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25/06/25

Vija Celmins @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Vija Celmins
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
15 juin – 21 septembre 2025

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Snowfall #1 (Chute de neige #1), 2022-2024
Huile et alkyde sur lin, 132 x 184 cm 
Glenn and Amanda Fuhrman Collection, New York City, États-Unis 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Aaron Wax, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Astrographic Blue (Bleu astrographique), 2019-2024
Huile sur toile, 50 x 33 cm 
Matthew Marks Gallery
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Aaron Wax, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Web #1) [Sans titre (Toile #1)], 1999
Fusain sur papier, 56,5 x 64,9 cm, Tate, 
ARTIST ROOMS, Londres, Royaume-Uni 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Tate

La Fondation Beyeler présente l’une des plus importantes expositions personnelles jamais consacrées à l’artiste américaine VIJA CELMINS (*1938, Riga) en Europe. Connue pour ses peintures et ses dessins envoûtants de galaxies, de surfaces lunaires, de déserts et d’océans, Vija Celmins nous invite à ralentir, à observer de près et à nous immerger dans les surfaces captivantes de ses œuvres. Telles des toiles d’araignée, elles nous happent et nous incitent à contempler les tensions entre surface et espace, proximité et distance, immobilité et mouvement. Organisée en étroite collaboration avec l’artiste, l’exposition réunit environ 90 œuvres, principalement des peintures et des dessins, de même qu’un petit nombre de sculptures et d’œuvres graphiques.

Née à Riga (Lettonie) en 1938, Vija Celmins fuit son pays natal en 1944 avant d’émigrer avec sa famille aux États-Unis en 1948. Elle grandit à Indianapolis puis part suivre des études d’art à Los Angeles, avant de s’installer au Nouveau-Mexique, à New York et enfin à Long Island, où elle vit et travaille aujourd’hui. Son travail, tenu en très haute estime, est prisé tant par les musées que par les collections privées de tout premier plan. Cependant, les occasions de face-à-face approfondi avec ses œuvres sont extrêmement rares, dû entre autres au fait qu’au fil de sa carrière l’artiste n’a réalisé qu’environ 220 peintures, dessins et sculptures. Vija Celmins a toujours travaillé à son propre rythme, refusant de se plier aux courants dominants du monde de l’art et maintenant une attention résolue à sa pratique minutieuse.

L’exposition propose un aperçu très complet d’une carrière remarquable qui s’étend sur six décennies, présentant des ensembles soigneusement sélectionnés de peintures, de dessins, d’œuvres graphiques et de sculptures. S’ouvrant sur une sélection d’importantes peintures d’objets du quotidien datant des années 1960, l’exposition culmine avec une salle de magistrales peintures récentes de neige tombant d’un ciel nocturne, qui évoquent tout le mystère du cosmos.

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Lamp #1 (Lampe #1), 1964
Huile sur toile, 62,2 x 88,9 cm
Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
Photo: Aaron Wax 

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Clouds (Nuages), 1968
Graphite sur papier, 34,9 x 47 cm
Collection Ayea + Mikey Sohn, Los Angeles
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
Photo: McKee Gallery, New York

L’exposition débute avec les peintures réalisées par Vija Celmins de 1964 à 1968, lorsqu’elle vivait dans un atelier sur Venice Beach à Los Angeles. À la différence de nombreux·ses artistes travaillant dans la ville dans les années 1960, Vija Celmins n’était pas attirée par la lumière et les couleurs éclatantes de Californie. Son univers personnel était principalement d’ordre intérieur. En 1964, elle réalise un ensemble de tableaux représentant chacun un objet ou un appareil du quotidien, parmi eux une assiette, un radiateur, une plaque chauffante et une lampe. Inspirée par les œuvres de Giorgio Morandi et Diego Velázquez vues lors d’un voyage en Italie et en Espagne en 1962, et prenant ses distances avec les couleurs vives du pop art, elle utilise une palette sourde de bruns et de gris, agrémentée d’occasionnels éclairs de rouge électrique.

Pendant les deux années suivantes, de 1965 à 1967, Vija Celmins réalise plusieurs peintures basées sur des images de la Seconde Guerre mondiale et d’autres conflits trouvées dans des livres et des magazines ; des bombardiers suspendus dans un ciel gris ou écrasés au sol, un homme en feu s’enfuyant d’une voiture embrasée, les émeutes raciales de Los Angeles en couverture du magazine Time. Silencieux et statiques, ces tableaux inquiétants évoquent à la fois la mémoire de la guerre et une réalité plus récente, dans laquelle l’omniprésence des images produit un effet de distanciation.

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Big Sea #2) [Sans titre (Grand océan #2)], 1969
Graphite sur fond acrylique sur papier, 85,1 x 111,8 cm
Collection privée
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Coma Berenices #4) 
[Sans titre (Coma Berenices #4))], 1973
Graphite sur fond acrylique sur papier, 31,1 x 38,7 cm 
UBS Art Collection 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Untitled (Regular Desert) 
[Sans titre (Désert régulier)], 1973
Graphite sur fond acrylique sur papier, 30,5 x 38,1 cm 
Collection privée 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Kent Pell

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Desert Surface #1 ( Surface du désert #1), 1991
Huile sur bois, 45,7 x 54,9 cm 
Mary Patricia Anderson Pence 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

De 1968 à 1992, Vija Celmins se consacre presque exclusivement au dessin. Elle continue de travailler à partir de photographies, trouvées dans des livres et des magazines ou prises par elle-même. Ses sujets sont les nuages ainsi que la surface de la lune, du désert et de l’océan. Elle commence avec un ensemble de dessins de paysages lunaires basés sur des images prises à la fin des années 1960 par les sondes lunaires américaines, qui rapportent dans les foyers de nombreux·ses habitant·e·s de la planète des gros plans d’un lieu jusqu’alors inaccessible. En 1973 s’ensuivent de premiers dessins de galaxies basés sur des images des télescopes de la NASA. Ces photographies incitent Vija Celmins à créer des images qui transforment en expérience visuelle la tension entre la profondeur de ces espaces et la surface de l’image – un élan qui anime encore et toujours son travail.

Pendant ses années de résidence à Los Angeles, Vija Celmins arpente les déserts de Californie, du Nevada et du Nouveau-Mexique, où elle réside également plusieurs mois. Fascinée par ces paysages démesurés, elle commence à représenter par le dessin le silence et la sensation de temps suspendu qui les caractérisent. Vers la fin des années 1970, Vija Celmins crée une sculpture qui donne une forme nouvelle à sa confrontation avec la réalité. To Fix the Image in Memory I-XI, 1977–1982, comprend onze pierres différentes ramassées dans le désert du Nouveau-Mexique, présentées côte à côte avec leurs doubles ; onze copies de bronze, peintes de telle manière que l’original et sa réplique puissent à peine être distingués à l’œil nu.

Les images de Vija Celmins sont basées sur des photographies ou, dans le cas de ses rares sculptures, sur des objets servant de modèles. Celmins use de ces matrices comme d’un outil, qui lui permet de ne pas avoir à se soucier de questions de composition et de cadrage. Cependant, elle ne réalise pas de copie d’un original ; il ne s’agit pas de photoréalisme. On pourrait plutôt dire que Vija Celmins recrée ou reconstitue l’original. Ses images sont construites d’innombrables couches de graphite ou de fusain sur papier et de peinture à l’huile sur toile. C’est comme si Vija Celmins cherchait à saisir et à tracer l’inconcevable immensité à la main. Ceci apparaît tout particulièrement dans ses nombreuses peintures de ciels nocturnes étoilés, un motif qui fascine Vija Celmins depuis ses débuts.

En 1992, Vija Celmins tombe sur des illustrations de toiles d’araignée dans un livre. Attirée par leurs fils fragiles et leurs formes concentriques, elle réalise un ensemble de peintures et de dessins au fusain. Cette exploration se poursuit avec des peintures d’objets aux surfaces texturées ; la couverture d’un livre japonais, l’émail craquelé d’un vase coréen, la surface éraflée d’ardoises dénichées dans des brocantes à Long Island, la forme grêlée d’un coquillage travaillé par l’érosion – chacune de ces peintures proposant une méditation exquise sur le passage du temps.

Dans la dernière salle de l’exposition, cette méditation se poursuit avec les tableaux les plus récents de Veja Celmins, qui sont parmi les plus vastes qu’elle ait jamais réalisés. Basés sur des photographies de flocons de neige illuminés dans un ciel nocturne, ils véhiculent un sens profond de silence et de révérence émerveillée.

Pour accompagner l’exposition, la Fondation Beyeler présente « Vija », un court-métrage des cinéastes de renom Bêka & Lemoine. En 30 minutes, le film dessine un portrait tout en spontanéité de l’artiste, qui partage ses réflexions sur la pratique de toute une vie, ouvrant les portes de son atelier et les tiroirs de ses archives. Le portrait entraîne les spectatrices et les spectateurs dans un voyage au fil des formes, des images et des pensées qui nourrissent la sensibilité incomparable de Vija Celmins.

L’exposition « Vija Celmins » est placée sous le commissariat de Theodora Vischer, Chief Curator de la Fondation Beyeler, et de l’écrivain et commissaire d’exposition James Lingwood.

