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08/11/23

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle @ Musée Marmottan Monet, Paris + Catalogue

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle 
Musée Marmottan Monet, Paris 
18 octobre 2023 - 3 mars 2024 

Portrait de Berthe Morisot par MARCELLO
MARCELLO 
(Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna, dite)
Portrait de Berthe Morisot, 1875
Huile sur toile, 165 x 113 cm
Fribourg, Musée d’art et d’histoire
© Primula Bosshard

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle est une exposition inédite présentée par le musée Marmottan Monet à Paris. Soixante-cinq œuvres provenant de musées français et étrangers ainsi que de collections particulières sont réunies pour la première fois afin de mettre en lumière les liens qui unissent l’œuvre de la première femme impressionniste, Berthe Morisot (1841-1895) à l’art d’Antoine Watteau (1684-1721), François Boucher (1703-1770), Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) ou encore Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783).

S’appuyant sur une analyse de sources principalement inédites (correspondances, carnets de notes de Berthe Morisot et de son époux Eugène Manet et de leur entourage, coupures de presse) et sur une étude généalogique approfondie, l’exposition et son catalogue apportent un éclairage nouveau sur un sujet souvent évoqué par les historiens sans pour autant avoir fait l’objet d’une recherche dédiée et exhaustive. S’il est démontré que Berthe Morisot n’est pas l’arrière-petite-nièce de Jean-Honoré Fragonard et n’entretenait aucun lien de parenté avec ce dernier, l’exposition met l’accent sur les véritables fondements de ces affinités artistiques retraçant la chronologie de leurs développements ainsi que leurs principales caractéristiques. 

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Au Bal, 1875
Huile sur toile, 62 x 52 cm
Paris, Musée Marmottan Monet
© Musée Marmottan Monet

L’exposition s’ouvre sur l’une des œuvres les plus emblématiques de Berthe Morisot, Au bal (1875, musée Marmottan Monet) : figure en buste d’une parisienne en robe de bal, un éventail orné d’une scène galante déployé à la main. Deux éventails en soie du XVIIIe siècle dont celui représenté sur le tableau, tous deux ayant appartenu à Berthe Morisot, sont exposés pour la toute première fois et réunis pour l’occasion en regard du portrait. Illustration d’un « art de vivre à la française », ils témoignent d’un héritage du siècle des Lumières particulièrement prégnant dans le milieu de la Haute Bourgeoisie auquel Berthe Morisot appartient.

Jean-Honoré Fragonard
Jean-Honoré FRAGONARD
(1732-1806)
Jeune Femme debout, en pied, vue de dos
vers 1762-1765
Sanguine sur papier vergé, 37 x 25 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
© François Lauginie

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Jeune Femme arrosant un arbuste, 1876
Huile sur toile, 40,01 x 31,75 cm
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts
© Photo Katherine Wetzel / Virginia Museum of Fine Arts

La première section revient sur un cadre de vie où l’art du XVIIIe siècle est encore bien présent et met en évidence ses aspects peu connus. Un portrait en pied du préfet Tiburce Morisot (1848, musée des beaux-arts Limoges), le père de l’artiste, posant devant une galerie de peintures rappelle son rôle dans la création des musées de Limoges, musée des beaux-arts où furent réunies des œuvres du siècle précédent, et musée Adrien Dubouché. L’hôtel particulier aménagé à Paris par le peintre Léon Riesener (1808-1878), petit-fils de l’un des plus grands ébénistes du XVIIIe, Jean-Henri Riesener (1734-1806), où la jeune Berthe évolue recrée un décor XVIIIe. Un ensemble de toiles peintes par Rosalie Riesener permet de reconstituer cet intérieur orné de meubles estampillés, de lambris et de tapisseries d’après François Boucher. C’est dans ce cadre que Berthe Morisot pose pour le portrait monumental que lui dédie Adèle d’Affry, la duchesse Castiglione Colonna, connue sous le nom d’artiste, Marcello (1836-1879). Ainsi, la réhabilitation de la peinture du XVIIIe siècle qui est concomitante aux débuts de Berthe Morisot, l’organisation d’expositions temporaires dans les années 1860 puis l’entrée au musée du Louvre d’un ensemble historique connu sous le nom de legs La Caze, vient compléter une esthétique du quotidien et du beau monde. C’est la fusion de ces deux éléments qu’illustrent les œuvres magistrales signées Morisot vers 1875-1880 : Jeune femme arrosant un arbuste (Richmond, Virginia Museum of Fine Arts); Femme en gris debout (collection particulière) présentées en regard de peintures et de dessins à la sanguine signées Antoine Watteau et Jean-Honoré Fragonard. 

