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07/10/25

Wolfgang Laib @ Kunsthaus Zürich - Exposition "Toucher l'essentiel" - Oeuvres de Wolfgang Laib et de la collection du musée

Wolfgang Laib. Toucher l’essentiel 
Kunsthaus Zürich 
3 octobre 2025 - . . .

Wolfgang Laib - Installation au MoMa
Wolfgang Laib en train de tamiser du pollen de
noisetier, 2013
Installation au Museum of Modern Art, New York
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib
 
La montagne inaccessible, 2017
Pollen du noisetier, 600 x 700 cm
Installation au MASI, Lugano
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Installation Pollen de noisetier
Wolfgang Laib 
Pollen du noisetier, 1992
Pollen du noisetier, 400 x 500 cm
Installation au MOCA - The Museum of Contemporary Art, 
Los Angeles
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Maison de Riz
Wolfgang Laib 
Reishaus (Maison de riz), 1993/1994
Marbre blanc, riz, 32 × 40 × 125 cm
Collection Cristina et Thomas Bechtler
© Wolfgang Laib

Le Kunsthaus Zürich présente actuellement, dans le cadre de la série «ReCollect!», une exposition organisée en collaboration avec l’artiste allemand Wolfgang Laib (*1950 Metzingen). Elle associe les créations de Wolfgang Laib et une sélection d’oeuvres issues de la collection du Kunsthaus Zürich. Wolfgang Laib, qui compte parmi les artistes majeurs de notre époque, a exposé dans nombre de musées, lieux d’exposition et bâtiments historiques prestigieux d’Europe, des États-Unis et d’Asie.

Depuis la fin des années 1970, Wolfgang Laib développe un langage artistique bien à lui. A partir de matériaux naturels tels que le pollen, la cire, le lait ou la pierre, il crée des oeuvres avec lesquelles il «révèle, par des gestes sculpturaux infimes, des espaces intérieurs infiniment vastes» soulignait Harald Szeemann.

Sur le plan du contenu, son art s’est développé sur fond de diverses traditions littéraires, philosophiques et spirituelles, surtout d’Europe et d’Asie. Sur le plan formel, Wolfgang Laib recourt à une esthétique claire et dépouillée, étroitement liée au développement de l’art moderne, principalement en Europe et aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Wolfgang Laib a souvent exposé ses oeuvres dans d’importants édifices religieux d’Italie, où elles ont rencontré de l’architecture et des oeuvres d’art allant du 6e siècle à la Renaissance. Dans le cadre de «ReCollect!», ce type de rencontres «transhistoriques» se produit maintenant dans un contexte muséal: les oeuvres de Wolfgang Laib côtoient des chefs-d’oeuvre de la collection, du Moyen Âge au 20e siècle. Ces confrontations permettent de poser un regard neuf sur les deux volets de l’exposition: l’art de Laib et la collection du Kunsthaus.

Wolfgang Laib - Installation
Wolfgang Laib
Pierre de lait, 1987–1989
Marbre blanc, lait, 2 × 122 × 130 cm
Atelier de l’artiste, sud de l’Allemagne
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Zikkurat, 2000
Cire d’abeille, structure en bois, 460 × 150 × 130 cm
Installation au Toyota Municipal Museum of Art,
Toyota City, Japon 
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, sans date
Granite noir indien, huile de tournesol, suie
Atelier de l’artiste, sud de l’Inde
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Tombe près de Badami, sud de l’Inde, 2001
Gélatine argentique sur papier baryté, 40,6 × 30,4 cm
Collection privée 
© Wolfgang Laib

