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01/11/21

Ferenc Berko @ UBS, Lausanne - Fascination pour l’ordinaire

Ferenc Berko : Fascination pour l’ordinaire
UBS et Photo Elysée, Lausanne
Jusqu'au 10 décembre 2021

Ferenc Berko
Ferenc Berko 
British Museum, Londres, Angleterre, 1937 
© Ferenc Berko, The Ferenc Berko Photo Archive ; 
Collections de Photo Elysée, Lausanne

Ferenc Berko
Ferenc Berko
New York, Etats-Unis, 1951
© Ferenc Berko, The Ferenc Berko Photo Archive ; 
Collections de Photo Elysée, Lausanne

UBS et Photo Elysée proposent une exposition temporaire inédite intitulée Ferenc Berko : Fascination pour l’ordinaire. Dans le hall du siège d’UBS, place Saint-François à Lausanne, sont exposées 38 photographies conservées dans les collections du musée et réalisées par cet artiste hongrois influencé par le mouvement photographique allemand des années 1920, la Nouvelle Vision (Neues Sehen), et pionnier de la photographie couleur.

Réalisée à partir des collections de Photo Elysée, l’exposition Ferenc Berko : Fascination pour l’ordinaire présente 38 photographies issues des sept décennies de la carrière de l’artiste. L’œuvre de Ferenc Berko couvre une grande partie du XXe siècle. Depuis ses premières photographies documentaires sur l’Europe de l’entre-deux-guerres et ses images presque surréalistes du quotidien jusqu’à son expérimentation ultérieure de la photographie couleur, l’influence de la modernité sur l’ensemble de son œuvre est exemplaire.

Né dans une famille juive en Hongrie au milieu de la Première Guerre mondiale puis élevé en Allemagne, Ferenc Berko a vécu les trente premières années de sa vie dans une Europe en proie à de nombreux troubles politiques. Cette instabilité générale a eu des répercussions directes sur sa propre vie. Il a notamment dû déménager à Londres en 1932 afin d’échapper à la persécution nazie. Plusieurs années plus tard, alors que la guerre contre l’Allemagne se profile en Europe, Berko et sa femme Mirte s’installent en Inde où il travaille d’abord comme cameraman pour un studio de cinéma, puis comme producteur de films documentaires pour l’armée britannique. Néanmoins, tout au long de ces périodes bouleversées, la photographie est restée pour lui une pratique continue.

Ferenc Berko a commencé à prendre des photographies à l’âge de 12 ans et, à 16 ans, il possédait déjà un Leica. Les circonstances l’ont rapidement mis en contact avec d’éminents photographes contemporains, tel le professeur du Bauhaus László Moholy-Nagy, qui influencera son approche tout à la fois documentaire et formaliste.

Ferenc Berko
Ferenc Berko
Londres, Angleterre, 1937
© Ferenc Berko, The Ferenc Berko Photo Archive ; 
Collections de Photo Elysée, Lausanne

Ferenc Berko
Ferenc Berko
Chicago, Etats-Unis, 1948 
© Ferenc Berko, The Ferenc Berko Photo Archive ; 
Collections de Photo Elysée, Lausanne

L’indépendance de l’Inde en 1947 met fin à l’engagement de Ferenc Berko au sein de l’armée britannique. En l’apprenant, son mentor de longue date, László Moholy-Nagy, qui avait depuis fondé l’Institute of Design à Chicago (également connu sous le nom de The New Bauhaus), lui offre un poste de professeur au département de photographie. Bien qu’il n’y ait enseigné que deux ans, les États-Unis sont devenus son pays d’adoption jusqu’à sa mort en 2000. Une fois en Amérique, à une époque où presque tous les photographes d’art défendaient la photographie en noir et blanc, Ferenc Berko consacre une grande partie de son temps à expérimenter la couleur et devient l’un des pionniers de cette technique aux Etats-Unis.

La fascination pour l’ordinaire, une des caractéristiques de Ferenc Berko, se manifeste de diverses manières dans son œuvre. Si ses premières images captent la curiosité apparente d’inconnus et s’attachent à des scènes de prime abord ordinaires dont il dégage néanmoins la dimension surréaliste, ses œuvres ultérieures dépeignent le quotidien sous de nouveaux angles ou dans des couleurs vives et contrastées. 

