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04/10/16

L'esprit du Bauhaus, Musée des Arts décoratifs, Paris

L'esprit du Bauhaus
Musée des Arts Décoratifs, Paris

19 octobre 2016 - 26 février 2017


Erich Consemüller, Scène du Bauhaus :
inconnue au masque dans un fauteuil tubulaire de Marcel Breuer
portant un masque de Oskar Schlemmer et une robe de Lis Beyer.
Photographie, 1926 © Bauhaus-Archiv Berlin

« Architectes, sculpteurs, peintres, tous nous devons retourner à l’artisanat » écrit l’architecte Walter Gropius dans son manifeste du Bauhaus. Fondé en 1919 à Weimar , dissout en 1933 à Berlin face à la montée du nazisme, le Bauhaus est une école d’enseignement artistique qui s’est imposée comme une référence incontournable de l’histoire de l’art du XXe siècle. Elle a été créée par Walter Gropius pour rendre vie à l’habitat et à l’architecture au moyen de la synthèse des arts plastiques, de l’artisanat et de l’industrie.

Le musée des Arts décoratifs rend hommage à l’esprit du Bauhaus à travers plus de 900 oeuvres, objets , mobilier, textiles, dessins, maquettes , peintures, replacés dans le contexte de l’école et témoignant de l’extrême richesse des champs d’expérimentation. L’exposition aborde en préambule le contexte historique et les sources qui ont permis au Bauhaus de voir le jour, pour inviter ensuite les visiteurs à suivre toutes les étapes du cursus des étudiants dans les différents ateliers. Elle se clôt par une invitation à l’artiste Mathieu Mercier dont le regard porté sur les oeuvres de ses contemporains (artistes, designers, plasticiens, créateurs de mode) témoigne de la permanence et de la vivacité de l’esprit du Bauhaus.


Gyula Pap, Candélabre à sept branches, laiton, 1922
© Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg

Le Bauhaus : Les sources et les antécédents

L’exposition s’ouvre sur les différentes sources du Bauhaus puisées autant dans l’organisation des chantiers des cathédrales et les arts de l’Asie que dans les modernités allemandes, les Arts and Crafts britanniques et les utopies viennoises, dont les Wiener Werkstätte.

En créant le Staatliches Bauhaus à Weimar, Walter Gropius (1883-1969) poursuit les ambitions de Henry Van de Velde prônant l’alliance de l’industrie, de la modernité et de l’esthétique propre à la Deutscher Werkbund, (association d’architectes et d’industriels, dont il était membre aux côtés de Peter Behrens). Ce concept était lui-même directement issu des idées forgées par William Morris et les Arts and Crafts pour qui l’art se devait de répondre aux besoins de la société jugeant caduque la distinction entre les beaux-arts et la production artisanale. Gropius reprend ces idées en les radicalisant pour en faire, selon son manifeste, le coeur de la pédagogie « parce qu’il n’existe aucune différence, quant à l’essence, entre l’artiste et l’artisan ». Pour mieux en mesurer la filiation les objets emblématiques de William Morris, Henry Van de Velde, Peter Behrens, et des artistes des Wiener Werkstätte tels que Koloman Moser ou Josef Hoffmann sont exposés au regard d’oeuvres produites par le Bauhaus.

Au-delà de ces mouvements, Walter Gropius jette les bases de l’organisation de l’école à partir des modèles empruntés au Moyen âge : la hiérarchie maîtres - compagnons - apprentis comme système de transmission, l’artisanat comme fondement de l’enseignement, ainsi que la collaboration de tous les arts en vue d’un projet commun. Il s’appuie en cela sur l’organisation des corporations travaillant sur les chantiers médiévaux des cathédrales où tous les corps de métiers se réunissaient pour accomplir ensemble « l’oeuvre ». Pinacles de triptyque ou lectrins gothiques font échos au manifeste du Bauhaus illustré par la cathédrale de Lyonel Feiniger emblème de l’oeuvre d’art globale et d’unité sociale.