AVEC WOLFGANG LAIB DANS LA COLLECTION DU KUNSTHAUS ZÜRICH

L’exposition se tient au premier étage du bâtiment Müller, un espace qui sera systématiquement utilisé dans les années à venir pour créer des dialogues entre la collection et l’art contemporain. Wolfgang Laib connaît la collection du Kunsthaus depuis son enfance – ce lieu l’a marqué tout autant que le Musée Rietberg, qu’il a également souvent visité. Conformément au concept de «ReCollect!», Wolfgang Laib est à la fois artiste et commissaire. Il a préparé l’exposition en dialogue avec Philippe Büttner, conservateur senior de la collection, qui dès 2005 avait organisé une grande rétrospective consacrée à Wolfgang Laib à la Fondation Beyeler.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib 
Blütenstaub von Haselnuss, 2020–2023 
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib  
Schiffe, 2012
with Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1914/1922
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Works Wolfgang Laib: © Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib
  
Für einen anderen Körper, 1988/2025
Beeswax, wood construction
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

OEUVRES DE L’EXPOSITION

L’exposition présente une cinquantaine d’oeuvres centrales de Wolfgang Laib. Y figurent des oeuvres de presque tous les ensembles majeurs de son travail, notamment une grande oeuvre de pollen, un «Brahmanda» (grande sculpture ovoïde en pierre), une pierre de lait, une ziggourat (tour pyramidale à étages), une chambre de cire dans laquelle on peut entrer, des maisons de riz, un escalier en laque ainsi que d’autres sculptures, dessins et photographies.

Elles sont complétées par quelque 30 oeuvres de la collection du Kunsthaus Zürich datant du 14e au 20e siècle. Laib a procédé lui-même à leur sélection, et fait dialoguer ses travaux avec des oeuvres importantes de l’histoire de l’art. Parmi les oeuvres sélectionnées figurent des peintures de Fra Angelico (entourage), Matteo di Giovanni, Philippe de Champaigne, Heinrich Freudweiler, Ludwig Hess, Claude Monet, Ferdinand Hodler ainsi que des travaux d’Alberto Giacometti, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Wassily Kandinsky, Verena Loewensberg, Piet Mondrian, Barnett Newman, Mark Rothko, Robert Ryman, Sophie Taeuber-Arp et Lee Ufan.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Touching the Essential. Wolfgang Laib and 
the Collection of the Kunsthaus Zürich
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky 
Schwarzer Fleck, 1921 
Huile sur toile, 138 x 120 cm
Kunsthaus Zürich, 1947

Claude Monet - Meule au soleil
Claude Monet 
Meule au soleil, 1891
Huile sur toile, 60 x 100 cm
Kunsthaus Zürich, Acquisition du legs Otto Meister 
grâce à une contribution du Crédit Suisse, 1969

Jina Rishabha
Artiste inconnu, Jina Rishabha
Inde, Rajasthan, Chandravati, XIe/XIIe siècle
Marbre, dimensions totales: 161 × 57 × 25 cm
Musée Rietberg, collection Eduard von der Heydt
Photo: Rainer Wolfsberger, Musée Rietberg

Par ailleurs, l’exposition présente certaines oeuvres d’art asiatique qui ont également influencé le travail de Laib. Elles proviennent surtout d’Inde. On notera en particulier un important prêt du Musée Rietberg: une statue en marbre issue de la tradition jaïne indienne, dont la philosophie de non-violence a profondément marqué Wolfgang Laib. Elle représente Jina Rishabha, le premier des 24 grands maîtres du jaïnisme, et provient à l’origine d’un contexte architectural religieux et rituel.

WOLFGANG LAIB : UNE RELATION DE LONGUE DATE AVEC LE KUNSTHAUS ZÜRICH

La relation personnelle qu’entretient Laib avec le Kunsthaus Zürich est un élément central de l’exposition – tout comme celle qui le lie au Musée Rietberg. Ces deux institutions ont joué un grand rôle dans son évolution. Le Kunsthaus lui offre donc un cadre idéal pour nouer un dialogue vivant entre ses oeuvres et celles d’autres époques.

