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06/11/21

Hilary Galbreaith @ Passerelle Centre d'art contemporain, Brest - The Grasshopper’s Ball

Hilary Galbreaith : The Grasshopper’s Ball
Passerelle Centre d'art contemporain, Brest
Jusqu'au 15 janvier 2022

Hilary Galbreaith
HILARY GALBREAITH 
PARADE #2 (extrait), 2020
© Hilary Galbreaith

Hilary Galbreaith
HILARY GALBREAITH
PARADE #1 (extrait), 2019
© Hilary Galbreaith

Elevée en Californie, installée à Rennes, HILARY GALBREAITH (née en 1989) a su associer l’influence américaine de la côte Ouest à la culture française. Son oeuvre est profondément marquée par l’outil du tutorial et par le do it yourself occidental. Le « do it yourself », en français « faites le vous-même », comprend une philosophie de vie s’apparentant à la débrouillardise mais aussi des principes de partage de connaissances, de diffusion facilitée ou encore de recyclage. Souvent engagé socialement, ce précepte se pose comme une voie alternative au système marchand et de l’ultraconsommation ; il s’approche aussi des concepts de décroissance et d’auto-gestion. Toutes ces notions se retrouvent également au coeur de la pratique multimédia d’Hilary Galbreaith qui multiplie vidéos, sculptures bricolées et fanzines auto-édités.

Hilary Galbreaith
HILARY GALBREAITH 
The Bureau, fanzine
Édité par Lendroit éditions en collaboration avec In extenso
Courtesy de l’artiste, Lendroit éditions et In extenso, Clermont-Ferrand

L’exposition The Grasshopper’s Ball est conçue comme une déambulation dans les méandres de l’univers acidulé et pop d’Hilary Galbreaith. Grâce à des rideaux teints avec des pigments naturels par l’artiste, l’espace se divise en plusieurs sections correspondant à différentes étapes de création. L’artiste élabore depuis plusieurs années une fiction intitulée Bug [insecte]. Cette histoire prend place initialement dans la ville de La Nouvelle Nouvelle-Orléans et se concentre sur une catastrophe touchant certain.e.s humain.e.s : une infection les transforme en insectes humanoïdes. L’intrigue évoque le cinéma d’horreur ou de science-fiction de Starship Troopers à District 9 jusqu’aux films de série B, mais en évacuant la conception binaire classique du « bien contre le mal ». Trois corpus distincts ont été imaginés par l’artiste : The Bureau, un fanzine explorant les origines et la création d’une administration complexe et absurde à destination de ce nouveau monde marginal ; Bug Eyes, une série vidéo mettant en scène des marionnettes dans une téléréalité ; et Parade, la partie la plus récente mêlant performances et films où des acteurs interprètent des mutants dans des situations du quotidien ou festives.

Dans les films d’Hilary Galbreaith, les langues se mélangent, l’anglais et le français deviennent inaudibles. Les mots sont transformés en son d’ambiance tandis que la musique est improvisée par l’artiste ou composée par des collaborateur.rice.s. La compréhension en détail des choses n’est pas une finalité en soi et le sentiment de confusion est assumé. Il faut davantage les envisager comme des compilations, de sons donc, mais aussi de stéréotypes. C’est au moyen de son esthétique punk carnavalesque et joyeuse, rappelant celle des artistes californiens Mike Kelley et Marnie Weber, qu’Hilary Galbreaith arrive à examiner les mécanismes de rejet et d’exclusion. Son humour noir habille d’un voile léger « le bal de la cigale » – la traduction du titre de l’exposition – entre prélude de fête à venir et fin d’un monde désenchanté. Avec ses habiles détours, évitant la simple critique, Hilary Galbreaith cerne les dérives politiques, sociétales et écologiques dans lesquelles nous baignons davantage chaque jour.

Coproduction : Cripta747 Residency Program, ministère de la Culture / DRAC Bretagne, In Extenso, Ville de Rennes

PASSERELLE Centre d'art contemporain
41 rue Charles Berthelot, 29200 Brest

05/11/21

Reda Boussella @ Passerelle Centre d'art contemporain, Brest - Coeur Braisé

Reda Boussella : Coeur Braisé
Passerelle Centre d'art contemporain, Brest
Jusqu'au 15 janvier 2022

Lauréat des Chantiers-résidence, REDA BOUSSELLA (né en 1994) a investi les murs du centre d’art pendant plusieurs mois. Diplômé de l’EESAB-site de Quimper en 2019, Reda Boussella est de ces artistes prolifiques, généreux dans la création, volontiers partageurs ; l’exposition, présentée au premier étage du centre d’art, rend bien compte de son investissement démesuré, d’un abandon total et boulimique dans le travail et la création de formes.

Baigné de culture populaire depuis l’univers vidéoludique Pokemon jusqu’au rappeur 50 Cent, Reda Boussella absorbe les références de son quotidien et reconstruit son propre monde souvent loufoque. Lorsque l’on observe ses oeuvres, la technique du collage – différents matériaux, techniques ou formels – apparaît immédiatement. Le collage, inventé par les artistes Picasso et Braque dans les années 1910, était utilisé pour « ouvrir » le spectateur à d’autres réflexions que celle de la peinture elle-même. En 1923, Picasso déclarait à son sujet : « Nous avons essayé de nous débarrasser du trompe-l’oeil pour trouver le “trompe-l’esprit” ». En cela, les compositions de Boussella trouvent une origine dans cette conception révolutionnaire en son temps : l’assemblage d’éléments disparates ouvrent le spectateur à d’autres mondes. Le titre de l’exposition, Coeur Braisé, poursuit cette même logique : mix de coeur brisé et de poulet braisé, cette association évoque tant les amours adolescents déçus que les chips à goût chimique.

Pour cette exposition, Reda Boussella s’attaque, sans aucun jugement, aux stéréotypes de la plage estivale. On y croise des corps bronzés, des couleurs criardes, du graillon, la France des vacances à la mer. Les paroles de Ah yah, rosé, jet-ski, playa du rappeur Jul se mêlent à celles de la Nationale 7 de Charles Trenet.