François Boucher
François BOUCHER
(1703-1770)
Jeune Fille endormie, 18e siècle
Huile sur toile, 35 x 55 cm
Fontaine-Chaalis, Fondation Jacquemart-André - 
Institut de France, domaine de Chaalis
© Fontaine-Chaalis, Fondation Jacquemart-André - 
Institut de France, domaine de Chaalis

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Repos (Jeune fille endormie), 1892
Huile sur toile, 38 x 46 cm
Collection particulière
© Thierry Jacob

Vient ensuite la section dédiée à l’impressionnisme triomphant de Berthe Morisot (1879-1885), entièrement organisée autour d’un détail de : Vénus va demander ses armes à Vulcain, copie d’après François Boucher exécutée par Berthe Morisot au musée du Louvre dans le but d’orner le salon-atelier qu’elle aménage dans l’immeuble familial qu’elle fait construire avec son époux, rue de Villejust (actuelle rue Paul Valéry) à Paris. Le symbole est de taille puisqu’il s’agit de la seule œuvre peinte par Berthe Morisot qu’elle accrocha dans son intérieur et avec laquelle elle vécut (ses autres peintures étant remisées). L’œuvre dans ce contexte prend la force d’un manifeste. Associée à son esquisse en grisaille provenant du musée des arts décoratifs à Paris (le monumental tableau du musée du Louvre étant intransportable), elle est mise en relation avec les œuvres les plus significatives de la maturité : Femme à sa toilette (Chicago, The Art Institute), Jeune femme en toilette de bal (Paris, musée d’Orsay), Jeune femme au divan (Londres, Tate), Jeune femme en gris étendue (collection particulière) ou encore Le jardin à Bougival (Paris, musée Marmottan Monet). Entre François Boucher et les scènes de la vie parisienne de Berthe Morisot, se retrouvent une même appétence pour les couleurs claires ainsi qu’une conception de la beauté au féminin. 

La section suivante est dédiée à Jean-Honoré Fragonard qui se déploie autour d’une de ses toiles phares : La leçon de musique, exceptionnellement prêtée par le musée du Louvre. Plusieurs œuvres majeures de l’impressionniste sont regroupées à faible distance : La dame au manchon (Dallas, Dallas Museum of Art) et l’Autoportrait de l’artiste (Paris, musée Marmottan Monet) sont les plus illustres. Ici c’est bien la liberté de facture, la touche visible qui domine plus encore que les tonalités bruns rosés. D’autres peintures, signées George Romney (1734-1802) (prêt exceptionnel de la Wallace collection), Thomas Gainsborough (1727-1788) et Jean-Baptiste Perronneau élargissent, pour mieux l’asseoir, le prisme de cette comparaison.

En 1885, la première exposition de la Société des Pastellistes français et son florilège de feuilles du XVIIIe siècle marquent un tournant dans la pratique de Berthe Morisot. Pénétrée de l’art de ses prédécesseurs, Morisot systématise le recours au pastel dans ses œuvres préparatoires pour établir ses harmonies colorées, révélant un lien très fort et visible avec ses peintures sur toile. C’est ce rapprochement qui est mis en évidence à travers la réunion de peintures et de pastels : Fillette à la mandoline (collection particulière), Enfants à la vasque (Paris, musée Marmottan Monet), Fillette au jersey bleu (Paris, musée Marmottan Monet) ou La Fable (collection particulière). Berthe Morisot a absorbé les manières de faire des peintres du XVIIIe siècle, leurs reflets colorés, leur goût de l’esquisse. Ses œuvres nous apprennent à mieux regarder la peinture du XVIIIe siècle.

