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09/02/25

Exposition Modigliani / Zadkine @ Musée Zadkine, Paris - "Modigliani / Zadkine. Une amitié interrompue" - Présentation de l'exposition + catalogue

Modigliani / Zadkine
Une amitié interrompue
Musée Zadkine, Paris
14 novembre 2024 - 30 mars 2025

Amedeo Modigliani 
Cariatide, vers 1913-1914 
Dessin (graphite, lavis d’encre, pastel)
Paris, musée d’Art Moderne de Paris

Amedeo Modigliani 
La Bourguignonne, 1918 
Huile sur toile 
Collection particulière

Cette exposition au Musée Zadkine est la première à s’intéresser à une amitié artistique jamais explorée jusqu’alors, celle qui unit le sculpteur Ossip Zadkine au peintre Amedeo Modigliani

A travers près de 90 oeuvres, peintures, dessins, sculptures mais également documents et photographies d’époque, elle propose de suivre les parcours croisés de Modigliani et Zadkine, dans le contexte mouvementé et fécond du Montparnasse des années 1910 à 1920. Bénéficiant de prêts exceptionnels de grandes institutions - le Centre Pompidou, le musée de l’Orangerie, les musées de Milan, Rouen et Dijon - ainsi que de prêteurs privés, le parcours fait se confronter, comme au temps de leurs débuts artistiques, deux artistes majeurs des avant-gardes, et permet de renouer les fils d’une amitié interrompue. 

Ossip Zadkine rencontre Amedeo Modigliani en 1913 : les deux artistes, fraîchement débarqués à Paris, rêvent chacun de devenir sculpteurs et partagent alors le « temps des vaches maigres » comme l’écrira Zadkine dans ses souvenirs. Cette amitié, aussi brève que féconde sur le plan artistique, est interrompue par la Première Guerre mondiale. Modigliani abandonne la sculpture pour la peinture, sur le conseil de marchands. Zadkine s’engage comme brancardier en 1915, avant d’être gazé et d’entamer une longue convalescence. Les deux artistes se retrouvent brièvement au sortir de la guerre, avant que leurs voies ne divergent à nouveau. Modigliani connaît un succès croissant avec ses peintures, mais il meurt prématurément à 35 ans, en 1920, tandis que Zadkine entame une longue et fructueuse carrière de sculpteur. Zadkine n’oubliera pas Modigliani et conservera précieusement le portrait fait par son ancien camarade, dont la gloire posthume ne fait que croître, à tel point que « Modi » devient l’une des figures mythiques de l’art moderne. 

L'exposition se déroule en cinq parties :

Modigliani / Zadkine : des débuts à Paris sous le signe de la sculpture

L’exposition débute en présentant côte-à-côte une sélection d’œuvres de Modigliani et Zadkine réalisées entre leurs arrivées respectives à Paris – 1906 pour Modigliani, 1910 pour Zadkine – et les débuts de la Première Guerre mondiale. Lorsque Zadkine rencontre Modigliani en 1913, celui-ci s’adonne pleinement à la sculpture, depuis sa rencontre avec Brancusi en 1909. La parenté de leur quête artistique ne peut que rapprocher les deux artistes : tous deux veulent rompre avec l’esthétique académique et se tournent vers de nouveaux modèles, puisés dans l’Égypte ancienne, les arts khmers et africains. Modigliani cherche un type de visage idéal, à l’ovale accusé et aux yeux en amande dont Zadkine se souviendra encore dans les années 1920, lorsqu’il sculptera à son tour une magnifique série de têtes idéales. 

Modigliani / Zadkine : Une amitié interrompue (1918-1920)

Dessins et portraits peints de Modigliani, accompagnés d’une magnifique sélection de gouaches de Zadkine, illustrent ici les chemins divergents qu’empruntent Zadkine et Modigliani au sortir de la Première Guerre mondiale. La guerre met un terme brutal à l’amitié des deux artistes. Trop fragile pour s’engager, Modigliani est réformé et renonce définitivement à la sculpture, sur le conseil de son marchand Paul Guillaume. Zadkine s’engage dans la Légion étrangère : affecté à l’ambulance russe en 1915 comme brancardier, il est gazé en 1916, puis définitivement réformé en octobre 1917. Les chemins des deux artistes se croisent à nouveau brièvement à la fin de la guerre, avant la mort prématurée de Modigliani en janvier 1920. 