Commissariat : Hannah Pröbsting, Photo Elysée

Exposition
Hall UBS, Place St-François 16, 1003 Lausanne
Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 17h. Entrée libre

PHOTO ELYSEE
Avenue de l’Elysée 18, 1014 Lausanne

12/10/21

Anni et Josef Albers @ Musée d'Art Moderne de Paris - L'art et la vie

Anni et Josef Albers
L'art et la vie
MAM - Musée d'Art Moderne de Paris
Jusqu'au 9 janvier 2022

Josef et Anni Albers
Josef et Anni Albers 
dans le jardin de la maison des maîtres 
au Bauhaus, Dessau, vers 1925 
Photographe anonyme 
© The Josef and Anni Albers Foundation 

Le Musée d'Art Moderne de Paris présente une exposition inédite consacrée à Anni et Josef Albers, rassemblant plus de trois cent cinquante oeuvres (peintures, photographies, meubles, oeuvres graphiques et textiles) significatives du développement artistique des deux artistes.

Au-delà de la présentation très complète de leurs créations respectives, il s'agit de la première exposition en France dédiée au couple formé par les deux artistes. C'est en effet ce lien intime et très complice qui leur a permis, tout au long de leur vie, de se soutenir, de se renforcer mutuellement, dans un dialogue permanent et respectueux. Ils ont non seulement produit une œuvre considérée aujourd'hui comme la base du modernisme, mais ont aussi imprégné toute une nouvelle génération d'artistes de leurs valeurs éducatives.

Anni Albers (née Annelise Fleischmann, 1899-1994) et Josef Albers (1888-1976) se rencontrent en 1922 au Bauhaus et se marient trois ans plus tard. Ils partagent d’emblée la conviction que l’art peut profondément transformer notre monde et doit être au cœur de l’existence humaine : 
« Les oeuvres d’art nous apprennent ce qu’est le courage. Nous devons aller là où personne ne s’est aventuré avant nous. » - Anni Albers
Dès le début de leur travail, les deux artistes placent ainsi la fonction de l’art au coeur de leur réflexion. Ils adhèrent non seulement à la revalorisation de l’artisanat et aux atouts de la production industrielle (Bauhaus) pour rendre possible la démocratisation de l’art, mais ils estiment aussi que la création joue un rôle essentiel dans l’éducation de chaque individu. Ils ne cessent de démontrer, en tant qu’artistes mais aussi enseignants, l’impact incommensurable de l’activité artistique sur la réalisation de soi et, plus largement, sur la relation avec les autres. Forts de ces valeurs, ils cherchent à amener leurs élèves vers une plus grande autonomie de réflexion et à une prise de conscience de la subjectivité de la perception. Selon eux, l’enseignement ne se réduit pas à transmettre un savoir théorique déjà écrit mais consiste au contraire à susciter constamment des interrogations nouvelles : d’abord par l’observation sensible du monde – visuel et tactile – qui nous entoure ; puis par la découverte empirique que comporte l’expérimentation créatrice avec les matériaux à portée de main, sans préjuger de leurs valeurs esthétiques. 
« Apprenez à voir et à ressentir la vie, cultivez votre imagination, parce qu’il y a encore des merveilles dans le monde, parce que la vie est un mystère et qu’elle le restera. Mais soyons-en conscients. » - Josef Albers
L’exposition s’ouvre sur deux œuvres emblématiques de chaque artiste, illustrant d’emblée, tel un prologue, les valeurs formelles et spirituelles qui relient le couple. Puis elle suit, de manière chronologique, les différentes étapes de leur vie. Une première section rassemble leurs productions, riches et variées, issues du Bauhaus, de 1920 à 1933. Le départ du couple pour les États Unis en 1933 marque le début de la deuxième section, dédiée aux oeuvres réalisées au Black Mountain College. Puis deux autres temps forts de la visite s’attachent à présenter une sélection pointue de Pictorial Weavings de Anni Albers et de Homages to the Square de Josef Albers. Enfin, la dernière partie de l’exposition est consacrée au travail graphique d'Anni Albers, initié avec Josef Albers dans les années soixante et qu’elle va poursuivre jusqu’à la fin de sa vie.

Une salle, spécifiquement dédiée à leurs rôles respectifs en tant que professeurs, permet aux visiteurs, grâce à d’exceptionnels films d’archives, de se glisser dans la peau des étudiants et de suivre un cours « en direct ». Un grand nombre de documents (photographies, lettres, carnets de notes, cartes postales, etc.), réunis avec l’aide de la Fondation Josef et Anni Albers, permet également de contextualiser le travail des deux artistes.