C’est aussi au Kunsthaus Zürich qu’a exercé, à partir de 1981, Harald Szeemann (1933-2005), conservateur de renom et compagnon de route de Wolfgang Laib. Harald Szeemann a apporté un soutien décisif à Wolfgang Laib et à son oeuvre. Dans un rapport annuel de la Zürcher Kunstgesellschaft, il écrivait à propos de l’artiste: « Wolfgang Laib n’est pas un Européen aux influences indo-tibétaines qui utilise le contexte de l’art; c’est plutôt un artiste résolument contemporain qui, par de minuscules gestes sculpturaux, révèle des espaces intérieurs immensément vastes. […] Ses oeuvres sont d’une beauté absolue et sans détour qui permet de respirer autrement. »

A l’intérieur du musée, les oeuvres de Wolfgang Laib dégagent une force spirituelle tranquille. Dans leur dépouillement radical, elles nouent un dialogue passionnant avec la collection – non pour la concurrencer, mais pour la compléter de leur présence intemporelle.

Un catalogue en allemand, reproduisant l’intégralité des oeuvres, paraît à l’occasion de l’exposition. Avec des contributions de Wolfgang Laib, Philippe Büttner, Johannes Beltz (directeur adjoint du Musée Rietberg), Mami Kataoka (directrice du Mori Art Museum de Tokyo) et la réimpression d’un texte de Harald Szeemann sur une oeuvre de Wolfgang Laib acquise en 1991 par le Kunsthaus Zurich.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

24/03/25

Exposition de Katharina Grosse @ Staatsgalerie, Stuttgart – The Sprayed Dear

Katharina Grosse – The Sprayed Dear
Staatsgalerie, Stuttgart
11 avril 2025 – 11 janvier 2026

Katharina Grosse - Photographie
Portrait de Katharina Grosse
Photographie © Franz Grünewald

La Staatsgalerie de Stuttgart présente l'exposition « Katharina Grosse – The Sprayed Dear » dans le « Kunstgebäude ». Trois oeuvres créées spécialement pour l'occasion seront exposées aux côtés de travaux plastiques inédits de ses débuts dans le bâtiment à coupole orné du cerf doré. Par son titre, l'artiste fait référence à l'emblème de ce lieu d'exposition exceptionnel et joue avec le mot anglais « deer », qui signifie cerf - et le terme « dear », qui a la même consonance en anglais et désigne quelque chose d'aimé.

Katharina Grosse est l'une des artistes les plus importantes de notre époque. Elle vit et travaille à Berlin et en Nouvelle-Zélande. Depuis plus de trois décennies, elle crée des oeuvres monumentales grâce à sa technique de spray. Pour la grande exposition régionale du Bade-Wurtemberg 2025, cette Fribourgeoise d'origine s'est intéressée de près à l'architecture de l'emblématique bâtiment central de la « Schlossplatz » et le transforme en une expérience spatiale haute en couleur. Les surfaces de ses oeuvres d'art se fondent, en apparence ou en réalité, avec les lieux où elles sont présentées. C'est le cas de l'impressionnante salle en forme de coupole de 26 mètres de haut du bâtiment des arts, dans laquelle la sculpture en aluminium « The Sprayed Dear », récemment produite, constitue le point d'orgue de l'exposition. Les visiteurs sont invités à explorer cette oeuvre praticable avec tous leurs sens. Le déplacement à travers cet espace coloré ouvre au public des expériences visuelles toujours nouvelles.

Depuis plus de 30 ans, Katharina Grosse, née en 1961 à Fribourg-en Brisgau, explore les possibilités spatiales et matérielles de la peinture, dépassant ainsi les frontières traditionnelles des genres. Il en résulte des « espaces de possibilités », comme c'est le cas avec les trois oeuvres d'art produites pour l'exposition : « The Sprayed Dear », qui occupe tout l'espace, et une sculpture en polystyrène blanc surdimensionnée intitulée « Ghost », qui témoigne de l'intérêt de l'artiste pour l'interaction entre la forme et la surface, tandis que la sculpture « Untitled » attire le regard sur les qualités tridimensionnelles de ses travaux sur toile.

Jusqu'à présent, peu d'attention a été accordée aux travaux plastiques de Katharina Grosse. C'est pourquoi la Staatsgalerie de Stuttgart, en collaboration avec son studio, présente pour la première fois des expériences de matériaux datant de ses années d'études à l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf et offre ainsi un aperçu complet de l'oeuvre variée de Katharina Grosse. Ainsi, l'éventail inépuisable de son art peut être vécu de manière impressionnante à Stuttgart.