A Montparnasse, les affinités électives

Un magnifique ensemble de « portraits d’amitié » dessinés par Modigliani, met en scène les « Montparnos » que Zadkine et Modigliani fréquentèrent tous deux au temps de leur amitié, tels Max Jacob, Chana Orloff ou André Salmon. Modigliani était en effet célèbre pour les portraits qu’il croquait rapidement, à la terrasse des cafés, en échange d’un verre ou d’un café, ou simplement en gage d’amitié et de reconnaissance. Le portrait qu’il fit de Zadkine, l’un des chefs-d’œuvre de la collection, s’inscrit indubitablement dans cette veine et constitue l’un des fleurons de l’ensemble.

Zadkine et le mythe Modigliani

Ici, documents, films et photographies, témoignent de l’ampleur du « mythe Modigliani » et montrent la part active prise par Zadkine dans l’édification de la légende. La mort de Modigliani, emporté par une méningite tuberculeuse le 24 janvier 1920, constitue un traumatisme pour la communauté d’artistes installés à Montparnasse. Dès les années 1920, la légende s’empare de cet artiste au destin tragique. Ceux qui l’ont connu et admiré de son vivant, livrent tour à tour leur témoignage.

Zadkine ne fait pas exception : dès 1930, le sculpteur évoque son ami dans un numéro spécial dédié à Modigliani. Dans ses souvenirs, publiés un an après sa mort en 1967, Zadkine brosse un éloquent portrait, haut en couleurs, de « Modi » et apporte ainsi sa pierre à l’édification de la légende du « prince de Montparnasse ».

Pour évoquer cette amitié artistique, le plasticien Ange Leccia a choisi de réaliser un film, intitulé Adelia, Zadkine et Modigliani. Il met en scène une adolescente d’aujourd’hui en train de regarder des portraits photographiques des deux artistes, dont les images fantasmatiques se superposent et s’estompent, en écho à la légende qui entoure les deux artistes. 

Des extraits d’une émission de 1963 avec Blaise Cendrars et Ossip Zadkine évoquant leur jeunesse avec Modigliani viennent enrichir cette partie illustrant le mythe. 

Un temple pour l’humanité

Avec sa scénographie volontairement immersive et spectaculaire, la dernière partie met en scène le rapport qu’entretinrent chacun des deux artistes à l’architecture et au sacré, à travers le motif du Temple. Les têtes sculptées par Modigliani dans les années 1910 sont en effet conçues comme un ensemble décoratif devant s’intégrer dans un spectaculaire « temple de volupté » soutenu par des « colonnes de tendresse » (comme l’écrivait le marchand Paul Guillaume) qu’auraient symbolisé de souples femmes-cariatides. Ce motif de la cariatide, inlassablement dessiné par Modigliani est également repris à maintes reprises par Zadkine et donne lieu à certains chefs-d’œuvre du sculpteur, dont la réputation avant-guerre tient largement à ses grands bois sculptés, avatars modernes des divinités antiques. 

Modigliani / Zadkine vu par les artistes d’aujourd’hui

Afin d’ancrer le dialogue entre Modigliani et Zadkine dans l’actualité artistique, trois artistes ont été invités à contribuer au catalogue : Giuseppe Penone, qui possède dans sa collection personnelle une Cariatide attribuée à Modigliani, ainsi qu’Ange Leccia et Ivan Messac. 

COMMISSARIAT DE L'EXPOSITION

Cécilie Champy-Vinas, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du musée Zadkine
Thierry Dufrêne, professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université Paris Nanterre
Avec la collaboration d’Anne-Cécile Moheng, attachée de conservation au musée Zadkine

LE CATALOGUE DE L'EXPOSITION


Modigliani Zadkine
Une amitié interrompue
Edité par le Musée Zadkine et Paris Musées
L’ouvrage met l’accent sur l’amitié de deux artistes qui se sont croisés et influencés réciproquement dans le contexte mouvementé et fécond du Montparnasse des années 1910-1920, et prolonge cette évocation jusqu’à nos jours, par le regard de trois artistes contemporains. Sous la direction de Cécilie Champy-Vinas et Thierry Dufrêne. Avec les contributions de Diederik Bakhuÿs, Cécilie Champy-Vinas, Thierry Dufrêne, Flavio Fergonzi, Véronique Gautherin, Ange Leccia, Ivan Messac, Marianne Le Morvan, Maureen Murphy, Anne-Cécile Moheng, Giuseppe Penone. 16 x 24 cm, relié, 160 pages, 130 illustrations : 30 €
MUSÉE ZADKINE, PARIS
100 bis, rue d’Assas - 75006 Paris

19/11/23

Chana Orloff. Sculpter l’époque @ Musée Zadkine, Paris - Exposition + Catalogue

Chana Orloff. Sculpter l’époque
Musée Zadkine, Paris
15 novembre 2023 - 31 mars 2024

Le musée Zadkine présente la première exposition parisienne monographique dédiée à Chana Orloff, depuis 1971. Rassemblant une centaine d’œuvres, elle invite à (re)découvrir une artiste remarquablement célébrée de son vivant mais injustement méconnue aujourd’hui, dont l’oeuvre est pourtant bien représentée dans les collections françaises et internationales, notamment en Israël.

Le musée Zadkine situé à deux pas de l’atelier qu’occupa l’artiste rue d’Assas au début de sa carrière, semble tout indiqué pour lui rendre cet hommage : les sculptures de Chana Orloff dialoguent ponctuellement avec celles du maître des lieux, le sculpteur Ossip Zadkine, qui connaissait l’artiste dont il était l’exact contemporain. Leurs parcours présentent d’ailleurs de nombreuses similitudes : ils sont tous les deux d’origine juive et nés dans l’Empire russe, elle dans l’actuelle Ukraine et lui dans l’actuelle Biélorussie. Parisiens de coeur, familiers du quartier de Montparnasse, Chana Orloff et Ossip Zadkine ont mené une route parallèle et indépendante.

L’exposition Chana Orloff dévoile une figure féminine forte et libre, dont le travail emblématique de l’Ecole de Paris marqua son époque. Elle met en avant les grands thèmes chers à Chana Orloff : le portrait grâce auquel l’artiste s’est fait connaître et a acquis son indépendance économique, mais aussi la représentation du corps féminin et de la maternité – thèmes classiques de la sculpture occidentale dont elle propose une vision particulièrement sensible et actuelle. L’exposition offre également un aperçu du bestiaire sculpté par Chana Orloff, nourri par la symbolique et la culture juive. Elle se termine, dans l’atelier du jardin, par une évocation de l’œuvre d’après-guerre, marquée par l’horreur de la Seconde Guerre mondiale et la réalisation de grandes commandes monumentales pour l’État d’Israël.

CHANA ORLOFF (1888-1968) : 
Une artiste emblématique au parcours hors du commun

Rien ne prédestinait Chana Orloff, née en 1888 dans l’actuelle Ukraine, à devenir l’une des sculptrices les plus renommées de l’Ecole de Paris. Elevée dans une famille juive émigrée en Palestine, la jeune femme arrive à Paris en 1910, pour obtenir un diplôme de couture. Mais, dans une capitale en pleine effervescence, Chana Orloff se découvre une vocation pour la sculpture. Au contact des artistes de Montparnasse, dont beaucoup, tels Modigliani ou Soutine, deviennent ses amis, Chana Orloff se forge un style personnel et inimitable. Ce sont surtout ses portraits, à la fois stylisés et ressemblants qui lui assurent le succès : avec eux, l’artiste entend « faire l’époque ».

La réussite de Chana Orloff dans l’entre-deux-guerres est impressionnante : elle expose en France et à l’étranger et, en 1926 elle obtient la nationalité française après avoir reçu la Légion d’honneur l’année précédente. La même-année, elle se fait construire par l’architecte Auguste Perret une maison-atelier sur mesure, près du parc Montsouris dans le 14e arrondissement de Paris, qui se visite toujours aujourd’hui. Preuve de son renom, Chana Orloff est l’une des rares sculptrices à prendre part à la grande exposition des Maîtres de l’art indépendant organisée au Petit Palais à Paris en 1937.

Cependant, la Seconde Guerre mondiale vient interrompre brutalement son succès. Persécutée en raison de ses origines juives, Chana Orloff échappe de peu à la rafl e du Vel d’hiv avec son fils et parvient à fuir en Suisse. De retour d’exil en 1945, elle découvre sa maison-atelier saccagée. Elle se remet pourtant à la sculpture et partage sa vie entre la France et Israël où elle réalise plusieurs monuments, comme l’émouvante Maternité Ein Gev, dont le modèle à grandeur est présenté dans l’exposition. Elle disparait en 1968, un an après Zadkine.

L’exposition est conçue en partenariat avec les Ateliers-musée Chana Orloff et bénéficie du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. 

Ariane Tamir et Eric Justman, commissaires associés et petits-enfants de Chana Orloff, qui veillent aux destinées de l’oeuvre de l’artiste, ont contribué activement à la réalisation de l’exposition, avec de nombreux prêts issus de la maison-atelier de l’artiste (signée Auguste Perret), ouverte ponctuellement à la visite.

En écho à l’exposition du musée Zadkine, le MAHJ organise une exposition-dossier (19 novembre 2023 - 19 septembre 2024) consacrée à la sculpture L’Enfant Didi, volée dans l’atelier de Chana Orloff en 1942 et tout juste restituée aux ayants-droits de l’artiste. Cet automne, le Petit Palais met également à l’honneur Chana Orloff à l’occasion de l’exposition Le Paris de la modernité (1905-1925) qui met en scène la folle créativité de la capitale au début du XXe siècle. Du musée Zadkine au MAHJ, en passant par le Petit Palais et les Ateliersmusée Chana Orloff, c’est ainsi une véritable « saison » qui consacre à nouveau l’artiste dans la capitale qu’elle a tant aimée et qui fut le creuset de sa création.

Chana Orloff. Sculpter l’époque
Éditions Paris Musées, 2023
Première publication scientifique d’envergure en français sur Chana Orloff et son oeuvre depuis 1991, le catalogue de l’exposition se compose de sept essais explorant les facettes les plus importantes de son travail et de sa vie, rédigés par des spécialistes de l’artiste et de la période. Textes de Paula Birnbaum, Emmanuel Bréon, Cécilie Champy-Vinas, Pauline Créteur, Itzhak Goldberg, Anne Grobot Dreyfus, Dominique Justman, Éric Justman, Anne-Cécile Moheng, Maxime Paz, Pascale Samuel, Didier Schulmann et Ariane Tamir. 16 x 24 cm, relié, 176 pages, 130 illustrations. En partenariat avec Les Ateliers-musée Chana Orloff et le musée d’art et d’histoire du Judaïsme. L’ensemble des oeuvres de l’exposition au musée Zadkine et au MahJ sont reproduites dans cette publication.
COMMISSARIAT
Cécilie Champy-Vinas, conservatrice en chef, directrice du musée Zadkine
Pauline Créteur, chargée de recherches à la Bibliothèque nationale de France

COMMISSAIRES ASSOCIÉS
Eric Justman et Ariane Tamir, Ateliers-musée Chana Orloff

MUSÉE ZADKINE
100 bis, rue d’Assas - 75006 Paris

maj 09-02-2025

22/11/21

L'âme primitive @ Musée Zadkine, Paris, avec Mathieu Kleyebe Abonnenc, Caroline Achaintre, Valérie Blass, Miriam Cahn, Louis Fratino...

L'âme primitive
Musée Zadkine, Paris
29 septembre 2021 - 27 février 2022

Mathieu Kleyebe Abonnenc
Mathieu Kleyebe Abonnenc (né en 1977) 
Le Veilleur de nuit, pour Wilson Harris (2), 2018 
Carapace de tortue, gallium,
70 × 58 × 22 cm. Courtesy de l’artiste
© Mathieu Kleyebe Abonnenc. Photo : Courtesy XC.HuA

Mathieu Kleyebe Abonnenc
Mathieu Kleyebe Abonnenc (né en 1977)
Limbé, 2020 
Film 16 mm transféré en HD, 12 min
Courtesy de l’artiste
© Mathieu Kleyebe Abonnenc

Au début du siècle dernier à Paris, Ossip Zadkine est l’un des artistes qui inventent, en se tournant vers le « primitif », un nouveau langage sculptural. La radicalité de son œuvre témoigne alors, bien au-delà de recherches formelles, d’une défiance envers la civilisation moderne et ses valeurs.

