qui présente un surprenant parallèle avec la culture hispanique « cholo » du Sud de la Californie.

Des objets du quotidien comme des enclumes, des épis de maïs, des vestes cloutées et du papier d’aluminium sont coulés dans des métaux divers. Faisant usage d’un moyen d’expression souvent associé à une esthétique monochromatique froide et rigide, l’artiste s’oppose à cette interaction initiale en enveloppant l’œuvre dans des surfaces parfaites, miroitées et polies. Le spectateur se trouve ainsi immédiatement lié à l’œuvre, dans un rapport intime et personnel. Les couleurs de ses cheveux, de ses vêtements et d’autres éléments de l’environnement sont instantanément absorbées par la pièce. Bien que coulée dans une matière solide et très résistante, l’œuvre est sans cesse revitalisée par l’afflux de visiteurs et par son environnement.

Les surfaces raffinées des pièces évoquent une équipe de fabricants spécialisés, créant les œuvres au moyen de machines sophistiquées. Ceci contraste avec le caractère physiquement éprouvant et la minutie du processus analogue par lequel la main de l’artiste est littéralement impliquée dans chaque étape du processus.

Né en 1976 à Seattle dans l’Etat de Washington, JOEL MORRISON vit et travaille à Los Angeles en Californie. Il a participé ces dernières années à de nombreuses expositions dont Six Solos au Wexner Center for the Arts (Columbus, Ohio, 2011) et California Biennial au Orange County Museum of Art (2006). Son œuvre a également été exposée à la galerie Gagosian (Hong Kong 2012, New York 2011 -exposition de Joel Morrisson présentée ici-, Beverly Hills 2008). Joel Morrison a également occupé la Project Room du Santa Monica Museum of Art  (Californie, 2003).  

Galerie Almine Rech
64 rue de Turenne - 75003 Paris
www.alminerech.com 

23/12/13

Edi Hila, Penthouse, JGM. Galerie, Paris

Edi Hila, Penthouse 
JGM. Galerie, Paris 
Jusqu'au 1er février 2014 


La JGM. Galerie organise sa deuxième exposition personnelle de l’artiste albanais EDI HILA. Pour cette nouvelle exposition intitulée Penthouse, l’artiste présente une nouvelle série de peintures réalisées à Paris cet automne durant sa résidence au Couvent des Récollets.

Figure majeure de la scène balkanique, Edi Hila témoigne depuis plus de vingt ans des profonds changements vécus par les sociétés postcommunistes européennes. Ayant refusé d’émigrer vers un pays économiquement plus riche, Edi Hila vit à Tirana, où il développe un travail de réflexion sur la nature transitoire de l’histoire de son pays (frontière naturelle entre occident et orient) et sur la position de la peinture albanaise dans l’histoire de l’art méditerranéenne.

Les séries les plus récentes de l’artiste ont mis l’accent sur l’environnement urbain et plus particulièrement sur l’architecture qui est le lieu d’expression privilégié d’une identité albanaise aussi complexe qu’inattendue. Le climat psychologique et l’héritage culturel de son pays est matérialisé dans des scènes de rue ou à travers des architectures fantomatiques. Le traitement pictural d’Edi Hila leur donne un caractère mystérieux, presque surnaturel. Dans ses peintures, le spectacle du quotidien semble se dérouler dans un décor de science-fiction.

Pour l’exposition Penthouse, Edi Hila a réalisé un ensemble de sept peintures selon un programme très clairement défini : un immeuble est systématiquement représenté de face ou en léger trois-quarts, le cadrage est très resserré. Les deux-tiers du bas de l’immeuble sont intégralement murés tandis que sa partie supérieure est coiffée d’un étage où se concentre toute l’ornementation. A première vue, ces architectures utopiques semblent mêler très librement des références à l’architecture moderniste et vernaculaire. Mais l’étage supérieur, le « penthouse », qui focalise presque toute l’attention, est en réalité directement inspiré de maisons dont l’ostentation souligne la volonté de leur propriétaire de se singulariser et d’affirmer un certain statut social. A travers ces immeubles monolithiques, absurdes et repliés sur eux-mêmes, Edi Hila s’intéresse à la psychologie des individus, aux références culturelles et à l’environnement social qui leur est sous-jacents. L’artiste pose un regard à la fois ironique et bienveillant sur nos quêtes identitaires et nos besoins de reconnaissance. 

EDI HILA est né à Shkodër, en Albanie, en 1944. Depuis 1991, il enseigne la peinture à l’Académie des Arts de Tirana (où il forma notamment des artistes comme Adrian Paci et Anri Sala). Il a participé à de nombreuses expositions internationales dont la Biennale de Venise (1999), « After the Wall » au Moderna Museet à Stockholm (1999), au Hamburger Bahnhof à Berlin et au Ludwig Museum à Budapest (2000), « Blood and Honey – The Future’s Balkan » curatée par Harald Szeeman au Essl Museum à Vienne (2003) ou encore la Biennale de Liverpool (2010). Ses œuvres ont récemment rejoint les collections du Musée national d’art Moderne Centre Pompidou, du FRAC Pays de la Loire et du Fonds Municipal de la ville de Paris.

Edi Hila est lauréat du programme de résidences internationales Ville de Paris / Institut français aux Récollets. 

JGM. Galerie
79, rue du Temple - 75003 PARIS
www.jgmgalerie.com

22/12/13

Timothy Archer, Christophe Boursault, Galerie Polad-Hardouin, Paris

Timothy Archer / Christophe Boursault 
Galerie Polad-Hardouin, Paris 
30 janvier - 27 février 2014 

La galerie Polad-Hardouin présente les œuvres récentes de Timothy Archer et de Christophe Boursault. L’accrochage entend mettre en lumière l’univers spécifique de chacun, à la manière d’une exposition personnelle. L’énergie et la vivacité qui se dégagent de leurs peintures et dessins les rapprochent en effet.