Les expositions, les collections ou les publications sur les arts de l’Asie étaient suffisamment nombreuses en Allemagne pour que les artistes aient pu les observer. Théodor Bogler et Marianne Brandt partagent avec la Chine et le Japon cette même recherche des formes simples et usage des matériaux dans les objets du quotidien, tandis que les courants de pensée taoïstes auraient imprégné les réflexions de certains artistes parmi lesquels Johannes Itten et Wassily Kandinsky sur les contrastes, la composition ou le rythme.


T. Lux Feininger, Masque de scène du Bauhaus
sur le toit du Bauhaus de Dessau, photographie, 1928
© Estate of T. Lux Feininger / Bauhaus-Archiv Berlin

Le Bauhaus : L’école

A l’image d’un étudiant, le visiteur suit toutes les étapes de l’enseignement proposé, du cours préliminaire qui vise à briser les idées académiques et ouvrir l’esprit des élèves, aux passages dans les différents ateliers spécialisés. Pendant quatre ans, l’élève suit ainsi une formation à la fois pratique et formelle. Cette partie de l’exposition couvre les productions de l’ensemble des ateliers de 1919 à 1933: mobilier, céramique, métal, vitrail, peinture murale, sculpture sur bois et sur pierre, tissage, typographie et publicité, photographie, théâtre…

Artistes de l’avant-garde et artisans enseignent et supervisent ensemble les ateliers, comme par exemple Paul Klee pour la théorie artistique, Wassily Kandinsky pour la peinture murale, Oskar Schlemmer pour le théâtre, Marcel Breuer pour le mobilier, Theodor Bogler pour la céramique, Gunta Stölzl pour le tissage, Marianne Brandt pour le métal, Herbert Bayer pour le graphisme ou encore Walter Peterhans pour la photographie. Tandis que, Johannes Itten, László Moholy Nagy et Josef Albers se succèdent à la pédagogie du cours préliminaire, les rôles des maîtres de la forme, des maîtres artisans et des élèves ont su évoluer pour une plus grande transversalité. Les plus humbles travaux préparatoires des élèves sont mis en perspective des pièces les plus abouties. Des études de matière, des exercices sur les couleurs, le rythme et le mouvement des formes, des maquettes, des projets en volumes, des échantillons de textile, des essais de typographie sont exposés chaque fois dans le cadre de l’atelier aux côtés des pièces produites. On découvre par exemple les productions des pièces uniques de poterie de Théodor Bogler ou ses récipients à épices en céramique de 1923 aux formes géométriques combinables et destinées à l’industrie. Les productions de Marcel Breuer permettent enfin de mettre ses pièces tubulaires les plus célèbres en perspective de ses multiples recherches sur le mobilier en bois plus brut et massif. Les grands tapis et tapisseries, aux motifs répétitifs, appréhendés comme des oeuvres picturales par Gunta Stölzl, sont présentés pour la première fois. Les essais typographiques de Bayer ou Albers et les campagnes publicitaires sur le tourisme de Dessau de Joost Schmidt témoignent de l’évolution de certains ateliers vers une véritable professionnalisation de leur domaine. C’est le cas de l’atelier de métal et des productions de Brandt. L’atelier théâtre, animé par Schlemmer, réputé pour son Ballet Triadique (1922), est le lieu vers lequel convergent toutes les expérimentations. Il est à l’origine de très nombreuses fêtes où tous participent à la réalisation des décors, costumes, cartons d’invitation… La photographie occupe une place essentielle dans l’exposition, à la fois comme oeuvre et témoignages documentaires. Les stéréotypes et photogrammes, fruits des expérimentations de Moholy Nagy, alternent avec les photographies des autres étudiants, qui prennent pour objet la vie de l’école et son incroyable bouillonnement créatif.

Et ce sont bien toutes ces expérimentations qui, aux côtés des oeuvres de Itten, Kandinsky, Albers, font l’esprit du Bauhaus où les recherches vont autant vers l’expressionnisme, le folklore et l’art populaire, les arts primitifs, Dada et le photomontage, De Stijl et le constructivisme, que le fonctionnalisme. Le Bauhaus n’est pas une école fermée sur elle-même et reste ouverte à toutes les tendances avant-gardistes de l’époque.

En 1923, Walter Gropius organise la première exposition du Bauhaus, autour de la Haus am Horn, maison témoin, qui est le fruit d’un travail collaboratif des différents ateliers de l’école. Tous participent au but ultime du Bauhaus : la construction. Le retentissement de cette exposition est considérable et propage les idées et les oeuvres produites. Mais dès lors les élans expressionnistes d’Itten font place aux idées de Théo Van Doesburg. Modernisme et constructivisme inclinent Walter Gropius à modifier la devise du Bauhaus qui devient « L ’art et la technique, une nouvelle unité ».

Dans une Allemagne alors exsangue, le Bauhaus fait face aux difficultés matérielles et politiques et doit lutter pour survivre. Il déménage de Weimar à Dessau en 1925 dans un nouveau bâtiment qui illustre les idéologies de Gropius. L’école voisine avec les maisons de maîtres destinées aux enseignants et dont l’aménagement et le mobilier sont confiés à Marcel Breuer. La vie, les productions et les fêtes reprennent jusqu’en 1932 : moment où le Bauhaus doit fermer à Dessau pour s’installer à Berlin. Hannes Meyer directeur du département architecture a alors remplacé Gropius, il sera renvoyé pour ses idées socialistes en 1930. Dernier directeur, Ludwig Mies Van der Rohe doit se résoudre à fermer l’école en 1933.

Le Bauhaus, une suite possible

L’héritage du Bauhaus a été considérable. Et bien qu’il ait marqué et imprégné tous les domaines de la création dès 1933, propagé par les enseignants et les élèves fuyant l’Allemagne, l’exposition prend le parti de rendre compte des résurgences les plus contemporaines du Bauhaus. A l’invitation du musée, l’artiste Mathieu Mercier porte son regard sensible sur les créations de plasticiens, de designers, de graphistes ou créateurs de mode qui, comme lui, poursuivent l’esprit du Bauhaus. Il a guidé son choix parmi 49 artistes tous nés après 1960 et oeuvrant sans distinction entre art et art appliqué.

Muller Van Severen
Muller Van Severen
Installation, cuir, laiton, propylène, 2012
© Musée des Arts décoratifs, Paris, Jean Tholance


Mathieu Mercier
Mathieu Mercier
Sans titre (Bougie/cercle chromatique de J. Itten),
bougie, sublimation sur socle en Corian, vers 2011
© Mathieu Mercier et Mehdi Chouakri Berlin

Exposition réalisée avec la Fondation d’entreprise Hermès.

Commissariat général :
> Olivier GABET, directeur des musées des Arts décoratifs
> Anne MONIER, conservatrice département des jouets assistés de Louise CURTIS, chargée de recherche et Raphaèle BILLé, assistante de conservation département Art Nouveau/Art Déco
Commissariat scientifique :
> Monique BLANC, conservatrice en chef département Moyen Age/Renaissance
> Béatrice QUETTE, chargée des collections asiatiques
Pour la partie contemporaine de l’exposition :
Commissaire : >
Marie-Sophie CARRON de la CARRIèRE, conservatrice en chef du patrimoine département mode et textile 1800-1939
Direction artistique :
> Mathieu MERCIER

LES ARTS DECORATIFS, PARIS
www.lesartsdecoratifs.fr

03/02/14

De la Chine aux Arts Décoratifs. L'art chinois dans les collections du Musée des Arts décoratifs, Paris

De la Chine aux Arts Décoratifs. L'art chinois dans les collections du Musée des Arts décoratifs 
Musée des Arts Décoratifs, Paris 
13 février - 29 juin 2014 

Brûle-parfum en forme de gui couvert, 
Chine, dynastie Qing, période Qianlong (1736-1796)
Emaux cloisonnés et champlevés sur cuivre
Dépôt public Fondation Salomon de Rothschild, 1923
Musée des Arts décoratifs, Paris, photo Jean Tholance

De la Chine aux Arts Décoratifs retrace l’apparition du goût pour l’art chinois qui prend une ampleur manifeste en France au XIXe siècle, mais aussi l’histoire particulière d’une collection. Le Musée Chinois à Fontainebleau inauguré par l’Impératrice Eugénie en 1863, ou encore les Expositions Universelles, sont les prémices de ce nouvel et vif intérêt pour des formes d’art que ces amateurs éclairés vont, pour certains, collectionner avec passion.

Les premières salles de l’exposition rendent hommage à ces collectionneurs et ces légataires, tels que Jules Maciet, Raymond Koechlin, Jean Schlumberger, Raoul Duseigneur, Mademoiselle Grandjean, mais aussi David David-Weill et la Baronne Salomon de Rothschild. En faisant don au musée des Arts décoratifs, ils revendiquent le souci de préserver, valoriser et transmettre un répertoire esthétique nouveau, ainsi que les secrets de certaines techniques, comme la laque ou encore la porcelaine.

Aiguière, Chine, dynastie Ming, XVIe siècle
Porcelaine de Jingdezheng, monture en bronze doré
Don Alexis Rouart, 1898, Musée des Arts décoratifs, Paris

Les raisons données par David David-Weill, lorsqu’il offre ses émaux cloisonnés au musée en février 1923, valent sans doute pour chacun d’entre eux : « La collection (…) pourra être un enseignement utile pour toute une branche d’artistes décorateurs ». Cet art chinois prisé par les créateurs et les amateurs occidentaux offre la possibilité de renouveler les techniques et d’ouvrir la porte à un nouveau répertoire iconographique. Les représentations de dragons ou encore de « chiens Fô » et d’autres chimères sont, pour le public européen de l’époque, des figures étranges et cryptiques qui suscitent toute leur curiosité.

Double gourde (paire), Chine, dynastie Qing, laque, XVIIIe siècle
Dépôt public Fondation Salomon de Rothschild, 1923
Musée des Arts décoratifs, Paris

De la Chine aux Arts Décoratifs est l’occasion d’appréhender une collection qui révèle un héritage artistique inédit. A l’exception de pièces réalisées pendant les premières dynasties royales ou impériales chinoises, les objets exposés appartiennent aux dynasties des Song (960-1279), des Yuan (1279-1368) et, pour la majorité, aux deux dernières dynasties impériales, celles des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1912). Ces chefs-d’oeuvre datant des périodes les plus récentes sont parmi les plus prisés des collectionneurs de l’époque et forment ainsi une partie importante de l’exposition, permettant de se rendre compte de la finesse et de la richesse des fonds que conservent Les Arts Décoratifs. Le public est invité à admirer une grande diversité d’objets tels que des robes de cour (chaofu) ou de cérémonie (lifu), des habits semi-officiels (jifu), des armures, ou encore des textiles présentés sous forme d’échantillons plus ou moins grands, offrant un catalogue de motifs et de techniques extraordinaires qui ont fasciné les Européens. Des albums de papiers aquarellés du XVIIIe et du XIXe siècle, réalisés pour le marché occidental et illustrant le mode de vie et les décors chinois, sont sortis des archives de la bibliothèque des Arts Décoratifs pour l’occasion. 


Plat, Chine, dynastie Yuan (1279-1368)
Porcelaine avec décor en bleu de cobalt sous couverte
Achat Raoul Duseigneur, 1894
Musée des Arts décoratifs, Paris

Deux salles sont dédiées aux céramiques d’exportation provenant majoritairement des collections d’Alexandrine Grandjean et de Paul Pannier et des périodes plus anciennes sont classées par techniques, et mettent à jour des pièces d’exception comme le grand plat Yuan en porcelaine avec un décor bleu de cobalt sous couverte. Au même titre, des jarres, des vases ou encore des pots à anse en céramique évoquent l’époque durant laquelle les Compagnies des Indes orientales importaient par millions ces objets en Europe, alors que cette dernière recherchait encore le secret de la porcelaine. Ce parcours à travers l’histoire de l’art chinois retrace également l’évolution du goût des collectionneurs qui penchent pendant un temps pour les décors richement constitués d’émaux polychromes, et plus tardivement pour des objets initialement destinés au commerce en Chine.

Brûle-parfum en forme de li ding, Chine, dynastie Qing 
Bronze patiné, Achat Laurent Héliot, 1892
Musée des Arts décoratifs, Paris

Une autre partie de l’exposition, dédiée à un ensemble remarquable de cloisonnés provenant de dons de David David-Weill et de la Baronne Salomon de Rothschild, réunit l’une des collections les plus importantes de ce genre, très peu vues en Europe, offrant ainsi un panorama impressionnant qui retrace l’historique de cette technique. Ces chefs-d’oeuvre accompagnent des objets rares, tels qu’une vingtaine de cornes de rhinocéros sculptées appartenant aux dynasties Ming et Qing. Des pierres dures finement travaillées telles des vases, des pots et des coupes en jade, en agate et en lapis-lazuli sont également montrés au public et témoignent du raffinement de la culture chinoise. Aux côtés de ces pièces, s’ajoute une sélection d’éléments de mobilier dont des paravents qui rappellent la grande maitrise de la laque que les européens ont longtemps admirée des chinois.

L’exposition montre aussi des objets essentiellement fabriqués pour le marché chinois. Iconographies et symboliques des motifs sont décryptées au public pour mieux appréhender l’art et la culture de la Chine. Ces oeuvres figurant aujourd’hui au musée, sont ainsi l’occasion d’aborder les méthodes de création originales et anciennes, tout en distinguant le « goût chinois » de celui des français, dans la sphère des métiers d’art. En exposant cette collection, Les Arts Décoratifs souhaitent également apporter une ouverture sur la Chine du XXe siècle et contemporaine à travers des affiches et des jouets, mais aussi des oeuvres de designers ou de créateurs chinois.

En écho à l’exposition Les secrets de la laque Française. Le vernis Martin qui est installée dans la Nef du musée, De la Chine aux Arts Décoratifs s’étend dans les douze salles de la galerie d’étude, du 13 février à l’été 2014. Tout en mettant en lumière l’héritage du savoir-faire chinois et l’impact qu’il a eu sur les métiers d’art en Europe et en France en particulier, cet événement est ainsi l’occasion d’exposer une collection précieuse et riche, trop rarement montrée au public jusqu’à aujourd’hui. 

Commissaire de l'exposition : Béatrice Quette, Musée des Arts décoratifs

MUSEE DES ARTS DECORATIFS
107, rue de Rivoli – 75001 Paris
www.lesartsdecoratifs.fr

11/12/13

Expo Verres, Musée Arts décoratifs, Bordeaux : Verres d'usage et d'apparat, de la Renaissance au XIXe siècle - La collection du Mesnil

Verres d'usage et d'apparat, de la Renaissance au XIXe siècle - La collection du Mesnil
Musée des Arts décoratifs, Bordeaux 
13 décembre 2013 - 30 mars 2014 

Coupe en verre rubis monture en argent doré 
© Jean-Christophe Garcia 

Le musée des Arts décoratifs de Bordeaux accueille la collection du Mesnil, des verres anciens allant de la Renaissance jusqu’au XIXe siècle, comprenant un ensemble particulièrement remarquable de verres vénitiens. Durant quatre mois, deux visions de collectionneur sont ainsi réunies sous un même toit, l’une publique, l’autre particulière. La première s’est constituée avec l’objectif de créer et constituer un patrimoine, la seconde s’est faite avec liberté, aux grés des passions d’un amateur.