Un catalogue richement illustré, réalisé sous la direction de Theodora Vischer et James Lingwood pour la Fondation Beyeler et conçu par Teo Schifferli, est publié au Hatje Cantz Verlag, Berlin. Sur 208 pages, il réunit « Notes » de Vija Celmins et de brèves contributions de Julian Bell, Jimena Canales, Teju Cole, Rachel Cusk, Marlene Dumas, Katie Farris, Robert Gober, Ilya Kaminsky, Glenn Ligon et Andrew Winer, avec une introduction de James Lingwood.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen

14/06/23

Exposition Basquiat. The Modena Paintings @ Fondation Beyeler, Riehen/Bâle

Basquiat. The Modena Paintings
Fondation Beyeler, Riehen/Bâle
11 juin – 27 août 2023

13 ans après la grande rétrospective qu’elle avait consacrée à Jean-Michel Basquiat, la Fondation Beyeler accueille une nouvelle fois l’œuvre de l’artiste new-yorkais. Elle présentera les « Modena Paintings », huit toiles de grand format que Jean-Michel Basquiat a peintes en 1982 dans la ville italienne de Modène pour un projet d’exposition qui n’a finalement jamais vu le jour. Plus de 40 ans plus tard, la Fondation Beyeler réunit pour la première fois ces chefs-d’œuvre, aujourd’hui détenus dans des collections privées aux États-Unis, en Asie et en Suisse, parmi eux plusieurs des œuvres les plus célèbres et les plus chères de Jean-Michel Basquiat.

Jean-Michel Basquiat (1960–1988) compte parmi les artistes majeurs du XXe siècle finissant. Au début des années 1980, il accède en peu de temps à une notoriété internationale, alors que la peinture figurative connaît une renaissance. Jean-Michel Basquiat, une des personnalités les plus magnétiques du monde de l’art, débute dans l’underground new-yorkais en tant que poète graffeur et musicien avant de se consacrer pleinement à l’art. Sa peinture hautement expressive et débordante d’énergie lui vaut rapidement l’admiration du milieu. Âgé de seulement 21 ans, il est le plus jeune artiste invité à participer à la Documenta 7 qui se tient à Kassel en été 1982. Encouragé par Andy Warhol, il devient une véritable célébrité artistique, fêtée dans le monde entier. Fils d’un père haïtien et d’une mère dont les parents venaient de Porto Rico, il est le premier artiste noir à percer dans un milieu artistique dominé par des protagonistes blancs·ches. Outre Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat collabore avec Keith Haring, Francesco Clemente, Debbie Harry et d’autres artistes et musicien·ne·s. Jusqu’à son décès soudain en août 1988, il produit en moins d’une décennie un vaste œuvre comptant plus de 1’000 tableaux et objets ainsi que 3’000 œuvres sur papier.

Après l’âge d’or de l’art conceptuel et de l’art minimal dans les années 1960 et 1970, Jean-Michel Basquiat parvient à imposer un nouveau langage visuel figuratif et expressif. Ses oeuvres, peuplées de personnages évoquant ceux des bandes dessinées, de silhouettes de squelettes, d’objets étranges du quotidien et de slogans poétiques sont puissantes et somptueusement colorées. Elles font converger des motifs issus de la culture pop et de l’histoire culturelle, entre autres des domaines de la musique et du sport, ainsi que des thèmes politiques et économiques, pour aboutir à des commentaires critiques de la société de consommation et de l’injustice sociale, en particulier du racisme.

La première exposition personnelle de Basquiat se tient en 1981 à la Galleria d’Arte Emilio Mazzoli à Modène, à l’époque encore sous le pseudonyme SAMO© qu’il inscrivait à la bombe aérosol sur les wagons et les parois du métro new-yorkais et qui datait de sa collaboration avec le graffeur Al Diaz. Le jeune artiste avait capté l’attention du galeriste italien Emilio Mazzoli quelques mois auparavant dans l’exposition collective « New York / New Wave » organisée par Diego Cortez au P.S. 1 Contemporary Art Center (aujourd’hui MoMA PS1) à Long Island City. Emilio Mazzoli avait alors mis à la disposition de Jean-Michel Basquiat un espace de travail et du matériel pour lui permettre de créer de nouvelles oeuvres. Au début de l’été 1982, à l’invitation de Mazzoli, Jean-Michel Basquiat retourne à Modène pour sa première exposition européenne sous son vrai nom.

À Modène, Emilio Mazzoli dispose d’un entrepôt qui sert aux artistes de passage pour travailler. Ainsi, plusieurs années durant Mario Schifano séjourne régulièrement à Modène pour y peindre. Lorsque Jean-Michel Basquiat arrive, il tombe sur plusieurs reliquats du travail de Schifano : outre des tableaux achevés, il trouve aussi des toiles apprêtées et des toiles vierges. Attiré par leurs dimensions exceptionnelles, il les utilise pour ses propres tableaux. Il produit ainsi un groupe d’oeuvres de chacune plus de deux mètres sur quatre, plus grandes que et différentes de tout ce qu’il avait peint jusque là. En apposant l’indication « Modena » et sa signature au dos des toiles, il les désigne comme un groupe d’oeuvres cohérent.

Mais des désaccords opposent les galeristes Annina Nosei, qui représente Jean-Michel Basquiat à New York depuis fin 1981, et Emilio Mazzoli, entraînant l’abandon du projet d’exposition à Modène. Dans une interview accordée au New York Times en 1985, Jean-Michel Basquiat revient sur son deuxième séjour à Modène et exprime sa frustration : « Ils ont organisé les choses de telle manière que je doive produire huit tableaux en une semaine », et il compare son travail dans l’entrepôt à « une usine, une usine malsaine. J’ai détesté. » Au final, Mazzoli règle Jean-Michel Basquiat pour les oeuvres produites et l’artiste retourne à New York.

Les huit tableaux peints à Modène trouvent finalement de nouveaux propriétaires par l’entremise d’Annina Nosei : Bruno Bischofberger en acquiert quatre (Profit I, Boy and Dog in a Johnnypump, Untitled [Woman with Roman Torso (Venus)], The Guilt of Gold Teeth) et les autres passent dans diverses collections à l’international. Aujourd’hui, les huit toiles se trouvent dans différentes collections particulières aux États-Unis, en Asie et en Suisse. Certaines d’entre elles se sont recroisées dans le cadre de rétrospectives, d’autres n’ont que rarement été montrées en public. Le projet de la Galleria d’Arte Emilio Mazzoli n’a pas encore fait l’objet de recherches et de mises en lumière approfondies. Et pourtant, non seulement les tableaux produits à Modène figurent parmi les plus importants de l’oeuvre de Basquiat et les oeuvres les plus chères de tout l’art contemporain, mais le projet d’exposition finalement abandonné constitue lui aussi un événement particulier dans la carrière de l’artiste. Pour la première fois, les tableaux de Modène seront bientôt réunis au sein d’une présentation unique à la Fondation Beyeler – 40 ans plus tard, le projet d’exposition est ainsi enfin réalisé.

Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, explique : « Tous les ‹ Modena Paintings › se trouvent aujourd’hui dans des collections privées. Certains d’entre eux ont été donnés à voir dans le cadre d’expositions consacrées à Basquiat, mais jamais encore ils n’avaient figuré ensemble et côte à côte dans une même présentation ainsi que l’avait prévu Basquiat à l’origine. Grâce à notre bonne collaboration de longue date avec la famille Basquiat et les collectionneurs de Basquiat, nous sommes parvenus à réunir toutes les oeuvres et à rattraper ainsi un moment d’histoire de l’art. »

Les « Modena Paintings » partagent plusieurs caractéristiques en termes de motif et de style : les huit tableaux sont tous dominés par une figure monumentale, souvent noire, sur fond de larges traits de pinceau à la gestuelle expressive. Untitled (Angel) et Untitled (Devil), opérant comme un quasi diptyque, donnent à voir les figures titulaires d’un ange et d’un démon sous forme de portraits en buste, les deux bras levés – posture pouvant être comprise aussi bien comme implorante que triomphante, et qui non seulement se répète dans d’autres images du cycle mais apparaît de manière récurrente dans l’oeuvre de Jean-Michel Basquiat. Le squelette suggéré à coups de traits horizontaux sommaires dans Untitled (Devil) de même que le crâne aux orbites et aux cavités nasales profondes caractérisent également les figures dans Boy and Dog in a Johnnypump et The Field Next to the Other Road. Parmi les autres signes distinctifs des personnages de Jean-Michel Basquiat figure un ornement placé au-dessus de leur tête, parfois auréole et parfois couronne d’épines, qui apparaît également dans Untitled (Woman with Roman Torso [Venus]) et Profit I. Comparées aux autres oeuvres du groupe, ces deux dernières présentent tout comme The Guilt of Gold Teeth une plus grande densité des « griffonnages » si typiques de Basquiat. The Guilt of Gold Teeth, avec ses mots cryptiques, ses combinaisons de chiffres et ses symboles de dollar, préfigure déjà certaines évolutions plus tardives de l’oeuvre de l’artiste. Avec Untitled (Cowparts), qui donne à voir une vache plus grande que nature aux énormes yeux ronds, le cycle se boucle dans la mesure où les épais traits de pinceau blancs utilisés pour accentuer le corps noir dans Untitled (Angel) soulignent ici les contours de l’animal.