L'exposition est organisée en étroite collaboration avec The Josef and Anni Albers Foundation à Bethany, Connecticut.

Elle sera également présentée à l'IVAM (Instituto Valenciano de Arte Moderno) à Valencia, Espagne, du 17 février au 20 juin 2022.

Un catalogue est publié aux éditions Paris Musées (272 pages, 45 €).

Commissaire
Julia Garimorth, assistée de Sylvie Moreau-Soteras

Comité scientifique
Nicholas Fox Weber, directeur de la Josef and Anni Albers Foundation, Bethany, Connecticut
Heinz Liesbrock, directeur du Josef Albers Museum Quadrat, Bottrop, Allemagne

A voir également au MAM l'exposition Les Flammes. L'Âge de la céramique 

MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS
11 Avenue du Président Wilson, 75116 Paris

04/10/16

L'esprit du Bauhaus, Musée des Arts décoratifs, Paris

L'esprit du Bauhaus
Musée des Arts Décoratifs, Paris

19 octobre 2016 - 26 février 2017


Erich Consemüller, Scène du Bauhaus :
inconnue au masque dans un fauteuil tubulaire de Marcel Breuer
portant un masque de Oskar Schlemmer et une robe de Lis Beyer.
Photographie, 1926 © Bauhaus-Archiv Berlin

« Architectes, sculpteurs, peintres, tous nous devons retourner à l’artisanat » écrit l’architecte Walter Gropius dans son manifeste du Bauhaus. Fondé en 1919 à Weimar , dissout en 1933 à Berlin face à la montée du nazisme, le Bauhaus est une école d’enseignement artistique qui s’est imposée comme une référence incontournable de l’histoire de l’art du XXe siècle. Elle a été créée par Walter Gropius pour rendre vie à l’habitat et à l’architecture au moyen de la synthèse des arts plastiques, de l’artisanat et de l’industrie.

Le musée des Arts décoratifs rend hommage à l’esprit du Bauhaus à travers plus de 900 oeuvres, objets , mobilier, textiles, dessins, maquettes , peintures, replacés dans le contexte de l’école et témoignant de l’extrême richesse des champs d’expérimentation. L’exposition aborde en préambule le contexte historique et les sources qui ont permis au Bauhaus de voir le jour, pour inviter ensuite les visiteurs à suivre toutes les étapes du cursus des étudiants dans les différents ateliers. Elle se clôt par une invitation à l’artiste Mathieu Mercier dont le regard porté sur les oeuvres de ses contemporains (artistes, designers, plasticiens, créateurs de mode) témoigne de la permanence et de la vivacité de l’esprit du Bauhaus.


Gyula Pap, Candélabre à sept branches, laiton, 1922
© Museum für Kunst und Gewerbe, Hamburg

Le Bauhaus : Les sources et les antécédents

L’exposition s’ouvre sur les différentes sources du Bauhaus puisées autant dans l’organisation des chantiers des cathédrales et les arts de l’Asie que dans les modernités allemandes, les Arts and Crafts britanniques et les utopies viennoises, dont les Wiener Werkstätte.

En créant le Staatliches Bauhaus à Weimar, Walter Gropius (1883-1969) poursuit les ambitions de Henry Van de Velde prônant l’alliance de l’industrie, de la modernité et de l’esthétique propre à la Deutscher Werkbund, (association d’architectes et d’industriels, dont il était membre aux côtés de Peter Behrens). Ce concept était lui-même directement issu des idées forgées par William Morris et les Arts and Crafts pour qui l’art se devait de répondre aux besoins de la société jugeant caduque la distinction entre les beaux-arts et la production artisanale. Gropius reprend ces idées en les radicalisant pour en faire, selon son manifeste, le coeur de la pédagogie « parce qu’il n’existe aucune différence, quant à l’essence, entre l’artiste et l’artisan ». Pour mieux en mesurer la filiation les objets emblématiques de William Morris, Henry Van de Velde, Peter Behrens, et des artistes des Wiener Werkstätte tels que Koloman Moser ou Josef Hoffmann sont exposés au regard d’oeuvres produites par le Bauhaus.

Au-delà de ces mouvements, Walter Gropius jette les bases de l’organisation de l’école à partir des modèles empruntés au Moyen âge : la hiérarchie maîtres - compagnons - apprentis comme système de transmission, l’artisanat comme fondement de l’enseignement, ainsi que la collaboration de tous les arts en vue d’un projet commun. Il s’appuie en cela sur l’organisation des corporations travaillant sur les chantiers médiévaux des cathédrales où tous les corps de métiers se réunissaient pour accomplir ensemble « l’oeuvre ». Pinacles de triptyque ou lectrins gothiques font échos au manifeste du Bauhaus illustré par la cathédrale de Lyonel Feiniger emblème de l’oeuvre d’art globale et d’unité sociale.

Les expositions, les collections ou les publications sur les arts de l’Asie étaient suffisamment nombreuses en Allemagne pour que les artistes aient pu les observer. Théodor Bogler et Marianne Brandt partagent avec la Chine et le Japon cette même recherche des formes simples et usage des matériaux dans les objets du quotidien, tandis que les courants de pensée taoïstes auraient imprégné les réflexions de certains artistes parmi lesquels Johannes Itten et Wassily Kandinsky sur les contrastes, la composition ou le rythme.


T. Lux Feininger, Masque de scène du Bauhaus
sur le toit du Bauhaus de Dessau, photographie, 1928
© Estate of T. Lux Feininger / Bauhaus-Archiv Berlin

Le Bauhaus : L’école

A l’image d’un étudiant, le visiteur suit toutes les étapes de l’enseignement proposé, du cours préliminaire qui vise à briser les idées académiques et ouvrir l’esprit des élèves, aux passages dans les différents ateliers spécialisés. Pendant quatre ans, l’élève suit ainsi une formation à la fois pratique et formelle. Cette partie de l’exposition couvre les productions de l’ensemble des ateliers de 1919 à 1933: mobilier, céramique, métal, vitrail, peinture murale, sculpture sur bois et sur pierre, tissage, typographie et publicité, photographie, théâtre…

Artistes de l’avant-garde et artisans enseignent et supervisent ensemble les ateliers, comme par exemple Paul Klee pour la théorie artistique, Wassily Kandinsky pour la peinture murale, Oskar Schlemmer pour le théâtre, Marcel Breuer pour le mobilier, Theodor Bogler pour la céramique, Gunta Stölzl pour le tissage, Marianne Brandt pour le métal, Herbert Bayer pour le graphisme ou encore Walter Peterhans pour la photographie. Tandis que, Johannes Itten, László Moholy Nagy et Josef Albers se succèdent à la pédagogie du cours préliminaire, les rôles des maîtres de la forme, des maîtres artisans et des élèves ont su évoluer pour une plus grande transversalité. Les plus humbles travaux préparatoires des élèves sont mis en perspective des pièces les plus abouties. Des études de matière, des exercices sur les couleurs, le rythme et le mouvement des formes, des maquettes, des projets en volumes, des échantillons de textile, des essais de typographie sont exposés chaque fois dans le cadre de l’atelier aux côtés des pièces produites. On découvre par exemple les productions des pièces uniques de poterie de Théodor Bogler ou ses récipients à épices en céramique de 1923 aux formes géométriques combinables et destinées à l’industrie. Les productions de Marcel Breuer permettent enfin de mettre ses pièces tubulaires les plus célèbres en perspective de ses multiples recherches sur le mobilier en bois plus brut et massif. Les grands tapis et tapisseries, aux motifs répétitifs, appréhendés comme des oeuvres picturales par Gunta Stölzl, sont présentés pour la première fois. Les essais typographiques de Bayer ou Albers et les campagnes publicitaires sur le tourisme de Dessau de Joost Schmidt témoignent de l’évolution de certains ateliers vers une véritable professionnalisation de leur domaine. C’est le cas de l’atelier de métal et des productions de Brandt. L’atelier théâtre, animé par Schlemmer, réputé pour son Ballet Triadique (1922), est le lieu vers lequel convergent toutes les expérimentations. Il est à l’origine de très nombreuses fêtes où tous participent à la réalisation des décors, costumes, cartons d’invitation… La photographie occupe une place essentielle dans l’exposition, à la fois comme oeuvre et témoignages documentaires. Les stéréotypes et photogrammes, fruits des expérimentations de Moholy Nagy, alternent avec les photographies des autres étudiants, qui prennent pour objet la vie de l’école et son incroyable bouillonnement créatif.

Et ce sont bien toutes ces expérimentations qui, aux côtés des oeuvres de Itten, Kandinsky, Albers, font l’esprit du Bauhaus où les recherches vont autant vers l’expressionnisme, le folklore et l’art populaire, les arts primitifs, Dada et le photomontage, De Stijl et le constructivisme, que le fonctionnalisme. Le Bauhaus n’est pas une école fermée sur elle-même et reste ouverte à toutes les tendances avant-gardistes de l’époque.

En 1923, Walter Gropius organise la première exposition du Bauhaus, autour de la Haus am Horn, maison témoin, qui est le fruit d’un travail collaboratif des différents ateliers de l’école. Tous participent au but ultime du Bauhaus : la construction. Le retentissement de cette exposition est considérable et propage les idées et les oeuvres produites. Mais dès lors les élans expressionnistes d’Itten font place aux idées de Théo Van Doesburg. Modernisme et constructivisme inclinent Walter Gropius à modifier la devise du Bauhaus qui devient « L ’art et la technique, une nouvelle unité ».

Dans une Allemagne alors exsangue, le Bauhaus fait face aux difficultés matérielles et politiques et doit lutter pour survivre. Il déménage de Weimar à Dessau en 1925 dans un nouveau bâtiment qui illustre les idéologies de Gropius. L’école voisine avec les maisons de maîtres destinées aux enseignants et dont l’aménagement et le mobilier sont confiés à Marcel Breuer. La vie, les productions et les fêtes reprennent jusqu’en 1932 : moment où le Bauhaus doit fermer à Dessau pour s’installer à Berlin. Hannes Meyer directeur du département architecture a alors remplacé Gropius, il sera renvoyé pour ses idées socialistes en 1930. Dernier directeur, Ludwig Mies Van der Rohe doit se résoudre à fermer l’école en 1933.

Le Bauhaus, une suite possible

L’héritage du Bauhaus a été considérable. Et bien qu’il ait marqué et imprégné tous les domaines de la création dès 1933, propagé par les enseignants et les élèves fuyant l’Allemagne, l’exposition prend le parti de rendre compte des résurgences les plus contemporaines du Bauhaus. A l’invitation du musée, l’artiste Mathieu Mercier porte son regard sensible sur les créations de plasticiens, de designers, de graphistes ou créateurs de mode qui, comme lui, poursuivent l’esprit du Bauhaus. Il a guidé son choix parmi 49 artistes tous nés après 1960 et oeuvrant sans distinction entre art et art appliqué.

Muller Van Severen
Muller Van Severen
Installation, cuir, laiton, propylène, 2012
© Musée des Arts décoratifs, Paris, Jean Tholance


Mathieu Mercier
Mathieu Mercier
Sans titre (Bougie/cercle chromatique de J. Itten),
bougie, sublimation sur socle en Corian, vers 2011
© Mathieu Mercier et Mehdi Chouakri Berlin

Exposition réalisée avec la Fondation d’entreprise Hermès.

Commissariat général :
> Olivier GABET, directeur des musées des Arts décoratifs
> Anne MONIER, conservatrice département des jouets assistés de Louise CURTIS, chargée de recherche et Raphaèle BILLé, assistante de conservation département Art Nouveau/Art Déco
Commissariat scientifique :
> Monique BLANC, conservatrice en chef département Moyen Age/Renaissance
> Béatrice QUETTE, chargée des collections asiatiques
Pour la partie contemporaine de l’exposition :
Commissaire : >
Marie-Sophie CARRON de la CARRIèRE, conservatrice en chef du patrimoine département mode et textile 1800-1939
Direction artistique :
> Mathieu MERCIER

LES ARTS DECORATIFS, PARIS
www.lesartsdecoratifs.fr

26/09/15

Bauhaus et Design au Vitra Design Museum, Weil am Rhein - Exposition "The Bauhaus #itsalldesign"

The Bauhaus #itsalldesign
Vitra Design Museum, Weil am Rhein
26 septembre 2015 – 28 février 2016 

Avec sa grande exposition « The Bauhaus #itsalldesign », le Vitra Design Museum présente pour la première fois un aperçu complet du design au sein du mouvement Bauhaus. L’exposition comprend une multitude d’oeuvres, pour la plupart jamais exposées, issues des domaines du design, de l’architecture, de l’art, du  film et de la photographie. Dans le même temps, elle établit un parallèle entre le design du Bauhaus et les tendances actuelles du design et des oeuvres de designers, artistes et architectes contemporains. L’exposition « The Bauhaus #itsalldesign » révèle ainsi l’étonnante actualité de cette institution culturelle légendaire. Les figures importantes du Bauhaus sont exposées, notamment Marianne Brandt, Marcel Breuer, Lyonel Feininger, Walter Gropius, Wassily Kandinsky. Parmi les contributeurs contemporains, on retrouve entre autres Olaf Nicolai, Adrian Sauer, Enzo Mari, Lord Norman Foster, Opendesk, Konstantin Grcic, Hella Jongerius, Alberto Meda et Jerszy Seymour.

L’objectif du « Staatliches Bauhaus », fondé en 1919 à Weimar par Walter Gropius, était de former des créateurs d’un genre nouveau. Dans le cadre du Bauhaus, ceux-ci devaient connaître les bases artisanales et artistiques, au même titre que la mentalité humaine, le processus de perception, l’ergonomie et la technique – un profil professionnel dans lequel les designers s’inscrivent encore aujourd’hui. Selon le Bauhaus, le designer est en outre chargé d’une mission de création complète : non seulement responsable de la création d’objets répondant aux besoins du quotidien, il doit aussi prendre une part active dans la restructuration de la société. Le Bauhaus se place ainsi aux prémices d’une vision englobante du design, soutenue aujourd’hui avec une emphase retrouvée : les termes de Social Design, Open Design ou « design thinking » renouvellent la discussion, pour savoir comment les designers peuvent réintégrer leurs travaux dans un contexte plus vaste et contribuer à réinventer la société. Partant de cette perspective très actuelle, l’exposition présente le Bauhaus comme un mouvement complexe, profond, le « laboratoire du moderne », aujourd’hui encore très présent dans les tendances de design.

L’exposition se compose de quatre parties aux différentes thématiques et s’ouvre sur un aperçu du contexte historique et social du Bauhaus. La deuxième partie présente des oeuvres emblématiques du mouvement, tout comme des objets de design méconnus, et explore leur processus de création, entre art, artisanat, technique et industrie. La thématique de l’espace est à l’honneur dans la partie suivante, et souligne comment de nombreux créateurs ont fait partie de la formulation du design au sens du Bauhaus – et parmi eux des artistes de théâtre, des architectes proposant une réflexion sur le logement minimaliste et des artistes, à l’origine de créations de couleurs et de modèles d’espace. Le Bauhaus s’affiche ici comme la première « expérience totale » du moderne sur le plan artistique, qui tente l’implication du design dans tous les domaines de la vie. Enfin, la dernière partie de l’exposition retrace la stratégie de communication du Bauhaus, de sa typographie et ses expositions en passant par ses photographies et ses films artistiques expérimentaux. Elle s’attarde également sur la manière dont a été planifiée, souvent systématiquement, la formation d’un mythe et d’une image emblématique qui demeurent attachés au mouvement aujourd’hui encore.

Tout au long de l’exposition, l’actualité et l’ancrage contemporain du Bauhaus sont soulignés par la mise en parallèle d’oeuvres historiques de la période Bauhaus et de celles de designers contemporains. Ainsi, sont présentés les meubles produits par ordinateur de Minale Maeda et Front, le « Hartz IV-Möbel » de Van Bo Le-Mentzel, mais aussi des manifestes de designers tels que Hella Jongerius et Opendesk, des interviews avec des concepteurs tels que Lord Norman Foster, Enzo Mari, Sauerbruch Hutton et Jason Wu, directeur artistique de Boss-Womenswear ou encore des hommages rendus au Bauhaus par des designers tels que Mike Meiré, Studio Miro ou Dokter and Misses. Toute l’ampleur de l’influence du Bauhaus est particulièrement visible, des designs automobiles de Mercedes-Benz jusqu’à la série de meubles Pipe (2009) de Konstantin Grcic pour Muji et Thonet, inspirée par Marcel Breuer. Quatre projets réalisés spécifiquement pour l’exposition par Adrian Sauer artiste de Leipzig, Olaf Nicolai, artiste conceptuel, ainsi que les architectes et auteurs Joseph Grima et Philipp Oswalt sont particulièrement remarquables.

La confrontation des oeuvres historiques et actuelles propose une nouvelle image du design dans le mouvement Bauhaus, différente. Elle fait disparaître le cliché selon lequel ce que l’on appelle le « design-Bauhaus » aurait été principalement minimaliste, froid et géométrique et révèle au contraire comment les designers issus de ce mouvement avaient à coeur les questions de contexte, d’expérimentation et de processus dans la société. Il apparaît donc d’une part que de nombreux débats actuels rejoignent de manière surprenante ceux du Bauhaus, qu’il s’agisse des possibilités offertes par les nouveaux moyens de production et les nouveaux matériaux, le rôle du designer dans la société ou encore les avantages du travail pluridisciplinaire. D’autre part, il est visible que le Bauhaus, en élargissant le terme de design, a contribué à son imprégnation dans notre société actuelle, une connexion rappelée dans le sous-titre même de l’exposition : « The Bauhaus #itsalldesign ».

L’exposition « The Bauhaus #itsalldesign » s’accompagne d’un catalogue d’exposition de plus de 400 pages, composé d’une partie détaillée, richement illustrée ainsi que d’essais d’auteurs renommés, notamment Arthur Rüegg et Jan Boelen, et d’un glossaire des principaux termes de design Bauhaus. La vision contemporaine du Bauhaus est soulignée par de nombreux articles de designers, artistes et architectes renommés du monde entier, parmi lesquels Lord Norman Foster, Tobias Rehberger, Arik Levy et Hella Jongerius – qui présentent des idées, des projets et des thèses reflétant toute l’actualité du Bauhaus.

« The Bauhaus #itsalldesign » est une exposition du Vitra Design Museum et du Centre National d’Art et d’Expositions de la République Fédérale d’Allemagne. Suite à sa première présentation au Vitra Design Museum, l’exposition sera visible à partir du printemps 2016 à la Bundeskunsthalle de Bonn. La commissaire d’exposition est Jolanthe Kugler, assistée de Linda Novotny.

VITRA DESIGN MUSEUM
Charles-Eames-Strasse 2, 79576 Weil am Rhein 

04/02/01

The price of history – What is the Bauhaus worth (today)? at Bauhaus Dessau Foundation

The price of history – What is the Bauhaus worth (today)?
Bauhaus Dessau Foundation
February 2 - May 20, 2001

The price of history – What is the Bauhaus worth (today)? is the title of the new exhibition in which the Bauhaus Dessau Foundation tells the apparently familiar story of the Bauhaus from 1919 to 1933 and its worldwide reception from a new angle. Almost all the items on display are taken from the collection of the Bauhaus Dessau Foundation and open up a hitherto unknown perspective on the "modern classics” created at the Bauhaus. The exhibition asks about the system of values which has made Bauhaus "originals”, including early series products, almost unaffordable collectors’ items today and sustains a lively trade in "genuine” and "fake” copies. It also asks why some designs by Bauhaus members have – deservedly or undeservedly? –faded into oblivion while others have stolen the limelight. 

The exhibition title is deliberately ambiguous and provocative since it seeks to put up for discussion the criteria for economic evaluations and the ways in which museums present items from the past. The dividing line is becoming ever thinner between the noble mandate of preserving and passing on cultural values und mundane money-making in which art is just another commodity. This is certainly true of the Bauhaus which has – wrongly – become synonymous with the Neues Bauen movement of the 1920s and whose name, having become a mark of design quality today, is often used for dubious purposes.  

As soon as works of art or artists’ names are admitted to the "sacred precincts” of a leading museum or a public collection, their higher value makes them objects of investment among private collectors who are not afraid to take risks in the quest for profit. The budget available for new purchases by public institutions – if they have one at all – leaves museum staff powerless in the face of the laws governing the art investment market. 

Museums which focus on education are increasingly losing ground to exhibitions which promise adventure. This trend, too, has changed the criteria for evaluating art and cultural assets. Perfectly staged, this new type of exhibition entertainment merges all exhibits into a holistic work of art and turns them into cult objects. Even works which art historians consider insignificant come to share in the glamour and can be sold for correspondingly high prices. 

Straddling as it does the frontier where art meets everyday life, the Bauhaus is the right place and addresses the right issues to analyse the phenomena described above. More then three hundred items from the Bauhaus Dessau collections will be selected for the exhibition and presented in alphabetical order with brief comments. Visitors to the Bauhaus exhibition will have a chance to experience door handles, cantilevered chairs and woven fabrics as well as works of art from Wassily Kandinsky to Reinhold Rossig in a new context.

BAUHAUS DESSAU FOUNDATION
Gropiusalle 38, 06846 Dessau