En acceptant avec beaucoup de générosité de déposer ses verres précieux au musée, ce collectionneur dévoile l’intimité de ses choix, parfois emballés, parfois raisonnés.

On observe un goût particulier pour les verres de la Renaissance vénitienne, des verres soufflés aux XVIe et XVIIe siècles, des objets raffinés et fragiles, à couper le souffle de beauté. C’est leur très belle transparence, leur extrême pureté que le collectionneur apprécie tout particulièrement. Des caractéristiques qui le conduisent également à acquérir de rares pièces des pays du Nord, tel ce verre gravé à la roue d’un décor de vignoble, autour de 1735.

Sont exposés des verres à boire, des verres de mariage, des pièces d’ostentation ou de rares aiguières en verre opalescent, en rubinglass, ce verre rouge intense, ou encore en verre bleu profond. Ces objets nous renvoient à cette culture de la Renaissance où les verres font partie du cérémonial des banquets. Les verres d’usage n’étaient alors apportés à table que lorsque le convive souhaitait boire. Il faut attendre le XIXe siècle pour que le verre devienne un élément primordial du décor de la table.

Sont ici réunies quelques cent trente pièces d’exception, qui sont comme autant d’enfants que le collectionneur a souhaité lui-même transporter au musée, refusant ainsi toute prise de risque par un autre. Une sortie qui se montre exceptionnelle, une occasion unique d’admirer ces pièces délicates.

Première exposition qui ouvre un cycle dédié aux collectionneurs d’Arts décoratifs et de design, c’est également un premier témoignage de cette ardeur fébrile du collectionneur qui l’incite à chercher sans répit la pièce rare, la pièce exceptionnelle, sans laquelle la collection demeure incomplète. Après plus de dix ans en quête de ces pièces du puzzle, si tant est qu’on puisse imaginer qu’une collection soit un jour finie, cet amateur bordelais a réuni un exceptionnel ensemble de verres d’usage et d’apparat. Cette collection fait aujourd’hui partie des plus belles collections privées en Europe. 

MUSEE DES ARTS DECORATIFS, BORDEAUX
39 rue Bouffard - 33000 Bordeaux

14/06/13

Expo Design Espana, Bordeaux, Musée des Arts décoratifs, Galerie des Beaux-arts

Design Espana
Musée des Arts décoratifs de Bordeaux
Galerie des Beaux-arts, Bordeaux
14 juin - 16 septembre 2013


Design:España
Affiche de l'exposition 
© Musée des Arts Décoratifs-mairie de Bordeaux

Le panorama espagnol en matière de design se révèle tout à fait passionnant. Une production dynamique, des designers reconnus, des techniques innovantes, une présence internationale : la modernité espagnole s’exporte et a conquis une place mondiale. Le succès actuel de Patricia Urquiola ou de Jaime Hayon en est le signe. Selon l’architecte et designer Juli Capellà, le design espagnol est non seulement une réalité tangible et consolidée mais aussi l’un des secteurs où l’Espagne trouve sa meilleure projection internationale. Le musée des Arts décoratifs de Bordeaux propose un panorama de la création espagnole en ce domaine.

Javier Mariscal, fauteuil Alessandra, 1995 
Moroso Ed - photo © Estudio Mariscal

Josep Maria Coderch, Lampe (suspension) 
© Vinçon, Barcelone

L’ambition de cette exposition est de faire découvrir au public français les apports de l’inventivité espagnole en matière de mobilier, de graphisme et de design, avec un regard rétrospectif sur la création plus ignorée du 20e siècle. L’actualité du design y est présentée avec des personnalités qui rencontrent aujourd’hui une projection internationale. Autour d’objets emblématiques de la culture populaire espagnole sont évoqués le design industriel, le design graphique et le design contemporain. C’est l’occasion de découvrir la totale singularité de notre voisin ibérique.

Martin AZUA, siège OM 
Ed Mobles 114 - Photo © Martin Azua


Martin AZUA, Rebotijo 
Photo © Daniel Riera et Martin Azua

Au terme de 40 années de dictature, l’Espagne était un pays méconnu et fermé, avant d’exploser sur le plan international dans les années 80 dans une Movida effervescente, suivie d’une Olympiade (1992) qui prépara son entrée dans la Communauté européenne. Pendant un siècle, la créativité du pays s’était pourtant toujours affirmée : avec l’Art nouveau et les mouvements catalanistes du siècle nouveau à Barcelone, puis dans une première tentative d’adhésion à la modernité internationale (1929, Exposition universelle de Barcelone), tentative interrompue à la fin de la Seconde République, puis dans une singularité industrielle rendue plus originale par l’isolement des années de dictature. Et enfin, avec la Transition, dans l’explosion des années 80 et 90 ont coexisté un parti-pris de modernité et une tendresse non reniée pour le folklore vernaculaire, coexistence très originale portée à la connaissance du monde par les films de Pedro Almodóvar.

Camper Store Tokyo 2009 
© Hayon Studio

Par ailleurs, trois locomotives économiques, la Catalogne, le Pays Basque et Madrid entretiennent depuis le début du XXe siècle un grand nombre d’initiatives industrielles dans lequel le design n’est pas oublié. Après Oscar Tusquets et Javier Mariscal dans les décennies précédentes, Patricia Urquiola, Jaime Hayon ou le jeune Nacho Carbonell incarnent la nouvelle génération. Ils ne sont plus perçus aujourd’hui comme les simples emblèmes d’une modernité surprenante mais plutôt comme les auteurs d’un nouveau design international, né en Espagne.

Musée des Arts décoratifs, Bordeaux
L'exposition du musée des Arts décoratifs a lieu à la Galerie des Beaux-Arts:
Galerie des Beaux-Arts
Place du colonel Raynal - 33000 Bordeaux - France
HORAIRES : La galerie est ouverte tous les jours de 11h à 18 sauf mardis et jours fériés.
www.bordeaux.fr

31/10/10

Expo Michal Batory Arts Décoratifs Paris

Michal Batory. Artisan de l'Affiche 
Les Arts Décoratifs, Paris 
Commissaires de l'exposition : Amélie Gastaut et Michal Batory
20 janvier - 22 mai 2011


Michal Batory, Affiche de l'exposition rétrospective que lui consacre le musée des Arts décoratifs, Paris, 2011.
Affiche de l’exposition aux Arts Décoratifs, signée… Michal Batory ©

Les Arts décoratifs proposent une rétrospective de l'oeuvre de l'artiste affichiste Michal Batory à travers une exposition rassemblant une sélection d'une centaine d'affiches.

Né en Pologne en 1959, MICHAL BATORY  est diplômé de l’Ecole Nationale des Arts Plastiques de Lodz. Après ses études, à la fin des années 1980, il s’installe à Paris et travaille quelques années en agence. Il gagne son indépendance en 1994, année au cours de laquelle il commence sa collaboration avec le théâtre de la Colline dont signe la ligne graphique, les publications et les affiches. Cette collaboration va durer trois ans. S’enchaîne ensuite toute une série de commandes issues des plus grandes institutions culturelles : l’Ircam et l’Ensemble Inter contemporain (de 1996 à  2002) dont il réalise les affiches, l’identité visuelle des CD et des publications. La Cité des sciences et de l’industrie pour laquelle il imagine les affiches et la scénographie de plusieurs expositions.  Le Centre Pompidou, le théâtre de Chaillot avec lesquels, là encore, il tisse des liens réguliers de 2001 à 2009. Michal Batory collabore avec les éditions  Flammarion,  Belin et Drzewo Babel, ou encore Radio France et le Centre des Arts à Enghien-les-Bains. Son vocabulaire plastique s’affiche alors dans les rues de Paris et s’impose plus largement dans la culture visuelle française.

Affiche de Michal Batory, 2006
© MICHAL BATORY / Théâtre de Chaillot, Saison 06/07, affiche, 2006

L’art de Michal Batory se situe à la croisée de deux univers artistiques : les affiches polonaises et le surréalisme. De sa formation et de ses origines, il n’a pu échapper à l’art des artistes constructivistes tels que Rodchenko, Lissitzky ou Strzeminski, dont étaient issus ses professeurs. Plus que les systèmes de composition, c’est l’art du collage, du photomontage, et le travail sur la lettre qu’il regarde avec attention. Avec cette technique, il applique à l’affiche cette conception de la beauté émise par Lautréamont et reprise par André Breton : « Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection ». Très souvent, ces images reposent sur cette association incongrue de deux objets, ou de deux idées, engendrant la surprise, l’insolite, l’humour, la poésie, l’émotion.

Mais une fois dépassé ce ciment référentiel, ce qui caractérise le langage graphique de Michal Batory est qu’il est en lien étroit avec son univers mental, fait de rêverie et de poésie, où les éléments les plus simples de son quotidien sont métamorphosés en images poétiques.  

Affiche de Michal Batory, 1994
© MICHAL BATORY / La femme sur le lit de Franco Brusati,
Théâtre national de la Colline, affiche, 1994

Ainsi sous l’effet conjugué de l’assemblage et du travail photographique, le coton tige prolonge les branches d’un diapason (Saison musicale de l'Ircam, 1997-1998), un sac plastique évoque un visage (Tamerlan le Grand, Théâtre de Chaillot, 2001), un oreiller devient « buste de femme sur le lit » pour le Théâtre national de la Colline, une plume Sergent Major danse sur la couverture du livre de Paulo Coelho « Zahir », un triangle musical se met à bourgeonner  dans l’affiche  pour la saison musicale 2001-2002  de l’Ircam…  les éléments du corps sont aussi très présents : œil, pied, main, subissent le même détournement. Par cette étrangeté, Michal Batory invite le passant à un jeu de décodage ludique, essayant d’établir un dialogue entre le public et l’institution culturelle pour laquelle il travaille.

Affiche de Michal Batory, 2001
© MICHAL BATORY / Ircam, saison musicale 2001/2002, affiche, 2001

Pour cette première grande rétrospective dans un musée français, Michal Batory a choisi de partager sa création graphique et d’en révéler la genèse. Dès son entrée dans l’exposition, le visiteur est plongé dans l’intimité de son atelier.  la première salle en est une évocation. On y découvre une fleur fanée utilisée pour la carte de vœux 2008 de l’Adami, une sculpture de chaise faite avec des allumettes pour l’affiche « ligne de fuite  » pour le Théâtre de Chaillot, des appareils photo, un ordinateur, des livres, de la musique en fond, des cartes postales punaisées, des essais photographiques pour un futur projet. 

Affiche de Michal Batory, 1997
© MICHAL BATORY Bertolt Brecht. The blind talk of a way out. I see., affiche, 1997

De grands albums de travail seront également présentés, permettant au visiteur d’appréhender les différentes étapes de sa création : à la commande, suit la réflexion, dont l’idée se traduit systématiquement par un dessin, puis vient le travail plastique, sculpture et assemblage d’objets, que Batory photographie. L’image obtenue est parfois retravaillée par ordinateur, parfois non, puis est mise en page. Dans les autres salles, le visiteur pourra découvrir ou revoir 75 affiches grands formats regroupées par thèmes : la danse, la musique, le théâtre. Les trois dernières salles sont consacrées : l’une au Théâtre de la Colline et deux autres au Théâtre de Chaillot.

MUSEE DES ARTS DECORATIFS 107, rue de Rivoli - 75001 PARIS
www.lesartsdecoratifs.fr