Conservateur : Hendrik Bündge
Assistante du conservateur : Dr. Linda Marie Kirschey

Un catalogue complet avec des illustrations de toutes les oeuvres exposées sera publié à l'occasion de l'exposition. Afin de documenter les impressionnantes vues d'installation dans le Kunstgebäude, celui-ci paraîtra après l'ouverture de l'exposition en mai 2025 et conclura une triologie de catalogues de l'artiste (Centre Pompidou Metz, Kunstmuseum Bonn, Staatsgalerie Stuttgart). Éditeur : Staatsgalerie Stuttgart, Hendrik Bündge. Avec des contributions de Hendrik Bündge, Robin Detje, Emily LaBarge ainsi qu'un entretien entre Dan Lie et Katharina Grosse.  Sandstein Verlag, environ 350 pages.

STAATSGALERIE STUTTGART
Konrad-Adenauer Strasse 30 - 32, 70173 Stuttgart

23/11/10

Exposition Felix Nussbaum, MAHJ, Paris. Une rétrospective d’un peintre trop méconnu en France

Felix Nussbaum Osnabrück, 1904 - Auschwitz, 1944 
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, Paris
Jusqu'au 23 janvier 2011


Affiche de l'exposition Felix Nussbaum

Qui est FELIX NUSSBAUM ? Son œuvre a été redécouverte tardivement. On le connaît mal en France. Sa peinture n’y a jamais été montrée, sinon dans l’exposition  Face à l’histoire, au Centre Pompidou (1996). Le MAHJ présente jusqu’au 23 janvier 2011 la première rétrospective de son œuvre hors de l’Allemagne et des Etats-Unis. A travers 40 peintures et 19 dessins, elle rassemble les œuvres les plus importantes et les plus spectaculaires de l’artiste ; la plupart d’entre elles sont conservées dans la Felix-Nussbaum-Haus, musée que lui a consacré Osnabrück – Basse-Saxe –, sa ville natale, accomplissant ainsi sa volonté :
« Si je meurs, ne laissez pas mes peintures me suivre, mais montrez-les aux hommes »
Il est un peintre moderne allemand, formé au temps de la Nouvelle Objectivité et au contact des avant-gardes européennes des premières décennies du XXe siècle, notamment la  pittura metafisica italienne, le surréalisme international, références qui l’unissent à quelques uns de ses contemporains : Max Beckmann, Otto Dix, ou John Heartfield. Mais avant tout, il incarne de façon saisissante le parcours d’un artiste que sa condition de juif persécuté ne laissera jamais en repos. Ce bourgeois juif allemand, d’une famille honorable, au talent soutenu par son père et reconnu par ses pairs, espoir de la jeune peinture, se retrouve, un jour de 1933, mis au banc de l’académie, jeté sur les routes, sans retour. De critique de la bourgeoisie et de l’ordre établi, il devient le guetteur inquiet de la menace qui rôde. Il la rencontre désormais sous les traits de la révocation, de l’exil, de la guerre, de l’internement, et de la clandestinité : les nouvelles dramatiques forment les étapes d’un processus dont  l’issue ne fait pas de doute.

FELIX NUSSBAUM - BIOGRAPHIE
Né en 1904, Felix Nussbaum  étudie aux beaux-arts à Hambourg et à Berlin ; lauréat de l’Académie allemande à Rome, il est pensionnaire à la Villa Massimo en 1932. L’arrivée d’Hitler au pouvoir le précipitera sur le chemin d’un exil qui, après l’Italie, la Suisse et la France, le conduit à Ostende en Belgique. Arrêté après la défaite de la Belgique, le 10 mai 1940, en tant que ressortissant du Reich, il est déporté au camp de Saint-Cyprien dans le sud de la France. Evadé, fugitif il retourne à Bruxelles où il demeure caché, avec son épouse Felka Platek, une artiste juive polonaise. Il est finalement déporté avec elle, le 31 juillet 1944, à Auschwitz et assassiné. 
Son œuvre témoigne des influences qu’il revendique : le Douanier Rousseau, Van Gogh, Beckmann, Ensor, Chirico ; son goût pour l’autoportrait d’une part, et ses allégories de la Mort d’autre part, le rattachent aux maîtres anciens flamands et allemands. L’exil et le danger le plongeront dans une peinture existentialiste sur la condition du juif pourchassé auquel il donnera une expression fascinante.
Portraits et surtout autoportraits  scandent  l’œuvre  de l’artiste, évoquant ses interrogations, en tant qu’homme, fils, artiste, amant et proscrit ; Nussbaum use de symboles qui questionnent le pouvoir de l’art, et le rôle des modèles et des réalités auxquels il s’attache.  Sa peinture forme à la fois une traversée de  l’histoire de l’art, une trame narrative et autobiographique qui atteste d’un esprit d’une grande complexité et une fresque métaphysique d’une inquiétante étrangeté, qui décrit un monde conduit à sa destruction par la main de l’homme.
A travers cet événement, le MAHJ poursuit une série d’expositions consacrées à des artistes persécutés et assassinés lors de la Shoah, Friedl Dicker-Brandeis, Bruno Schulz, Charlotte Salomon, ou à des artistes rescapés et marqués à jamais par cette expérience, Isaac Celnikier ou Serge Lask.
Dans le cadre de cette exposition, une série de manifestations sont organisées : conférence, journée d’étude, témoignages filmés.

CATALOGUE de l'exposition publié en coédition par le MAHJ et Skira-Flammarion. Avec une introduction de Laurence Sigal, directrice du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, un texte de Inge Jaehner, directrice de la Felix-Nussbaum-Haus, « Pour une histoire de la collection », ainsi qu'un texte de Philippe Dagen, historien de l'art, Université de Paris I, conseiller scientifique de l'exposition : « L’art philosophique de Felix Nussbaum »
192 pages, format 24 x 26 cm, 30 EUR

L'exposition a été organisée avec la participation exceptionnelle de la Felix-Nussbaum-Haus d’Osnabrück. Elle a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de la Fondation Pro-MAHJ, de la Fondation du Judaïsme Français, de la direction régionale des Affaires culturelles d’Ile-de-France et de donateurs privés.
Commissaires de l'exposition : Nathalie Hazan-Brunet, Laurence Sigal, assistées de Virginie Michel
Conseiller scientifique : Philippe Dagen, professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

MUSEE D'ART ET D'HISTOIRE DU JUDAISME Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris
www.mahj.org 
22-09-2010 - 23-01-2011

04/12/05

Exposition Wolfgang Laib, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle - "L’éphémère, c’est l’éternité"

Wolfgang Laib 
L’éphémère, c’est l’éternité 
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle 
27 novembre 2005 – 26 février 2006 

Né en 1950 à Metzingen en Allemagne, Wolfgang Laib est à ce jour le plus jeune artiste auquel la Fondation Beyeler ait consacré une exposition particulière. Celle-ci est née en étroite collaboration avec l’artiste. Par sa sobriété, l’espace de la Fondation Beyeler, conçu par Renzo Piano, permet une approche particulièrement intense de l’œuvre de Laib.

La création tout à fait singulière de cet artiste, qui repose sur l’emploi de matériaux naturels, fait de Laib une des personnalités marquantes de l’art de ces trente dernières années. Après les expositions que lui ont consacrées plusieurs galeries et musées suisses (dont, en 1990, le Kunstmuseum de Lucerne et plus récemment, en 2003/04, la Galerie Caratsch de Pury & Luxembourg de Zurich), la Fondation Beyeler est le premier établissement suisse à présenter une rétrospective, prenant ainsi en compte tous les aspects de son œuvre. Wolfgang Laib, qui travaille notamment avec du pollen, du lait, du riz et de la cire, se concentre sur un petit nombre de séries dont il poursuit le développement sous forme de cycles. Présentées dans cette exposition, elles révèlent pleinement les dimensions inhabituelles que les installations de cet artiste confèrent à l’espace d’exposition moderne. Ces dimensions sont indissociables de la profonde spiritualité de Laib et de la fusion entre éléments orientaux et occidentaux qui caractérise son œuvre. Médecin de formation, Laib est tout aussi marqué, en tant qu’artiste et en tant qu’homme, par les rites, les formes et la sagesse orientaux que par la mystique d’un saint François d’Assise ou par des artistes modernes comme Mondrian, Malevitch, Brancusi ou Joseph Beuys.

On découvrira dans cette exposition vingt œuvres spatiales ainsi qu’une trentaine de dessins et de photographies, dont certains travaux qui n’ont encore jamais été présentés en Suisse. Chronologiquement, l’exposition s’ouvre sur l’un des deux Brahmandas (Œufs-mondes) en pierre massive, que l’artiste a réalisés au début des années 1970 et qui marquent le commencement de sa carrière artistique. Suivent les Pierres de lait (Milchsteine), premières pièces de musée de Laib, qui voient le jour à partir de 1975 et qu’il continue de décliner aujourd’hui. Les Pierres de lait sont des objets d’une grande sobriété, installés à même le sol. Sur leur partie supérieure, les blocs de marbre rectangulaires présentent une légère déclivité, quotidiennement remplie de lait. Le marbre blanc et le lait se fondent ainsi en une unité indissociable de solidité et de fluidité. Suivent les célèbres Champs de pollen, dont on a déjà pu découvrir certains lors d’expositions temporaires de la Fondation Beyeler (La Magie des arbres, 1998 et Le Mythe de la fleur, 2005). Ils sont constitués de poudre de pollen éclatante, répandue sur le sol du musée où elle dessine des rectangles d’une luminosité magique. L’artiste le recueille lui-même dans les prairies et les forêts de pins de sa Haute Souabe natale. La mise en place du pollen, conservé dans des récipients de verre, fait l’objet d’un processus méticuleusement défini. Sur les photographies publiées dans des catalogues ou des articles de journaux et qui conservent la trace de ce processus, l’artiste apparaît comme un Jackson Pollock méditatif, éparpillant une abstraction spirituelle de pure nature dans le White Cube profane, l’espace d’exposition classique de l’art moderne.

Dans des œuvres comme les Pierres de lait ou les Champs de pollen qui invitent à une contemplation paisible, l’artiste enrichit la salle de musée d’une nouvelle dimension de perception. Il faut attendre les séries ultérieures pour le voir commencer à s’évader du calme statique de l’œuvre et envahir l’espace. C’est le cas, par exemple, des Repas de riz (Reismahlzeiten) – assiettes de laiton remplies de riz, disposées longitudinalement, – ou des petites Cinq montagnes que l’on ne peut escalader (Die fünf unbesteigbaren Berge), réalisées à partir de tas de pollen. Ici, l’œuvre nous invite à la longer et à mesurer à son rythme l’espace dans lequel elle est présentée. Cette tendance à une dynamique spatiale s’accentue considérablement dès que l’artiste se lance dans des travaux de plus grandes dimensions, qui partent également, et de façon croissante, à la conquête de la verticalité. On peut citer, à partir de 1995, les tours qui se dressent sous forme d’escaliers des Ziggourats (Zikkurats) et les Bateaux de cire (Wachsschiffe), qui parcourent l’espace sur de hauts châssis de bois. Les Ziggourats citent des formes d’architecture religieuse orientale, qu’elles traduisent dans un langage que l’on peut appréhender dans l’espace du musée : tandis que notre regard suit la topographie des tours, l’espace du musée se transforme sous nos yeux en lieu d’ascension métaphorique, dont la nature n’est pas exclusivement esthétique. Cette idée de mouvement est encore plus perceptible dans les Bateaux de cire, dont certains, sur leurs châssis de bois, conduisent déjà d’une salle à l’autre. Ici, Wolfgang Laib nous présente le White Cube du musée comme un lieu dont les frontières ne sont pas infranchissables. Jadis récipient d’un statisme artificiellement animé, il devient lieu de départ d’un voyage mythique. À la Fondation, les Bateaux de cire trouvent un lieu d’exposition spectaculaire au Foyer du musée, où ils rencontrent une œuvre monumentale de l’UBS Art Collection, exposée simultanément au musée, mais dans un autre espace.

L’exposition permet à découvrir également des exemples majeurs d’œuvres se présentant elle-mêmes comme espaces, un sommet de la création de Laib. Citons d’abord les Chambres de cire (Wachsräume) créés dès la fin des années 1980, dont on peut découvrir ici un exemplaire. Ne se contentant plus de l’espace (de musée) existant, Laib façonne lui-même des espaces oblongs revêtus de cire mais vides par ailleurs, auxquels la présence du spectateur apporte un complément idéal : l’œuvre elle-même se transforme en lieu. La même observation s’applique à un nouveau travail, la Chambre de laque (Lackraum), fait de laque noire et cinabre tirée de résine de thitsi originaire de Birmanie (Myanmar). Mais si les Chambres de cire et la Chambre de laque transportables sont conçus comme un espace dans l’espace, un dernier pas est franchi comprenant de tels espaces qui sont directement intégrés dans la nature : l’art de Laib s’y émancipe entièrement du White Cube. Il n’existe que deux de ces Chambres de cire, dont l’un a récemment vu le jour sur un terrain appartenant à l’artiste. Il n’est pas accessible au public et figure pour la première fois sous forme de photographie dans le catalogue de l’exposition de la Fondation Beyeler.

On peut également découvrir d’importants travaux du cycle des Maisons de riz (Reishäuser) en forme de coffres, un escalier de laque recouvert de laque birmane et une œuvre murale faite d’éléments de cire triangulaires, qui n’a encore jamais été présentée. Un choix de dessins et de photographies de l’artiste complète l’exposition. Alors que les dessins permettent à Laib d’élargir son travail spatial par des méditations à la fois précises et libres sur papier, les photos témoignent du regard artistique qu’il pose sur des paysages, des monuments et des objets (souvent sacrés), originaires pour la plupart du Proche et de l’Extrême Orient et qui sont d’un immense intérêt pour la compréhension de son œuvre. Ces travaux témoignent en même temps des affinités singulières de Laib avec la dimension du religieux et du contemplatif. Ce lien a conduit certains auteurs à percevoir chez lui une forme d’antagonisme, l’aspect conceptuel et artistique du concept de Laib s’inscrivant, selon eux, dans la pensée occidentale, contrairement à son aspect idéologique et religieux, qui relèverait de l’Orient.

Tel n’est pas l’avis d’Harald Szeemann, particulièrement proche de l’artiste. Il considère que ces deux composantes sont déjà réunies et anticipées par d’autres artistes, dont il considère Laib comme le successeur : Kandinsky, Mondrian et Brancusi. Selon Szeemann, Wolfgang Laib « … n’est pas un européen indianisé qui sert du contexte de l’art, mais il est un contemporain conscient qui indique à travers des gestes sculpturaux minimes, des espaces intérieurs gigantesques ».

Ce ne serait évidemment pas possible sans la position personnelle tout à fait particulière de l’artiste qui réunit des forces extrêmement différentes — depuis une figure comme Bouddha en passant par François d’Assise pour aller jusqu’au mystique soufi Jelaluddin : Laib se présente donc comme un artiste contemporain qui, depuis plus de trente ans, s’accroche au concept radical d’une unité inclusive. Un peu de ce radicalisme résonne dans le sous-titre de l’exposition, inspiré de propos de Laib : — « L’éphémère, c’est l’éternité ».

Les éditions Hatje Cantz ont publié un catalogue bilingue (allemand, anglais) de 124 pages et 50 illustrations en couleurs (CHF 68. –). Il contient des contributions de Christoph Vitali, Katharina Schmidt, Philippe Büttner et Ulf Küster.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel
www.beyeler.com