À l’exception des deux tableaux Profit I et The Guilt of Gold Teeth, dans lesquels la combinaison d’acrylique, de peinture aérosol et de crayon à l’huile établit un dialogue avec le dessin, le groupe d’oeuvres met l’accent sur le geste pictural. Le collage visuel d’images et de mots habituellement si typique du travail de Jean-Michel Basquiat n’apparaît que peu dans les oeuvres réalisées à Modène. Dans l’ensemble, le répertoire de Modène est moins morcelé et se concentre sur des compositions plus vastes et expansives. Le corps humain et animal y occupe le premier plan. Contrairement aux oeuvres antérieures, celles de Modène ne donnent pas à voir d’impressions des rues de la grande ville. On retrouve dans plusieurs des huit toiles les mêmes tonalités, ainsi dans les vastes fonds plats, de même que l’utilisation semblable et répétée de traits de pinceau rouge écarlate pour appuyer les figures représentées. Basquiat avait pour habitude de travailler sur plusieurs toiles en parallèle car les différentes couches de couleur avaient besoin de temps pour sécher.

L’exposition est placée sous le commissariat conjoint de Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, et d’Iris Hasler, Associate Curator à la Fondation Beyeler.

Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat
The Modena Paintings
Hatje Cantz Verlag
Un catalogue a été publié au Hatje Cantz Verlag, Berlin, en allemand et en anglais, retraçant le développement du concept d’exposition initial jusqu’à son abandon en 1982 et consacrant un court texte à chacun des tableaux créés à Modène. Il comprend des textes de Dieter Buchhart, Iris Hasler, Fiona Hesse, Michiko Kono, Regula Moser, Demetrio Paparoni et Jordana Moore Saggese.
FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

19/02/23

Picasso. Artiste et modèle – Derniers tableaux @ Fondation Beyeler, Riehen/Basel

PICASSO 
Artiste et modèle – Derniers tableaux 
Fondation Beyeler, Riehen/Basel 
19 février – 1er mai 2023 

Dans le cadre des commémorations internationales du 50ème anniversaire de la disparition de PABLO PICASSO (1881–1973), la Fondation Beyeler présente une sélection concentrée de dix toiles tardives de l’artiste en provenance de la Collection Beyeler, de l’Anthax Collection Marx et d’autres collections privées.

Au cours de la dernière décennie de sa vie, alors qu’il est déjà âgé de plus de 80 ans, l’artiste espagnol poursuit de manière hautement productive son œuvre audacieux. Avec une énergie irrépressible, au cours de cette ultime période il produit souvent plusieurs œuvres par jour, faisant preuve d’une saisissante puissance créatrice, comme s’il cherchait à combattre l’âge et la diminution attenante de ses capacités de création artistiques et corporelles. Parmi les nombreux travaux des années 1960 et du début des années 1970 figure un important groupe d’œuvres dans lesquelles Picasso se consacre au sujet de l’artiste et du modèle. Dans ces œuvres hautement expressives, il explore d’une part l’image (de soi) de l’artiste et d’autre part l’acte et le processus de création.

Oscillant entre autoportrait, cliché et caricature, certains des tableaux donnent à voir l’artiste en chemise rayée, convoquant ainsi aussi l’image déjà élevée au rang de mythe de Picasso. Cependant, comme une forme de contre-image à son apparence personnelle, il représente souvent l’artiste sous les traits d’un homme barbu. Par ailleurs, Picasso présente le plus souvent l’artiste peignant directement devant le modèle, à l’encontre de sa propre pratique de travail – il peignait toujours de mémoire. Dans cette constellation, le modèle féminin nu, dont la représentation oscille également entre idéalisation et caricature, est exposé au regard de l’artiste. Avec ces œuvres, la question reste ainsi ouverte de savoir dans quelle mesure Picasso exalte ou ironise sa fixation sur le nu féminin et l’appropriation visuelle du corps féminin. Son impressionnante série d’images du peintre et de son modèle soulève ainsi aussi des questions concernant le traitement personnel et artistique du corps féminin par l’homme et la possibilité de représenter ce corps dans le contexte actuel.

Placée sous le commissariat de Raphaël Bouvier, l’exposition s’appuie sur une sélection de tableaux représentatifs de l’immense œuvre tardif de Picasso pour entreprendre de retracer le cheminement et d’interroger la pertinence actuelle des explorations de l’artiste, qui tournent autour du processus créatif, des relations que structurent les regards croisés entre peintre et modèle, de la représentation de l’artiste masculin et de la mise en scène visuelle du modèle féminin.

Avec son inventivité picturale foisonnante, Pablo Picasso a marqué l’art du XXe siècle d’une empreinte singulière. La Fondation Beyeler possède plus de trente de ses œuvres et abrite une des plus belles collections de Picasso au monde. Parmi les protagonistes de l’art moderne, Picasso est ainsi l’artiste le plus fortement représenté dans la Collection Beyeler. Les œuvres couvrent une période allant du travail cubiste précoce de l’année 1907 aux travaux tardifs des années 1960. Une quinzaine d’autres chefs-d’œuvre de Pablo Picasso de la Collection Beyeler et de l’Anthax Collection Marx sont présentés dans les salles de la collection qui font suite à l’exposition, proposant ainsi un vaste panorama de l’œuvre de Picasso.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel

01/10/22

Mondrian Evolution @ Fondation Beyeler, Riehen & Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Dusseldorf

Mondrian Evolution
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
5 juin – 9 octobre 2022
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf
29 octobre 2022 – 12 février 2023

À l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de l’artiste, la Fondation Beyeler consacre une grande exposition au peintre néerlandais PIET MONDRIAN (1872–1944), réunissant des œuvres de sa propre collection et d’importants prêts internationaux. Figurant parmi les artistes les plus marquants et les plus polyvalents de l’avant-garde, Mondrian a joué un rôle décisif dans l’évolution de la peinture de la figuration à l’abstraction. Avec 89 œuvres provenant de collections privées et publiques en Europe et aux États-Unis, «Mondrian Evolution» retrace le parcours saisissant de l’artiste, de peintre paysagiste du 19ème siècle à l’un des protagonistes majeurs de l’art moderne. L’exposition offre une rare occasion de découvrir sous un jour nouveau le travail de Mondrian, qui a profondément influencé le 20ème siècle non seulement dans le domaine de l’art mais aussi dans ceux du design, de l’architecture, de la mode et de la culture pop. Il s’agit de la première exposition individuelle consacrée à l’artiste en Suisse depuis 50 ans. L'exposition sera ensuite présentée à Düsseldorf au Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen.

La collection de la Fondation Beyeler comprend surtout des œuvres des périodes plus tardives de Mondrian, mais l’exposition se concentre principalement sur les œuvres des débuts de l’artiste, dont le développement est influencé non seulement par la peinture de paysage hollandaise de la fin du 19ème siècle mais aussi par le symbolisme et le cubisme. Ce n’est qu’au début des années 1920 que Mondrian passe à un langage pictural pleinement non figuratif, restreint à des agencements orthogonaux de lignes noires et d’aires de blanc et des trois couleurs primaires bleu, rouge et jaune. Les tableaux abstraits de Mondrian sont l’aboutissement d’un long processus de réflexion artistique en tension entre les pôles de l’intuition et de la précision, ainsi que d’une remise en question personnelle intense et incessante. Il concevait l’abstraction comme un processus de rapprochement d’une vérité et d’une beauté absolues, vers lesquelles il tendait en tant qu’artiste. Sa versatilité stylistique est la conséquence de sa quête constante de l’unité et de l’essence même de l’image. Il utilisait lui-même le terme «évolution» – mais pas au sens de Charles Darwin. Pour Mondrian, le terme «évolution» signifiait l’accumulation d’expériences sur lesquelles bâtir une nouvelle étape de développement artistique menant à son tour à de nouvelles réalisations et connaissances.

L’exposition est conçue de manière chronologique mais elle tire son expressivité de la confrontation d’œuvres précoces et tardives, qui met en lumière les forces de transformation à l’œuvre dans le travail de Mondrian. Au fil de neuf salles d’exposition, on retrouve des motifs récurrents tels les moulins à vent, les dunes, la mer, les bâtiments de ferme se reflétant dans l’eau et les plantes, représentés à des degrés divers d’abstraction. Dans ses paysages, Piet Mondrian explore l’éclat et le rayonnement de la couleur – ce qui donne à ces tableaux leur apparence extraordinairement lumineuse et vive – ainsi que l’influence de la lumière et l’expérience de l’espace, de la surface, de la structure et des reflets.

Le tableau Moulin au soleil, 1908, dont la radicalité apparaît encore aujourd’hui, avait provoqué un tollé parmi les critiques de l’époque avec son explosion de couleurs et sa technique picturale d’apparence sommaire. L’exposition présente également l’œuvre Le nuage rouge, 1907, qui saisit le moment magique et fugace auquel le soleil couchant teinte un nuage rouge vif alors même que le paysage et le ciel demeurent encore d’un bleu éclatant. Ce tableau appartient à un groupe d’œuvres que Mondrian a peintes au crépuscule, lorsque les couleurs et les combinaisons chromatiques sont soumises à des transformations intenses. Dans ses autoportraits dessinés de 1908, il se représente également au crépuscule, les pupilles grand ouvertes et réceptives aux plus infimes nuances chromatiques produites par la lumière. Le tableau de grand format Forêt près d’Oele, 1908, du Kunstmuseum Den Haag offre une perspective dirigée vers le soleil, situé au-dessus de l’horizon. La succession des troncs d’arbres qui se teintent de rouge ou de violet dans le contre-jour crée l’illusion de spatialité.