François Boucher
François BOUCHER
Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé, 1750
Huile sur toile, 129 x 157 cm
Tours, Musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts de Tours, cliché D. Couineau

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
d’après François BOUCHER
Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé, 1892
Huile sur toile, 64,2 x 79,4 cm
Paris, Musée Marmottan Monet
© Musée Marmottan Monet

En deuil de son époux, en 1892, l’impressionniste se tourne une fois encore vers Boucher qu’elle copie lors d’un passage au musée de Tours : Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé (Tours musée des beaux-arts) de Boucher. Les toiles des deux artistes sont rapprochées à la suite de l’acquisition par le musée Marmottan Monet de : Nymphes s’enlaçant peint par Berthe Morisot. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une copie servile mais plutôt d’un dialogue. Ici, Morisot transpose Boucher dans son univers : lui impose une palette et une facture qui lui sont propres. Elle se place ainsi délibérément dans une filiation artistique qu’elle interprète à l’aune de son siècle et de son tempérament. Son Repos (collection particulière), la Jeune fille endormie de Boucher (Chaalis, musée de l’abbaye royale) ou le Portrait de Mme Perronneau endormie (Paris, collection particulière) illustrent ce propos et clôturent l’exposition.

Le commissariat de l'exposition a été assuré par les historiennes de l’art : Marianne Mathieu et Dominique d’Arnoult, avec la participation de Claire Gooden, attachée de conservation du musée Marmottan Monet.

Berthe Morisot
BERTHE MORISOT
ET L’ART DU XVIIIe SIÈCLE
Catalogue de l'exposition
Coédition musée Marmottan Monet / Éditions Hazan
Format : 22 x 28,5 cm — 208 pages
ISBN : 9782754113335
Sous la direction de Marianne Mathieu, historienne de l’art. Avec les contributions de Dominique d’Arnoult, Docteur en histoire de l’art, Claire Gooden, historienne de l’art et attachée de conservation au musée Marmottan Monet, Marianne Mathieu, historienne de l’art et Lois Olivier, historienne de l’art
MUSÉE MARMOTTAN MONET
Académie des Beaux-Arts
2 rue Louis-Boilly, 75016 Paris

19/06/21

L’Empire des sens @ Musée Cognacq-Jay, Paris - de François Boucher à Jean-Baptiste Greuze

L’Empire des sens,
de François Boucher 
à Jean-Baptiste Greuze
Musée Cognacq-Jay, Paris
Jusqu'au 18 juillet 2021

François Boucher
FRANCOIS BOUCHER (1703-1770)
Léda et le Cygne, 1742
Huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum
© NationalMuseum, Stockholm

François Boucher
FRANCOIS BOUCHER (1703-1770)
Hercule et Omphale, vers 1732-1735
Huile sur toile
Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine 
© The Pushkin State Museum of Fine Arts 

A l’occasion du 250ème anniversaire de la mort de François Boucher (1703-1770), le musée Cognacq-Jay explore le thème de l’Amour dans sa forme la plus licencieuse, au prisme des créations de Boucher et de ses contemporains - maître, rivaux ou élèves - tels que Watteau, Greuze et Fragonard. Ce dialogue révèle comment Boucher, le peintre de Louis XV, s’impose comme une figure centrale du développement de l’art érotique au XVIIIe siècle.

Une centaine de peintures, dessins et estampes, qui traitent du désir autant qu’ils le suscitent, sont exceptionnellement réunis. Provenant de prestigieuses collections internationales publiques et privées, ces chefs-d’oeuvre sont souvent présentés pour la première fois en France. Le parcours de l’exposition prend une nouvelle ampleur en se déployant exceptionnellement dans huit salles du musée.