TIMOTHY ARCHER

TIMOTHY ARCHER 
Danse nuptiale I, 2013 
Technique mixte sur papier, 140 x 100 cm
Courtesy Galerie Polad-Hardouin, Paris

Timothy Archer a délaissé la toile à laquelle il préfère le papier, qui selon lui est un matériau plus sensuel, plus apte à recueillir ses visions nocturnes. Car Timothy Archer travaille surtout la nuit, dans un atelier semblable à une cellule où s’accumulent du sol au plafond, dessins, peintures et totems. C’est là qu’avec exubérance et boulimie, il exécute ses dessins au fusain ou au pastel noir d’où jaillissent masques, démons, portraits et animaux fantastiques. Puis il revient sur ses pas, sur la trace première, pour faire intervenir la couleur leur donnant corps et texture. Sa palette flamboyante et vibrante est comme contenue dans les cernes noirs, mais c’est pour mieux les déborder, les transgresser.

Si son monde peut s’apparenter à celui des expressionnistes allemands (certains dessins rappellent l’Enfer des oiseaux de Beckman) et des naïfs, s’il va puiser ses formes dans les arts africains et océaniens, l’image ne forme pas son intention première. Elle est plutôt un tremplin lui permettant d’explorer le champs des possibles des sensations et des émotions par le jeu chromatique et celui des matières. Andrew Gilbert écrit à son sujet : “Toute tentative de rationaliser et de décrire les dessins, les peintures et les masques de Timothy Archer, détruit l’âme de son œuvre, sans en capturer la texture, l’odeur, la couleur, l’empreinte de joie, de violence et d’énergie qui la traverse.” 

TIMOTHY ARCHER
En luminure, 2013 
Technique mixte sur papier, 100 x 70 cm
Courtesy Galerie Polad-Hardouin, Paris

Né en 1982 à Boulogne-sur-Mer, Timothy Archer vit et travaille à Lille. Récemment diplômé de la faculté d’Arts plastiques de Lille, ses dessins, peintures et sculptures ont été présentés dans des expositions collectives à Paris, Marseille, Berlin et Prague. Il a récemment rejoint la galerie Polad-Hardouin. Il s’agit de sa première exposition personnelle. Une autre est prévue à Lille au printemps 2014.

CHRISTOPHE BOURSAULT

CHRISTOPHE BOURSAULT
J'aim les, 2013
Technique mixte sur toile, 130 x 162 cm
Courtesy Galerie Polad-Hardouin, Paris

Peintre, dessinateur et performeur, dans sa peinture comme dans ses vidéos, Christophe Boursault privilégie l’improvisation, la captation de l’instant. En peinture, cet élan lui permet de saisir les micro-variations d’états mentaux, le flux tendu des sensations changeantes et contradictoires qui le traversent. Les formes, les signes, les mots éclatent et s’entrechoquent. Basculant entre figuration et abstraction, cet ensemble crée une dynamique heurtée et lyrique, un mouvement déstructuré. Cette quête de la vitesse, doublée d’un rejet de la méthode devient donc une nécessité, car c’est ainsi que s’inscrit cette perpétuelle contradiction de gestuelle et d’intention. 

Dans cette peinture brute, directe, électrisante, mais aussi facétieuse, le message est volontairement brouillé et la lecture ardue. Il faut un temps d’adaptation au spectateur, pour saisir la musique de cet équilibre ténu et fragile, toujours sur le point de dérailler. Tel un autodidacte, Boursault suit sa propre histoire, qui croise bien sûr des histoires nombreuses, mais sans véritablement rechercher la comparaison avec d’autres peintres et mouvements picturaux.

CHRISTOPHE BOURSAULT
Les croyances, 2013
Technique mixte sur toile, 114 x 195 cm
Courtesy Galerie Polad-Hardouin, Paris

Diplômé du DNSP de la Villa Arson de Nice en 2004, Christophe Boursault a séjourné plusieurs années à Marseille, où il a régulièrement exposé. Il a également participé à des collectives en Europe (Prague, Burgos, Londres, Lausanne, Hambourg...) et aux Etats-Unis (New York). On a pu voir une de ses vidéo dans l’exposition consacrée à l’histoire de la performance sur la Côte d’Azur, A la vie délibérée, à la Villa Arson en 2012. Il vit et travaille à Bourges depuis 2011. Il est l’artiste phare du Team Lagardere Thug Life, une structure privée qui pousse la performance artistique au plus haut niveau. Il expose pour la seconde fois en solo à la galerie Polad-Hardouin et a participé à plusieurs collectives depuis 2010. 

Galerie Polad-Hardouin 
86 rue Quincampoix - 75003 Paris
www.polad-hardoin.com

09/12/13

Andrei Molodkin, Galerie Patricia Dorfmann, Paris

Andrei Molodkin, Immigrant Blood 
Galerie Patricia Dorfmann, Paris
Jusqu'au 28 décembre 2013 



Patricia Dorfmann et Stéphane Chatry, commissaire invité, présentent IMMIGRANT BLOOD, une exposition personnelle d’ANDREI MOLODKIN, artiste russe de renommée internationale, présentant en exclusivité une œuvre intitulée « Immigrant blood pumped inside Marianne ». Andreï Molodkin y invite les demandeurs d’asile à venir donner leur sang sur place, alimentant ainsi son installation en temps réel.

L’œuvre d’Andreï Molodkin met l’accent sur la corruption qui ronge actuellement les structures sociales, politiques et religieuses. Par cette installation, il nous confronte aux tensions sociales grandissantes qui font la une des médias : immigration illégale en hausse, demandes d’asile refusées et, par conséquent, expulsions du territoire controversées. 

Creusé dans un bloc d’acrylique transparent, l’élément central de cette installation est une réappropriation littérale de la Marianne, incarnation de la République française et symbole des valeurs démocratiques. L’artiste a choisi de représenter cette figure allégorique pour signifier avec force le comportement ambigu du pays face à ces questions qui touchent à la morale et l’éthique. 

Par un réseau de tubes, cette Marianne est reliée à une série de pompes à perfusion, régulées par des compresseurs industriels. La sculpture, pensée comme un objet médical mais réalisée comme un produit industriel, imite le fonctionnement du corps humain : les tuyaux symbolisent les vaisseaux transportant le sang dans l’organisme. Le mouvement cyclique de l’installation est capturé et sublimé par un système de diffusion en temps réel au moyen de caméras et d’appareils projetant une représentation démultipliée et incontournable du dispositif original. 

Pendant toute la durée de l’exposition, une infirmière diplômée sera présente pour recueillir à l’intérieur même de la galerie les dons de sang des demandeurs d’asile. Le sang recueilli est directement injecté dans le corps de la Marianne puis conservé dans des réfrigérateurs de laboratoire installés à proximité. 