Après les explosions chromatiques des années 1907 à 1911, Mondrian, inspiré par sa rencontre avec le cubisme à Paris, revient à des couleurs moins éclatantes. Des tons gris et ocres dominent désormais ses tableaux et la ligne en tant que telle devient toujours plus importante. Mondrian poursuit son exploration de thèmes comme l’abstraction. La métamorphose de ses représentations d’arbres est particulièrement impressionnante, donnant à voir le raisonnement qui sous-tend sa quête picturale. L’expérience de ces tableaux permet à Mondrian de se détacher entièrement de la figuration. Composition No. IX, 1913, un prêt du Museum of Modern Art à New York, est une imbrication de formes pour la plupart caractérisées par des angles droits.

New York City 1 est l’œuvre la plus récente de l’exposition et appartient à un petit groupe de tableaux créés autour de 1941. Sa composition est semblable à celle de Forêt près d’Oele de 1908, mis à part le fait qu’elle n’entretient plus aucun rapport avec un paysage réel mais tient d’une «abstraction pure». L’œuvre est inachevée et apporte un témoignage important du processus de travail de Mondrian dans les dernières années de sa vie. À New York, il avait commencé à reconfigurer ses images et à les rendre plus dynamiques et plus rythmiques à l’aide de bandes de papier. Les surfaces colorées cèdent alors le pas aux lignes de couleur.

Né en 1872 à Amersfoort aux Pays-Bas, Mondrian entre tôt en contact avec l’art : son père enseigne le dessin, son oncle est un peintre amateur à succès, influencé par la peinture de paysage de l’École de La Haye, incarnation spécifiquement néerlandaise de l’impressionnisme. Après une éducation calviniste et une formation en tant que professeur de dessin, entre 1892 et 1895 Mondrian étudie à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten à Amsterdam. Il continue à travailler en tant que professeur de dessin, peint des portraits sur commande et réalise des dessins scientifiques pour l’Université de Leyde. Mais il poursuit également ses ambitions artistiques et développe rapidement son propre style. La plupart des œuvres de cette période, qui représentent majoritairement des moulins à vent, des rivières et des bâtiments de ferme, témoignent encore de l’influence de l’École de La Haye. À partir de cette base, Mondrian élargit avec détermination le champ de ses possibilités artistiques.

L’art de Mondrian est étroitement lié à son intérêt pour la philosophie et l’ésotérisme. À partir de 1908, il se passionne pour la théosophie ; influencé par les écrits de Rudolf Steiner – alors encore théosophe – en 1909 il adhère à la section néerlandaise de la Société théosophique. Sa rencontre avec le cubisme mène fin 1911 à un premier séjour à Paris qui dure jusqu’en 1914, lorsque Mondrian ne peut y retourner en raison du début de la Première Guerre mondiale. En 1919, il s’installe durablement à Paris.

Après la Première Guerre mondiale, les artistes sont nombreux à chercher un renouveau culturel radical. Aux Pays-Bas, un groupe d’artistes d’avant-garde se constitue et publie à partir de 1917 la revue De Stijl. Mondrian formule l’intention du groupe de démanteler les traditions afin de refonder tous les aspects de la vie sur la base des éléments essentiels de l’art tels qu’il les défend.

Dans des écrits théoriques, Mondrian tente d’exposer son programme artistique. Il désigne sa nouvelle forme d’expression picturale sous le terme de «néoplasticisme», qu’il conçoit en première ligne comme une concentration sur les moyens d’expression essentiels de la peinture : d’une part le noir et le blanc, situés aux extrêmes opposés de l’échelle des couleurs, d’autre part les couleurs primaires jaune, rouge et bleu. Le noir est généralement celui des lignes qui s’étirent à la verticale et à l’horizontale, se croisant à angle droit. La combinaison de ces éléments ouvre des possibilités de composition infinies. Mondrian s’intéresse à l’image essentielle, à la création d’un équilibre parfait et tendu à la fois, dans lequel tous les éléments semblent à leur place.

Mondrian passe les 25 dernières années de sa vie dans les trois métropoles de l’art moderne: Paris, Londres et New York. De fin 1911 à 1938, avec une interruption due à la Première Guerre mondiale, il vit à Paris. Après quelques années à Londres, en 1940 il s’installe à New York, où il décède d'une pneumonie en 1944 âgé de 71 ans. En tant que membre de la Société théosophique, Mondrian accordait une grande importance à l’internationalité. Il accède au statut de célébrité dès les années 1920 en tant qu’artiste d’avant-garde et co-initiateur de la peinture abstraite. Ses ateliers deviennent des lieux légendaires, sources d’inspiration surtout pour des artistes plus jeunes dont Willem de Kooning et Lee Krasner.

Dans le cadre de l’exposition, la Fondation Beyeler présente le film «Piet & Mondrian», un court-métrage de Lars Kraume, l’un des cinéastes les plus renommés de langue allemande. Le film prend pour point de départ l’essai Réalité naturelle et réalité abstraite, formulé par Mondrian en 1919/20 sur le mode du dialogue pour y exposer ses considérations et ses réflexions sur l’abstraction dans l’art. Le grand acteur allemand de théâtre et de cinéma Lars Eidinger donne vie au texte théorique de Mondrian. «Piet & Mondrian» a été produit par Felix von Boehm / Lupa Film avec le soutien financier du Medienboard BerlinBrandenburg. Le scénario a été écrit par Constantin Lieb.

«Mondrian Evolution» est une exposition de la Fondation Beyeler, Riehen/Bâle et de la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, en coopération avec le Kunstmuseum Den Haag. L’exposition est placée sous le commissariat d’Ulf Küster, Senior Curator, Fondation Beyeler, Kathrin Beßen et Susanne MeyerBüser, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen.

Mondrian Evolution
Mondrian Evolution
Catalogue de l'exposition
Hatje Cantz, 2022

Le catalogue de l’exposition a été conçu par Irma Boom, graphiste de renom international qui au fil des dernières années a renouvelé les possibilités infinies du livre. Le catalogue paraît en allemand et en anglais au Hatje Cantz Verlag, Berlin. Sur 264 pages, il réunit des articles rédigés par Benno Tempel, Caro Verbeek, Ulf Küster, Kathrin Beßen, Susanne Meyer-Büser, Charlotte Sarrazin et l’artiste Bridget Riley, avec une préface de Sam Keller et Ulf Küster. 

Ulf Küster, Mondrian A–Z
Ulf Küster, Mondrian A–Z
Hatje Cantz, 2022

À l’occasion de l’exposition, le Hatje Cantz Verlag, Berlin publie également Mondrian A–Z : dans ce texte amusant, Ulf Küster explore en ordre alphabétique les thèmes qui intéressaient le peintre et nous offre ainsi des aperçus de son univers mental et sensoriel. 120 pages, 32 illustration. En allemand et en anglais.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, 4125 Riehen

KUNSTSAMMLUNG NORDRHEIN-WESTFALEN
Grabbeplatz 5, 40213 Düsseldorf

HATJE CANTZ VERLAG

18/10/21

Francisco de Goya @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Goya
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
10 octobre 2021 – 23 janvier 2022

Francisco de Goya
Francisco de Goya 
Autoportrait devant le chevalet (Autorretrato ante su caballete), 1785
Huile sur toile, 40 x 27 cm
Museo de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, Madrid

275 ans après sa naissance, la Fondation Beyeler consacre à Francisco de Goya – précurseur majeur de l’art moderne – l’une des expositions les plus importantes réalisées à ce jour. Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles rarement donnés à voir côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. L’exposition réunit environ 70 tableaux et plus de 100 dessins et gravures d’exception. Aujourd’hui comme du vivant de l’artiste, l’œuvre de Goya donne à vivre une expérience sensorielle et intellectuelle unique. Depuis deux siècles, son œuvre complexe et ambigu constitue pour de nombreux·ses artistes un repère et une référence incontournables. L’exposition est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Museo Nacional del Prado à Madrid.

Francisco de Goya
Francisco de Goya
Le sabbat des sorcières, (El aquelarre), 1797-1798
Huile sur toile, 43 × 30 cm
Fundación Lázaro Galdiano, Madrid

Francisco de Goya y Lucientes (1746–1828) occupe dans l’histoire de l’art européen une position paradoxale en tant qu’un des derniers grands peintres de cour d’une part et annonciateur de la figure de l’artiste moderne d’autre part. Afin de permettre au public d’apprécier la singularité profonde de son activité créatrice, qui couvre la période du rococo tardif au romantisme, et de rendre justice à la richesse formelle et thématique de son œuvre peint, dessiné et gravé, l’exposition présente tout l’éventail des genres et des sujets de prédilection de Goya. Conçue de manière chronologique, elle réunit des tableaux de représentation grand format tout comme des pages de carnets de croquis, mettant l’accent sur l’œuvre tardif de l’artiste.