Le XVIIIe siècle signe l’avènement du plaisir des sens. Plus qu’à toute autre époque, l’Amour y occupe une place dominante dans les arts. Philosophes, hommes de théâtre, romanciers et artistes, tous investissent le thème des passions amoureuses et des désirs charnels. On ne compte plus, sous le pinceau des meilleurs peintres, les scènes bucoliques où badinent bergers et bergères, les boudoirs où s’échangent les soupirs langoureux, les alcôves où s’égarent « le coeur et l’esprit ». Pourtant, dans cet océan d’images consacrées à l’Amour, on a jusqu’ici peu insisté sur l’audace et l’originalité de certaines inventions.

« Peintre des Grâces », François Boucher est également l’auteur de compositions secrètes, à la charge érotique saisissante. Au sommet de sa gloire, sa notoriété s’accompagne d’une réputation sulfureuse, habilement alimentée par ses détracteurs. Ses très lascives Odalisques - représentées nues, alanguies sur un sopha, le fessier comme offert au spectateur - ont largement contribué à nourrir les rumeurs.

Jean-Baptiste Greuze
JEAN-BAPTISTE GREUZE (1725-1805)
La Volupté, 1765
Huile sur bois
Paris, collection particulière
© Thomas Hennocque

Gabriel de Saint-Aubin
GABRIEL DE SAINT-AUBIN (1724-1780)
L’Académie particulière, vers 1755
Huile sur toile
Strasbourg, musée des Beaux-Arts 
© Musées de Strasbourg, M. Bertola

Jean-Honoré Fragonard
JEAN-HONORE FRAGONARD (1732-1806)
La Résistance inutile, vers 1770-1773
Huile sur toile
Stockholm, Nationalmuseum
© NationalMuseum, Stockholm

Au travers de huit sections, l’exposition décline les temps du plaisir et les gestes amoureux, depuis la naissance du désir jusqu’à l’assouvissement des passions. Ce parcours déploie une polysémie amoureuse, d'Antoine Watteau à Jean-Baptiste Greuze, ponctuée par les créations de François Boucher. Resserrée sur les oeuvres les plus audacieuses, l’exposition propose de regarder ces inventions à l’aune des échanges entre artistes, en suivant les phénomènes d’émulation et de rivalité, jusque dans le dialogue particulièrement fécond avec la littérature libertine de l’époque. Elle s’achève sur de rares chefs-d’oeuvre qui invitent à réfléchir sur la violence des pulsions charnelles et sur leurs conséquences tragiques.

En contrepoint, afin de situer les frontières de l’interdit, un cabinet d’erotica présente une soixantaine d’objets extraordinaires à caractère pornographique - peintures, miniatures, boîtes à secrets, livres factices, etc. Ces objets inédits dévoilent les rivages les plus secrets de l’imaginaire érotique du siècle des Lumières.

COMMISSARIAT
Annick Lemoine, directrice du musée Cognacq-Jay
avec la collaboration de Sixtine de Saint Léger, attachée de conservation du musée Cognacq-Jay

COMITÉ SCIENTIFIQUE
Guillaume Faroult, conservateur en chef, en charge des peintures françaises XVIIIe siècle et peintures britanniques et américaines, musée du Louvre
Françoise Joulie, historienne de l’art
Alastair Laing, conservateur honoraire au National Trust, Londres

MUSÉE COGNACQ-JAY
8 rue Elzévir, 75003 Paris

12/01/15

La toilette, la naissance de l'intime, Musée Marmottan Monet, Paris

La toilette, la naissance de l'intime 
Musée Marmottan Monet, Paris 
12 février - 5 juillet 2015 

Henri de Toulouse Lautrec, "La toilette : Madame Favre (femme se faisant les mains)", 1891 
Peinture à l’essence sur carton, 72 x 76 cm, Suisse, Collection Nahmad 

© Suisse, Collection Nahmad / Raphaël Barithel

Après avoir célébré les quatre-vingts ans de l’ouverture du musée au public à travers les deux expositions temporaires « Les Impressionnistes en privé » et « Impression, soleil levant », le musée Marmottan Monet présente du 12 février au 5 juillet 2015 la première exposition jamais dédiée au thème de La Toilette et à La Naissance de l’Intime.

L’exposition réunit des œuvres d’artistes majeurs du XVe siècle à aujourd’hui, concernant les rites de la propreté, leurs espaces et leurs gestuelles.

C’est la première fois qu’un tel sujet, unique et incontournable, est présenté sous forme d’exposition. Dans ces œuvres qui reflètent des pratiques quotidiennes qu’on pourrait croire banales, le public découvrira des plaisirs et des surprises d’une profondeur peu attendue.

Des musées prestigieux et des collections internationales se sont associés avec enthousiasme à cette entreprise et ont consenti des prêts majeurs, parmi lesquels des suites de peintures qui n’avaient jamais été montrées depuis leur création.

Une centaine de tableaux, des sculptures, des estampes, des photographies et des images animées (« chronophotographies ») permettent de proposer un parcours d’exception.

François Boucher, "L’Œil indiscret" ou "La Femme qui pisse", 1742 ? Ou années 1760 ? 
Huile sur toile, 52,5 x 42 cm, Collection particulière 
© Christian Baraja 

François Boucher, "Une Dame à sa toilette", 1738 
Huile sur toile, 86 x 76 cm, Collection particulière 
© Image courtesy of P & D Colnaghi & Co, Ltd, London 

L’exposition s’ouvre sur un ensemble exceptionnel de gravures de Dürer, de Primatice, de peintures de l’Ecole de Fontainebleau, parmi lesquels un Clouet, l’exceptionnelle Femme à la puce de Georges de La Tour, un ensemble unique et étonnant de François Boucher, montrant l’invention de gestes et de lieux spécifiques de toilette dans l’Europe d’Ancien Régime.

Edgar Degas, "Après le bain, femme nue couchée", 1885-1890 
Pastel sur papier, 48,3 x 82,3 cm, Suisse, Collection Nahmad
© Suisse, Collection Nahmad / Raphaël Barithel 

Dans la deuxième partie de l’exposition, le visiteur découvrira qu’avec le XIXe siècle s’affirme un renouvellement en profondeur des outils et des modes de la propreté. L’apparition du cabinet de toilette, celle d’un usage plus diversifié et abondant de l’eau inspirent à Manet, à Berthe Morisot, à Edgar Degas, à Toulouse Lautrec et encore à d’autres artistes, et non des moindres, des scènes inédites de femmes se débarbouillant dans un tub ou une cuve de fortune. Les gestuelles sont bouleversées, l’espace est définitivement clos et livré à une totale intimité, une forme d’entretien entre soi et soi se lit dans ces œuvres, d’où se dégage une profonde impression d’intimité et de modernité.

Natalino Bentivoglio Scarpa, dit Cagnaccio di San Pietro, "Femme au miroir", 1927 
Huile sur toile, 80 x 59,5 cm, Vérone, collezione della Fondazione Cariverona 
© collezione della Fondazione Cariverona, Italy 


Bettina Rheims, "Karen Mulder with a very small Chanel bra, janvier 1996, Paris", 1996 
C-print, 120 x 120 cm, Signé au dos sur le cartel, Paris, collection de l’artiste, 
© Bettina Rheims copyright Studio Bettina Rheims  

La dernière partie de l’exposition livre au visiteur l’image à la fois familière et déconcertante de salles de bains modernes et « fonctionnelles » qui sont aussi, avec Pierre Bonnard, des espaces où il est permis, à l’écart du regard des autres et du bruit de la ville, de s’abandonner et de rêver.

Commissaires de l’exposition : Nadeije Laneyrie-Dagen, historienne de l’art et Georges Vigarello, historien.

Musée Marmottan Monet 

12/10/04

Boucher et les peintres du Nord, Musée Magnin, Dijon

Boucher et les peintres du Nord 
Musée Magnin, Dijon 
9 octobre - 14 décembre 2004

Quelque célèbre qu’il soit encore aujourd’hui, le peintre François Boucher (1703-1770) reste victime d’un préjugé défavorable dû à l’excessive diffusion d’un aspect fragmentaire de son œuvre, l’aspect « galant ». On oublie trop qu’il fut un artiste très complet qui, autodidacte, se forma d’une manière extrêmement méthodique et il convient, pour prendre la mesure de son œuvre, de revenir sur cette formation. Tel est le propos de cette exposition.

L’étude d’œuvres de peintres des écoles du Nord a joué un rôle déterminant dans la formation de François Boucher ; elle lui permit de se forger un style propre, qui sera adopté par toute l’Europe. Cette influence profonde s’est exercée de diverses manières : à vingt ans, François Boucher regarde Wouwerman et Berchem ; lors de son séjour en Italie, il copie Bloemaert ou s’en inspire ; plus tard, dans sa maturité, ce sont les dessins à la plume de Rembrandt qui retiennent toute son attention. En fait, l’influence de la peinture nordique est sensible dans l’ensemble de son œuvre.

Le tricentenaire de la naissance du peintre est l’occasion de traiter cet aspect méconnu de l’art de François Boucher. L’exposition et le catalogue qui l’accompagne permettent de faire le point des connaissances les plus récentes sur le goût nouveau des collectionneurs français pour les sujets nordiques, et d’aborder la question des relations de Boucher avec les amateurs de son temps et leurs collections d’œuvres d’art. Célèbre de son temps mais dispersée à la mort du peintre, la collection personnelle d’œuvres nordiques de François Boucher est également évoquée.

L’exposition regroupe quatre-vingt œuvres, dont, de François Boucher, une dizaine de peintures, 29 dessins de techniques diverses (pierre noire, sanguine, plume et encre…) et 11 gravures. Ces œuvres proviennent de plusieurs grands musées français et étrangers. Parmi les peintures de Boucher, on peut ainsi voir ou revoir la Forêt conservée au musée du Louvre ainsi que la Vue de Tivoli avec le temple de Vesta et un Paysage avec cours d’eau conservés en Suède (musée national, à Stockholm, et musée de Linköping). Pour les peintres des écoles du Nord, la place prépondérante revient à des œuvres d’Abraham Bloemaert et de Nicolaes Berchem (notamment Les Deux Laboureurs, Londres, National Gallery – tableau qui a appartenu à Boucher), mais on peut admirer aussi des feuilles de Van Ostade, de Jordaens, de Van Dyck…

Le parcours de l’exposition, à la fois chronologique et thématique, s’organise selon les sections suivantes :

I.   Le goût de Boucher pour les Nordiques à travers ses collections. Brève évocation des tableaux et dessins de jeunesse avant son départ pour l'Italie (1728)
II.   La question des copies d’après Bloemaert, et de l’usage que Boucher en a fait en France 
III.  La copie d’après les Nordiques ; poursuite du travail de Boucher sur Bloemaert ; découverte d’autres artistes, grâce aux dessins des collections françaises
IV.  Les douze gravures des Cris de Paris d'après Boucher
V.   La Pastorale, une harmonieuse synthèse opérée par Boucher (1730 et 1740)
VI.  Boucher paysagiste après 1740
VII. François Boucher, ombres et lumière, réflexion sur Rembrandt, les dernières années (1760-1770)

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux, le musée Magnin, Dijon, et la Wallace Collection, Londres, où elle sera en partie présentée du 6 janvier au 6 mars 2005.

Commissaires : 
Françoise Joulie, chargée de mission au département des Arts graphiques du musée du Louvre et historienne de l’art spécialiste de l’œuvre de François Boucher.
Jo Hedley, conservateur des peintures antérieures à 1800, Wallace Collection, Londres.

Musée Magnin
4, rue des Bons-Enfants, 21000 Dijon

02/02/97

Six Centuries / Six Artists: Martin Schongauer, Albrecht Dürer, Giovanni Benedetto Castiglione, François Boucher, William Blake, Jacques Villon at the National Gallery of Art, Washington

Six Centuries / Six Artists
Martin Schongauer, Albrecht Dürer, Giovanni Benedetto Castiglione, François Boucher, William Blake, Jacques Villon
National Gallery of Art, Washington
February 2 - May 4, 1997

Some of the greatest treasures belonging to the National Gallery of Art, selected from its permanent collection of more than 10,000 drawings, 56,000 prints, and 2,000 rare illustrated books, are presented in Six Centuries / Six Artists. Visitors to the exhibition can see 136 works by six major artists from the fifteenth through the twentieth centuries. Each room of the exhibition is devoted entirely to the work of a single artist: the refinement of Martin Schongauer, the brilliant technique of Albrecht Dürer, the exuberance of Giovanni Benedetto Castiglione, the sensuality of François Boucher, the powerful mythology of William Blake, and the modernist transformations of Jacques Villon.

Because the National Gallery of Art's extensive collection of works on paper can only be exhibited on a rotating basis, Six Centuries / Six Artists offers a rare opportunity to see outstanding and unique works by master artists, including many major recent acquisitions and promised gifts from private collections.

Martin Schongauer (c. 1450-1491)

Martin Schongauer is one of the most influential artists who worked in Northern Europe during the last quarter of the fifteenth century. He earned fame during his lifetime as a painter, though today he is better known for his considerable body of precise engravings and a small group of exquisite drawings. The profound spirituality of Martin Schongauer's art, together with its courtly elegance and ornamental line, reveal the artist's work as a major flowering of the northern Gothic style. Of Martin Schongauer's rare existing drawings, which number fewer than fifty, only four belong to museums outside Europe. Two, Bust of a Monk Assisting at Communion and Young Woman Wearing a Scarf, are included in the exhibition. Though Martin Schongauer died at forty, his influence was far-reaching and lasting. His prints and drawings had a significant effect on the great German artist of the next generation, Albrecht Dürer. Even Michelangelo copied Martin Schongauer engravings.

Albrecht Dürer (1471-1528)

Regarded as one of the greatest artists of the Renaissance, Albrecht Dürer excelled as a painter, draftsman, printmaker, and art theorist. Beginning in the late Gothic tradition, Albrecht Dürer subsequently immersed himself in the varied interests of Italian Renaissance artists -- ancient art and literature, mathematical perspective, and ideal human proportions. Although Albrecht Dürer executed many paintings and altarpieces, he was most widely known for his drawings, prints, and illustrated books. With his consummate skills as a draftsman, Albrecht Dürer combines wide-ranging interests in both the natural and imagined worlds to create detailed renderings that evoke a vivid physical presence. The exhibition includes a chronological survey of some of Albrecht Dürer's finest engravings and woodcuts. Selected from the Gallery's collection of Albrecht Dürer drawings, one of the largest and most comprehensive outside Europe, Six Centuries / Six Artists also features religious and mythological drawings, studies of ideal human types and foreign costumes, as well as studies of plants that demonstrate keen powers of observation, such as Tuft of Cowslips (1526). Also shown is one of his finest early pen drawings An Oriental Ruler Seated on His Throne (c.1495), a work that commands the viewer's attention with a visionary quality transcending ordinary reality.

Giovanni Benedetto Castiglione (c. 1610-1664)

A romantic energy runs through Giovanni Benedetto Castiglione's art -- fluttering drapery, dense vegetation among classical ruins, herds of animals, and dark scenes illuminated by flickering torches. Influenced by lifelong travels in his native Italy, Giovanni Benedetto Castiglione also learned from Flemish artists Peter Paul Rubens (1577-1640) and Sir Anthony van Dyck (1599-1641). Giovanni Benedetto Castiglione's work focuses on religious and mythological subjects filled with movement, such as Noah Leading the Animals into the Ark (late 1640s), journeys of patriarchs and ancient shepherds, and images of life and death such as Christ's nativity, burial scenes, and The Resurrection of Lazarus (1647-1651). In his drawings, Giovanni Benedetto Castiglione developed a distinctive style using brush and oils that paralleled Flemish artists' oil sketches on wood. In printmaking, Giovanni Benedetto Castiglione studied Rembrandt's etchings. Using creative variations of linear and etching techniques, Castiglione explored sensitive variations of delicate tones and eventually invented the monotype. Giovanni Benedetto Castiglione's works on paper were avidly collected in the eighteenth century, and his bravura style, mysterious themes, exotic details, and scintillating technique were enormously influential on later artists, especially the Venetians, from Giovanni Battista Tiepolo to Giovanni Battista Piranesi, and the French, from François Boucher to Jean-Honoré Fragonard.

Francois Boucher (1703-1770)

As the favored artist of the king's mistress, Madame de Pompadour, and later First Painter to King Louis XV, Boucher wielded enormous influence in French artistic circles of the mid-eighteenth century. François Boucher was a prolific and talented draftsman; his drawings often show his sensuous figures and lighthearted subjects to better advantage than his paintings. He used pen and wash to brilliant effect, but generally preferred chalks, often red or black, and although many of his drawings were made in preparation for works in other media -- such as paintings, tapestries, Sèvres porcelain, and engraved book illustrations -- a large number were designed to feed a burgeoning market for drawings as finished and complete works of art in themselves. Early in his career, Boucher made a number of lively black-and-white etchings. Though he never truly became a committed printmaker, he inspired other artists in that arena, most notably Louis Marin Bonnet and Gilles Demarteau. François Boucher's drawings on view include Tête-à-tête (1764) and perhaps his finest male nude, Apollo (c. 1753). Featured among the prints is Head of Flora (1769), the largest and most elaborate of Bonnet's color prints after François Boucher.

William Blake (1757-1827)

A poet as well as a visual artist, William Blake was one of the most imaginative and influential of British painter-printmakers. William Blake's narrative images are inextricably tied to his own highly complex visionary writings. Others were inspired by biblical subjects, and the classic texts of Dante, John Milton, and William Shakespeare. Admiration for Michelangelo's muscular figures can be seen in William Blake's delicate drawings in graphite and pen and ink, as well as in his highly worked and sumptuous watercolors. William Blake's inventiveness as a printmaker is revealed in his extraordinary technical range, from line engravings on metal and wood to unique impressions made using highly personal methods of color application. Highlights of the collection on view in Six Centuries / Six Artists are selections from William Blake's two late engraving cycles Illustrations of the Book of Job and Illustrations to Dante's Divine Comedy, including numerous working proofs as well as one of his original copper printing plates. Selections of William Blake's drawings include some of his most tender works, like Job and His Family Restored to Prosperity, as well as one of his most powerful and well-known apocalyptic watercolors, The Great Red Dragon and the Woman Clothed with the Sun.

Jacques Villon (1875-1963)

"Jacques Villon" is the professional name assumed by Gaston Duchamp, who was the brother of sculptor Raymond Duchamp-Villon and of the multitalented avant-garde artist Marcel Duchamp. Villon learned etching as a boy from his grandfather, and he exploited the medium contrary to the contemporary dominance of lithography in France. In his series of color aquatints from 1899 to 1906, Jacques Villon made the finest etchings of that period; his early images were occasionally of workmen or street scenes, but most often of elegant Parisian women, both in society and in the cabarets. The selection includes numerous artist's proofs showing Jacques Villon's creative variations of intense color as well as delicate shades. In 1906-1907, Jacques Villon turned from fields of color to black and white, searching for purity of line and more strictly geometric forms. He used intimate subjects drawn from his family life -- including his cousin Renee and his sister Yvonne - to create many of his major works. These images culminated in Jacques Villon's large drypoint prints of 1913, which are among the most powerful cubist prints of the twentieth century. Two examples featured in the exhibition are Yvonne D. in Profile and Yvonne D. from the Front, both in rare early proofs.

The exhibition is organized by the curators of prints and drawings led by Andrew Robison, Andrew W. Mellon Senior Curator, National Gallery of Art.

NATIONAL GALLERY OF ART
Fourth Street at Constitution Avenue, N.W., Washington, DC 20565