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01/06/24

Exposition Présences Arabes: Art moderne et décolonisation, Paris 1908 - 1988 @ Musée d’Art Moderne de Paris

Présences Arabes 
Art moderne et décolonisation, 
Paris 1908 - 1988 
Musée d’Art Moderne de Paris 
5 avril - 25 août 2024

Huguette Caland
Huguette Caland
Espace blanc I, 1984
Huile sur toile, 200 x 200 cm
© Huguette Caland / Photo Jack Hems
Courtesy famille Caland, David Zwirner

Le Musée d’Art Moderne de Paris propose de redécouvrir la diversité des modernités arabes au XXe siècle et de renouveler le regard historique sur des scènes artistiques encore peu connues en Europe. A travers une sélection de plus de 200 oeuvres, pour la plupart jamais exposées en France, l’exposition Présences arabes – Art moderne et décolonisation – Paris 1908-1988 met en lumière la relation des artistes arabes avec Paris, tout au long du XXe siècle.

L’exposition explore une autre histoire de l’Art moderne, éclairée par de nombreuses archives sonores et audiovisuelles historiques présentes dans le parcours. Structurée de manière chronologique, elle débute en 1908, année de l’arrivée du poète et artiste libanais Khalil Gibran à Paris et de l’ouverture de l’école des Beaux-Arts du Caire. Elle se termine en 1988, avec la première exposition consacrée à des artistes contemporains arabes à l’Institut du Monde Arabe (inauguré quelques mois plus tôt) à Paris et avec l’exposition Singuliers : bruts ou naïfs, avec entre autres l’artiste marocaine Chaïbia Tallal et l’artiste tunisien Jaber Al-Mahjoub, présentée au musée des enfants du Musée d’Art Moderne de Paris.

Ainsi que l’écrit Silvia Naef, historienne d’art et l'une des autrices du catalogue de l’exposition Présences Arabes au MAM : “Comment faire un art moderne et arabe ? un vrai projet esthétique se met en place au cours du 20e siècle : pensé à la fois en rupture avec l’art académique, en écho avec les avant-gardes occidentales, dans le cadre d’une identité nationale propre, sans retour pour autant à un art islamique.”

L’exposition remet ainsi en lumière plus de 130 artistes dont les oeuvres constituent une contribution essentielle aux avant-gardes arabes et à l’histoire de l’art moderne du XXe siècle. Elle met également en évidence le rôle essentiel joué par Paris. Qualifiée de « capitale du tiers monde » par l’historien Michael Goebel, la ville est considérée dès les années 1920 comme un vivier des réseaux anticoloniaux et le foyer des nouvelles modernités cosmopolites.

Le parcours de l’exposition est construit autour de différentes trajectoires d’artistes ayant étudié dans les écoles des beaux-arts de leurs pays avant de venir étudier et s’installer à Paris pour continuer leur formation. Tout au long du XXe siècle, Paris est le lieu de l'accès à la modernité, de la critique du colonialisme et le centre de nombreuses rencontres. Le Musée d’Art Moderne y a lui-même joué un rôle important dans la période d’après-guerre grâce à ses expositions (Salon des réalités nouvelles, Salon de la jeune peinture, Biennale des jeunes artistes de Paris…) et aux acquisitions initiées à partir des années 1960.

Le parcours chronologique de l’exposition se déroule en quatre chapitres :

1 - Nahda : Entre renaissance culturelle arabe et Influence occidentale, 1908-1937 :
Face à l’influence occidentale, la Nahda (renaissance culturelle arabe) se développe ; plus particulièrement en Égypte, au Liban et en Algérie grâce notamment aux écoles d’art, à la presse... En parallèle, à Paris, les grandes expositions dites universelles, dont la plus importante, L'Exposition coloniale de 1931, incluent des artistes issus des pays colonisés.

2 - Adieu à l’orientalisme : Les avant-gardes contre-attaquent.
À l'épreuve des premières indépendances (Égypte, Irak, Liban, Syrie), 1937-1956 :
Certains artistes renoncent à des références importées et imposées pour se saisir d’une expression artistique enracinée dans l’histoire locale (Égypte, Tunisie) mais aussi se connecter directement aux avant-gardes européennes. À Paris, les salons modernistes mettent en avant l’abstraction et accueillent les artistes arabes. C’est le temps des premières indépendances (Égypte, Irak, Liban, Syrie).

3 - Décolonisations : L'art moderne entre local et global.
À l'épreuve des deuxièmes indépendances (Tunisie, Maroc, Algérie), 1956-1967 :
Dans une période marquée par la violence et l’enthousiasme des indépendances nationales, notamment nord-africaines (Algérie, Maroc, Tunisie), l’Art moderne arabe se mondialise. Les expositions à Paris, comme la biennale des jeunes artistes reflètent largement cette nouvelle dynamique.

4 - L'art en lutte : De la cause Palestinienne à « l'apocalypse arabe », 1967-1988 :
Le « salon de la jeune peinture », à Paris, est dominé par les questions politiques et les luttes anti-impérialistes internationales, de la guerre du Vietnam à la cause palestinienne. L’artiste libanaise Etel Adnan fait paraitre, en 1980 à Paris, son grand texte poétique « l'Apocalypse arabe ». L’exposition se termine par le sujet de l’immigration arabe en France traitée par les musées parisiens (années 1980).

Les oeuvres : Issue de grandes collections régionales (Mathaf, Doha, (Qatar); Barjeel Art Foundation, Sharjah, (Émirats Arabes Unis) ; Ibrahimi Collection, Amman, (Jordanie) ; Musée d’art moderne du Caire, (Égypte), Musée national des Beaux-Arts, Alger (Algérie)…et de collections privées et publiques françaises (MNAM, CNAP, Fonds d’art contemporain-Paris collections, Musée d’Art Moderne de Paris, Institut du monde arabe, Musée du Quai Branly-Jacques Chirac…), la sélection de plus de 200 œuvres, pour la plupart jamais exposées en France (incluant peintures, sculptures, photographies, …) s’accompagne d’archives sonores et audiovisuelles historiques.

Le catalogue de l’exposition réunit une documentation et une iconographie largement inédites, couvrant les grands chapitres de l’art moderne arabe à Paris, à travers de nombreux essais, notices thématiques et chronologies transnationales ; ainsi que des auteurs et autrices de premier plan (Michael Goebel, Emilie Goudal, Morad Montazami, Silvia Naef…).