Francisco de Goya
Francisco de Goya 
Hôpital de la peste (Hospital de apestados), 1808–1810
Huile sur toile, 32,5 x 57,3 cm
Collection du Marquis de la Romana

Francisco de Goya
Francisco de Goya
Nature morte aux dorades (Besugos), 1808–1812
Huile sur toile, 44,8 x 62,5 cm
The Museum of Fine Arts, Houston
Museum purchase funded by the Alice Pratt Brown Museum Fund 
and the Pratt Foundation Accessions Endowment Fund, 94.245
Photo: © The Museum of Fine Arts, Houston

L’exposition de la Fondation Beyeler donne à voir d’une part le peintre de cour et d’autre part le créateur d’univers picturaux énigmatiques et inquiétants, son œuvre sacré comme son œuvre profane, ses représentations du Christ et de sorcières, ses portraits et ses peintures d’histoire, ses natures mortes et ses scènes de genre. Outre des tableaux réalisés pour le compte de la maison royale, de l’aristocratie et de la bourgeoisie, l’exposition présente des œuvres que Goya crée dans un espace de liberté artistique conquis à la force de sa volonté et de son talent, parmi elles des peintures de cabinet souvent réservées à un cercle intime. Dans l’histoire de l’art européen, Goya est l’un des premiers artistes qui s’élève avec une opiniâtreté rebelle contre les dogmes et les règles qui entravent la création artistique, plaidant au contraire pour l’impulsivité et l’inventivité de l’artiste («capricho» et «invención»).

Parmi les temps forts de l’exposition figurent le portrait de la duchesse d’Albe (1795) et l’emblématique Maja vêtue (La maja vestida, 1800–1807), tout comme deux tableaux rarement exposés en provenance de collections privées européennes, Maja et Célestine au balcon et Majas au balcon, que Goya peint entre 1808 et 1812. Autre particularité de l’exposition : des peintures de genre de petit format détenues pour la plupart dans des collections privées espagnoles et à ce jour rarement montrées hors d’Espagne. Dans ces tableaux, Goya – de même que dans ses dessins et ses gravures – donne libre cours à ses inspirations intimes. Pour la première fois depuis son unique présentation à ce jour au Museo Nacional del Prado, le public peut ainsi découvrir à la Fondation Beyeler la série complète de huit peintures d’histoire et de genre qui nous sont parvenues de la collection madrilène du marquis de la Romana. Elles sont accompagnées des quatre célèbres panneaux dépeignant des scènes de genre de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando à Madrid, prêts d’une grande rareté.

Dans ses scènes de genre et ses peintures d’histoire, Goya dépeint des incidents de la vie quotidienne sociale, politique et religieuse mouvementée des Espagnoles et des Espagnols aux alentours de 1800. Parmi les décors récurrents de ces scènes figurent les marchés et les arènes, les prisons et les institutions ecclésiastiques, les asiles de fous et les tribunaux de l’Inquisition. Les sorcières constituent également un motif majeur, par lequel Goya illustre la superstition de son temps. Outre un groupe de gravures des Désastres de la guerre (Los desastres de la guerra, 1811–1814), l’exposition présente une sélection de planches de la série des Caprices (Los caprichos) parue en 1799, parmi elles la célèbre gravure no. 43 au titre éloquent Le Sommeil de la raison enfante des monstres, qui reflète le constat mélancolique et résigné de Goya que ni la raison ni l’ironie et le sarcasme ne peuvent lutter contre la déraison. L’univers pictural énigmatique et insondable de Goya lui vaut une grande estime depuis le romantisme français au début du 19ème siècle. Parmi les artistes de la modernité, Pablo Picasso et Joan Miró, Francis Bacon et les surréalistes ont éprouvé une affinité profonde avec son art. Goya constitue aussi une référence importante pour de nombreux·ses artistes contemporain·e·s, dont Marlene Dumas et Philippe Parreno.

À la demande de la Fondation Beyeler, le célèbre artiste français Philippe Parreno (*1964) a réalisé un film basé sur la série emblématique des Peintures noires (Pinturas negras, 1819–1824), montré en première dans le cadre de l’exposition. Les 14 peintures murales se trouvaient à l’origine dans la demeure de Goya en périphérie de Madrid et n’étaient probablement pas destinées à être montrées en public. Conservées aujourd’hui dans la collection du Museo Nacional del Prado à Madrid, les œuvres sont si fragiles qu’elles ne peuvent pas quitter le musée.

Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles, rarement donnés à voir et n’ayant pour certains jamais changé de main, côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. Les prêts proviennent d’éminents musées tels le Museo Nacional del Prado, le Museo ThyssenBornemisza, la Fundación Lázaro Galdiano et la Fundación Casa de Alba, tous à Madrid, le Musée du Louvre à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, la National Gallery à Londres, les Gallerie degli Uffizi à Florence, la National Gallery of Ireland à Dublin, la Sammlung Oskar Reinhart «Am Römerholz» à Winterthur, le Minneapolis Institute of Art et le Museum of Fine Arts à Houston.

L’exposition Goya a été organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Museo Nacional del Prado, Madrid, et développée par Isabela Mora et Sam Keller. Elle est placée sous le commissariat de Martin Schwander, Curator at Large, en collaboration avec Gudrun Maurer, Scientific Advisor. La gestion du projet a été assurée par Ioana Jimborean et Fiona Hesse, Associate Curators.

Goya, Catalogue, Fondation Beyeler
Goya, Catalogue, Fondation Beyeler / Hatje Cantz
Un catalogue d’exposition est publié en allemand et en anglais au Hatje Cantz Verlag, Berlin, et en espagnol aux Ediciones El Viso, Madrid. Il réunit des articles d’Andreas Beyer, Helmut C. Jacobs, Ioana Jimborean, Mark McDonald, Manuela B. Mena Marqués, José Manuel Matilla, Gudrun Maurer, Martin Schwander et Bodo Vischer. L’introduction a été rédigée par Colm Tóibín, écrivain irlandais lauréat de nombreux prix.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

10/07/21

Close-Up @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle : Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton

CLOSE-UP
Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
19 septembre 2021 – 2 janvier 2022

Marlene Dumas
MARLENE DUMAS
Teeth, 2018
Huile sur toile, 40 x 30 cm
Collection privée Madrid 
© Marlene Dumas 
Courtesy the Artist and David Zwirner
Photo: Kerry McFate

Berthe Morisot
BERTHE MORISOT
Jeune femme au divan, 1885
Huile sur toile, 61 x 50.2 cm
Tate, London
Bequeathed by the Hon. Mrs A.E. Pleydell-Bouverie
through the Friends of the Tate Gallery 1968
Photo © Tate

L’exposition présente des œuvres de neuf femmes artistes dont l’œuvre occupe une position éminente dans l’histoire de l’art moderne depuis 1870 jusqu’à aujourd’hui. C’est l’époque où, pour la première fois, il devint possible à des femmes en Europe et en Amérique de développer une activité artistique professionnelle sur une large base.

Au centre de l’exposition figurent des artistes qui ont en commun leur intérêt pour la représentation d’êtres humains, le portrait dans ses différentes déclinaisons et l’autoportrait. La Française Berthe Morisot et l’Américaine Mary Cassatt, toutes deux actives dans les années 1870 et 1880 à Paris, qui était alors la capitale de la création artistique la plus avancée; l’Allemande Paula Modersohn-Becker de 1900 à 1907 entre la petite ville provinciale de Worpswede, dans le Nord de l’Allemagne, et la métropole parisienne; l’Allemande Lotte Laserstein de 1925 à 1933 dans le Berlin de la République de Weimar; la Mexicaine Frida Kahlo depuis la fin des années 1920 jusque vers 1950, à Mexico City, pendant la période mouvementée de la consolidation de la révolution mexicaine; l’Américaine Alice Neel depuis la fin des années 1920 jusqu’au début des années 1980, d’abord à Cuba, puis à Manhattan, de Greenwich Village au Upper West Side en passant par Spanish Harlem; Marlene Dumas, née en Afrique du Sud, qui a grandiau Cap au plus fort de l'Apartheid, et vit depuis 1976 à Amsterdam; en même temps l’Américaine Cindy Sherman à New York, pôle occidental d’une nouvelle génération d’artistes contemporains; et enfin l’Américaine Elizabeth Peyton depuis les années 1990, entre New York et l’Europe de l’Ouest.

L’exposition s’intéresse particulièrement au regard posé par ces artistes sur leurs environnements, tel qu’il s’exprime dans leurs portraits et leurs tableaux de figures. La réunion de certaines de ces œuvres permet de découvrir comment ce regard a changé entre 1870 et aujourd’hui et par quoi il se caractérise.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

02/02/21

Exposition Rodin / Arp, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Rodin / Arp
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
Jusqu'au 16 mai 2021

Auguste Rodin

AUGUSTE RODIN 
AU MILIEU DE SES OEUVRES  DANS LE PAVILLON DE L'ALMA 
À MEUDON, VERS 1902
Photo : Eugène Druet
© Musée Rodin, Paris

»Et ainsi la vérité de mes figures, au lieu d’être superficielle, sembla s’épanouir du dedans au dehors comme la vie même.« 
Auguste Rodin

»Nous ne voulons pas copier la nature. Nous ne voulons pas reproduire, nous voulons produire. Nous voulons produire comme une plante qui produit un fruit et ne pas reproduire.«
Hans Arp

Pour la première fois, une exposition muséale fait dialoguer AUGUSTE RODIN (1840–1917) et HANS ARP (1886–1966), mettant face à face l’oeuvre pionnier du grand réformateur de la sculpture du 19ème siècle finissant et l’oeuvre influent d’un des protagonistes majeurs de la sculpture abstraite du 20ème siècle. Les deux artistes possédaient une puissance d’innovation artistique et un goût pour l’expérimentation exceptionnels. Leurs oeuvres ont fortement marqué leur époque et ont conservé toute leur actualité.