« De toutes les routes de France d’Europe
Celle que j’préfère est celle qui conduit
En auto ou en auto-stop
Vers les rivages du Midi
Nationale 7 »

Sur un ton semblant léger, Reda Boussella aborde la question du regard que l’on porte sur l’Autre. N’est-ce pas à la plage ou à la piscine que nous voyons des corps à moitié dénudés sans sensation de gêne ou de désir ? Grâce à une iconographie forte, l’artiste interroge également la notion de virilité et de machisme. La « chemise ouverte, chaîne en or qui brille » des années 1980-1990, la figure du mâle ont évolué et les anciennes normes disparaissent peu à peu. Coeur braisé se révèle être un portrait d’un été populaire de 2021 qui s’efface peu à peu, à la fois le spectacle d’une fête qui se termine mais aussi la fin d’un ancien monde obsolète.

En partenariat avec Documents D’Artistes Bretagne
Dans le cadre du programme Les Chantiers | Résidence

PASSERELLE Centre d'art contemporain
41 rue Charles Berthelot, 29200 Brest
______________



04/11/21

Nicolas Rabant @ Passerelle Centre d'art contemporain, Brest - Poussière & Paillette

Nicolas Rabant : Poussière & Paillette
Passerelle Centre d'art contemporain, Brest
Jusqu'au 15 janvier 2022

Nicolas Rabant
Nicolas Rabant 
Seiche, 2021
Cuivre, étain, 14x30 cm

Nicolas Rabant
Nicolas Rabant
Calamar, 2021
Cuivre, étain, 25x55 cm

Tour à tour peintre, sculpteur, organisateur d’expositions, pêcheur, NICOLAS RABANT développe une pratique artistique atypique depuis plusieurs années. Né en 1988, il s’est installé à Brest afin de suivre les enseignements de l’école des beaux-arts tout autant que pour vivre près de l’océan. Il a créé un projet collectif singulier « Fishing with John » dont le titre est emprunté à une émission de télévision où des stars de cinéma s’exercent à la pêche. Nicolas Rabant procède de manière similaire en invitant des artistes à l’accompagner, canne à pêche en main, à participer à des cueillettes ou encore à l’aider à la conception de repas et de mets. Il en résulte des moments conviviaux et originaux, des expositions, des productions d’œuvres collectives et des concerts. Cette initiative est symptomatique de la démarche participative de Nicolas Rabant ; il conçoit l’art dans une collaboration de tous les instants et se passionne pour le territoire qui l’entoure.

Pour son exposition à Passerelle, il emprunte les noms de ses chats disparus : Poussière et Paillette. Au-delà de toute référence kawaï, la genèse de ce titre témoigne de son attrait pour l’univers animalier et marque une sorte d’hommage entre révérence et second degré assumé. La fascination pour la faune se lit dans bon nombre de ses travaux dont ses sculptures. Se détachant de toute question morbide, cherchant davantage à figer une beauté éphémère, Nicolas Rabant congèle des animaux de consommation tels que des poissons qu’il a pêchés ou des bêtes sauvages qu’il a prélevées – déjà mortes – dans la nature, dans l’objectif de leur donner une nouvelle vie dans une œuvre. Tantôt méditation ou exercice physique, tantôt expérience collective généreuse, le moment de la récolte prend ainsi une place primordiale dans l’œuvre. À l’instar de certains artistes, notamment ceux du land art, l’action de se balader devient performance, acte créatif et, in fine, œuvre. Pour l’exposition de Passerelle, Nicolas Rabant a choisi de présenter une série de seiches et un goéland qui viennent habiter l’espace, devenant de simples motifs visuels mais également des éléments narratifs.

Poussière & Paillette, c’est aussi un slogan de peinture. Les toiles montrées sur la coursive supérieure du centre d’art manifestent un goût pour ces matières, pour un rendu coloré cosmique très particulier difficilement photographiable. Les œuvres de Nicolas Rabant peuvent être vues comme des ornements voire des scénographies – elles interrogent largement la notion de « qu’est-ce qui est décoratif ? » – mais elles existent surtout comme des paysages, champ principal de recherche et d’expertise de l’artiste. Dans ses larges formats abstraits, il rejoue les canons de la représentation de la mer ou du ciel. Les images sont digérées, recouvertes, repeintes, et reproduites de manière obsessionnelle jusqu’à l’épuisement du motif. Apparaissant comme un objectif vain, l’exploration de Nicolas Rabant de ces sujets infinis n’arrivera certainement jamais. 

Site de Nicolas Rabant : www.nicolasrabant.fish

PASSERELLE Centre d'art contemporain
41 rue Charles Berthelot, 29200 Brest

06/06/14

Exposition Manger des yeux, Dinard, Villa Les Roches Brunes

Manger des yeux 
Villa Les Roches Brunes, Dinard 
7 juin - 7 septembre 2014 

A la Villa Les Roches Brunes, à Dinard, l’exposition « Manger des yeux » pose la question du caractère délibéré et donc signifiant, de la mise en scène de la nourriture par ceux qui la préparent. Cette « mise en assiette » traduit, à chaque époque de l’histoire, l’impact des usages, des conventions, des modes, mais aussi de la sensibilité de ceux qui font la cuisine. C’est la raison pour laquelle l’exposition évoque les figures d’un certain nombre de chefs qui, parti pris géographique faisant, se rattachent à l’histoire de la cuisine en Bretagne.