Les donneurs deviennent eux-mêmes une part active du mouvement circulaire de l’installation. Non seulement, ils assistent en direct au mélange de leur sang dans ce corps mécanique autonome mais ils rendent compte aussi, par leur présence, de leur sensibilité à l’égard des sujets d’actualité que sont l’identité, le nationalisme et la lutte pour les droits fondamentaux de l’être humain. 

En choisissant la Marianne comme symbole, Andreï Molodkin se sert de l’emblème national pour inviter les participants et le public à réfléchir en profondeur aux controverses qui font rage dans le pays et partout dans le monde. A l’image du sang transfusé en continu dans la sculpture, les capitaux circulent en permanence, sans entrave, à l’échelle internationale. La classe ouvrière, elle, peine à jouir de ces libertés. 

Né en 1966 à Bouï (au nord de Moscou), ANDREI MOLODKIN est diplômé en architecture et design industriel de l’Académie Stroganov (Moscou) en 1992. Pendant ses études, il sert dans l’Armée soviétique en transportant des missiles à travers la Sibérie. En 2009, il représente son pays au pavillon russe lors de la Biennale de Venise. En 2012, son installation grand format “Liquid Modernity” intègre la collection de la Tate Modern à Londres. Expositions récentes : “Catholic Blood” - VOID, Derry, Irlande du Nord (2013) ; “CRUDE” - Katzen Art Center, American University Museum, Washington D.C. (2013) ; “Liquid Black” - Museum Villa Stuck, Munich (2012) ; CRUDE - Station Museum of Contemporary Art, Houston Texas (2011/12) ; “Absolute Return” - Musée d’art moderne, Saint-Étienne (2011/12). 

Andreï Molodkin a présenté « Catholic Blood » à la galerie VOID (Irlande du Nord) dans le cadre du programme Ville de la Culture 2013. Supervisée par le commissaire Conor McFeely, l’exposition “Catholic Blood pumped in the rose window of the Houses of Parliament” fut spécialement conçue pour souligner le contexte de la ville de Derry. L'installation inspira de nombreux articles dans des journaux tels que BBC News, Belfast Telegraph, Culture24, Derry Journal, Guardian, Independent, Irish Arts Review, Irish News, London Derry Sentinel, Morning Star. 

Prochaine exposition : Artus de Lavilléon, He is not just a self declared genius, 30 janvier - 20 février 2014

Galerie Patricia Dorfmann
61, rue de la Verrerie - 75004 Paris
www.patriciadorfmann.com

28/11/13

Expo Ulla von Brandenburg, Art : Concept, Paris

Ulla von Brandenburg : Die Straße 
Galerie Art : Concept, Paris 
30 novembre 2013 - 25 janvier 2014 
“ Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, par où je dois m’en aller d’ici? - Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller. - Peu importe l’endroit... - En ce cas, peu importe la route que tu prendras. - .... pourvu que j’arrive quelque part”, ajouta Alice en guise d’explication. “Oh, tu ne manqueras pas d’arriver quelque part, si tu marches assez longtemps.”Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles, éd. Gallimard, 1994, p. 105
Pour sa troisième exposition personnelle à la galerie Art : Concept, ULLA VON BRANDENBURG présente Die Straße, son dernier film, qu’elle intègre dans une installation labyrinthique en tissu métamorphosant ainsi l’espace de la galerie. Comme dans Die Straße qui met en scène un homme évoluant dans une rue délimitée par des décors de théâtre, le spectateur va être invité à progresser dans un espace clos, défini par les pans de tissus. Comme souvent dans le travail d’Ulla von Brandenburg, l’installation a son importance car elle permet un ancrage spatial, elle est spécifique au lieu qui l’accueille car elle développe un dialogue avec lui et préfigure ce qu’il va se passer dans le film. 

ULLA VON BRANDENBURG
Die Straße (extrait du film / still from video), 2013
film noir et blanc, sonore, 11’20 min / film b&w with sound, 11’20 min
Image courtesy Art : Concept, Paris 

Après 8, Singspiel, Chorspiel ou Spiegellied I & II dont l’action se situait dans des maisons ou des intérieurs supposés (Chorspiel), Die Straße a été tourné en plein air et l’histoire se passe dans une rue. L’écrin protégé qu’est la maison permettait à Ulla von Brandenburg d’évoquer la thématique de la famille, des relations entre les individus, créant ainsi une sorte de toile connectant les différents protagonistes entre eux. Dans la rue, en revanche, les habitants qui la peuplent peuvent se connaître sans pour autant être liés, la rue est un espace ouvert et les choses qui s’y passent diffèrent de celles inhérentes à la sphère privée. Dans Die Straße, un visiteur entre dans la rue et devient le témoin d’une série d’événements tout en restant à l’écart. Rappelant les mécanismes d’Alice au pays des merveilles, dans lequel le personnage principal maintient sa position de regardeur et essaie de comprendre le fonctionnement de ce monde qui lui est étranger, l’acteur principal devient un être à part, en marge du monde qu’il découvre, devenant au fur et à mesure suspect aux yeux des autres. Dans son errance à travers la rue, il devient nous, les spectateurs, étrangers venus d’un autre monde, d’un autre temps et débarquant ici, incapables de comprendre les rites, les actions de ces hommes et femmes qui nous entourent. Comme la jeune Alice, les rares fois où il tente d’intervenir, on assiste au télescopage de ces deux mondes et à l’incompréhension des autres protagonistes. Lui veut aider mais le fait-il vraiment ? Ne finit-il pas par déstabiliser l’équilibre existant au sein de ces rituels, de ces événements ? 

ULLA VON BRANDENBURG
Die Straße (extrait du film / still from video), 2013
film noir et blanc, sonore, 11’20 min / film b&w with sound, 11’20 min
Image courtesy Art : Concept, Paris 

A cette notion de mise à distance s’ajoute la question de l’intemporalité, thème souvent abordé par Ulla von Brandenburg dans son travail, qu’elle explique ainsi : “Quand on ne peut pas définir quelque chose temporellement parlant, on lui attribue automatiquement une affiliation au passé. Mais qui peut dire qu’en fait il ne s’agit pas plutôt du futur ? C’est important pour moi de placer l’action hors du temps et de jouer avec les différentes époques. Mes films évoquent davantage une perspective historique que le passé en tant que tel”. Dans ses films et installations, Ulla von Brandenburg crée une distance entre le “ici et maintenant” et la temporalité/espace. Cette mise à distance fonctionne comme une sorte de vide qui peut être comblé par des images ou des objets que l’on retrouve à la fois dans le film et en même temps dans l’espace d’exposition. 

Les objets ont un rôle prépondérant dans l’art théâtral d’Ulla von Brandenburg et on les retrouve aussi bien dans ses films que dans ses oeuvres plastiques. Dans le cadre des films, ils prolifèrent dans l’espace et ne cessent de dépasser le statut d’accessoire ou de simple élément de scénographie. Dans ses aquarelles et papiers découpés ils deviennent autant de références à des époques différentes, des rites, des symboles qui ont construit nos sociétés. Car finalement de ces objets et références multiples découle ce que nous sommes, nous nous fabriquons et évoluons ou non avec eux. Prenons l’exemple du miroir, objet central dans le travail d’Ulla von Brandenburg, ce dernier est utilisé comme objet, artifice de théâtre et de jeu, il permet d’établir un lien en la fiction et la réalité. En regardant à travers un miroir, nous accédons à un autre niveau de perception et de sens. Le miroir est un symbole, symbole de la connaissance, du savoir, il montre et reflète différents états de la réalité qui nous entoure: connaissance, réflexion, conscience. Sans pour autant rentrer dans une analyse lacanienne des choses où le miroir permet de prendre conscience du “Je” et de notre propre développement en tant qu’individu, Ulla von Brandenburg en utilisant un tel objet fait allusion à l’individu, sa place dans la société, qui fait quoi? Qui utilise quoi ? Quel prix doit-on payer afin de prendre place dans la pyramide du pouvoir ? 

ULLA VON BRANDENBURG
Die Straße (extrait du film / still from video), 2013
film noir et blanc, sonore, 11’20 min / film b&w with sound, 11’20 min
Image courtesy Art : Concept, Paris 

A ces objets, ces personnages errants, ces protagonistes indatables, s’ajoutent des paroles souvent chantées, toujours en allemand. Les textes rappellent l’écriture automatique des Surréalistes et sont écrits en une seule fois sans pause. Il s’agit toujours d’un discours direct, avec des jeux de mots, des références à des chansons... Ce dialogue, davantage associatif que narratif, permet alors au cerveau de créer automatiquement des connexions et de donner des significations émotionnelles à l’individu qui regarde. 

Via le théâtre, la mise en scène, les artefacts, les rites, l’ombre, la lumière ou les traditions populaires, le travail d’Ulla von Brandenburg amène le spectateur à regarder, appréhender des mondes étranges, mais finalement l’amène à se poser la question fondamentale de la place qu’il occupe et du rôle qu’il joue... 

Aurélia Bourquard

ART : CONCEPT
13, rue des Arquebusiers - 75003 Paris 

10/11/13

Expo Peter Soriano, Galerie Jean Fournier, Paris

Peter Soriano : Panorama 
Galerie Jean Fournier, Paris 
21 novembre 2013 - 4 janvier 2014

La galerie Jean Fournier présente Panorama, une exposition des œuvres récentes de PETER SORIANO sous la forme d’un dialogue entre une peinture murale monumentale et un ensemble inédit d’oeuvres sur papier.

L'année 2012 constitue un tournant dans l’œuvre de Peter Soriano. L’artiste délaisse les câbles en acier, les tuyaux en aluminium et les lignes et symboles peints à la bombe utilisés ces dernières années. Il en résulte un travail plus dépouillé mais également plus complexe. « Le travail a été réduit à son essence : les éléments en trois dimensions ont été aplatis et fusionnés avec la peinture sur le mur. Plus complexe parce qu’une fois réduite, l’œuvre peut être plus difficile à comprendre, sans les fils et les câbles. La relation entre l’œuvre et l’espace qu’elle occupe devient moins tangible, plus théorique. (Peter Soriano, décembre 2012)

Pour cette exposition, Peter Soriano réalise une grande peinture murale spécifiquement conçue pour la galerie. Cette œuvre reproduit ce que l’artiste voit depuis son atelier dans le Maine dont la fenêtre surplombe quatre rochers escarpés, rochers que l’on retrouve régulièrement dans la composition sous la forme de quadrilatères aux formes irrégulières. Pour l’artiste, ces œuvres murales sont considérées comme des paysages, donnant ainsi à l’exposition son titre, Panorama.

Les éléments peints à la bombe, plus déliés, entrent en contraste avec les tracés réguliers des quadrilatères et des rectangles, les flèches guidant le regard du spectateur. Ces lignes de peinture fines et nettes suggèrent des espaces en trois dimensions.

Peter Soriano détaille toutes les instructions nécessaires à la réalisation de l’œuvre dans un document autonome à sa présentation offrant ainsi une « spontanéité guidée ». L’artiste compare parfois ses pièces à des partitions musicales, certains détails étant laissés à la discrétion et l’imagination de celui qui reproduit l’oeuvre.

Le regard se laisse guider pour découvrir peu à peu le « panorama » lequel, telle une phrase se déployant le long du mur de la galerie, conduit jusqu’à l’espace sous la verrière de la galerie. Dans les oeuvres sur papier, autonomes et réalisées en écho de la peinture murale, on retrouve les lignes, flèches, cercles, annotations, zones d’ombres mais également des éléments plus figuratifs. Sur des feuilles de papier Japon superposées et pliées aux bords irréguliers, Peter Soriano traduit ici ce que son œil voit et le mouvement que celui-ci fait lorsque l’artiste laisse errer son regard dans l’espace retranscrit, souvent des lieux de vie ou de l’atelier. Ces oeuvres sont désignées comme des dessins « sites ».

Les œuvres sur papier présentent une palette de couleur plus variée grâce au recours de techniques diverses. La peinture à la bombe côtoie la mine de plomb et l’aquarelle. Les signes graphiques, les lignes, les lettres rappelant le titre de l’exposition, les traces de pliage des feuilles de papier traduisent l’ensemble des mouvements opérés par le regard de l’artiste.

Ainsi, l’exposition Panorama présente un ensemble d’œuvres où l’œil se fait moteur, du regard créatif de l’artiste jusqu’aux déplacements du spectateur.

A l’occasion de l’exposition, publication d’un dépliant conçu par l’artiste. 

Galerie Jean Fournier 
22, rue du Bac, 75007 Paris 

09/10/13

Expo Marco Del Re, Galerie Maeght, Paris

Marco Del Re : Fables, contes et métamorphoses 
Galerie Maeght, Paris 
18 octobre - 14 décembre 2013 

MARCO DEL RE 
L'ours et les deux compagnons — L V F XX, 2010 
Gouache sur papier, 76 x 56 cm 
© Galerie Maeght Paris 

« Marco Del Re, est un artiste qui dans une société en crise, choisit de s’opposer à la présence de l’inquiétude et des périls, par un contre-pied esthétique et éthique : l’exercice, dans son œuvre, d’une légèreté et d’une joie permettant, non d’oublier mais de trouver, dans l’art, un plaisir spirituel et joueur comme une réponse à la mélancolie. » C’est en ces termes qu’Olivier Kaeppelin préface le catalogue de l’exposition que la Galerie Maeght propose du 17 octobre au 14 décembre 2013. 

Les gouaches, encres et huiles que Marco Del Re consacre aux Fables de La Fontaine, à la Cendrillon napolitaine ou aux Métamorphoses d’Ovide sont autant de prétextes à faire vivre autrement les contes et légendes. Marco Del Re crée par la littérature. Ses œuvres se détachent de la logique fonctionnelle du récit ; la peinture s’échappe de la narration pour créer des fictions purement picturales. Elle ne raconte ni ne nomme, elle capte l’essentiel des mouvements, le cœur des métamorphoses. Les œuvres de Marco Del Re, parfois illustratives et souvent énigmatiques, ont pour objet d’énoncer autrement ces histoires qui font vivre son imaginaire et notre inconscient collectif. Ces personnages, qui pourtant sont là de toute éternité, créent un sentiment paradoxal d’une familiarité inconnue. 

MARCO DEL RE 
L'homme et son image — L I F XI, 2010 
Huile sur toile, 46 x 65 cm 
© Galerie Maeght Paris 

Dans cette exposition, Marco Del Re a créé un moment de liberté et de peinture. Les créatures prennent forme, l’essentiel étant la naissance de figures nouvelles, la transformation, le déroulement ininterrompu. Les outils du peintre : l’imaginaire, la couleur, la mémoire et la danse, au rythme des différentes techniques et surfaces que Marco Del Re utilise avec gourmandise − gouaches et encres sur papier, épurées, huiles sur papier Népal, profondes et envoutantes, huiles sur toile. 

MARCO DEL RE 
Cendrillon XV, 2011 
Encre sur papier, 75 x 110 cm 
© Galerie Maeght Paris 

« Les formes surgissent rapidement pour conserver l’impulsion de la fable » précise Marco Del Re, qui réenchante la littérature par le regard et, notamment, l’emploi de la couleur. Elle se dilate, recouvre, figure par une tache ou une trajectoire libre ; parfois assourdie, parfois éclatante, elle joue avec la profondeur des papiers et de la toile. Gris, bruns, roses, éclats de jaunes et de rouges, composent un mouvement léger, une rêverie, disent l’essentiel. 

Ainsi, avec une façon singulière de poser le lavis, la tempera, Marco Del Re cherche les surfaces liquides, transparentes ; la métamorphose prend alors un sens nouveau. 

MARCO DEL RE 
Les Métamorphoses d'Ovide I, 2011 
Gouache sur papier, 90 x 63 cm 
© Galerie Maeght Paris 

MARCO DEL RE 
Les Métamorphoses d'Ovide XXX, 2011 
Gouache sur papier, 106 x 76 cm 
© Galerie Maeght Paris 

Le catalogue de l’exposition, préfacé par Olivier Kaeppelin, met en regard les œuvres de Marco Del Re avec quelques uns des textes originaux, toujours à redécouvrir et plus que jamais de notre temps. 

Marco Del Re : Editions 

MARCO DEL RE 
Côte d'Azur III, 2013 
Linogravure originale sur Népal, 70 x 50 cm 
18 exemplaires 
© Galerie Maeght Paris 

Lors de son dernier séjour dans les ateliers Maeght à Saint Paul, Marco Del Re a enrichi son Œuvre gravé de 8 pointes sèches et 12 linogravures originales. Ces œuvres gravées seront présentées dans la librairie pendant l’exposition. Dans la continuité de son travail pictural, Marco Del Re se libère de ses intérieurs. Des jardins plantureux et expansifs, révèlent la nature toute entière. Dans cette nouvelle série, intérieurs, paysages méditerranéens et l’atelier du peintre forment l’espace de l’artiste, tel un théâtre et ses décors. La réplique est donnée par des références picturales, historiques, mythologiques ou encore statuaires. Un patrimoine culturel que l’artiste s’approprie dans ces œuvres. Marco Del Re nous invite ainsi à prendre part à un dialogue dont l’enrichissement est permanent. 

GALERIE MAEGHT
42, rue du Bac
75007 PARIS
www.maeght.com

08/10/13

Expo photo Simone Kappeler, Galerie Esther Woerdehoff, Paris

Simone Kappeler : Through America 
Galerie Esther Woerdehoff, Paris 
Jusqu'au 2 novembre 2013

SIMONE KAPPELER, Erie-See, 10.6.1981, 1981
Tirage Ilfochrome, 50 x 50 cm ou 100 x 100 cm
© Simone Kappeler, Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Née en 1952, SIMONE KAPPELER commence à prendre des photographies dès l’âge de 11 ans. Après des études en littérature allemande et en histoire de l’art, elle étudie la photographie à l’Ecole de Design de Zurich. 

En 1981, Simone Kappeler entreprend un voyage de quatre mois à travers les Etats-Unis au volant d’une vieille Gran Torino. Durant ce road trip, elle prend des clichés, en noir et blanc ou en couleurs avec des appareils photos bon marché, dont un Diana. 

SIMONE KAPPELER, Elk City-Oklahoma-Pool-III, 23.6.1981, 1981
Tirage Ilfochrome, 50 x 50 cm ou 100 x 100 cm
© Simone Kappeler, Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Ces images, redécouvertes seulement en 2010, nous plongent dans un univers de sensations, une représentation personnelle de ce qu’étaient les Etats-Unis il y a trente ans, bien avant l’ère Bush, l’invention d’internet et les téléphones portables. L’aspect aléatoire et les défauts liés à l’usage de ces appareils photos apportent une qualité particulière aux photographies de Simone Kappeler, images de l’intime plus proche de l’évocation que du documentaire. 

Vibrantes de lumière et de couleur, certaines photographies rappellent l’univers de Robert Frank ou de William Eggleston, et Simone Kappeler parsème ces images, pourtant très personnelles, de références subtiles à l’histoire de la photographie.

La photographe possède des dizaines d’appareils différents, Hasselblad, Leica, Diana, Brownie ou Polaroid dont elle explore les spécificités techniques. Elle utilise un stock de films qui ne sont désormais plus produits et apporte un soin extrême aux tirages, réalisés sur des papiers également en fin de production.

SIMONE KAPPELER, Los Angeles II, 18.7.1981, 1981
Tirage argentique, 50 x 50 cm ou 100 x 100 cm
© Simone Kappeler, Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

SIMONE KAPPELER, Niagara Falls XII, 10.6.1981, 1981
Tirage argentique, 50 x 50 cm ou 100 x 100 cm
© Simone Kappeler, Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

Galerie Esther Woerdehoff, Paris 
Site web : www.ewgalerie.com

06/10/13

Expo Kristján Guðmundsson, Galerie de la Châtre, Paris : Dessins et Dessins Olympiques

Kristján Guðmundsson : Dessins et Dessins Olympiques 
Galerie Martine et Thibault de la Châtre, Paris
Jusqu'au 2 novembre 2013

C’est avec le groupe SÚM en Islande dans les années  60 que KRISTJAN GUDMUNDSSON (né 1941) débute sa carrière artistique, un groupe fondé par de jeunes artistes avant-garde qui voulaient révolutionner le milieu artistique local et faire découvrir de nouvelles tendances. D'abord  influencé par le Pop Art, l’Arte Povera et Fluxus représenté par l´artiste suisse-allemand Dieter Roth qui vivait alors à Reykjavik, ce n’est que plus tard, vers 1970 que certains membres du groupe, pendant un séjour en Hollande, commencent à s’intéresser à l’art minimal, à l’art conceptuel, au livre en tant qu’expression artistique et à la poésie concrète. L’exposition Op Losse Schroeven: Situaties and Cryptostructuren organisée au Stedelijk Museum à Amsterdam en 1969 simultanément  à l’exposition d’Harald Szeemann à la Kunsthalle de Berne, Live in your head: When Attitudes Become Form,  fut aussi  un déclencheur pour ces artistes islandais en quête de nouvelles inspirations et d’ouverture. Si l’on devait nommer deux oeuvres de cette première période de Kristjan  Guðmundsson, ce serait : Triangle in a Square (1971-1972) une couche de terre de 4x4 m dans laquelle est inscrit un triangle invisible composé de terre sacrée venant d’un cimetière, et Painting of the specific gravity of the planet earth (1972-73), une plaque en métal peinte représentant la gravité terrestre. Deux oeuvres qui témoignent de l’extraordinaire richesse d’esprit, d’humour et de clarté qui caractérisent tout l’art de Gudmundsson et qui ont fait partie de l’exposition Ends of the Earth. Land Art to 1974 au Musée d’art contemporain de Los Angeles et Haus der Kunst à Munich  en 2012. 

Cependant c’est à travers le dessin que Kristján Guðmundsson s’exprime le mieux  et  pendant son séjour  à Amsterdam  (1970-79 ) il  réalise  ses premièrs dessins, Supersonic Drawings en tirant une balle  de fusil le long d’une feuille de papier de telle façon que la  balle  touche  légèrement le papier et la poudre brûlée laisse une trace linéaire.  Il a fallu 1/1500 de seconde à la balle pour traverser la feuille de papier d’une extremité à l’autre, ce que Guðmundsson lui même déclare « être un temps magnifiquement court pour faire un dessin » Un geste qui provoque à la fois admiration et peur et rend le pouvoir du Chronos visible. Avec Equal - Time - Lines (1974-1975) et Faster and Slower Lines (1975-1976) il écrit littéralement le temps en tirant des lignes sur un  papier buvard blanc à  l’aide d’une règle, un chronomètre et un stylo à encres noire, rouge ou bleu. De cette façon les lignes « lentes » deviennent plus larges que les lignes « rapides » et les lignes « courtes » plus épaisses que les lignes « longues » puisque  le tracé de la ligne dépend du  temps. C’est donc à travers ce laboratoire de la création qu’est le dessin que Guðmundsson découvre une infinité de possibilités spatiales et temporeles, qui l’emmène à s’intéresser aux outils même de base, le papier, l’encre, la mine de crayon, le pinceau, et le graphite qui deviendra par la suite un des matériaux fondamentaux  pour des oeuvres ou la recherche de l’essence même du dessin semble être au centre de ses  préoccupations.  

Le mot dessin tire son étymologie du mot « dessein »,  concept, projet, une chose de l’esprit, un  sens qui est plus proche  de  ce que  Guðmundsson  veut exprimer et  pour  lequel  le dessin est une pratique autonome, capable de véhiculer des réflexions  au même titre que d’autres expressions artistiques. En évoquant le mot dessin on pense aussi à l’écriture, tant ces deux mots sont liés  à une étymologie grecque commune, graphein, qui signifie « écrire » et d’où sont issus « graphisme » et « graphie », des mots qui sont intimement liés au tracé de la ligne, l’inscription des signes et une matière chère à Guðmundsson  qu´est le graphite qu’il utilise par exemple pour ses Dessins Olympiques. Chaque dessin est composé de 4 lignes horizontales en graphite de 130 cm de longueur et accompagné d’un objet d’athlétisme homologué par l'Association internationale des fédérations d'athlétisme ( IAAF ) et faisant ainsi référence  aux Jeux Olympiques. Plutôt que d’utiliser  le graphite pour  dessiner les lignes à la main Guðmundsson  fait de chaque dessin  un  reliefs sculptural et  lui  attribue  un  genre  en posant des instruments d’athlétisme à côté,  tel que le poids féminin ou le poids masculin (différence de taille et de poids pour les épreuves de lancer du poids). « Est-ce que tu as vu un dessin masculin ou  féminin » me demanda-t-il avec une subtile graine d’ironie quand je l’ai interrogé à propos des Dessins Olympiques. 

Certes le titre des oeuvres nous renvoie à la plus grande compétition sportive dans le monde et ce  n’est pas par hasard si Gudmundsson achète le graphite qu’il utilise à Nuremberg, la ville natale de Dürer, qu’il considère le plus grand dessinateur de tous les temps. En dehors des liens esthétiques entre les lignes en graphite et les objets d’athlétisme et l’énergie qu’ils dégagent,  n’y aurait-il pas une volonté de nous amener à réfléchir sur un éventuel rapport entre le dessin et la compétition physique dès l’origine ? Deux champs apparemment fort éloignés l’un de l’autre, mais qui pourtant se croisent, s’interrogent, se nourrissent et qui ont des liens qui les unissent par exemple au travers des classements, concours, compétitions, trophées et des prix. 

KRISTJAN GUDMUNDSSON  a représenté l’Islande à la Biennale de Venise  en 1982  et  en 2010  il reçoit  un des plus prestigieux des prix nordique, Carnegie Art Award pour ses Sound-absorbing paintings.  Guðmundsson  a participé  à de nombreuses expositions monographiques  et collectives à travers le monde et  en 2012  il participe  à  l’exposition Explorateurs au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix, Ville des Sables d’Olonne. L’exposition Dessins et Dessins Olympiques à la Galerie Martine et Thibault de la Châtre est la première exposition à Paris  de Kristján Guðmundsson  depuis  sa participation à l’exposition inaugurale du Centre Pompidou en 1977 Ça va, ça va, où il  avait exposé à côté de son frère Sigurdur Guðmundsson et de leurs amis Hreinn Friðfinnsson et Thordur Ben Sveinsson. 

Laufey Helgadóttir

Galerie Martine et Thibault de la Châtre
4 rue de Saintonge, 75003 Paris 
Site internet de la galerie : www.lachatregalerie.com 

Expo Bela Bartok et l'art hongrois, Musée d'Orsay, Paris : Allegro Barbaro. Béla Bartók et la modernité hongroise 1905-1920

Allegro Barbaro. Béla Bartók et la modernité hongroise 1905-1920 
Musée d'Orsay, Paris 
15 octobre 2013 -  5 janvier 2014

János Mattis Teutsch (1884-1960), Paysage, vers 1917
Huile sur carton, 50 x 50 cm, Budapest, Galerie nationale hongroise
© Museum of Fine Arts – Hungarian National Gallery, Budapest 2013

Dans la lignée des manifestations que le musée d’Orsay a consacrées aux grands noms de la musique (Gustave Mahler, Georges Debussy et les arts), cette exposition, intitulée Allegro Barbaro en hommage à la composition éponyme réalisée par le jeune Bartók en 1911, a pour ambition de faire revivre, cent ans plus tard, la richesse du dialogue entre les arts dans la Hongrie du début du siècle. Transdisciplinaire, elle propose au spectateur, en convoquant la musique de Béla Bartók au sein même des espaces d'exposition, un parcours historique sensible parmi ces oeuvres « allègrement barbares » en lesquelles s'exprime la liberté conquise par une nouvelle génération d'artistes. 

Ödön Márffy, l'un des peintres du groupe des Huit (Nyolcak) qui a marqué la peinture hongroise à l'orée du XXème siècle, soulignait déjà les liens qui unissent ces acteurs de l'entrée de la Hongrie dans la modernité : « C’était l’âge des révolutionnaires de l’art hongrois – Ady pour la poésie, Bartók pour la musique et nous, les Huit, pour la peinture ». En musique comme en peinture, la Hongrie du début du XXe siècle vibre d'un même esprit de rupture et de renouveau, au moment où la première symphonie de Béla Bartók, Kossuth, est jouée pour la première fois à Budapest en 1904, de jeunes peintres hongrois apparaissent sur la scène nationale. Pionniers au sein de l'avant-garde européenne, le premier comme les seconds inventent en quelques années un langage autonome et original, une modernité teintée de tradition nationale. 

Au tournant du siècle, nombreux sont les artistes qui se tournent vers la capitale française. Béla Bartók fait un premier séjour à Paris en 1905, à l'occasion du concours Rubinstein, alors que ses compatriotes (Róbert Berény, Ödön Márffy ou Géza Bornemisza...) viennent y étudier dans les académies « libres ». Le jeune Béla Bartók se confronte à la tradition française (Rameau, Couperin), et regarde vers les créations de Debussy; quand les jeunes peintres hongrois découvrent Cézanne, Gauguin et bientôt, Matisse, dont ils adoptent très vite le fauvisme. 

La plupart d'entre eux reviennent cependant régulièrement à Budapest ou dans les colonies d’artistes et autres foyers de création et de rencontre qui se forment chaque été, et retournent dans leur patrie après leurs années de formation, car c'est de leur pays qu'ils entendent renouveler les traditions. Ainsi, paradoxalement, de même que l'on ne peut dissocier la musique résolument moderne de Bartók de ses recherches en ethnomusicologie sur les chants populaires d'Europe centrale, le vif intérêt pour l’imagerie folklorique et l’ornementation populaire de ses homologues peintres allait de pair avec leur exigence de modernité. 

Au tournant des années 1910, le dialogue entre les arts sera particulièrement fécond : Les manifestations organisées en marge des expositions du groupe des Huit, puis de la revue Ma (Aujourd'hui), fondée en 1916 par Lajos Kassák, sont fréquentées et animées par les principaux représentants des milieux littéraires, philosophiques et musicaux d’avant garde, et Béla Bartók s'y produit.

En une centaine de tableaux issus des collections publiques hongroises comme de nombreuses collections privées, mais aussi à travers de nombreux documents (partitions, photographies, films, enregistrements sonores ...), relatifs au jeune Béla Bartók et aux peintres, musiciens, compositeurs, écrivains, poètes, de son entourage, cette exposition se propose de faire découvrir au visiteur un pan encore trop méconnu de l'histoire des arts en Europe. 

Commissariat de l'exposition : 
Claire Bernardi, conservateur au musée d'Orsay
Gergely Barki, historien de l’art à l’institut d’histoire de l’art, centre de recherches en sciences
humaines de l’académie des sciences de Hongrie
Zoltán Rockenbauer, historien de l'art indépendant

Publication : Catalogue de l’exposition, coédition musée d'Orsay / Hazan, 272 pages, 165 ill., 200 x 250 mm

Cette exposition est placée sous le haut patronage de Monsieur François Hollande, Président de la République et de János Áder, Président de la République de Hongrie. Elle est organisée avec la participation exceptionnelle du Szépmővészeti Múzeum de Budapest.

MUSEE D'ORSAY, PARIS
Niveau 5, salle d'exposition temporaire 
Entrée par le parvis, 1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris - France 
Site internet : www.musee-orsay.fr

05/10/13

Expo Masculin / Masculin : L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours, Musée d'Orsay, Paris

Masculin / Masculin : L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours
Musée d'Orsay, Paris 
Jusqu'au 2 janvier 2014

Pierre et Gilles, Mercure, 2001 (modèle : Enzo Junior)
© Pierre et Gilles. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris
Jean-Baptiste Frédéric Desmarais, Le Berger Pâris, 1787
Ottawa, musée des beaux-arts du Canada, Photo © MBAC 

Alors que le nu féminin s’expose aussi régulièrement que naturellement, le corps masculin n’a pas eu la même faveur. Qu’aucune exposition ne se soit donné pour objet de remettre en perspective la représentation de l’homme nu sur une longue période de l’histoire avant le Leopold Museum de Vienne à l’automne 2012 est plus que significatif. Pourtant, la nudité masculine était pendant longtemps au fondement de la formation académique du XVIIe au XIXe siècles et constitue une ligne de force de la création en Occident. S’appuyant sur la richesse de son propre fonds (quelques sculptures inconnues) et des collections publiques françaises, le musée d’Orsay se donne donc comme ambition avec l’exposition Masculin / Masculin d’approfondir, dans une logique à la fois interprétative, ludique, sociologique et philosophique toutes les dimensions et significations de la nudité masculine en art. Parce que le XIXe siècle puise au classicisme du XVIIIe siècle et que son écho résonne jusqu’à nos jours, cette exposition élargit l’horizon traditionnel du musée d’Orsay pour embrasser plus deux siècles de création jusqu’à nos jours, dans toutes les techniques, peinture, sculpture, art graphique et bien sûr photographie, qui auront une place égale dans le parcours.

Pour faire comprendre la spécificité masculine du corps, l’exposition a préféré à une chronologie fastidieuse la succession de thèmes nodaux faisant se succéder les canons esthétiques hérités de l’Antiquité, leur réinterprétation aux époques néo-classique, symboliste et contemporaine dans une glorification toujours plus grande du héros, la fascination réaliste pour la révélation du corps dans toute sa vérité, la nudité comme accomplissement du corps dans la nature, la mise à mal du corps et l’expression de la douleur et enfin son érotisation. Le parti-pris est d’établir un véritable dialogue entre les époques pour donner à voir les réinterprétations suscitées par certains artistes sur des oeuvres antérieures. Dès le milieu du XVIIIe siècle Winckelmann étudie l’héritage des divine proporzioni du corps héritées des Anciens qui, malgré des remises en cause radicales et par un des passages mystérieux de l’histoire de l’art, sont encore en vigueur jusqu’à nos jours comme acceptation de la beauté. De Jacques-Louis David à George Platt-Lynes, David LaChapelle et Pierre et Gilles, en passant par Gustave Moreau, c’est tout une filiation qui se fait jour, autour des questions de pouvoir, de censure, de pudeur, d’horizon d’attente du public et d’évolution des moeurs dans la société.

L’exaltation par Winckelmann de la beauté grecque laisse apparaître en filigrane un désir charnel, traversant indiscutablement deux siècles et pouvant concerner hommes comme femmes, du groupe des « Barbus » de l’atelier de David à David Hockney et au cinéaste James Bidgood. C’est aussi cette sensibilité qui imprègne le tournant des XIXe et XXe siècle s’interrogeant sur son identité comme l’indique l’extraordinaire École de Platon, inexplicablement achetée par l’Etat français en 1912 au belge Delville. De même, l’exposition met au jour d’autres filiations, plastiques ou intellectuelles au travers d’oeuvres d’artistes célèbres tels Georges de La Tour, Pierre Puget, Abilgaard, Paul Flandrin, Bouguereau, Hodler, Schiele, Munch, Picasso, Bacon, Mapplethorpe, Julian Freud ou Ron Mueck, tout en réservant des surprises comme le Saint Sébastien du mexicain Angel Zarraga, Les Bains mystérieux de De Chirico ou les érotica des américains Charles Demuth et Paul Cadmus.

C’est donc à un parcours mettant en question la permanence d’un thème éternellement repris par les artistes, grâce à des confrontations inattendues et fécondes entre différents moments de résurgences de l’homme nu dans l’art qu’invite le musée d’Orsay avec l’exposition Masculin / Masculin.

Commissariat de l'exposition : 
Guy Cogeval, président des musées d’Orsay et de l’Orangerie
Ophélie Ferlier, conservateur sculptures au musée d’Orsay
Xavier Rey, conservateur peintures au musée d’Orsay
Ulrich Pohlmann, directeur de la collection photographique du Stadtmuseum de Munich
Tobias G. Natter, directeur du Leopold Museum de Vienne

PUBLICATIONS
- Catalogue de l'exposition, textes de Claude Arnaud, Guy Cogeval, Philippe Comar et Charles Dantzig, coédition Musée d’Orsay / Flammarion, 300 pages, 200 illustrations, 22 x 29 cm
- L’homme nu dans l’art par Philippe Comar, Hors série Découvertes Gallimard, coédition musée d'Orsay / Gallimard, 8 modules, env. 50 illustrations, 120 x 170 cm

L’exposition est organisée par le musée d'Orsay en collaboration avec le Leopold Museum de Vienne

HORAIRES : tous les jours, sauf le lundi, de 9h30 à 18h, le jeudi jusqu’à 21h45. Fermé les 25 décembre 2013 et 1er janvier 2014.

MUSEE D'ORSAY 
Entrée par le parvis, 1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris 
Site internet : www.musee-orsay.fr