Les créations d’Auguste Rodin et de Hans Arp illustrent de manière impressionnante et exemplaire des aspects fondamentaux du développement de la sculpture moderne. Auguste Rodin a ainsi introduit des idées et des possibilités artistiques radicalement nouvelles dont Hans Arp s’est saisi plus tard dans ses formes biomorphes, les faisant évoluer, les réinterprétant ou les contrastant. Il n’est à ce jour pas certain que Rodin et Arp se soient jamais rencontrés personnellement, mais leurs oeuvres présentent des liens de parenté artistique et de références communes, tout comme des différences, qui font de la confrontation de leurs créations singulières une expérience visuelle particulièrement éloquente.

L’exposition prend pour point de départ la sculpture de Hans Arp Sculpture automatique (Hommage à Rodin) de 1938 et son poème Rodin de 1952, hommages explicites au grand précurseur, qui illustrent aussi le vaste éventail créatif de Arp, allant de la sculpture à la poésie. Outre ces références explicites, le dialogue entre Rodin et Arp révèle aussi de nombreux autres liens, repères et préoccupations artistiques communs. L’exposition met ainsi en lumière des rapports de contenu et d’approche conceptuelle qui s’enracinent dans l’exploration de thèmes existentiels tels la création, la croissance, la transformation et la déchéance. Il en résulte des représentations de corps humains, animaux ou végétaux qui se fondent de manière nouvelle. On rencontre chez Auguste Rodin et chez Hans Arp une conception de la nature et de l’art toute singulière et pourtant comparable, qui met en avant le processuel et l’expérimental, et fait aussi du hasard un principe artistique. Les deux artistes s’intéressent à l’idée du vivant en tant que thème philosophique, auquel ils donnent corps dans des sculptures éclatantes de vitalité. Les sculptures de Rodin et de Arp, mouvementées et émouvantes, fascinent aussi par leur jeu de volumes sensuels, fluides et immaculés d’une part et de surfaces et de formes altérées et accidentées d’autre part, qui trouvent leur idéal dans le torse. L’articulation entre construction et déconstruction est aussi palpable dans le genre de l’assemblage, que Rodin introduit en sculpture et que Arp développe plus avant. Il apparaît aussi chez les deux artistes des liens dans la méthode, par exemple dans le transfert des figures d’un matériau à un autre, et dans leur réalisation à différentes échelles allant du petit format au monument. Leur attention porte aussi sur la présentation de leurs sculptures, en particulier sur le socle, que Rodin est le premier à remettre en question. Enfin, il existe entre Rodin et Arp des liens en termes de motifs, par exemple celui de l’ombre, de la main créatrice ou du vase en tant qu’objet et volume. Les deux artistes puisent pour cela souvent dans la littérature, par exemple la mythologie antique ou la Divine Comédie de Dante.

Réunissant environ 110 oeuvres de musées et de collections privées du monde entier, «Rodin / Arp» est l’une des expositions de sculpture les plus vastes présentées à ce jour par la Fondation Beyeler. Si l’exposition met l’accent sur les sculptures d’Auguste Rodin et de Hans Arp (y compris une sculpture d’extérieur monumentale dans le parc du musée), elle présente également des reliefs de Arp ainsi que des dessins et des collages des deux artistes.

L’exposition réunit des oeuvres emblématiques comme Le Penseur et Le Baiser de Rodin ou Ptolémée et Torse de Arp. Des oeuvres moins célèbres font apparaître d’autant plus clairement les liens artistiques qui unissent les deux artistes.

L'exposition a été conçue par la Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, en coopération avec le Arp Museum Bahnhof Rolandseck, Remagen, et organisée en collaboration avec le Musée Rodin, Paris. L’exposition est placée sous le commissariat de Dr. Raphaël Bouvier, commissaire d’exposition à la Fondation Beyeler.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

Du fait du COVID-19, la Fondation est fermée actuellement. Pensez à vérifier sur le site la date de réouverture.

20/07/20

Edward Hopper @ Fondation Beyeler, Riehen / Basel

Edward Hopper
Fondation Beyeler, Riehen / Basel
Jusqu'au 20 septembre 2020

EDWARD HOPPER (1882–1967) compte parmi les artistes majeurs du 20ème siècle. Connu en Europe principalement pour ses peintures à l’huile de scènes de la vie urbaine produites dans les années 1920 à 1960, dont certaines ont acquis une popularité exceptionnelle, jusqu’à présent ses paysages avaient reçu moins d’attention. Etonnamment, aucune exposition importante n’avait encore été consacrée au regard porté par Edward Hopper sur le paysage américain. La Fondation Beyeler présente une vaste exposition de paysages emblématiques à l’huile ainsi qu’une sélection d’aquarelles et de dessins. C’est par ailleurs la première fois qu’une exposition est consacrée à Edward Hopper en Suisse alémanique.

Edward Hopper est né à Nyack, New York. Après une formation en tant qu’illustrateur, il étudie la peinture à la New York School of Art jusqu’en 1906. Outre la littérature allemande, française et russe, ce sont surtout des peintres comme Diego Velázquez, Francisco de Goya, Gustave Courbet et Edouard Manet qui fournissent des points de repère importants au jeune artiste. Bien que Edward Hopper ait longtemps travaillé principalement en tant qu’illustrateur, sa célébrité repose surtout sur ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt profond pour la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Edward Hopper a en outre su développer à partir de ses observations une esthétique dont l’influence se fait sentir non seulement en peinture mais aussi dans la culture populaire, la photographie et le cinéma.

L’idée de cette exposition a germé lorsque Cape Ann Granite, peinture de paysage d’Edward Hopper datant de l’année 1928, a intégré la collection de la Fondation Beyeler en tant que prêt permanent. L’oeuvre a fait partie des décennies durant de la célèbre collection Rockefeller et date d’une époque à laquelle Hopper fait l’objet d’une attention croissante de la part de la critique, des commissaires d’exposition et du public. En 1929, il est notamment invité à participer à la deuxième exposition du Museum of Modern Art de New York intitulée Paintings by Nineteen Living Americans.

En histoire de l’art, le terme « paysage » signifie une image de la nature, par opposition à la « nature » elle même, toujours changeante, qui ne peut être fixée sous forme d’image. La peinture de paysage donne toujours à voir l’impact de l’homme sur la nature, ce que les peintures d'Edward Hopper reflètent de manière subtile et multiple. Il établit ainsi une approche distinctement moderne à un genre pictural traditionnel. A la différence de la tradition académique, les paysages d'Edward Hopper paraissent illimités; par la pensée, ils sont infinis et ne semblent toujours donner à voir qu’une petite partie d’un tout gigantesque.

Les paysages américains d'Edward Hopper sont des compositions géométriques claires. Les éléments principaux sont des maisons, symboles de la présence de l’homme. Des voies ferrées structurent les images à l’horizontale et incarnent l’ambition humaine de conquérir l’immensité du territoire. Un vaste ciel et des ambiances lumineuses particulières – lumière éclatante de midi et lueur du crépuscule – font apparaître l’immensité d’une nature en mutation permanente même dans une peinture en vérité statique. Un phare peut ainsi devenir un point de repère dans l’étendue de l’océan et de la côte.

Les peintures de paysage d'Edward Hopper donnent l’impression qu’il s’y agit en fait d’une chose invisible, qui se passe en dehors du tableau, ainsi que l’illustre par exemple sa toile Cape Cod Morning (1950): dans une fenêtre en baie, une femme au visage baigné de soleil scrute une chose qui demeure inaccessible au regard du spectateur parce qu’elle se situe en dehors de l’espace pictural. Les paysages visibles d'Edward Hopper ont toujours pour pendant des paysages invisibles et subjectifs, qui apparaissent à l’intérieur du spectateur. Comme toutes ses toiles, les paysages d'Edward Hopper sont empreints de mélancolie et de solitude. Il émane souvent d’eux une impression d’étrangeté et de menace. Edward Hopper montre aussi dans son oeuvre l’irruption parfois brutale de l’homme dans la nature, mettant en relation paysages naturels et paysages urbains. Edward Hopper a contribué de manière significative à établir la notion d’une Amérique mélancolique, marquée aussi par les faces sombres du progrès – un espace immense et sans limites, grandement popularisé en particulier par sa reprise et son développement au cinéma dans des oeuvres telles La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

Le cinéaste Wim Wenders a réalisé spécialement pour cette exposition un court-métrage 3D exceptionnel intitulé Two or Three Things I Know about Edward Hopper, projeté dans une salle dédiée. Ce film constitue l’hommage personnel de Wim Wenders à Edward Hopper, qui l’a marqué durablement et a influencé son oeuvre cinématographique. Wim Wenders a parcouru les Etats-Unis en quête de l’« esprit » d'Edward Hopper, condensant les prises ainsi obtenues en un film, dont la première a eu lieu lors du vernissage de l’exposition. Ce film montre de manière poétique et émouvante ce que le cinéma doit à Edward Hopper, mais aussi à quel point Edward Hopper a été influencé par le cinéma.