Se démarque, tout d’abord, la figure étonnante et trop souvent oubliée d’Edouard Nignon. Né à Nantes en 1865, il entre, à l’âge de 9 ans, en apprentissage dans un restaurant de cette ville, le Cambronne. Bientôt la Bretagne ne lui suffit plus. Muni d’une lettre de recommandation, il se rend à Paris où il travaille dans les plus grandes maisons. Il est chef entremettier pour l’exposition universelle de 1889, puis chef rôtisseur au Lapérouse. Se sentant à l’étroit dans la capitale, il se laisse gagner par l’appel de l’Europe où la nouveauté vient aussi de l’Est. Le voilà à Vienne puis à Saint- Pétersbourg où, en 1896, il organise le banquet du sacre du tsar Nicolas II. Fortune faite, il retourne en France en 1908 et achète le célèbre restaurant Larue, place de la Madeleine. Il meurt en 1934, à Bréal-sous-Monfort, près de Rennes.

À l’autre bout de la chaîne, se distinguent un des plus illustres chefs bretons de Paris, Alain Passard, né à La Guerche-de-Bretagne, à une vingtaine de kilomètres de Vitré, ainsi que l’ensemble des chefs étoilés du département d’Ille-et-Vilaine, selon le fameux classement du Guide Michelin : Julien Lemarié à Rennes, Sylvain Guillemot à Acigné, David Etcheverry à Saint-Grégoire, Luc Mobihan à Saint-Servan, Olivier Guérin à Saint-Méloir, Jean-Philippe Foucat à Saint-Malo, Olivier Roellinger et Raphaël Fumio Kudaka à Cancale. Tous ces cuisiniers ont été invités à réaliser la même recette de la salade dinardaise, consignée par Edouard Nignon dans son Les Plaisirs de la table, paru en 1930. Leurs réalisations, photographiées par Franck Hamel, permettront aux visiteurs de mesurer la très grande diversité des points de vue sur la mise en oeuvre des mêmes ingrédients de base par des cuisiniers différents. Leur juxtaposition permet ainsi de prendre la mesure de l’importance de la manière non seulement de présenter la nourriture mais aussi de la représenter.

C’est la question que posent, de façon générale, toutes les représentations d’une préparation culinaire ou des produits qui la composent, qu’elles soient destinées à sa description (dans des livres de cuisine ou dans des revues) ou à sa promotion par la publicité, sur tous les supports, y compris aujourd’hui sur Internet. C’est pourquoi seront présentées des affiches et des photographies de produits alimentaires, en l’occurrence bretons. La « réclame » s’est emparée, de façon très précoce, des produits de l’agriculture et de la pêche. Dans la France de la fin du XIXe, Jossot, célèbre caricaturiste, crée une affiche pour les sardines Amieux-Frères. Par la suite, la publicité vantera, dans la France de la Reconstruction, les mérites du petit pois « né en Bretagne ». Un pli était pris et les campagnes de promotion des productions agricoles de cette région, se multiplient, mobilisant, avec subtilité, des codes divers de représentation, oscillant entre le minimalisme et l’opulence.

La cuisine est un art en ce qu’elle agence, avec invention, avec raffinement, avec préciosité parfois, des ingrédients dont l’association n’est dictée par peu de nécessité matérielle. Elle exprime donc une véritable culture. Cette culture se traduit également dans la présentation des mets mais aussi dans leur représentation. Certains chefs, comme Alain Passard, n’hésitent pas à aller plus loin encore, dans la logique de la représentation artistique des ingrédients de leur cuisine. Ils ne les confient pas seulement à des tiers, photographes, mais s’engagent dans la production d’oeuvres, des collages ou des sculptures, donc, les évoquant avec poésie.

C’est à ce point de l’évolution de la représentation de la nourriture que l’exposition de la villa Les Roches Brunes rejoint celle du Palais des arts et du festival : Le festin de l'art.


Exposition Le Festin de l'art, Dinard, Palais des arts et du festival

Le Festin de l'Art
Palais des arts et du festival, Dinard 
7 juin - 7 septembre 2014 

Oeuvre © Jeff Koons. Lobster, 2003 / Pinault Collection

Au Palais des arts et du festival, à Dinard, l’exposition « Le Festin de l’art », explore la question de la relation de l’art contemporain avec la nourriture. Pendant des siècles, la nourriture a, en effet, constitué l’un des thèmes les plus constants de l’art occidental, notamment de la peinture. Il est vrai que beaucoup d’artistes ont trouvé dans la représentation de la nourriture, un thème dont la plasticité, balançant sans cesse entre la somptuosité de l’accumulation des mets et l’austérité pudique de leur rareté, s’est prêtée à d’infinies variations. Des bodegones espagnols, aux stilleben flamandes, en passant par la représentation d’une corbeille de fruits par Le Caravage, c’est toujours la même prédilection pour le genre de la nature morte alimentaire que l’on rencontre. On la retrouve au XVIIIe siècle chez Chardin quand il peint des prunes ou des fraises.

De la même manière, la représentation du repas, qu’il soit mythologique, biblique, historique, aristocratique, bourgeois ou paysan, n’a cessé de fournir aux artistes un sujet dont ils se sont délectés. Il n’est qu’à songer aux innombrables versions des Noces de Cana ou du Repas chez Lévi ou encore du Repas des pèlerins d’Emmaüs, sans compter, naturellement, le repas par excellence qu’est la Cène dont le chef-d’oeuvre de Léonard de Vinci constitue la référence absolue.

La modernité naissante n’a pas mis un terme aux variations sur ces thèmes. L’une de ses oeuvres inaugurales n’est-elle pas, justement, une scène de déjeuner, Le Déjeuner sur l’herbe, de Manet ? De la même manière, on verra les artistes phares du passage du XIXe au XXe siècle, que ce soit Manet, Cézanne ou Matisse, ne pas délaisser la ressource plastique de la représentation des aliments, avec, en général, un parti pris de très grande sobriété qu’illustrent parfaitement les pommes de Cézanne ou les oranges de Matisse.

La création contemporaine, celle des dernières décennies, a-t-elle délaissé ces thèmes ? Non, les artistes ne cessent de s’en emparer. Ils le font, tout d’abord, en perpétuant et en revisitant le « grand genre » de la nature morte, à la fois par la peinture – c’est le cas de Luc Tuymans, Philippe Cognée ou Ulrich Lamsfuss –, mais aussi, de façon intense, par la photographie. En témoignent les oeuvres de Jean-Pierre Sudre, Robert Mapplethorpe, Patrick Faigenbaum, Véronique Ellena ou Jitish Kallat. Très souvent, au-delà de la simple qualité plastique du sujet, les artistes recherchent également dans le traitement du thème, une occasion d’illustrer, la fragilité des choses, leur précarité, leur vanité.

D’autres artistes tels que Hervé Di Rosa, Martin Bruneau ou Isabelle Arthuis se sont attachés à renouveler un autre « grand genre », celui du repas tandis que Daniel Spoerri ou Andres Serrano détournent une icône du genre, la Cène de Léonard de Vinci.

Le détournement est l’un des ressorts de la création contemporaine. À travers les compressions de César, les accumulations d’Arman ou, plus récemment, les cuillers géantes de Subodh Gupta, les couverts et autres ustensiles de cuisine sont remis en perspective, tout comme l’est la nature morte, recomposée au miroir de la culture pop, à l’instar du Foodscape d’Erró, du Lobster de Koons, du Festin de Gilles Barbier ou encore de la série Junk Food d’Aurélie Mathigot.

La création contemporaine qui manifeste, dès son berceau duchampien, qu’« on peut faire de l’art avec n’importe quoi », innove cependant de façon spectaculaire, dans son approche de la question de la nourriture, en s’emparant des aliments eux-mêmes pour en faire le medium de la production d’oeuvres. C’est le cas des reliefs alimentaires figés dans une éternité artistique par Spoerri dans ses tableaux-pièges. C’est le cas également dans les buffets colorés de Dorothée Selz ou avec le Régime chromatique de Sophie Calle. Tantôt, c’est la nourriture qui devient le matériel plastique d’une nouvelle façon de faire de l’art, y compris en prenant en compte les modifications que le temps fait subir à ce matériau inédit, comme dans le Kartoffelhaus de Sigmar Polke, ou encore en instituant le repas non plus comme un objet de représentation mais comme un acte artistique en soi.

La création contemporaine, enfin, déploie dans un contexte historique qui a profondément bouleversé la relation des sociétés avec la nourriture, creusant les disparités entre les parties du monde qui y accèdent avec une abondance inédite et celles qui, déjà frappées de nombreux maux, n’y prétendent que difficilement. L’abondance de la nourriture, elle-même positive dans son principe, devient source de maux et d’inquiétudes, notamment ceux, sanitaires, liés à la surconsommation ou à la « malbouffe ». Cette abondance devient le symptôme même de la société de consommation dont les philosophes, les sociologues, certaines forces morales ou politiques, dénoncent la toute-puissance et la menace.

L’art, fidèle témoin des sociétés et des histoires dans lesquelles il est produit, manifeste, à cet égard, une large capacité de critique de la surabondance alimentaire que traduit, à la fois, la prégnance – dénoncée par Andy Warhol ou Claude Closky – des marques, devenues des icônes des temps modernes et la confusion possible – soulignée par Philippe Mayaux, Guillaume Bresson ou Thomas Mailaender – de la relation des hommes avec ce qu’ils mangent.

L’exposition rassemble près de soixante-dix oeuvres majeures provenant de nombreuses collections, dont la Collection Pinault.

14/06/13

Exposition Joan Miro, Landerneau, Bretagne, Fonds Hélène & Edouard Leclerc

Joan Miro, L'Arlequin artificier
Centre d'art du Fonds Hélène et Edouard Leclerc pour la culture, Landerneau, Finistère
15 juin - 3 novembre 2013



Avant le 50e anniversaire que s’apprête à célébrer la Fondation Marguerite et Aimé Maeght en 2014, celle-ci s’associe au Fonds Hélène & Edouard Leclerc pour rendre hommage à JOAN MIRO à l’occasion du 120e anniversaire de sa naissance. L’artiste est né le 20 avril 1893 à Barcelone et mort il y a trente ans, le 25 décembre 1983 à Palma de Majorque.

Première exposition de l’artiste catalan dans le grand ouest de la France, l’exposition Miró au centre d’art du Fonds Hélène & Édouard Leclerc réunira environ 400 œuvres. Elle se construit essentiellement autour des ensembles exceptionnels d’œuvres en provenance de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence dans les Alpes-Maritimes. Excepté la Fondation Miró à Barcelone, aucune autre institution ne peut offrir à partir d’un seul site, de façon aussi riche, documentée et réfléchie par l’artiste lui-même, une telle représentation de son œuvre à partir de 1930. C’est donc de cette date jusqu’à 1983, et à partir de la relation privilégiée qu’il a entretenue avec la famille Maeght, que s’organise cette exposition.

Elle présente des ensembles provenant de la Fondation Maeght : sculptures, peintures, gouaches, dessins, éditions, mais également des œuvres appartenant à la famille Maeght. Pour illustrer significativement l’ensemble de la période sur laquelle repose l’exposition et la diversité des techniques abordées par l’artiste, d’autres prêts complètent les différentes étapes de ce parcours : Musée National d’Art Moderne - Centre Georges Pompidou, Bibliothèque Nationale de France, collections particulières, descendants et proches de l’artiste.

Cette exposition porte sur la deuxième période de la carrière de Joan Miró, quand celui-ci, tout en restant fidèle à la peinture, aborde de nouvelles expressions artistiques et développe une œuvre exceptionnelle, inventive et singulière. 

L’exposition Joan Miró s’organise autour de cinq univers :

• Miró, explorateur
• Miró, artificier et danseur
• Miró, constructeur d’objets mentaux
• Miró, penseur, philosophe et poète
• Miró, navigateur aérien

L'œuvre de Joan Miro est ponctuée de rencontres fortes, primordiales. Elles donnent lieu à de multiples collaborations avec les poètes, les écrivains, les artistes qui marquent de leur empreinte l’histoire de l’art qui s’écrit avec eux. Ainsi Prévert, Eluard ou encore Calder.

Dans son œuvre, ainsi que le confirment ses entretiens, il cherche à travers les formes, les attitudes, les espaces, à exprimer un univers nous permettant de situer l’homme dans sa relation au monde grâce à un certain nombre de sujets mais aussi de positions vis-à-vis des idées comme de la matière.

Ce sont ces univers, facilement accessibles, qui sont proposés au public comme autant d’aventures et d’expériences à partager.

Invitation à découvrir également les grands dialogues de Joan Miró avec la littérature, l’architecture et les architectes, particulièrement son grand ami Josep Lluis Sert, architecte de la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence et de la Fondation Miró à Barcelone. Enfin les dialogues et les relations privilégiées de Miró et Maeght avec l’extraordinaire aventure de la construction de la Fondation Maeght et de son œuvre majeure in-situ, le Labyrinthe, où se tiennent seize œuvres monumentales de marbre, de ciment, de fer et de céramique conçues avec l’aide de Sert et des Artigas, père et fils. 

Commissariat général :
Pour le Fonds Hélène & Édouard Leclerc, Patrick Jourdan, directeur.
Commissariat artistique de l’exposition : Pour la Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Olivier Kaeppelin, directeur, et Isabelle Maeght. 

Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 19h en juin / juillet / août et de 10h à 18h en septembre / octobre / novembre 2013

01/03/10

Expo André Raffray, Musée des Beaux-Arts de Brest

ANDRE RAFFRAY
Le peintre des peintures
Musée des Beaux-Arts de Brest
Jusqu'au 4 avril 2010
 
Né en 1925, parvenu à une carrière artistique à travers la photographie et le cinéma (où il a dirigé le service Animation de La Gaumont), André Raffray se fait connaître en 1977 par une série de douze scènes qu’il présente à l’exposition inaugurale du centre Pompidou consacrée à  Marcel Duchamp. Cette première commande est à l’origine d’une longue série d’œuvres, que l’artiste enrichit encore aujourd’hui d’une production singulière autour des grands thèmes de l’histoire de l’art que sont les paysages et le portrait. S’y ajoutent ses liens avec le cinéma  ou encore la télévision comme dans  la série des Brigades du Tigre

Les séries comme Les Portraits, Les Peintures recommencées, ou encore Les Diptyques de paysages, Les Déchirures… nous invitent à une nouvelle lecture des chefs-d’œuvre. André Raffray recommence les paysages peints par les maitres, de Gauguin, Monet à Constable en passant par Van Gogh, Seurat ou Delaunay. Retrouvant le site, le moment, la lumière qui les ont inspirés, il s’en imprègne, photographie et s’approprie le motif pour une réalisation qui allie recherche du point de vue et virtuosité. 

La peinture à l’huile sera remplacée petit à petit par le crayon de couleur, technique lente et minutieuse  qui va devenir son instrument emblématique en rendant la matière même des  toiles. 

L’exposition réunit un ensemble de  quatre-vingt-dix œuvres provenant de l’atelier de l’artiste, de la collection de plusieurs Frac, dont le Frac Bretagne ainsi que de plusieurs grands musées français comme le Musée national d’art moderne - Centre Georges Pompidou, le musée des beaux-arts de Rouen, le Fnac, la Galerie Marianne et Pierre Nahon et de nombreux  collectionneurs…
Catalogue de 136 pages, avec des textes d’André Raffray, Catherine Elkar, Françoise Daniel. Edition musée des beaux-arts de Brest.

Commissaires de l’exposition : Françoise Daniel, conservatrice en chef, et Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne .

Cette exposition, organisée en collaboration avec le Fond d'art contemporain Bretagne s’inscrit dans la manifestation nationale Collections d’automne, panorama des Fonds régionaux d’art contemporain, organisée  par Platform, regroupement des Fonds régionaux d’art contemporain.
 
André Raffray, Exposition
Le peintre des peintures 
19 décembre 2009 – 4 avril 2010
Musée des Beaux-Arts de Brest
24 rue Traverse   
29200 Brest
Ouvert tous les jours sauf lundi, dimanche matin et jours fériés
de 10h à 12h et de 14h à 18h

11/06/09

Photos de Bretagne - Plaques Autochromes - Exposition

Alors que je complétais une série de notes sur la photographie sur plaque autochrome, en faisant des recherches internet sur les photos rassemblées au début du vingtième siècle à l'initiative d'Albert Kahn qui auraient été mises en ligne, je viens de tomber sur une exposition en cours dont je vous fait part rapidement ici, quitte à y revenir dans un autre message. Je reviendrais en particulier dans un autre message sur le projet mené par Albert Kahn dont je ne traite donc pas ici.
Voyager en couleurs.
Premières photographies couleurs en Bretagne
(1907-1929) Exposition au Port-musée de Douarnenez
Jusqu'au 4 novembre 2009
L'exposition a donc débuté depuis près de six mois (avec ouverture limitée essentiellement aux période de vacances) et il reste presque autant de temps pour aller l'apprécier (ouverture en continue depuis avril 2009). Les amateurs qui ne sont pas encore au courant de cette exposition savent la valeurs d'une telle initiative et ne manqueront sans doute pas leur plaisir, s'ils en ont la possibilité, d'y faire un tour.
Ce sont une vingtaine d'années d'images de Bretagnes immotalisées sur plaques autochromes qui sont proposées aux visiteurs par le Port musée de Douarnenez. A l'intérêt photographique se joint donc ici une ressource iconographique de premier choix pour ceux qui s'intéresse à la Bretagne, son histoire et à la vie des bretons au début du vingtième siècle.
Les clichés réunis sont réalisés à partir des plaques photographiques misent au point par la Société Lumières dont l'année 1907 marque le début de la mise à disposition pour les photographes du nouveau procédé autochrome. Ces clichés sont l'oeuvre de différents photographes : Jules Gervais-Courtellemont, Auguste Léon avec photographies prises à Vitré en 1915, Georges Chevalier, Roger Dumas et Stéphane Passet avec des autochromes pris dans les années 1920. Les trois photographes ont réalisés leurs photographies lors de différents reportages en Bretagne : en 1924, ils ont pris des photos en Loire-Atlantique et en 1920, 1924 et 1929 ils ont réalisés des photos dans le Finistère, les Côtes d'Armor et le Morbihan. Dumas et Camille Sauvageot ont filmé et photographié la procession de la grande Troménie de Locronan dans le Finistère en 1920. Cette célèbre procession a lieu tous les six ans depuis des temps ancestraux. Lorsque l'on connait le poids du catholicisme qui marquait encore très profondement la Bretagne de l'époque, on comprend l'intérêt historique d'un tel reportage. Au total, ce sont 900 plaques autochromes - une centaine sont présentées à l'exposition de Douarnenez - sur la Bretagne de l'époque qui ont été conservés de ces différents reportages à la fois artistiques, documentaires et témoins d'une période fondamentale de l'histoire de la photographie puisqu'il ne s'agit pas moins que celle de l'apparition de la couleur.
On peut ici se permettre de souligner, au passage, l'intérêt sans équivalent de la photographie et du film documentaire, et donc l'importance fondamentale à la fois de leur conservation et de leur communication au public le plus large. Tout en gardant à l'esprit, bien sûr, que, s'agissant de leur intérêt pour les sciences sociales, elles ne peuvent pas faire l'économie de l'analyse car elles offrent toujours un certain point de vue qu'il reste aux sociologues et historiens de nous rendre intelligible.
On doit cette riche exposition aux "Champs Libres" à Rennes et à l'association "Mémoire Photographique en Bretagne" en partenariat avec le Musée Albert Kahn (Hauts-de-Seine) et avec la collaboration de la Cinémathèque Robert Lynen (Paris), de la Société Française de Photographie et du Musée de Bretagne (Rennes).
Port-musée
Place de l'Enfer
29100 Douarnez
Horaires :
jusqu'au 31 juin 2009,
10h - 12h30 / 14h - 18h
Fermé le lundi ;
du 1er juillet au 31 août 2009,
10 h - 19 h sans interruption
et 7 jours sur 7 ;
du 1er septembre au 4 novembre 2009,
10h - 12h30 / 14h - 18h Fermé le lundi.
http://www.port-musee.org/
Affiche de l'exposition (c) 2008 - Tous droits réservés.

03/03/99

Dessins français XVIIe - XIXe siècles. Florilège de la collection du musée des Beaux-Arts de Quimper

Dessins français XVIIe - XIXe siècles
Florilège de la collection du musée des Beaux-Arts de Quimper
Musée des Beaux-Arts de Quimper
3 mars - 31 mai 1999

En exhumant de ses réserves 79 de ses plus beaux dessins de l’Ecole française exécutés entre 1630 et 1830, le musée des Beaux-Arts de Quimper a souhaité réparer une certaine forme d’injustice. En effet, la dernière exposition importante de son fonds graphique remonte à 1971. Jusqu’à cette date, ce fonds, riche d’environ 2000 feuilles provenant comme celui de peintures du legs de l’amateur quimpérois Jean-Marie de Silguy en 1864, était méconnu à la fois des spécialistes et du public, à l’exception du Paysage de Callot publié en 1958 par Daniel Ternois et présenté dès la fin des années cinquante dans de nombreuses expositions internationales consacrées au XVIIe siècle français. ou encore de la Feuille d’études d’un soldat chargeant son fusil de Watteau, publiée en 1957 par K.T. Parker et J. Mathey dans leur catalogue raisonné de l’oeuvre dessiné de l’artiste.

C’est à Roseline Bacou, alors conservateur au Cabinet des Dessins du musée du Louvre et commissaire de l’exposition, que revient le grand mérite d’avoir étudié pour la première fois et remis en valeur cet ensemble qu’elle considérait à bien juste titre comme l’un des plus remarquables ensembles de dessins conservés en France. Quatre-vingt cinq numéros des Ecoles française, italienne et flamande furent alors présentés, avec des attributions pour la plupart confirmées depuis, et firent l’objet de notices plus ou moins détaillées dans un catalogue qui constitue encore aujourd’hui un outil de référence pour l’étude de ce fonds . Il convient de rappeler ici que, contrairement aux peintures, les dessins légués par Jean-Marie de Silguy ne firent l’objet d’aucun inventaire. Les auteurs du premier catalogue du musée publié en 1873 justifièrent leur choix de se borner aux seuls tableaux du musée par le fait que la nomenclature et la description des nombreux dessins, gravures, plâtres et objets d’art qu’il contient, eussent dépassé les limites d’un simple livret en concluant cependant, d’une manière quelque peu prophétique, qu’ils espéraient que cette tâche serait entreprise un jour. 

L’étude approfondie d’un ensemble de dix dessins français significatifs du XVIe à la fin du XVIIIe siècle dans un article paru à l’issue de l’exposition de 1971 dans la Revue du Louvre de la même année contribua à diffuser encore plus largement la connaissance d’une partie de ce fonds quimpérois tant auprès des spécialistes que des amateurs.

On ne saurait oublier enfin que le musée des Beaux-Arts de Quimper a été l’un des tous premiers musées de province, avec ceux d’Orléans, Lille, Dijon, Rennes et Marseille, à participer à ce regain d’intérêt pour le dessin français au début des années soixante-dix, précédant en cela la série d’expositions consacrées aux dessins français des XVIIe et XVIIIe siècles inaugurée par le musée du Louvre à partir de 1984. C’est également de ces années quatre-vingt que datent ces expositions monographiques associant à la fois peintures et dessins, souvent puisés dans les collections provinciales alors mieux connues et appréciées à leur juste valeur. Le temps n’est pas encore si loin où le dessin, cette quintessence même de l’art, ce premier feu de l’imagination de l’artiste pour reprendre le mot célèbre de Dézallier d’Argenville, était le parent pauvre des musées et des expositions.

Il faut bien avouer que la fragilité des oeuvres graphiques et les strictes exigences de leur conservation les condamnent bien souvent à demeurer dans l’obscurité des réserves accessibles aux seuls chercheurs. La rénovation du musée des Beaux-Arts de Quimper en 1993 a permis d’aménager au sein du parcours des collections permanentes de peintures un espace d’exposition temporaire où le fonds de dessins anciens est présenté par roulement, suivant des thématiques parfois liées à l’actualité du musée. Signalons ainsi en 1996 la présentation d’une sélection de vingt-cinq dessins des Ecoles française et italienne, suivie deux ans plus tard par celle des plus belles feuilles de l’Ecole française du XVIIIe siècle à l’occasion de l’exposition Elie Fréron, polémiste et critique d’art.

Depuis 1971, ce fonds a par ailleurs fait l’objet de nombreuses expositions en France et à l’étranger qui ont contribué d’une part à le faire connaître auprès d’un plus large public, d’autre part à en enrichir l’étude, à travers des catalogues de grande érudition, soit en révisant ou en précisant certaines attributions parfois erronées, soit en mettant en relation certains dessins avec des peintures dans le cas d’études préparatoires. Trois ans seulement après l’exposition quimpéroise, quatre dessins de Fabre, Garnier et Moreau le Jeune -ce dernier acquis cette année-là- représentaient ainsi le musée quimpérois à l’exposition consacrée à Paris aux dessins néo-classiques des musées de province. Remercions ici pour leurs précieuses contributions au catalogue Arlette Sérullaz, Nathalie Volle et Jean Lacambre.
Deux expositions, quoique beaucoup plus modestes sur le plan scientifique, ont ensuite permis de faire circuler une partie du fonds dans notre région : cent dessins des Ecoles française et étrangère furent ainsi présentés en 1983 au musée de Pont-Aven alors nouvellement créé tandis que quatre ans plus tard, le musée des Jacobins de Morlaix choisissait d’exposer à son tour une sélection de cinquante dessins. En 1992, la fermeture pour travaux du musée fut l’occasion d’une importante campagne d’expositions de son fonds de peintures et de dessins à l’étranger. Trente-deux dessins des XVIIIe et XIXe siècles significatifs de l’évolution de l’art français de Boucher à Boudin furent ainsi présentés au Noordbrabants Museum d’Hertogenbosch en Hollande et firent l’objet de notices détaillées établies par Bernard Vermet à qui on doit d’intéressantes découvertes. Un an plus tard, l’exposition consacrée par le musée du Louvre aux Dessins français du XVIIe dans les collections publiques françaises devait permettre d’enrichir la connaissance de notre fonds de dessins du XVIIe siècle qui, quoique moins important quantitativement et moins homogène que celui du XVIIIe, n’en présente pas moins des oeuvres de grande qualité dûs à d’illustres maîtres tels que Le Brun et Callot ou à des artistes certes moins connus mais néanmoins rares comme le graveur Grégoire Huret auquel on attribua cette Flagellation du Christ, jusqu’alors anonyme. Remercions ici pour cette étonnante découverte, confirmée par Pierre Rosenberg, Jean-François Méjanès, conservateur en chef au Département des Arts graphiques du musée du Louvre, qui, depuis 1971, mène une étude attentive et approfondie de notre fonds.
Enfin, plus récemment encore, le musée de Picardie d’Amiens a présenté aux côtés de son fonds de dessins français des XVIIIe et XIXe siècles l’allégorie quimpéroise autour de la Paix d’Amiens par le peintre breton François Valentin.

A ces expositions spécialisées, il convient d’ajouter enfin les expositions de peintures monographiques ou thématiques dans lesquelles certains dessins de la collection quimpéroise furent présentés, comme la Continence de Scipion de Boucher qui figura à l’exposition bruxelloise de 1975 sur le XVIIIe siècle français, l’étude pour la figure d’Agamemnon de Carle Van Loo, prêtée pour la rétrospective française de 1977, celle pour la Vénus à sa toilette de Natoire exposée la même année dans le cadre de la rétrospective française et italienne, la Feuille d’études de Watteau, présente à la grande rétrospective de Paris, Berlin et Washington en 1984-85, ou encore le Vieillard regardant à la lunette  et la Femme assise  de Leprince, présents tous deux à la rétrospective de Metz en 1988.

L’exposition quimpéroise de 1971 aura été aussi le point de départ de la politique d’enrichissement du musée dans le domaine des arts graphiques. D’importants achats, le plus souvent destinés à compléter le fonds initial issu du legs de Silguy, ont été ainsi réalisés depuis cette date, comme celui de la  Scène d’initiation chez les Egyptiens de Moreau le Jeune en 1974 (venu s’ajouter à un paysage), suivi cinq ans plus tard par celui de deux dessins de Cassas représentant des vues de Lorient et d’Hennebont, complété en 1993 par celui d’une Vue de la promenade de Quimper Corentin, document précieux pour la connaissance de la capitale cornouaillaise au XVIIIe siècle ( ces dessins d’inspiration bretonne viennent ici s’ajouter aux deux vues de la campagne romaine, n° , anciennement dans la collection), ou encore comme celui de la Réunion au jardin du Luxembourg  de Boilly, acquis dans le commerce d’art parisien en 1986, soit près d’un siècle après l’entrée dans les collections initiales de l’esquisse à l’huile peinte par l’artiste sur le même thème.

Compte-tenu de la grande richesse et de l’extrême variété de ce fonds dominé à la fois en nombre et en qualité par l’Ecole française, nous avons pris le parti de n’exposer ici qu’une sélection de quelques quatre-vingt .numéros, faisant clairement apparaître la prééminence du XVIIIe siècle, reflet du goût personnel du donateur et de sa politique d’acquisitions dont il sera question dans le chapitre suivant.
Gageons en tous les cas que cette nouvelle exposition, malgré le caractère non exhaustif et toujours un peu arbitraire de telles sélections, permettra à nos visiteurs de mieux apprécier la qualité de cet ensemble qui sans toutefois rivaliser avec les remarquables ensembles de Besançon, Orléans, Lille ou Rennes mérite très largement la renommée de la collection quimpéroise, et que l’étude des oeuvres présentées ici et mises parfois en relation avec d’autres dessins et peintures continuera à susciter l’intérêt des chercheurs...

Jean-Marie de Silguy, dessinateur et collectionneur

Elève du peintre François Valentin au lycée de Quimper puis de Jean-François Mérimée à l’Ecole Polytechnique où il fut admis en 1804 au terme de brillantes études secondaires, Jean-Marie de Silguy (1785-1864) pratiqua très tôt l’art du dessin qui occupait alors une place prépondérante dans les enseignements scientifiques. Le musée conserve quatre de ses dessins - une académie, une scène de genre dans le goût de Greuze, une allégorie copiée d’après son maître Valentin et une étude d’arbres contresignée par Mérimée et sans doute exécutée pour le concours annuel de dessin de l’Ecole Polytechnique- qui témoignent d’un certain talent malgré une facture souvent conventionnelle.
Rappellons ici que la pratique du dessin amateur était une tradition familiale chez les Silguy et les Conen de Saint-Luc, branche maternelle du collectionneur. Cette éducation artistique acquise tant au contact de ses proches qu’à celui de ses professeurs confirma assez vite Jean-Marie de Silguy dans sa vocation de collectionneur. Sa formation d’ingénieur des Ponts-et Chaussées n’a sans doute pas été elle-même étrangère à sa prédilection pour les dessins et les esquisses qui occupent une place essentielle dans la collection du musée.

Toutefois peu sensible aux innovations artistiques de son temps, du romantisme au naturalisme, J.M. de Silguy avait une affection toute particulière pour les dessins anciens et une prédilection très marquée pour le siècle qui l’avait vu naître. Bien qu’exclusive, cette préférence donne à la collection quimpéroise un intérêt particulier et un caractère profondément didactique dans la mesure où elle permet de suivre l’évolution du dessin et, d’une manière plus générale, de l’art français, du rococo illustré ici par les feuilles des plus grands maîtres de ce courant (Watteau, Lemoyne, Natoire, C. Van Loo, Boucher, Fragonard...) au néo-classicisme dont témoignent les oeuvres de Fabre, Garnier, Vincent et Moreau le Jeune. C’est en cela que la collection Silguy peut être comparée à celle dont Xavier Atger fit don à la bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier entre 1813 et 1833.

L’étude attentive de cette collection laisse apparaître par ailleurs une prédilection très nette pour les académies et les paysages, deux genres auxquels sacrifia J.M. de Silguy au cours de sa formation à l’Ecole Polytechnique. Nombreuses sont aussi les études pour des peintures à sujets religieux, historique, mythologique ou allégorique, pour la plupart aujourd’hui perdues. La relation entre dessin et peinture est cependant parfois difficile à établir avec certitude en raison du plus grand nombre de dessins autonomes au XVIIIe siècle qui fut, comme le rappelait Marianne Roland-Michel en 1987, l’âge d’or du dessin français.
L’un des autres attraits majeurs de la collection Silguy réside dans la présence de pièces signées et parfois datées d’artistes dont l’oeuvre dessiné est aujourd’hui mal connu. C’est en particulier le cas de Taillasson et de Taraval dont la Sainte Famille est précisément datée de 1781.

C’est pendant son séjour parisien où il fut en poste de 1842 à 1852 que J.M. de Silguy constitua l’essentiel de sa collection de peintures et de dessins. Ceux-ci étaient acquis le plus souvent par lots, beaucoup plus rarement par feuilles isolées, et sans réel souci de provenance. Cette méthode d’acquisition où la fièvre «collectionnite» semble l’emporter sur la rigueur scientifique et l’érudition explique ainsi le grand nombre de copies ou d’oeuvres secondaires, comme cet ensemble de contre-épreuves à la sanguine d’après des paysages d’Hubert Robert, et la rareté des marques de collections antérieures apposées sur les dessins. J.M. de Silguy n’en apposa lui-même aucune.

Si le fonds de dessins offre ainsi de grandes similitudes avec celui de peintures, également caractérisé par des oeuvres de qualités diverses et inégales et par une abondance de copies, elle s’en éloigne cependant par certains choix. En effet, la passion du collectionneur quimpérois pour la peinture flamande et hollandaise pouvait laisser espérer la présence d’un fonds de dessins nordiques également intéressant. Or, la collection ne compte que trois feuilles de cette école.

Les artistes méridionaux semblent avoir retenu davantage l’attention de l’amateur, à l’exception des Espagnols absents du fonds graphique. Quoique moins important en nombre que l’ensemble français, l’ensemble italien rassemble quelques noms célèbres du XVIe au XVIIIe siècle tels que Cambiaso, Farinati, Tiepolo, Pannini et Piranèse.

Par ses choix éclairés, à défaut d’une solide érudition comme semble l’indiquer la rareté des livres d’art au sein de sa bibliothèque riche de plus 7000 volumes, J.M. de Silguy doit toutefois être rattaché à cette génération de collectionneurs, amateurs ou peintres, qui par leurs dons généreux ont fait et font encore la réputation des cabinets de dessins de nombreux musées de province. Citons ainsi entre autres X. Atger (1756-1833) et F.X. Fabre (1766-1837) à Montpellier, J.B. Wicar (1762-1834) à Lille, Turpin de Crissé (1781-1859) à Angers, His de la Salle (1795-1878) à Dijon, Alençon et Lyon, ou encore J.F. Gigoux (1806-1894) à Besançon, sans oublier leur illustre prédécesseur, le parlementaire rennais C.P. de Robien (1698-1756) qui rassembla au sein de son cabinet de curiosités près d’un millier de dessins, conservés aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Rennes.

Sophie Barthélémy
Conservateur au musée des Beaux-Arts de Quimper.

Musée des Beaux-Arts de Quimper
40, place Saint-Corentin, 29000 Quimper