L’Âme primitive met en regard et en perspective les oeuvres d’Ossip Zadkine et de quelques artistes de son temps avec celles d’une sélection d’artistes vivants et de la deuxième moitié du XXe siècle dont la création puise aux mêmes sources, emprunte les mêmes questionnements.

Près de cent oeuvres sont réunies en un parcours embrassant l’ensemble des espaces du musée Zadkine : sculptures, peintures, arts graphiques et vidéos, - prêts exceptionnels d’institutions publiques, de collectionneurs, de galeries, d’artistes contemporains - dont certaines productions sont montrées pour la première fois.

Caroline Achaintre
Caroline Achaintre (née en 1969)
Miss Chief, 2021 
Céramique, grès, 54 × 26 × 4 cm
Paris, galerie Art : Concept 
© Caroline Achaintre, courtesy Art : Concept, Paris
Photo : Romain Darnaud

Valérie Blass
Valérie Blass (née en 1967) 
One couple, a single one [Un couple, un seul], 2015
Diptyque, impression jet d’encre sur aluminium,
cadre en acier, 43 × 66 cm et 53 × 67 cm 
© Valérie Blass, courtesy de la Catriona Jeffriers Gallery, Vancouver, 
Photo : SITE Photography

Dans le geste de l’artisan, dans la foi du sculpteur roman, dans la naïveté des peintres d’enseigne de sa Russie natale, Ossip Zadkine voit non pas un défaut de connaissance ou de technique, mais l’exemple, disparu ou menacé, d’un lien vrai au monde. C’est par le chant de cette « âme primitive » que l’oeuvre de Zadkine dialogue dans l’exposition, avec ceux de ses contemporains qui se revendiquent sauvages, fauves, néo-primitivistes ; mais aussi, si intimement, avec ceux qui aujourd’hui continuent de chercher à exprimer « la palpitation de la vie humaine bouleversée par le tragique ».

En dehors de toute prétention exhaustive, l’exposition se présente comme une déambulation ouverte, rythmée par trois thématiques principales et de multiples échanges entre les oeuvres, modernes et contemporaines. Introduit par une première section qui tend à désamorcer et renverser le concept de « primitif », le parcours se poursuit par deux chapitres complémentaires, consacrés à deux motifs importants pour le primitivisme : le corps et la demeure. Le corps, le visage, et la manière dont ils s’expriment et communiquent avec le monde, fascinent les artistes, d’Auguste Rodin à Miriam Cahn, en passant par Marisa Merz. La demeure fait pendant à ce souffle vital, en tant qu’abri physique et mental, lieu de vie et de réflexion.

Miriam Cahn
Miriam Cahn (née en 1949) 
Kriegerin [Guerrière], 2012 
Huile sur toile, 165 × 100 × 1,5 cm
Achat auprès de la galerie Jocelyn Wolff, 2016 
Carquefou, Frac des Pays de la Loire. Inv. 016031501
© Miriam Cahn. Photo : Fanny Trichet

Louis Fratino
Louis Fratino (né en 1993) 
Saturday [Samedi], 2019 
Terre cuite et lavis d’oxyde de manganèse, 19 × 13,3 × 5 cm.
Courtesy de l’artiste et de la galerie Ciaccia Levi, Paris 
© Louis Fratino, courtesy galerie Caccia Levy. Photo : Aurelien Mole

LES ARTISTES

Ossip Zadkine et
Mathieu Kleyebe Abonnenc
Caroline Achaintre
Maria Thereza Alves
William Anastasi
Jean Arp
Valérie Blass
Michel Blazy
Miriam Cahn
Corentin Canesson
Marc Chagall
Morgan Courtois
André Derain
Rebecca Digne
Etienne-Martin
Louis Fratino
Thomas Gleb
Natalia Gontcharova
Eva Hesse
Hannah Höch
Vassily Kandinsky
Laurent Le Deunff
Fernand Léger
Mark Manders
Marisa Merz
Gyan Panchal
Abraham Poincheval
Helene Reimann
Auguste Rodin
Jessica Warboys

CATALOGUE

L'Âme primitive
Editions Paris Musées
Auteurs : Jeanne Brun, Claire Le Restif, 
Guitemie Maldonado, Pauline Créteur
17 x 24 cm, relié, 144 pages, 100 illustrations

COMMISSAIRES : Jeanne Brun, conservatrice en chef du patrimoine, directrice du développement culturel et du musée de la BnF
Claire Le Restif, directrice du Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac
Avec la collaboration de Pauline Créteur, attachée de conservation au musée Zadkine

MUSÉE ZADKINE
100bis rue d'Assas, 75006 Paris

30/09/18

Ossip Zadkine @ Musée Zadkine, Paris - L'instinct de la matière

OSSIP ZADKINE
L’instinct de la matière
Musée Zadkine, Paris
28 septembre 2018 - 10 février 2019
« C’est l’instinct qui prime d’abord ; c’est le plus important ; tout le reste vient plus tard ; alors on s’arme d’une logique qui pénètre chaque geste. »

Ossip Zadkine,
Entretien avec Jacques Charles, 16 septembre 1966
Le musée Zadkine rend un hommage inédit à l’artiste en soulignant sa place aussi originale que singulière au sein des modernismes du XXe siècle. L’exposition Ossip Zadkine, l’instinct de la matière met en lumière, à l’occasion du 130e anniversaire de l’artiste, son lien organique à la matière.

Après lexposition Être Pierre en 2017, poursuivant l’exploration des matérialités créatrices, le musée fait pénétrer le visiteur dans l’intimité du dialogue d'Ossip Zadkine avec les différents matériaux qui sont à ses yeux des « puissances formelles ». Pour l’artiste russe (Vitebsk 1888 – Paris 1967), la matière est toujours « première ». Il sait, il sent qu’elle est porteuse d’une vocation formelle. L’exposition retrouve ce lien intime à la matière primordiale, aux formes en gestation : les veines et les nodosités du bois, la densité et les particules de la roche, la fluidité de l’encre ou de la gouache…

« Inductives», les matières sont riches d’une dynamique, d’une poussée que le geste du tailleur ou la main du dessinateur doit capter en retour. « Du dialogue avec la matière nait le geste de l’homme », confiait Ossip Zadkine à Pierre Cabane (Arts, 1960). L’authenticité de la création plastique passe par ce rapport instinctif avec la matière que Zadkine n’aura de cesse d’éprouver.

Le musée bénéficie à cette occasion de prêts exceptionnels comme Le Fauve du Musée de Grenoble, une très belle série d’oeuvres graphiques prêtées par le musée d’Art moderne de la Ville de Paris ou L’Odalisque, pièce majeure du musée Réattu en Arles. Le visiteur découvre l’oeuvre de Zadkine dans un parcours enrichi, avec une scénographie dictée par la résonance même du propos. L’introduction d’oeuvres sur papier permet notamment de retrouver le mode de présentation adopté par l’artiste de son vivant et de dépasser l’image d’une oeuvre identifiée à la seule sculpture. Cette approche souligne la richesse plastique et la force intérieure d’une création attachée à préserver la nécessité vitale du lien de l’homme à la nature.

Ossip Zadkine : Matière Source

La section initiale rassemble certaines tailles directes «nées de la plongée dans les eaux régénératrices de l’archaïsme » pour reprendre les termes mêmes de Zadkine. Ainsi sont présentées dans cette partie des oeuvres majeures des années 1910 à 1925 : des marbres – Maternité, 1919 ; Léda, 1919-1920 –, des pierres – Tête héroïque, 1910 ; Tête aux yeux de plomb, 1918 –, des bois – Le Prophète, 1914 ; Les Vendanges, 1918 ; Torse d’éphèbe, 1922 ; Porteuse d’eau, 1923…

Mi- figures mi- arbres ou pierres, ces sculptures sont confrontées à une sélection de dessins à la plume des années 1913-14 et de gouaches des années 1920, peintes sur papier. Si la création graphique d'Ossip Zadkine revêt un caractère certain d’autonomie, elle participe néanmoins du même mouvement que la sculpture. Une étroite et indéniable coïncidence unit ce qu’il peint à ce qu’il taille.

Ces dessins retranscrivent le principe de « la forme dans la forme » et de l’emboitement prégnants dans l’oeuvre de Zadkine.

Ossip Zadkine : Richesse Plastique

Montrant les capacités métamorphiques de la matière, la deuxième partie de l’exposition met l’accent sur la matière transformée, l’assemblage, l’incorporation et l’incrustation de matériaux. Cette section souligne également le lien étroit que la sculpture de Zadkine a pu entretenir avec les arts décoratifs, aussi bien par la relation très fructueuse que l’artiste noue dès 1920 avec André De Ridder (fondateur de la revue belge Sélection) que par sa collaboration avec les décorateurs André Groult ou Eileen Gray, à laquelle appartenait Tête de Femme, 1924 incrustée de marbre et rehaussée de couleurs. Sous l’inspiration d’un primitivisme aux multiples sources et après un bref passage par le cubisme, Ossip Zadkine renoue avec le caractère spirituel de la sculpture, la charge rituelle de l’ornementation et de la coloration dans la sculpture moderne. En ce sens, les bois dorés à la feuille du Fauve, 1920-1921 ou de la Tête d’homme, 1922 et le plâtre de L’Oiseau d’or, 1924 ne ressortissent ni de l‘enjolivement ni de l’accessoire mais de la richesse plastique. La parure de l’or est une seconde peau, un épiderme étincelant comme un simulacre de la chair lumineuse et imputrescible des dieux.

Ossip Zadkine : L’Atelier intérieur

Coque de la vie intime, l’atelier de Zadkine préside à la jonction de l’intériorité sensible, psychique, fantasmatique et de l’extériorité - le monde du dehors auquel sont destinées les oeuvres. Différentes thématiques qui traversent l’oeuvre de Zadkine sont ainsi évoquées, des femmes à l’oiseau aux figures mythologiques récurrentes : Orphée, 1930-61, Prométhée, 1955-1956 ou L’Odalisque, 1932, pièce majeure prêtée pour la première fois par le musée Réattu en Arles. Dans cet atelier intérieur, l’artiste se confronte aux différents matériaux et à leur dynamique intrinsèque. Il expérimente physiquement les pratiques et les savoir-faire du sculpteur, qui transparaissent dans la représentation de l’artiste par lui-même. Son image est ainsi évoquée à travers des œuvres comme Le Sculpteur, 1922-1949, manifeste et magnifique autoportrait ou encore l’Auto-portrait testamentaire et inquiétant, 1960.

COMMISSARIAT SCIENTIFIQUE
Noëlle Chabert, directrice du musée Zadkine, conservateur général du patrimoine
Jérôme Godeau, commissaire d’exposition
Assistante d’exposition : Adélaïde Lacotte, doctorante

CATALOGUE

Ossip Zadkine
OSSIP ZADKINE
L’instinct de la matière
Catalogue d'exposition
Edité par Paris Musées, 2018
ISBN 978-2-7596-0415-9
176 pages, relié, 17 x 24 cm, 108 illustrations

Un catalogue de référence accompagne l’exposition. Edité par Paris Musées, centré sur l’oeuvre d’Ossip Zadkine et son rapport singulier à la matière, l’ouvrage comprend une centaine d’illustrations et plusieurs articles scientifiques, points de vue croisés de philosophes, d’historiens de l’art engagés dans l’art moderne et contemporain. Matérialité (Antonia Soulez), monumentalité (Dominique Viéville) et matière–peau (Jérôme Godeau), font partie des sujets questionnés dans des contributions qui renouvellent en profondeur l’approche de l’artiste.

Sous la direction de Noëlle Chabert, conservateur général du patrimoine, directrice du musée Zadkine.
En collaboration avec Jérôme Godeau, historien de l’art

Auteurs :
Stéphane Carrayrou (critique d’art et commissaire d’exposition),
Noëlle Chabert (conservateur général du patrimoine, directrice du musée Zadkine),
Serge Fauchereau (historien de l’art et écrivain),
Véronique Gautherin (adjointe à la directrice du musée Zadkine, responsable des collections du musée Zadkine),
Jérôme Godeau (historien de l’art),
Antonia Soulez (professeur émérite de philosophie du langage, Université de Paris 8),
Dominique Viéville (conservateur général honoraire, ancien directeur du musée Rodin).

MUSÉE ZADKINE
100bis rue d'Assas, 75006 Paris