L’exposition réunit 65 oeuvres datant des années 1909 à 1965. Elle est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Whitney Museum of American Art, New York, dépositaire de la plus importante collection au monde d’oeuvres d’Edward Hopper.

Edward Hopper
EDWARD HOPPER
Ein neuer blick auf landschaft
Catalogue de l'exposition (en anglais ou en allemand)
© Fondation Beyeler, 2020

Le catalogue rassemble l'ensemble des peintures, aquarelles et dessins des années 1910 à 1960 présentés dans l'exposition, et les complète par des essais axés sur le thème de la représentation du paysage. Ce catalogue d'exposition comprend 148 pages avec 110 illustrations.

Related Post (in english): Edward Hopper. A–Z, Hatje Cantz Verlag, 2020, edited by Ulf Küster, curator.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101 - CH-4125 Riehen/Basel
fondationbeyeler.ch

16/02/15

Paul Gauguin, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Paul Gauguin 
Fondation Beyeler, Riehen/Bâle 
Jusqu'au 28 juin 2015 

Paul Gauguin (né en 1848 à Paris ; mort en 1903 à Atuona sur l’île d’Hiva Oa, Polynésie française), le peintre d’un monde exotique et radieux, doit sa place dans l’histoire de l’art à ses représentations somptueusement colorées des îles des mers du Sud. Ses oeuvres novatrices comptent parmi les icônes de l’art moderne. Par leurs couleurs « pures » et éclatantes et par leurs formes planes, elles ont révolutionné l’art et joué un rôle déterminant pour les artistes modernes de la génération suivante. Avant Gauguin, aucun artiste ne s’était consacré à une quête aussi acharnée du bonheur et de la liberté, tant dans sa vie que dans son art. C’est également une des raisons de son immense popularité, demeurée intacte jusqu’à ce jour.

Paul Gauguin
Autoportrait à la palette, vers 1893/94
Huile sur toile, 92 x 73 cm
Collection particulière

Paul Gauguin a déjà 35 ans quand il décide de renoncer à son existence de courtier en bourse et en assurances pour se consacrer entièrement à la peinture. Le bourgeois se transforme alors en bohème. Au cours de la petite vingtaine d’années qui suit, il produit une oeuvre d’une richesse et d’une diversité extrêmes, où peintures et sculptures côtoient dessins, gravures et écrits.

À travers des chefs-d’oeuvre uniques provenant des plus grands musées et des plus remarquables collections particulières du monde, l’exposition de la Fondation Beyeler se concentre sur la période de maturité de Gauguin, celle où l’artiste a trouvé son style personnel. Après les oeuvres novatrices réalisées en Bretagne, le parcours se poursuit par les célèbres tableaux qu’il peint en Polynésie d’abord à Tahiti, puis dans l’archipel des Marquises. Ce sont ces oeuvres qui font découvrir, mieux que toutes autres, les innovations formelles et la diversité de contenu du langage pictural expressif de Gauguin. Si la peinture unique de Gauguin occupe le centre de cette exposition, sa sculpture inspirée de la culture maohie se voit également accorder une place importante, un certain nombre d’oeuvres clés engageant ainsi un dialogue avec ses célèbres toiles. Sur le plan du contenu, l’accent est porté sur le traitement novateur de la figure et du paysage, lesquels entretiennent une interaction harmonieuse dans l’univers pictural de Gauguin.

Dégoûté par les milieux artistiques parisiens, Paul Gauguin décide d’explorer la Bretagne, plus proche de la nature, espérant y trouvant de nouvelles impulsions artistiques. Lors de son deuxième séjour dans le village breton de Pont-Aven, au début de 1888, il met au point son style personnel, dénommé « synthétisme ». Il y utilise des couleurs pures et lumineuses qui entretiennent de puissants contrastes, et juxtapose des formes clairement délimitées, accentuant la planéité du tableau. À la différence des impressionnistes, Gauguin ne cherche plus à reproduire la surface perceptible de la réalité : il se met en quête d’une vérité plus profonde, au-delà du visible. Un groupe d’artistes, connu sous le nom d’« École de Pont-Aven », se rassemble alors autour de lui. En Bretagne, Gauguin peint des paysages idylliques et des scènes de la vie rurale, des représentations sacrées véritablement novatrices et des autoportraits complexes, qui révèlent l’artiste sous diverses facettes.

Paul Gauguin
La Vision du sermon, 1888
Huile sur toile, 72,2 x 91 cm
Scottish National Gallery, Édimbourg

Toujours en quête d’authenticité et bien décidé à poursuivre sa démarche artistique, Paul Gauguin décide d’émigrer à Tahiti en 1891. Il croit trouver sur cette île du Pacifique un paradis tropical intact, où il pourra se développer librement en tant qu’artiste. Mais il constate rapidement que la réalité tahitienne est loin de correspondre à ses images idéalisées ; en effet, la colonisation et la christianisation ont déjà largement détruit le « paradis » qu’il espérait trouver. Gauguin cherche à compenser cette déception à travers son art, dans lequel il célèbre la beauté exotique rêvée des paysages polynésiens et de leur population indigène dans des toiles aux couleurs somptueuses et dans des sculptures remarquablement expressives, s’inspirant également des mythes et du langage iconographique des peuples océaniens.

Paul Gauguin
Aha oe feii?, 1892
Eh quoi! tu es jalouse?
Huile sur toile, 66 x 89 cm
Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Photo : © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Des raisons financières et des problèmes de santé obligent Paul Gauguin à quitter Tahiti en 1893 pour regagner la France. Cependant, le public parisien ne lui accordant pas le succès espéré, il décide de regagner Tahiti dans le courant de l’été 1895. Il y réalise de nouvelles oeuvres marquantes dans lesquelles il célèbre son image idéale d’un monde intact et en même temps mystérieux, accédant ainsi à une perfection suprême. Accablé par les difficultés de l’existence et par son état de santé délabré, et désespéré par la mort prématurée de sa fille Aline, Gauguin fait une tentative de suicide dont les conséquences le feront longtemps souffrir. Pendant ce temps, le monde artistique commence enfin à prêter attention à son oeuvre, ce qui lui permet de conclure en 1900 avec le galeriste parisien Ambroise Vollard un contrat lui assurant un certain revenu.

Paul Gauguin se sent de moins en moins à l’aise à Tahiti : il trouve l’île trop européenne et la vie y est devenue trop chère. Il recherche également de nouvelles impressions artistiques. Il se rend alors en 1901 sur l’île d’Hiva Oa dans l’archipel des Marquises, à 1500 kilomètres de Tahiti, et qui passe pour plus sauvage encore. Malgré sa santé délabrée, sa profonde désillusion et des déconvenues de toutes sortes, il réalise encore au cours de ce deuxième séjour dans le Pacifique des oeuvres qui célèbrent la richesse culturelle et la beauté naturelle de la Polynésie dans une perfection suprême allant jusqu’à la transfiguration. Aux Marquises, comme il l’avait déjà fait à Tahiti, Gauguin prend également fait et cause pour la population indigène, ce qui lui vaut des démêlés avec l’administration coloniale, qui aboutissent à sa condamnation à une amende et à une peine de prison. Avant que ce jugement ait pu être appliqué, Paul Gauguin meurt, le 8 mai 1903, à 54 ans, malade, solitaire et démuni sur l’île d’Hiva Oa, où sa tombe se trouve encore aujourd’hui.

Associant sérénité rayonnante et sombre mélancolie, les tableaux de Paul Gauguin sont tout à la fois séduisants et énigmatiques. Ils nous livrent un récit fascinant de l’aspiration à un paradis terrestre perdu, d’une vie d’artiste tragique, mouvementée, toujours en voyage entre les cultures, déterminée par la joie et le désespoir, la passion et l’esprit d’aventure. Tiraillé entre une utopie rêvée et la dure réalité, Gauguin était sans doute condamné à l’échec, mais son refus de tout compromis et la singularité absolue de son oeuvre  ont fait de lui un mythe intemporel.

Cette exposition a pu être réalisée grâce à l’exceptionnel soutien de : Hansjörg Wyss, Wyss Foundation, Beyeler-Stiftung, Walter Haefner Stiftung, L. + Th. La Roche Stiftung, Novartis, Stavros Niarchos Foundation, Dr. Christoph M. et Sibylla M. Müller

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel
www.fondationbeyeler.ch

15/02/15

Peter Doig, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Peter Doig
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
Jusqu'au 22 mars 2015

Peter Doig est chez lui dans de nombreux univers. Né à Edimbourg en 1959, il n’avait que deux ans quand sa famille est partie pour Trinidad avant de déménager une nouvelle fois cinq ans plus tard, au Canada, cette fois. Aujourd’hui, Doig partage sa vie entre Trinidad, Londres et New York, tout en enseignant à la Kunstakademie de Düsseldorf. C’est un artiste extrêmement polyvalent, qui maîtrise différentes techniques et multiplie les expériences, notamment dans son oeuvre gravée. Ses toiles, généralement de grand format, séduisent par la densité de leur atmosphère en même temps que par l’intensité de leurs couleurs et de leur luminosité. Peu d’artistes contemporains savent aussi bien que Peter Doig jeter un pont entre l’art moderne et l’art contemporain tout en anticipant l’avenir.