Les artistes présentés dans l'exposition :

Shafic ABBOUD, ABOU NADDARA, Hamed ABDALLA, Youssef ABDELKE, Amal ABDENOUR, Boubaker ADJALI, Etel ADNAN, Maliheh AFNAN, Mohamed AKSOUH, Hala ALABDALLA, Farid AOUAD, Fatma ARARGI, Mohamed ATAALLAH, Jean-Michel ATLAN, Amine EL-BACHA, Simone BALTAXÉ, Michel BASBOUS, Ala BASHIR, Fatma Haddad-Mahieddine (dite BAYA), Souhila BEL BAHAR, Farid BELKAHIA, Nejib BELKHODJA, Fouad BELLAMINE, Mahjoub BENBELLA, Aly BEN SALEM, Abdallah BENANTEUR, Djamila BENT MOHAMED, Samta BENYAHIA, Maurice BISMOUTH, Etienne BOUCHAUD, Pierre BOUCHERLE, Kamal BOULLATA, Huguette CALAND, Nasser CHAURA, Ahmed CHERKAOUI, Saloua Raouda CHOUCAIR, Chaouki CHOUKINI, collectif CINÉMÉTÈQUE, Inji EFFLATOUN, André ELBAZ, Fouad ELKOURY, Errò, Ammar FARHAT, Safia FARHAT, Djamel FARÈS, Moustapha FARROUK, Dias FERHAT, André FOUGERON, Émile GAUDISSARD, Abdel Hadi EL-GAZZAR, Jilali GHARBAOUI, GibranKhalil GIBRAN, Abdelaziz GORGI, Abdelkader GUERMAZ, Abraham HADAD, Marie HADAD, Khadim HAIDER, Ahmed HAJERI, Jamil HAMOUDI, Francis HARBURGER, Faik HASSAN, Mona HATOUM, Adam HENEIN, Georges HENEIN, Mohamed ISSIAKHEM, Marwan KASSAB BACHI (dit MARWAN), Mahjoub AL-JABER (dit JABER), Abdul Kader EL-JANABI, Henri Gustave JOSSOT, Fouad KAMEL, Fêla KÉFI-LEROUX, Mohammed KHADDA, Rachid KHIMOUNE, Rachid KORAÏCHI, Georges KOSKAS, Mohamed KOUACI, Claude LAZAR, Ahmed LOUARDIRI, Nja MAHDAOUI, Jean de MAISONSEUL, Azouaou MAMMERI, Maria MANTON, Denis MARTINEZ, Antoine MALLIARAKIS dit MAYO, Hassan MASSOUDY, Hatem EL-MEKKI, Mohamed MELEHI, Rabah MELLAL, Choukri MESLI, Mireille MIAIHLE, Mahmoud MOKHTAR, Fateh MOUDARRES, Philippe MOURANI, Mehdi MOUTASHAR, Laila MURAYWID, Nazir NABAA, Edgar NACCACHE, Effat NAGHI, Mohammed Bey NAGHI, Marguerite NAKHLA, Rafa NASIRI, Ahmad NAWACH, Amy NIMR,Leila NSEIR, Mohammed RACIM, Omar RACIM, Samir RAFI, Aref EL-RAYESS, Jocelyne SAAB, Georges Hanna SABBAGH, Valentine de SAINT-POINT, Shakir Hassan AL-SAID, Mahmoud SAÏD, Nadia SAIKALI, Samir SALAMEH, Mona SAUDI, Jewad SELIM, Jean SÉNAC, Juliana SERAPHIM, Ibrahim SHADHA, Gazbia SIRRY, Chaïbia TALLAL, Gouider TRIKI, Yahia TURKI, Madiha UMAR, Seif WANLY, Nil YALTER, Ramsès YOUNAN, Salah YOUSRY, Fahrelnissa ZEID, Bibi ZOGBÉ

Commissaires : 
Musée d’Art Moderne : Odile Burluraux
Zamân Books & Curating : Morad Montazami, Madeleine de Colnet

MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS
11 avenue du Président Wilson, 75116 Paris

27/01/24

Atelier Bouts @ Museum Leuven - Les facettes scientifiques de la création de chefs-d'oeuvre du XVe siècle

Atelier Bouts 
Museum Leuven 
16 février - 28 avril 2024 

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Christ couronné d’épines, ca. 1470
M Leuven, photo: artinflanders.be, Cedric Verhelst

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Triptyque avec le martyre de saint Érasme, ca. 1460-1464
M Leuven / Église Saint-Pierre
Photo: artinflanders.be, Dominique Provost 

« Atelier Bouts », l'exposition proposée par M Leuven, est un récit passionnant dans le sillage de la grande rétrospective internationale « DIERIC BOUTS. Créateur d'images ». Au travers de six oeuvres emblématiques, exposées encore quelque temps à M, le musée examine les facettes scientifiques de la création d'un chef-d'oeuvre du XVe siècle. Les visiteurs apprennent comment les Maîtres flamands réalisaient leurs tableaux, de quelles couches se composent leurs pièces, si Dieric Bouts était l'unique auteur des oeuvres qui lui sont attribuées actuellement et comment ces tableaux sont restaurés aujourd'hui, près de 500 ans après leur création.
« La visite d'“Atelier Bouts” est une occasion unique de voir réunis dans un même espace quatre des principaux triptyques de Bouts », souligne Marjan Debaene, conservatrice en chef d'Art ancien à M Leuven. « Après l'exposition, “La Cène” et “Le Martyre de saint Érasme” retourneront irrévocablement à l'église Saint-Pierre, tandis que “Le Martyre de saint Hippolyte” retrouvera sa place à la cathédrale du Saint-Sauveur à Bruges. Le “Triptyque de la Descente de Croix”, un prêt prestigieux venu de Grenade, ira à l'Institut royal du Patrimoine artistique (KIK-IRPA) pour une restauration approfondie. Dans l'exposition, vous apprenez combien les nouvelles technologies comme le balayage Macro-XRF, la réflectographie infrarouge et la dendrochronologie sont importantes pour de telles campagnes de restauration, et quelles découvertes surprenantes elles ont déjà permis de faire. »

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Triptyque de la descente de la Croix, ca. 1450-1458
© Cabildo de la Capilla Real de Granada 
Photo: Armando Bernabeu Granados

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Triptyque de la descente de la Croix, ca. 1450-1458
© Cabildo de la Capilla Real de Granada 
Photo: Armando Bernabeu Granados

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Triptyque de la descente de la Croix, ca. 1450-1458
© Cabildo de la Capilla Real de Granada,
Photo: Armando Bernabeu Granados 

« Atelier Bouts » présente sous un nouveau jour six oeuvres parmi les plus emblématiques sorties il y a cinq cents ans des ateliers de Dieric et Albrecht Bouts, grâce à des techniques d'imagerie récentes et des méthodes innovantes d'étude des matériaux.

Pour le « Christ couronné d'épines » (v. 1470), oeuvre acquise par M en 2019 et tout récemment restaurée, une étude  minutieuse au moyen de la radiographie, c'est-à-dire des rayons X, pemet de suivre les étapes de la réalisation et l'histoire matérielle du tableau.

Albrecht Bouts
ALBRECHT BOUTS
Mater Dolorosa, après 1490 
Collection particulière 
© KIK-IRPA, Bruxelles

La dendrochronologie, la discipline scientifique visant la datation du bois, nous apprend que la « Mater Dolorosa » (après 1490) n'a pas pu être réalisée par Dieric Bouts, mais provient probablement de l'atelier de son fils Albrecht.

La macrophotographie a produit des images éblouissantes à très haute résolution du « Triptyque de la Descente de Croix » (v. 1450-1458), permettant d'analyser en détail les techniques employées et l'état de conservation de l'oeuvre. A l'aide de la Macro-XRF ou spectroscopie à macro-balayage de fluorescence X, les chercheurs ont pu déterminer la composition chimique du « Martyre de saint Érasme » (v. 1460-1464), qui nous informe entre autres sur les interventions de restauration dans le passé.

« Le Martyre de saint Hippolyte » (panneau central et panneau de droite v. 1475, panneau de gauche v. 1479), l'une des dernières oeuvres de Dieric Bouts, a été examiné avec la réflectographie à infrarouge ou IRR. La signature qui a ainsi pu être mise à jour renforce la supposition que le panneau de gauche, le portrait des donateurs, a été terminé par Hugo van der Goes, un contemporain de Bouts.

Dieric Bouts
DIERIC BOUTS
Triptyque avec la Cène, 1464-1468
M Leuven / Église Saint-Pierre
Photo: artinflanders.be, Dominique Provost

Bien évidemment, le chef-d'oeuvre absolu de Dieric Bouts ne manque pas à l'appel dans « Atelier Bouts ». Le triptyque « La Cène » (v. 1464-1468) est analysé jusqu'à la plus fine couche de peinture par le biais de l'analyse stratigraphique.

MUSEUM LEUVEN
Leopold Vanderkelenstraat 28 - 3000, Leuven

08/11/23

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle @ Musée Marmottan Monet, Paris + Catalogue

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle 
Musée Marmottan Monet, Paris 
18 octobre 2023 - 3 mars 2024 

Portrait de Berthe Morisot par MARCELLO
MARCELLO 
(Adèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna, dite)
Portrait de Berthe Morisot, 1875
Huile sur toile, 165 x 113 cm
Fribourg, Musée d’art et d’histoire
© Primula Bosshard

Berthe Morisot et l’art du XVIIIe siècle est une exposition inédite présentée par le musée Marmottan Monet à Paris. Soixante-cinq œuvres provenant de musées français et étrangers ainsi que de collections particulières sont réunies pour la première fois afin de mettre en lumière les liens qui unissent l’œuvre de la première femme impressionniste, Berthe Morisot (1841-1895) à l’art d’Antoine Watteau (1684-1721), François Boucher (1703-1770), Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) ou encore Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783).

S’appuyant sur une analyse de sources principalement inédites (correspondances, carnets de notes de Berthe Morisot et de son époux Eugène Manet et de leur entourage, coupures de presse) et sur une étude généalogique approfondie, l’exposition et son catalogue apportent un éclairage nouveau sur un sujet souvent évoqué par les historiens sans pour autant avoir fait l’objet d’une recherche dédiée et exhaustive. S’il est démontré que Berthe Morisot n’est pas l’arrière-petite-nièce de Jean-Honoré Fragonard et n’entretenait aucun lien de parenté avec ce dernier, l’exposition met l’accent sur les véritables fondements de ces affinités artistiques retraçant la chronologie de leurs développements ainsi que leurs principales caractéristiques. 

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Au Bal, 1875
Huile sur toile, 62 x 52 cm
Paris, Musée Marmottan Monet
© Musée Marmottan Monet

L’exposition s’ouvre sur l’une des œuvres les plus emblématiques de Berthe Morisot, Au bal (1875, musée Marmottan Monet) : figure en buste d’une parisienne en robe de bal, un éventail orné d’une scène galante déployé à la main. Deux éventails en soie du XVIIIe siècle dont celui représenté sur le tableau, tous deux ayant appartenu à Berthe Morisot, sont exposés pour la toute première fois et réunis pour l’occasion en regard du portrait. Illustration d’un « art de vivre à la française », ils témoignent d’un héritage du siècle des Lumières particulièrement prégnant dans le milieu de la Haute Bourgeoisie auquel Berthe Morisot appartient.

Jean-Honoré Fragonard
Jean-Honoré FRAGONARD
(1732-1806)
Jeune Femme debout, en pied, vue de dos
vers 1762-1765
Sanguine sur papier vergé, 37 x 25 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
© François Lauginie

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Jeune Femme arrosant un arbuste, 1876
Huile sur toile, 40,01 x 31,75 cm
Richmond, Virginia Museum of Fine Arts
© Photo Katherine Wetzel / Virginia Museum of Fine Arts

La première section revient sur un cadre de vie où l’art du XVIIIe siècle est encore bien présent et met en évidence ses aspects peu connus. Un portrait en pied du préfet Tiburce Morisot (1848, musée des beaux-arts Limoges), le père de l’artiste, posant devant une galerie de peintures rappelle son rôle dans la création des musées de Limoges, musée des beaux-arts où furent réunies des œuvres du siècle précédent, et musée Adrien Dubouché. L’hôtel particulier aménagé à Paris par le peintre Léon Riesener (1808-1878), petit-fils de l’un des plus grands ébénistes du XVIIIe, Jean-Henri Riesener (1734-1806), où la jeune Berthe évolue recrée un décor XVIIIe. Un ensemble de toiles peintes par Rosalie Riesener permet de reconstituer cet intérieur orné de meubles estampillés, de lambris et de tapisseries d’après François Boucher. C’est dans ce cadre que Berthe Morisot pose pour le portrait monumental que lui dédie Adèle d’Affry, la duchesse Castiglione Colonna, connue sous le nom d’artiste, Marcello (1836-1879). Ainsi, la réhabilitation de la peinture du XVIIIe siècle qui est concomitante aux débuts de Berthe Morisot, l’organisation d’expositions temporaires dans les années 1860 puis l’entrée au musée du Louvre d’un ensemble historique connu sous le nom de legs La Caze, vient compléter une esthétique du quotidien et du beau monde. C’est la fusion de ces deux éléments qu’illustrent les œuvres magistrales signées Morisot vers 1875-1880 : Jeune femme arrosant un arbuste (Richmond, Virginia Museum of Fine Arts); Femme en gris debout (collection particulière) présentées en regard de peintures et de dessins à la sanguine signées Antoine Watteau et Jean-Honoré Fragonard. 

François Boucher
François BOUCHER
(1703-1770)
Jeune Fille endormie, 18e siècle
Huile sur toile, 35 x 55 cm
Fontaine-Chaalis, Fondation Jacquemart-André - 
Institut de France, domaine de Chaalis
© Fontaine-Chaalis, Fondation Jacquemart-André - 
Institut de France, domaine de Chaalis

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
(1841-1895)
Repos (Jeune fille endormie), 1892
Huile sur toile, 38 x 46 cm
Collection particulière
© Thierry Jacob

Vient ensuite la section dédiée à l’impressionnisme triomphant de Berthe Morisot (1879-1885), entièrement organisée autour d’un détail de : Vénus va demander ses armes à Vulcain, copie d’après François Boucher exécutée par Berthe Morisot au musée du Louvre dans le but d’orner le salon-atelier qu’elle aménage dans l’immeuble familial qu’elle fait construire avec son époux, rue de Villejust (actuelle rue Paul Valéry) à Paris. Le symbole est de taille puisqu’il s’agit de la seule œuvre peinte par Berthe Morisot qu’elle accrocha dans son intérieur et avec laquelle elle vécut (ses autres peintures étant remisées). L’œuvre dans ce contexte prend la force d’un manifeste. Associée à son esquisse en grisaille provenant du musée des arts décoratifs à Paris (le monumental tableau du musée du Louvre étant intransportable), elle est mise en relation avec les œuvres les plus significatives de la maturité : Femme à sa toilette (Chicago, The Art Institute), Jeune femme en toilette de bal (Paris, musée d’Orsay), Jeune femme au divan (Londres, Tate), Jeune femme en gris étendue (collection particulière) ou encore Le jardin à Bougival (Paris, musée Marmottan Monet). Entre François Boucher et les scènes de la vie parisienne de Berthe Morisot, se retrouvent une même appétence pour les couleurs claires ainsi qu’une conception de la beauté au féminin. 

La section suivante est dédiée à Jean-Honoré Fragonard qui se déploie autour d’une de ses toiles phares : La leçon de musique, exceptionnellement prêtée par le musée du Louvre. Plusieurs œuvres majeures de l’impressionniste sont regroupées à faible distance : La dame au manchon (Dallas, Dallas Museum of Art) et l’Autoportrait de l’artiste (Paris, musée Marmottan Monet) sont les plus illustres. Ici c’est bien la liberté de facture, la touche visible qui domine plus encore que les tonalités bruns rosés. D’autres peintures, signées George Romney (1734-1802) (prêt exceptionnel de la Wallace collection), Thomas Gainsborough (1727-1788) et Jean-Baptiste Perronneau élargissent, pour mieux l’asseoir, le prisme de cette comparaison.

En 1885, la première exposition de la Société des Pastellistes français et son florilège de feuilles du XVIIIe siècle marquent un tournant dans la pratique de Berthe Morisot. Pénétrée de l’art de ses prédécesseurs, Morisot systématise le recours au pastel dans ses œuvres préparatoires pour établir ses harmonies colorées, révélant un lien très fort et visible avec ses peintures sur toile. C’est ce rapprochement qui est mis en évidence à travers la réunion de peintures et de pastels : Fillette à la mandoline (collection particulière), Enfants à la vasque (Paris, musée Marmottan Monet), Fillette au jersey bleu (Paris, musée Marmottan Monet) ou La Fable (collection particulière). Berthe Morisot a absorbé les manières de faire des peintres du XVIIIe siècle, leurs reflets colorés, leur goût de l’esquisse. Ses œuvres nous apprennent à mieux regarder la peinture du XVIIIe siècle.

François Boucher
François BOUCHER
Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé, 1750
Huile sur toile, 129 x 157 cm
Tours, Musée des Beaux-Arts
© Musée des Beaux-Arts de Tours, cliché D. Couineau

Berthe Morisot
Berthe MORISOT
d’après François BOUCHER
Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé, 1892
Huile sur toile, 64,2 x 79,4 cm
Paris, Musée Marmottan Monet
© Musée Marmottan Monet

En deuil de son époux, en 1892, l’impressionniste se tourne une fois encore vers Boucher qu’elle copie lors d’un passage au musée de Tours : Apollon révélant sa divinité à la bergère Issé (Tours musée des beaux-arts) de Boucher. Les toiles des deux artistes sont rapprochées à la suite de l’acquisition par le musée Marmottan Monet de : Nymphes s’enlaçant peint par Berthe Morisot. Il est clair qu’il ne s’agit pas d’une copie servile mais plutôt d’un dialogue. Ici, Morisot transpose Boucher dans son univers : lui impose une palette et une facture qui lui sont propres. Elle se place ainsi délibérément dans une filiation artistique qu’elle interprète à l’aune de son siècle et de son tempérament. Son Repos (collection particulière), la Jeune fille endormie de Boucher (Chaalis, musée de l’abbaye royale) ou le Portrait de Mme Perronneau endormie (Paris, collection particulière) illustrent ce propos et clôturent l’exposition.

Le commissariat de l'exposition a été assuré par les historiennes de l’art : Marianne Mathieu et Dominique d’Arnoult, avec la participation de Claire Gooden, attachée de conservation du musée Marmottan Monet.

Berthe Morisot
BERTHE MORISOT
ET L’ART DU XVIIIe SIÈCLE
Catalogue de l'exposition
Coédition musée Marmottan Monet / Éditions Hazan
Format : 22 x 28,5 cm — 208 pages
ISBN : 9782754113335
Sous la direction de Marianne Mathieu, historienne de l’art. Avec les contributions de Dominique d’Arnoult, Docteur en histoire de l’art, Claire Gooden, historienne de l’art et attachée de conservation au musée Marmottan Monet, Marianne Mathieu, historienne de l’art et Lois Olivier, historienne de l’art
MUSÉE MARMOTTAN MONET
Académie des Beaux-Arts
2 rue Louis-Boilly, 75016 Paris

05/11/21

Libres Figurations Années 80 @ Calais - Musée des Beaux-Arts & Cité de la Dentelle et de la Mode

LIBRES FIGURATIONS ANNÉES 80
Musée des Beaux-Arts, Calais
Cité de la Dentelle et de la Mode, Calais
Jusqu'au 2 janvier 2022

Libres Figurations Années 80 - Calais
Libres Figurations Années 80
Affiche de l'exposition

Le Musée des Beaux-Arts et la Cité de la dentelle et de la mode de Calais, en association avec le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture, proposent Libres Figurations années 80, une exposition temporaire dans les vastes espaces des deux musées. Art non académique, le mouvement des Libres Figurations se dévoile à travers plus de 200 œuvres de 50 artistes et groupes d’artistes internationaux ayant marqués ces années emblématiques (1979-1986) par leurs créations effervescentes, vitales, qui ont bousculé les codes de l’art.

Roberto Cabot
Roberto Cabot
Orixá perseguido, 1983
Acrylique sur carton, 80 × 60 cm
Collection de l’artiste
© Roberto Cabot

A Calais, ce nouveau volet de l’exposition produite à Landerneau en 2018 s’enrichit d’œuvres inédites, notamment en matière de mode et de design, tout en rassemblant peintures, sculptures, films, vidéos, affiches, musiques et documents d’archives, de ce courant artistique original et provocant, inspiré de la culture populaire, né dans la rue, dans les clubs, dans les revues autant que dans les ateliers.

Oleg Kotelniko
Oleg Kotelniko 
Boogie-Woogie, 1984
Huile sur bois, 150 × 120 cm
Collection particulière, Paris
© Oleg Kotelnikov

Valery Alakhov
Valery Alakhov
Extraterrestres, 1986
Acrylique, 59,2 × 79,4 cm
Collection Paquita Escofet Miro
© Valery Alakhov

S’y retrouvent les représentants de la Figuration libre en France (Rémi Blanchard, François Boisrond, Robert Combas, Hervé Di Rosa, Richard Di Rosa, Catherine Viollet…), du Graffiti aux États-Unis (Jean-Michel Basquiat, Keith Haring, Kenny Scharf…), de la Neue Wilde Malerei en Allemagne (Elvira Bach, Luciano Castelli, Milan Kunc, Salomé…), des Nouveaux artistes en URSS (Afrika, Valery Alakhov, Timour Novikov, Oleg Kotelnikov…) et des Média peintres (Frères Ripoulin, Musulmans fumants, Roberto Cabot…).

Tout en célébrant les 40 ans du mouvement, Libres Figurations années 80, dont le commissariat est assuré par Pascale Le Thorel, constitue la première exposition mondiale à porter un regard rétrospectif et historique sur la période, en réunissant les stars de tous les continents, et s’inscrit dans la volonté des musées de Calais de programmer des expositions à destination du grand public.

Keith Haring
Keith Haring
Sérigraphie, n°41/90, 1988
104 × 104 cm
Collection Speerstra
Keith Haring artwork © Keith Haring Foundation

Les artistes exposés : Afrika ; Valeri Alakhov ; Groupe Assa ; Elvira Bach ; Jean-Michel Basquiat ; Ben ; Rémi Blanchard ; François Boisrond ; Ketty Brindel ; Roberto Cabot ; Marie-Odile Camdessus ; Luciano Castelli ; Robert Combas ; Crash ; Walter Dahn ; Daze ; Hervé Di Rosa ; Richard Di Rosa ; Dix/10 ; Jiri Georg Dokoupil ; Frères Ripoulin ; Futura 2000 ; Speedy Graphito ; Keith Haring ; Philippe Hortala ; Louis Jammes ; Oleg Kotelnikov ; Kriki ; Andrei Krissanov ; Milan Kunc ; Samantha Mc Ewen ; Mission Totale ; Musulmans fumants ; Timour Novikov ; Ru Xiao-Fan ; Salomé ; Inal Savtchenkov ; Kenny Scharf ; Tseng Kwong Chi ; Igor Veritchev ; Catherine Viollet ; VLP.

Libres Figurations - Années 80
Libres Figurations – Années 80
Catalogue de l'exposition
Relié, 230 × 270 mm, 344 pages
Éditions FHEL (2017) – 45 €
Sous la direction de Michel-Édouard Leclerc
Pascale Le Thorel, commissaire
d’exposition et conseiller éditorial

Musée des Beaux-Arts
25 rue Richelieu, 62100 Calais

Cité de la Dentelle et de la Mode
135 quai du Commerce, 62100 Calais

12/10/21

Anni et Josef Albers @ Musée d'Art Moderne de Paris - L'art et la vie

Anni et Josef Albers
L'art et la vie
MAM - Musée d'Art Moderne de Paris
Jusqu'au 9 janvier 2022

Josef et Anni Albers
Josef et Anni Albers 
dans le jardin de la maison des maîtres 
au Bauhaus, Dessau, vers 1925 
Photographe anonyme 
© The Josef and Anni Albers Foundation 

Le Musée d'Art Moderne de Paris présente une exposition inédite consacrée à Anni et Josef Albers, rassemblant plus de trois cent cinquante oeuvres (peintures, photographies, meubles, oeuvres graphiques et textiles) significatives du développement artistique des deux artistes.

Au-delà de la présentation très complète de leurs créations respectives, il s'agit de la première exposition en France dédiée au couple formé par les deux artistes. C'est en effet ce lien intime et très complice qui leur a permis, tout au long de leur vie, de se soutenir, de se renforcer mutuellement, dans un dialogue permanent et respectueux. Ils ont non seulement produit une œuvre considérée aujourd'hui comme la base du modernisme, mais ont aussi imprégné toute une nouvelle génération d'artistes de leurs valeurs éducatives.

Anni Albers (née Annelise Fleischmann, 1899-1994) et Josef Albers (1888-1976) se rencontrent en 1922 au Bauhaus et se marient trois ans plus tard. Ils partagent d’emblée la conviction que l’art peut profondément transformer notre monde et doit être au cœur de l’existence humaine : 
« Les oeuvres d’art nous apprennent ce qu’est le courage. Nous devons aller là où personne ne s’est aventuré avant nous. » - Anni Albers
Dès le début de leur travail, les deux artistes placent ainsi la fonction de l’art au coeur de leur réflexion. Ils adhèrent non seulement à la revalorisation de l’artisanat et aux atouts de la production industrielle (Bauhaus) pour rendre possible la démocratisation de l’art, mais ils estiment aussi que la création joue un rôle essentiel dans l’éducation de chaque individu. Ils ne cessent de démontrer, en tant qu’artistes mais aussi enseignants, l’impact incommensurable de l’activité artistique sur la réalisation de soi et, plus largement, sur la relation avec les autres. Forts de ces valeurs, ils cherchent à amener leurs élèves vers une plus grande autonomie de réflexion et à une prise de conscience de la subjectivité de la perception. Selon eux, l’enseignement ne se réduit pas à transmettre un savoir théorique déjà écrit mais consiste au contraire à susciter constamment des interrogations nouvelles : d’abord par l’observation sensible du monde – visuel et tactile – qui nous entoure ; puis par la découverte empirique que comporte l’expérimentation créatrice avec les matériaux à portée de main, sans préjuger de leurs valeurs esthétiques. 
« Apprenez à voir et à ressentir la vie, cultivez votre imagination, parce qu’il y a encore des merveilles dans le monde, parce que la vie est un mystère et qu’elle le restera. Mais soyons-en conscients. » - Josef Albers
L’exposition s’ouvre sur deux œuvres emblématiques de chaque artiste, illustrant d’emblée, tel un prologue, les valeurs formelles et spirituelles qui relient le couple. Puis elle suit, de manière chronologique, les différentes étapes de leur vie. Une première section rassemble leurs productions, riches et variées, issues du Bauhaus, de 1920 à 1933. Le départ du couple pour les États Unis en 1933 marque le début de la deuxième section, dédiée aux oeuvres réalisées au Black Mountain College. Puis deux autres temps forts de la visite s’attachent à présenter une sélection pointue de Pictorial Weavings de Anni Albers et de Homages to the Square de Josef Albers. Enfin, la dernière partie de l’exposition est consacrée au travail graphique d'Anni Albers, initié avec Josef Albers dans les années soixante et qu’elle va poursuivre jusqu’à la fin de sa vie.

Une salle, spécifiquement dédiée à leurs rôles respectifs en tant que professeurs, permet aux visiteurs, grâce à d’exceptionnels films d’archives, de se glisser dans la peau des étudiants et de suivre un cours « en direct ». Un grand nombre de documents (photographies, lettres, carnets de notes, cartes postales, etc.), réunis avec l’aide de la Fondation Josef et Anni Albers, permet également de contextualiser le travail des deux artistes.

L'exposition est organisée en étroite collaboration avec The Josef and Anni Albers Foundation à Bethany, Connecticut.

Elle sera également présentée à l'IVAM (Instituto Valenciano de Arte Moderno) à Valencia, Espagne, du 17 février au 20 juin 2022.

Un catalogue est publié aux éditions Paris Musées (272 pages, 45 €).

Commissaire
Julia Garimorth, assistée de Sylvie Moreau-Soteras

Comité scientifique
Nicholas Fox Weber, directeur de la Josef and Anni Albers Foundation, Bethany, Connecticut
Heinz Liesbrock, directeur du Josef Albers Museum Quadrat, Bottrop, Allemagne

A voir également au MAM l'exposition Les Flammes. L'Âge de la céramique 

MUSÉE D’ART MODERNE DE PARIS
11 Avenue du Président Wilson, 75116 Paris

03/10/21

Exposition Lumières du Liban : Art moderne et contemporain de 1950 à aujourd’hui @ Institut du monde arabe, Paris

Lumières du Liban  
Art moderne et contemporain 
de 1950 à aujourd’hui
Institut du monde arabe, Paris  
21 septembre 2021 – 2 janvier 2022

Saliba Douaihy 
Beyrouth, Méditerranée, 1976 
Acrylique sur toile, 205,5 x 205,5 cm 
© Musée de l’Institut du monde arabe 

Ayman Baalbaki 
The End, 2016-2020
Toile libre et néon, 220 x 400 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe


Anas Albraehe 
Dream Catcher, Self-Portrait, 2020 
(Attrapeur de rêve, autoportrait
Huile sur toile, 114 x 146 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe

Lumières du Liban est une exposition d’art moderne et contemporain du Liban transfrontière. Elle retrace en filigrane sept décennies d’histoire de l’art que scandent l’effervescence après l’indépendance du Liban en 1943 et l’après-Deuxième Guerre mondiale, les déchirures de la guerre civile (1975-1990) et de l’exil, le bouillonnement artistique de la mondialisation... , témoignant de la grande créativité de trois générations d’artistes du Liban et de ses diasporas.

L’histoire parfois chaotique du pays ne doit pas occulter son rôle de creuset culturel majeur, toujours bien vivant aujourd’hui : un rôle joué par ce pays depuis l’Antiquité, ainsi qu’en témoignait l’exposition « Liban, l’autre rive » présentée à l’IMA en 1998-1999.

Tout en éclairant l’originalité et l’universalité de ces créations et la place singulière occupée par la scène libanaise des arts plastiques, l’exposition met en valeur les formes, les personnalités et les prises de positions esthétiques les plus remarquables, avec une attention particulière au dialogue ininterrompu entre Beyrouth et Paris.

Plus d’une centaine d’oeuvres réalisées par 55 artistes est révélée pour l’occasion. Elles ont été sélectionnées parmi la collection d’art moderne et contemporain arabe de l’IMA, la plus importante en Occident (avec son fonds de près de 600 oeuvres libanaises) depuis sa fusion avec la donation majeure de Claude et France Lemand en 2018, donation constamment enrichie depuis lors.

Shafic Abbdoud 
Cinéma Christine, 1964
Boîte peinte 
Prêt de Christine Abboud, fille de l’artiste 
Shafic Abbdoud 
Cinéma Christine, 1964
Boîte peinte 
Prêt de Christine Abboud, fille de l’artiste 

L’exposition se déploie dans trois grandes salles d’exposition : le nouvel Espace des donateurs (niveau -2) et les salles d’exposition des niveaux -2 et -1, ainsi que dans la salle Hypostyle (niveau -2), « chemin » entre les deux premières salles, où sont installées des sculptures.

La scénographie est confiée à l’architecte libanais Carl Gerges, qui a mis un point d’honneur à faire réaliser l’intégralité de sa fabrication au Liban, par des Libanais. Le parcours est conçu selon un principe chronologique clair : l’âge d’or de Beyrouth, les années de guerre civile, et les années 2000 de la mondialisation ; il est émaillé de citations et de documents historiques permettant aux visiteurs de recontextualiser la période pendant laquelle les oeuvres exposées ont été créées. Établir un dialogue entre les oeuvres d’une même période permet de souligner combien les préoccupations des artistes, leurs tendances artistiques et leurs thématiques peuvent être riches et multiples.

Cet ordre chronologique a été volontairement inversé, pour mieux traduire la plongée du Liban dans le chaos depuis la désespérance qui s’est abattue sur tous les Libanais aujourd’hui. Cette scénographie invite donc le visiteur à remonter le temps, à partir des oeuvres d’art et des événements les plus récents jusqu’aux années 1950.

Etel Adnan 
Paysage, 2014 
Huile sur toile, 32 x 41 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe 

Bokja :
 Huda Baroudi + Maria Hibri
Arab Fall, 2011
Tenture à décor appliqué, pièces de tissus 
imprimés et brodés sur des jeans découpés
© Musée de l’Institut du monde arabe 

Tagreed Darghouth 
The Tree Within. A Palestinian Olive Tree, 2020
(A l’intérieur d’un arbre : un olivier palestinien)
Acrylique sur toile, 200 x 200 cm
Don de l’artiste, Fonds Claude & France Lemand-IMA
© Musée de l’Institut du monde arabe

LUMIÈRES DU LIBAN : PARCOURS DE L'EXPOSITION

2005-2021 | Le Liban, pays des perpétuelles reconstructions

Le Liban est le pays des perpétuelles reconstructions. Porteurs de blessures et d’espoirs, les artistes de toutes les générations et de tous les exils racontent ce pays aux multiples renaissances, d’un peuple si proche de nous.

Depuis les années 2000, les artistes de la région ont atteint une notoriété mondiale. Beyrouth s’est doté d’une pléthore de nouvelles et dynamiques institutions culturelles. Pourtant, la guerre n’est jamais loin : depuis 2006 entre le Hezbollah et Israël, et depuis 2013 avec l’afflux massif de réfugiés syriens fuyant la guerre civile dans leur pays. De plus, une politique de spéculation et d’endettement a abouti à la banqueroute. Lors de la « révolution d’Octobre » 2019, les Libanais manifestent tous ensemble pour crier leur révolte contre les dirigeants. Le 4 août 2020, une explosion cataclysmique dévaste la ville de Beyrouth, causée par un entrepôt portuaire de nitrate d’ammonium. Un an plus tard, le pays traverse une crise économique sans précédent.

Talentueuse et combative, la scène artistique témoigne de ces réalités violentes et transcendent chaque histoire singulière, pour offrir un message universel, avec un saisissant renouveau de la peinture et de toutes les autres techniques artistiques, anciennes et nouvelles.

Mona Saudi
Géométrie de l'esprit 
Don du Royaume de Jordanie à l’IMA, 1987
© Musée de l’Institut du monde arabe 

Adonis 
Ibn Al-Mu’taz, 2000
Poème manuscrit et collage sur papier, 22 x 28 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe

Etel Adnam
Le Retour de Lilit, 2004
Leporello, encre de Chine et aquarelle 
sur cahier japonais, 33 x 567 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe 

1975-2005 | Les années de plomb

En 1975, la guerre civile, ponctuée d’interventions étrangères, dévaste Beyrouth et paralyse la vie du pays. Le Liban se transforme en poudrière durant quinze ans. Dans la ville meurtrie, les acteurs culturels s’adaptent à la situation au royaume de la débrouille. Face au vide laissé par les autorités, ils emploient des stratégies telles que la collecte d’archives, l’archéologie et le recueil de témoignages, pour soutenir des actions socialement engagées. Une pratique consiste à organiser des expositions itinérantes. En 1989, l’exposition « Liban : Le regard des peintres » a lieu au Barbican Centre à Londres puis à l’Institut du monde arabe à Paris. C’est la première manifestation de grande ampleur consacrée à la production artistique libanaise à l’étranger.

En 1990, lorsque les combats s’interrompent, tout est à refaire. La plupart des espaces culturels n’existent plus, nombre d’artistes ont émigré, certains sont morts. Une nouvelle génération d’acteurs culturels émerge. En 1992 ont lieu les premières élections législatives depuis 1972 : Rafiq Hariri est désigné Premier ministre. Le pays se reconstruit laborieusement. En 2005, son assassinat déclenche la « Révolution du Cèdre » contre les Syriens, dont l’armée occupait encore une partie du Liban : ils se retirent enfin. Une renaissance de la scène artistique s’amorce au Liban comme à l’international.

Paul Guiragossian,
Groupe familial, 1968
Huile sur toile, 98,5 x 100 cm
Donation Claude & France Lemand.
© Musée de l’Institut du monde arabe

1943-1975 | L’âge d’or

Bien que le terme « âge d’or » soit un lieu commun pour qualifier cette période de troubles continuels, force est de constater la vitalité de Beyrouth entre l’indépendance du Liban (1943) et le début de la guerre civile (1975). Au coeur d’une zone de turbulences pendant la Guerre froide, c’est un creuset multiconfessionnel et interculturel unique dans cette région du monde, un lieu de rencontres accueillant artistes et intellectuels venus des pays voisins où sévissent occupations, guerres et oppressions. Le Liban a toujours accueilli les Arméniens échappés du génocide, les Palestiniens après 1948, les Syriens, les Irakiens et tous ceux qui recherchaient la liberté.

Avec l’éclosion de l’industrie touristique, ce jeune pays étoffe son offre culturelle, dont la vitrine la plus prestigieuse est le Festival international de Baalbeck. Célébrités et grands noms de l’art y séjournent tandis que les artistes d’origine libanaise ou établis au Liban, à Paris ou ailleurs, participent activement à l’essor d’une brillante école moderne. L’âge d’or de Beyrouth doit beaucoup à ces riches dialogues entre Orient et Occident. C’est la capitale de la liberté et de la modernité, là où il fallait vivre, exposer, publier.

Cas remarquable, artistes, galeristes, critiques, intellectuelles, pionnières, les femmes imposent leurs voix puissantes et libres. Ce petit pays qui a donné naissance à une école artistique diversifiée, multiple et internationale, continue de parler au reste du monde : « As-tu une réponse, Horizon, et que lis-tu ? Je lis ce qui s’écrit maintenant et ce qui se peint dans la lumière de Beyrouth », écrit aujourd’hui son penseur, le poète et plasticien Adonis.

Khaled Takreti
 
Baluchons 3, 2017 
Acrylique sur toile, 146 x 114 cm 
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe 

Abdul Rahman Katatani 
Autoportrait et ombre, 2020
Plaques de métal et de bois, 180 x 200 x 60 cm
Donation Claude & France Lemand 
© Musée de l’Institut du monde arabe 

LE LIBAN DANS LA DONATION 
CLAUDE ET FRANCE LEMAND 

La donation Claude & France Lemand au musée de l’IMA est conclue en 2018. Grâce à elle, au sein du musée, les oeuvres des XXe et XXIe siècles passent de 600 à 1900 (sur un fonds total de 2800), avec des oeuvres plus diversifiées dans leurs supports, leurs techniques, et représentant davantage d’artistes.

Cette donation initiale comprend 1300 oeuvres de 94 artistes dont, pour le seul Liban, des oeuvres de Farid Aouad (1923-1982), Etel Adnan (1925), Shafic Abboud (1926-2004), Elie Kanaan (1926-2009), Paul Guiragossian (1926-1993), Adonis (1930), Amin El-Bacha (1932-2019), Nadia Saïkali (1936), Hussein Madi (1938), Assadour (1943), Ali Chams (1943-2018), Chaouki Choukini (1946), Mohammad El-Rawas (1951), Fatima El-Hajj (1953), François Sargologo (1955), Elsa Ghossoub, Khaled Takreti (1964), Marwan Sahmarani (1970), Zeina Assi (1974) et Ayman Baalbaki (1975).

Cette donation est assortie du « Fonds Claude & France Lemand-IMA », dont le but est de poursuivre les acquisitions, organiser des expositions, étudier les oeuvres, publier des catalogues, enseigner et diffuser, faisant de la donation tout le contraire d’une « collection morte ».

Ainsi, aux 1300 oeuvres de la donation initiale, Claude et France Lemand en avaient déjà ajouté 200 fin 2019. En janvier-février 2020, 32 nouvelles oeuvres viennent enrichir la collection, en prévision de l’exposition « Mémoires partagées. Photos et vidéos de la Donation Lemand », les donateurs ayant pris l’habitude d’enrichir les collections à chaque nouvelle exposition du musée.

De la même manière, Claude et France Lemand acquièrent, à l’occasion de « Lumières du Liban », des oeuvres de 32 nouveaux artistes : Moazzaz Rawda (1906-1986), Michel Basbous (1921-1981), Laure Ghorayeb (1931), Simone Fattal (1942), Jamil Molaeb (1948), Missak Terzian (1949), François Sargologo (1955), Hanibal Srouji (1957), Hady Sy (1964), Zad Moultaka (1967), Serwan Baran (1968), Anachar Basbous (1969), Hala Matta (1970), Hiba Kalache (1972), Zena Assi (1974), Mazen Kerbage (1975), Ayman Baalbaki (1975), Joseph ElHourany (1976), Tagreed Darghouth (1979), Abdul Rahman Katanani (1983), Abed AlKadiri (1984), Tarek ElKassouf (1985), Sara Chaar (1986), Sara Abou Mrad (1988), Ieva Saudargaité Douaihi (1988), Philippe Audi-Dor (1989), Hala Ezzeddine (1989), Anas AlBraehe (1991), Layal Nakhlé (1992), Nader Bahsoun (1995), Marc Guiragossian (1995), Elias Nafaa (1997).

La collection du musée de l’IMA compte à ce jour 62 artistes du Liban et 611 oeuvres : peintures, dessins, sculptures et objets, livres d’artiste, photographies et vidéos, lithographies et gravures, textiles, céramiques et installations.

Ieva Saudargaité Douaihi
Le Dernier Temps, 2020
Photographie sur mousseline, 135 x 195 cm 
Donation Claude et France Lemand 2021 
© Musée de l’Institut du monde arabe

Laure Ghorayeb
La Maternité, 2017
Encre de Chine sur toile, 150 x 100 
Don de l’artiste, Fonds Claude et France Lemand-IMA 2021
© Musée de l’Institut du monde arabe

Zena Assi
Tenir à un fil, 2012
Technique mixte sur toile, 190 x 280 cm . 
Donation Claude et France Lemand 2018 
© Musée de l’Institut du monde arabe

LUMIÈRES DU LIBAN : LES ARTISTES EXPOSÉS 

Shafic ABBOUD Liban, 1926-2004 | Sara ABOU MRAD Liban, née en 1988 | Etel ADNAN Liban, née en 1925 | ADONIS Syrie, né en 1930 | Maliheh AFNAN Palestine, 1935-2016 | Anas ALBRAEHE Syrie, né en 1991 |Abed ALKADIRI Liban, né en 1984 | ASSADOUR Liban, né en 1943 | Zena ASSI Liban, née en 1974 | BOKJA (Huda Baroudi + Maria Hibri, Liban) | Philippe AUDI-DOR Liban, né en 1989 | Ayman BAALBAKI Liban, né en 1975 | Nader BAHSOUN Liban, né en 1995 | Serwan BARAN Iraq, né en 1968 | Michel BASBOUS Liban, 1921-1981 | Anachar BASBOUS Liban, né en 1969 | Doris BITAR Iraq, née en 1959 | Sara CHAAR États-Unis, née en 1986 | Chaouki CHOUKINI Liban, né en 1946 | Tagreed DARGHOUTH Liban, née en 1979 | Ieva Saudargaité DOUAIHI Lituanie, née en 1988 | Saliba DOUAIHY Liban, 1910-1994 | Amin EL-BACHA Liban, 1932-2019 | Fatima EL-HAJJ Liban, née en 1953 | Mohammad EL-RAWAS | Liban, né en 1951 | Joseph ELHOURANY Liban, né en 1976 | Tarek ELKASSOUF Liban, né en 1985 | Hala EZZEDDINE Liban, née en 1989 | Simone FATTAL Syrie, née en 1942 | Laure GHORAYEB Liban,née en 1931 | Elsa GHOSSOUB Liban | Paul GUIRAGOSSIAN Palestine, 1926-1993 | Marc GUIRAGOSSIAN Liban, né en 1995 | Hiba KALACHE Liban, née en 1972 | Yazan HALWANI Liban, né en 1993 | Abdul Rahman KATANANI Palestine, né en 1983 | Mazen KERBAJ Liban, né en 1975 | Hussein MADI Liban, né en 1938 | Hala MATTA Liban, née en 1970 | Jamil MOLAEB Liban, né en 1948 | Zad MOULTAKA Liban, 1967 | Elias NAFAA Liban, né en 1997 | Layal NAKHLE Côte d’Ivoire, née en 1992 | Moazzaz RAWDA Iraq, 1906-1986 | Marwan SAHMARANI Liban, né en 1970 | Nadia SAÏKALI Liban, née en 1936 | François SARGOLOGO Liban, né en 1955 | Mona SAUDI Jordanie, née en 1945 | Mouna SEHNAOUI Égypte, née en 1945 | Hanibal SROUJI Liban, né en 1957 | Hady SY Liban, né en 1964 | Khaled TAKRETI Liban, né en 1964 | Missak TERZIAN Liban, né en 1949 | Jean-Pierre WATCHI Mali, né en 1952.

Commissariat : 
Nathalie Bondil, directrice du département du musée et des expositions de l’IMA 
Eric Delpont, conservateur du musée de l’IMA 
Claude Lemand, collectionneur et donateur au musée de l’IMA 

INSTITUT DU MONDE ARABE - IMA - PARIS 
1, rue des Fossés-Saint-Bernard
Place Mohammed V, 75005 Paris