Peter Doig est particulièrement à l’écoute des sensibilités de notre monde, qu’il exprime à travers son art. Dans ses tableaux, le temps paraît s’écouler à un autre rythme que dans la vie réelle, il semble se dérouler plus lentement, s’arrêter même, se rapprochant ainsi du rêve, de l’hallucination, de la méditation ou des effets spéciaux du cinéma. Cette impression est encore renforcée par les différents états de fluidité qu’adopte sa peinture. De même, ce qui se passe dans les tableaux de Doig n’est pas facile à définir temporellement. Le rapport au présent s’estompe dans la déperdition de soi des personnages, dans le jeu des reflets dans l’eau et dans l’intemporalité de la nature.

Le plus souvent, les idées picturales de Peter Doig se rattachent à des fragments de notre présent : photographies de famille, coupures de presse, images de films. Ceux-ci donnent l’impulsion à des toiles qui réalisent un collage si habile d’éléments qu’il en résulte une composition cohérente et pleine de tension, se dérobant à toute tentative d’élucidation. Ses toiles, aux dimensions souvent imposantes, créent une impression à la fois familière et mystérieuse, tout en restant indécises, évoquant des séquences oniriques ou cinématographiques concentrées.

Les oeuvres de Peter Doig sont autant d’expéditions fantastiques dans un monde merveilleux. La nature qui s’y épanouit en couleurs somptueuses est peuplée de créatures étranges humains, figures de carnaval ou êtres fabuleux. Malgré cette beauté ensorcelante et cette mélancolie onirique, il ne s’agit pas ici de l’ébauche d’un Paradis. Partout se dissimulent des ombres et des abîmes, en même temps que la solitude, le lugubre, le danger, la peur et l’égarement qui menacent les individus dans leur prétendue idylle. Cet art associe étroitement réalité et absurde, et l’on y perçoit parfois le frémissement sous-jacent d’un souffle d’ironie typiquement britannique. La peinture aussi mystérieuse que magistrale de Peter Doig en fait l’un des artistes les plus intéressants de notre temps.

Peter Doig est parfaitement conscient de la grande tradition dans laquelle il s’inscrit : il se réfère à des peintres tels que Gustave Courbet, Edvard Munch, Pierre Bonnard, Francis Bacon et plus particulièrement encore Paul Gauguin, la représentation de paysages tropicaux n’étant pas le seul point commun qui le lie à ce dernier. La profonde connaissance qu’il a de cet héritage pictural se révèle notamment dans la composition de ses tableaux, le choix des couleurs ou ses techniques picturales. Ce qui n’empêche pas Doig d’être fermement ancré dans le présent.

L’exposition de la Fondation Beyeler présente un choix d’oeuvres réalisées par l’artiste entre 1989 et 2014. Cet aperçu de la création de Peter Doig n’est pas ordonné chronologiquement mais en fonction de centres d’intérêt, le traitement de la couleur, tout à la fois moyen esthétique et matériau, occupant en l’occurrence le premier plan.

Le parcours s’ouvre sur ses tableaux emblématiques et nostalgiques de mondes exotiques, dont les représentations de canoë constituent des illustrations exemplaires. Ses tableaux reproduisant une peinture murale et construits de manière géométrique et tectonique nous rappellent que peindre, c’est travailler avec la surface du fond pictural. Les oeuvres dominées par le traitement de la couleur blanche dépassent la représentation de scènes hivernales. Ce sont également des tentatives pour débattre avec sa propre existence, « pour comprendre ce que vivre dans son propre univers de représentation veut dire », comme l’a formulé Doig à propos de l’oeuvre centrale qu’est Blotter (1993). Le blanc, qui se pose tel un rideau sur un fond qui n’est que partiellement visible, fait l’effet d’une trame empêchant le spectateur de se repérer dans l’image.

Les très célèbres tableaux de la série Concrete Cabin de la première moitié des années 1990 constituent peut-être un des meilleurs regards rétrospectifs peints sur l’art moderne : le spectateur a l’impression d’observer à travers l’écran d’une forêt, autrement dit d’une structure naturelle, la structure technique de la modernité architecturale, l’« Unité d’Habitation » de Le Corbusier à Briey, en Lorraine.

Des représentations d’apparitions quasi spectrales, constituées de différentes couches de couleur diluée et dont l’effet est absolument monumental (Man Dressed as Bat, 2007), sont placées en vis-àvis de travaux plus récents, dont l’intensité chromatique est encore accrue. (Spearfishing, 2013). En outre, l’oeuvre gravée expérimentale de Doig est ici présentée pour la première fois dans le cadre d’une exposition. Ces créations revêtent une fonction majeure dans son processus de travail, dans la mesure où elles naissent souvent avant les peintures proprement dites. Doig teste dans ces estampes les différentes ambiances qu’il cherche à transmettre dans ses grands formats. Le tableau achevé constitue ainsi en quelque sorte le dernier état d’une estampe.

Peter Doig est un homme d’une infinie curiosité, qui associe ses souvenirs d’observations personnelles à des archives photographiques considérables comprenant aussi bien des scènes de tous les jours que des innovations esthétiques. Observations quotidiennes, archives iconographiques et expérience pratique à l’atelier : ces trois voies d’exploration se fondent dans l’art de Doig. Sa curiosité lui inspire d’étranges expériences visuelles : il recouvre ainsi des couleurs éclatantes de lasures sombres, noirâtres (Concrete Cabin, 1991/92) ou applique de fines couches blanches, qui assourdissent paradoxalement l’atmosphère générale de la toile (Ski Jacket, 1994).

Peter Doig est un observateur incroyablement concentré, et souvent ironique : en tant qu’auteur de ses inventions visuelles, il y occupe évidemment une position centrale. Ce qui ne l’empêche pas de se poser en même temps en spectateur étranger, en marge, ouvert aux effets de surprise que recèle la couleur diluée par des solvants ou épaissie en une pâte couvrante. Il suit le déplacement du centre optique, tout en le gouvernant : il accorde une attention égale au « caractère » d’une figure, aux dessins muraux décoratifs ou aux voiles lumineux végétaux et atmosphériques, qui prêtent à ses environnements picturaux des qualités tout à fait singulières.

Peter Doig remarque que la réaction sensorielle, instinctive même, à telle ou telle toile peut varier selon les personnes, car la contemplation d’une peinture est un processus complexe qui ne se limite pas à une action unique : « Dans les peintures – par opposition aux images, quoi que puisse être une image – il me semble que regarder, regarder à travers (« looking-through ») et mettre au point sont absolument essentiels [de la part du spectateur] » Le peintre souligne que ce qui compte pour lui, ce n’est pas « peindre quelque chose de figé mais représenter le mouvement de l’oeil. L’oeil ne voit jamais une “image immobile”. »

En raison de son aspect primaire de sa « matérialité » fondamentale, la sphère de sensation de la peinture s’étend au-delà de chaque image, et même au-delà des images technologiquement au point et diffusées à l’infini de notre temps. Après des milliers d’années d’histoire, la peinture conserve un lien originel avec toute la gamme des sentiments humains, de l’intelligence et de l’évolution de l’homme. Quant à nous, spectateurs, nous perdons le fil narratif en regardant ses oeuvres. Nous perdons notre place dans la culture, notre monde de significations secondaires, détournées, même si nous conservons les bases de l’association conceptuelle. Cette perte est un gain : nous gagnons l’accès à l’expérience originelle, quand bien même celle-ci continue à se dérober à notre connaissance.

Peter Doig réalise spécifiquement pour cette exposition et pour la Salle Renzo Piano de la Fondation Beyeler une peinture murale monumentale avec la collaboration de ses élèves. Elle repose sur House of Pictures (Carrera) de 2004, une oeuvre qui traite du thème de la vision ou ouvre des aperçus imaginés sur un monde imaginé avec, à l’arrière-plan, la silhouette de l’île prison de Carrera, située au large de Trinidad.

La Fondation Beyeler remercie Steven A. and Alexandra M. Cohen Foundation; David Teiger; LUMA Foundation; Max Kohler Stiftung; Tarbaca Indigo Foundation; Noam Gottesmann et Walter Haefner Stiftung pour leur généreuse contribution à l’exposition.

PETER DOIG
Catalogue de l'exposition

A l’occasion de l’exposition « Peter Doig », la Fondation Beyeler publie un catalogue en allemand et en anglais avec un tiré à part en français. L’édition commerciale est éditée par Hatje Cantz Verlag, Ostfildern. Ce catalogue abondamment illustré contient des contributions d’Ulf Küster et de Richard Shiff. 176 pages, 177 reproductions, Prix : 62.50 CHF (ISBN 978-3-7757-3868-2, édition anglaise : 978-3-7757-3869-9). 

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel