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25/06/25

Vija Celmins @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Vija Celmins
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
15 juin – 21 septembre 2025

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Snowfall #1 (Chute de neige #1), 2022-2024
Huile et alkyde sur lin, 132 x 184 cm 
Glenn and Amanda Fuhrman Collection, New York City, États-Unis 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Aaron Wax, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Astrographic Blue (Bleu astrographique), 2019-2024
Huile sur toile, 50 x 33 cm 
Matthew Marks Gallery
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Aaron Wax, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Web #1) [Sans titre (Toile #1)], 1999
Fusain sur papier, 56,5 x 64,9 cm, Tate, 
ARTIST ROOMS, Londres, Royaume-Uni 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Tate

La Fondation Beyeler présente l’une des plus importantes expositions personnelles jamais consacrées à l’artiste américaine VIJA CELMINS (*1938, Riga) en Europe. Connue pour ses peintures et ses dessins envoûtants de galaxies, de surfaces lunaires, de déserts et d’océans, Vija Celmins nous invite à ralentir, à observer de près et à nous immerger dans les surfaces captivantes de ses œuvres. Telles des toiles d’araignée, elles nous happent et nous incitent à contempler les tensions entre surface et espace, proximité et distance, immobilité et mouvement. Organisée en étroite collaboration avec l’artiste, l’exposition réunit environ 90 œuvres, principalement des peintures et des dessins, de même qu’un petit nombre de sculptures et d’œuvres graphiques.

Née à Riga (Lettonie) en 1938, Vija Celmins fuit son pays natal en 1944 avant d’émigrer avec sa famille aux États-Unis en 1948. Elle grandit à Indianapolis puis part suivre des études d’art à Los Angeles, avant de s’installer au Nouveau-Mexique, à New York et enfin à Long Island, où elle vit et travaille aujourd’hui. Son travail, tenu en très haute estime, est prisé tant par les musées que par les collections privées de tout premier plan. Cependant, les occasions de face-à-face approfondi avec ses œuvres sont extrêmement rares, dû entre autres au fait qu’au fil de sa carrière l’artiste n’a réalisé qu’environ 220 peintures, dessins et sculptures. Vija Celmins a toujours travaillé à son propre rythme, refusant de se plier aux courants dominants du monde de l’art et maintenant une attention résolue à sa pratique minutieuse.

L’exposition propose un aperçu très complet d’une carrière remarquable qui s’étend sur six décennies, présentant des ensembles soigneusement sélectionnés de peintures, de dessins, d’œuvres graphiques et de sculptures. S’ouvrant sur une sélection d’importantes peintures d’objets du quotidien datant des années 1960, l’exposition culmine avec une salle de magistrales peintures récentes de neige tombant d’un ciel nocturne, qui évoquent tout le mystère du cosmos.

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Lamp #1 (Lampe #1), 1964
Huile sur toile, 62,2 x 88,9 cm
Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
Photo: Aaron Wax 

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Clouds (Nuages), 1968
Graphite sur papier, 34,9 x 47 cm
Collection Ayea + Mikey Sohn, Los Angeles
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery
Photo: McKee Gallery, New York

L’exposition débute avec les peintures réalisées par Vija Celmins de 1964 à 1968, lorsqu’elle vivait dans un atelier sur Venice Beach à Los Angeles. À la différence de nombreux·ses artistes travaillant dans la ville dans les années 1960, Vija Celmins n’était pas attirée par la lumière et les couleurs éclatantes de Californie. Son univers personnel était principalement d’ordre intérieur. En 1964, elle réalise un ensemble de tableaux représentant chacun un objet ou un appareil du quotidien, parmi eux une assiette, un radiateur, une plaque chauffante et une lampe. Inspirée par les œuvres de Giorgio Morandi et Diego Velázquez vues lors d’un voyage en Italie et en Espagne en 1962, et prenant ses distances avec les couleurs vives du pop art, elle utilise une palette sourde de bruns et de gris, agrémentée d’occasionnels éclairs de rouge électrique.

Pendant les deux années suivantes, de 1965 à 1967, Vija Celmins réalise plusieurs peintures basées sur des images de la Seconde Guerre mondiale et d’autres conflits trouvées dans des livres et des magazines ; des bombardiers suspendus dans un ciel gris ou écrasés au sol, un homme en feu s’enfuyant d’une voiture embrasée, les émeutes raciales de Los Angeles en couverture du magazine Time. Silencieux et statiques, ces tableaux inquiétants évoquent à la fois la mémoire de la guerre et une réalité plus récente, dans laquelle l’omniprésence des images produit un effet de distanciation.

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Big Sea #2) [Sans titre (Grand océan #2)], 1969
Graphite sur fond acrylique sur papier, 85,1 x 111,8 cm
Collection privée
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Untitled (Coma Berenices #4) 
[Sans titre (Coma Berenices #4))], 1973
Graphite sur fond acrylique sur papier, 31,1 x 38,7 cm 
UBS Art Collection 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

Vija Celmins Art
Vija Celmins
Untitled (Regular Desert) 
[Sans titre (Désert régulier)], 1973
Graphite sur fond acrylique sur papier, 30,5 x 38,1 cm 
Collection privée 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery, 
Photo: Kent Pell

Vija Celmins Art
Vija Celmins 
Desert Surface #1 ( Surface du désert #1), 1991
Huile sur bois, 45,7 x 54,9 cm 
Mary Patricia Anderson Pence 
© Vija Celmins, Courtesy Matthew Marks Gallery

De 1968 à 1992, Vija Celmins se consacre presque exclusivement au dessin. Elle continue de travailler à partir de photographies, trouvées dans des livres et des magazines ou prises par elle-même. Ses sujets sont les nuages ainsi que la surface de la lune, du désert et de l’océan. Elle commence avec un ensemble de dessins de paysages lunaires basés sur des images prises à la fin des années 1960 par les sondes lunaires américaines, qui rapportent dans les foyers de nombreux·ses habitant·e·s de la planète des gros plans d’un lieu jusqu’alors inaccessible. En 1973 s’ensuivent de premiers dessins de galaxies basés sur des images des télescopes de la NASA. Ces photographies incitent Vija Celmins à créer des images qui transforment en expérience visuelle la tension entre la profondeur de ces espaces et la surface de l’image – un élan qui anime encore et toujours son travail.

Pendant ses années de résidence à Los Angeles, Vija Celmins arpente les déserts de Californie, du Nevada et du Nouveau-Mexique, où elle réside également plusieurs mois. Fascinée par ces paysages démesurés, elle commence à représenter par le dessin le silence et la sensation de temps suspendu qui les caractérisent. Vers la fin des années 1970, Vija Celmins crée une sculpture qui donne une forme nouvelle à sa confrontation avec la réalité. To Fix the Image in Memory I-XI, 1977–1982, comprend onze pierres différentes ramassées dans le désert du Nouveau-Mexique, présentées côte à côte avec leurs doubles ; onze copies de bronze, peintes de telle manière que l’original et sa réplique puissent à peine être distingués à l’œil nu.

Les images de Vija Celmins sont basées sur des photographies ou, dans le cas de ses rares sculptures, sur des objets servant de modèles. Celmins use de ces matrices comme d’un outil, qui lui permet de ne pas avoir à se soucier de questions de composition et de cadrage. Cependant, elle ne réalise pas de copie d’un original ; il ne s’agit pas de photoréalisme. On pourrait plutôt dire que Vija Celmins recrée ou reconstitue l’original. Ses images sont construites d’innombrables couches de graphite ou de fusain sur papier et de peinture à l’huile sur toile. C’est comme si Vija Celmins cherchait à saisir et à tracer l’inconcevable immensité à la main. Ceci apparaît tout particulièrement dans ses nombreuses peintures de ciels nocturnes étoilés, un motif qui fascine Vija Celmins depuis ses débuts.

En 1992, Vija Celmins tombe sur des illustrations de toiles d’araignée dans un livre. Attirée par leurs fils fragiles et leurs formes concentriques, elle réalise un ensemble de peintures et de dessins au fusain. Cette exploration se poursuit avec des peintures d’objets aux surfaces texturées ; la couverture d’un livre japonais, l’émail craquelé d’un vase coréen, la surface éraflée d’ardoises dénichées dans des brocantes à Long Island, la forme grêlée d’un coquillage travaillé par l’érosion – chacune de ces peintures proposant une méditation exquise sur le passage du temps.

Dans la dernière salle de l’exposition, cette méditation se poursuit avec les tableaux les plus récents de Veja Celmins, qui sont parmi les plus vastes qu’elle ait jamais réalisés. Basés sur des photographies de flocons de neige illuminés dans un ciel nocturne, ils véhiculent un sens profond de silence et de révérence émerveillée.

Pour accompagner l’exposition, la Fondation Beyeler présente « Vija », un court-métrage des cinéastes de renom Bêka & Lemoine. En 30 minutes, le film dessine un portrait tout en spontanéité de l’artiste, qui partage ses réflexions sur la pratique de toute une vie, ouvrant les portes de son atelier et les tiroirs de ses archives. Le portrait entraîne les spectatrices et les spectateurs dans un voyage au fil des formes, des images et des pensées qui nourrissent la sensibilité incomparable de Vija Celmins.

L’exposition « Vija Celmins » est placée sous le commissariat de Theodora Vischer, Chief Curator de la Fondation Beyeler, et de l’écrivain et commissaire d’exposition James Lingwood.

Un catalogue richement illustré, réalisé sous la direction de Theodora Vischer et James Lingwood pour la Fondation Beyeler et conçu par Teo Schifferli, est publié au Hatje Cantz Verlag, Berlin. Sur 208 pages, il réunit « Notes » de Vija Celmins et de brèves contributions de Julian Bell, Jimena Canales, Teju Cole, Rachel Cusk, Marlene Dumas, Katie Farris, Robert Gober, Ilya Kaminsky, Glenn Ligon et Andrew Winer, avec une introduction de James Lingwood.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen

12/04/25

Ruth Asawa: Retrospective Exhibition @ SFMOMA, San Francisco - MoMA, NYC - Guggenheim Bilbao - Fondation Beyeler

Ruth Asawa: Retrospective
San Francisco Museum of Modern Art
April 5 – September 2, 2025

The San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA) presents Ruth Asawa: Retrospective, the first major national and international museum retrospective of the groundbreaking work of RUTH ASAWA (1926–2013). Premiering at SFMOMA, this first posthumous retrospective features the entire spectrum of the artist’s awe-inspiring practice. Sculpture, drawings, prints, paintings, design objects and archival material from US-based public and private collections offer an in-depth look at her expansive output and its inspirations, exploring the ways her longtime San Francisco home and garden served as the epicenter of her creative universe, and highlighting the ethos of collaboration and inclusivity that informed her numerous public sculpture commissions and unwavering dedication to arts advocacy.
Ruth Asawa: Retrospective is deeply aligned with SFMOMA’s vision to be both local and global—presenting Bay Area artists with profound significance that also have the potential to be highly impactful and relevant on an international scale,” said Christopher Bedford, Helen and Charles Schwab Director of SFMOMA. “This exhibition provides an opportunity to celebrate the legendary Ruth Asawa, who was both a widely acclaimed artist and a hometown inspiration whose impact can be very much felt today.”
Ruth Asawa: Retrospective features more than 300 works spanning six decades of the artist’s career, engaging in the full range of materials and techniques that Asawa employed. Her signature looped-wire sculptures shares gallery space with lesser-known works in other mediums that supply valuable insight into the interconnectedness and relentlessly experimental nature of her artistic vision. In addition to Asawa’s own work, the exhibition includes a select number of works by peers and mentors with whom Ruth Asawa engaged in creative dialogue including Josef Albers, Imogen Cunningham, Buckminster Fuller, Ray Johnson, Hazel Larsen Archer, Merry Renk and Marguerite Wildenhain.

Ruth Asawa: Retrospective is an exhibition partnership between SFMOMA and The Museum of Modern Art, New York (MoMA) and co-curated by Janet Bishop, Thomas Weisel Family Chief Curator and Curator of Painting and Sculpture, SFMOMA and Cara Manes, Associate Curator, Department of Painting and Sculpture, MoMA.
“It is an immense privilege to present the full range of Ruth Asawa’s life’s work through this retrospective,” said Janet Bishop. “Not only was Asawa an exceptionally talented artist—among the most distinguished sculptors of the 20th century and a major contributor in so many other mediums—but she lived her values in everything she did, modeling the importance of the arts and opening up creative opportunities for others at every turn.”
RUTH ASAWA RETROSPECTIVE 
EXHIBITION HIGHLIGHTS

Ruth Asawa: Retrospective unfolds across more than 14,000 square feet in the Barbara and Gerson Bakar and Mimi and Peter Haas Galleries on SFMOMA’s fourth floor. Following a loosely chronological arc, a dozen sections present Asawa’s extensive body of work within the unfolding narrative of her life and career.

Ruth Asawa was born in Norwalk, California, in 1926 and raised on a farm. In 1942, the teenage Asawa and her family were unjustly displaced to incarceration camps, along with many other people of Japanese descent, in the wake of Executive Order 9066. After the end of World War II, Asawa enrolled in the experimental Black Mountain College near Asheville, North Carolina. The opening gallery of the exhibition will highlight her highly generative studies at the college from 1946 to 1949. With the encouragement of Black Mountain College teachers including Josef Albers, Buckminster Fuller and Max Dehn, Asawa flourished, creating drawings with undulating lines, repeating patterns and studies of positive and negative space that would resonate in later work. This gallery also features Asawa’s 1947 trip to Toluca, Mexico, during which she learned a looped-wire technique used for basketry that would prove fundamental to her sculptural practice of the following decade and beyond.

In 1949, Ruth Asawa moved from North Carolina to San Francisco—the city she would call home for the rest of her life—and exhibited at SFMOMA (then the San Francisco Museum of Art) for the first time. A gallery devoted to the 1950s in San Francisco will reveal a decade of tremendous productivity, including the development of the artist’s signature innovation—hanging looped-wire sculptures with forms within forms and interlocking lobes, no two alike—that she exhibited locally, nationally and internationally. An adjacent gallery will include Asawa’s designs for commercial projects including fabric patterns and wallpaper.

In 1962, Ruth Asawa received the gift of a desert plant that inspired her next major body of work: tied-wire sculptures, some wall-mounted, some suspended and some displayed directly on the floor. A gallery focused on nature will examine the artist’s deep affinity with the organic world and its relationship to her practice in both two and three dimensions.

In a shift in register from the unfolding of Asawa’s artistic innovations across time, the exhibition features a gallery evoking the Noe Valley home and studio that was the hub of the artist’s creative and family life for more than half a century, from the early 1960s until her passing in 2013. This section reconvenes a grouping of wire sculptures of various forms and sizes that Asawa is known to have hung from the rafters in her living room, as well as a selection of the artist’s sketchbooks and examples of her material experiments in clay, copper, electroplating and bronze. Highlights of the space are Asawa’s original hand-carved redwood doors from the house and works she displayed by other artists, including Josef Albers, Ray Johnson, Peggy Tolk-Watkins and Marguerite Wildenhain.

Another section spanning several decades features the artist’s miniatures: a dozen of her tiniest wire sculptures—the smallest measuring just over one inch in diameter—that are installed in cases that invite close looking. The continued inspiration of the artist’s garden is revealed in a final gallery featuring a stunning array of Asawa’s late drawings of plants, bouquets and flowers produced during the 1990s and early 2000s.

Throughout the retrospective, Asawa’s contemporaneous arts advocacy and public sculpture practice from the 1960s forward are highlighted. Video, photographs, maquettes and archival materials  illuminate Asawa’s fountains at San Francisco’s Ghirardelli Square (Andrea, 1968); Union Square (San Francisco Fountain, 1973); and Bayside Plaza, Embarcadero (Aurora, 1986), as well as projects connected to Japanese American incarceration in San Jose (Japanese American Internment Memorial, 1990–94) and at San Francisco State University (Garden of Remembrance, 2000-02).

RUTH ASAWA RETROSPECTIVE 
EXHIBITION VENUES + DATES 2025 - 2027

SFMOMA: April 5–September 2, 2025

MoMA, NY: October 19, 2025–February 7, 2026

Guggenheim Bilbao: March 20–September 13, 2026

Fondation Beyeler: October 18, 2026–January 24, 2027

RUTH ASAWA RETROSPECTIVE - CATALOGUE

Ruth Asawa Restrospective Catalogue
Ruth Asawa: Retrospective
Edited by Janet Bishop and Cara Manes
Published by SFMOMA / Yale University Press
336 Pages, 9.37 x 12.70 in, 325 color + b-w illustrations
Hadcover - IBSN: 9780300278859
Published: April 2025
An extensively illustrated 336-page catalogue published by SFMOMA in association with Yale University Press accompanies the exhibition. Texts on key aspects of Asawa’s art and creative practice contextualize this visual survey. Lead essayists include Anne Anlin Cheng, Janet Bishop, Cara Manes, and Jennie Yoon and Marci Kwon. Additional contributors include Genji Amino, Isabel Bird, Caitlin Haskell, Charlotte Healy, Corey Keller, Ruth Ozeki, Marin Sarvé-Tarr, Jeffrey Saletnik and Dominika Tylcz.
RUTH ASAWA RETROSPECTIVE - ORGANIZATION

Ruth Asawa: Retrospective is an exhibition partnership between the San Francisco Museum of Modern Art (SFMOMA) and The Museum of Modern Art, New York (MoMA). The exhibition is co-curated by Janet Bishop, Thomas Weisel Family Chief Curator and Curator of Painting and Sculpture, SFMOMA; and Cara Manes, Associate Curator, Department of Painting and Sculpture, MoMA; with Marin Sarvé-Tarr, Assistant Curator, and William Hernández Luege, Curatorial Associate, Painting and Sculpture, SFMOMA; and Dominika Tylcz, Curatorial Assistant, Department of Department of Painting and Sculpture, MoMA.

SFMOMA - SAN FRANCISCO MUSEUM OF MODERN ART
151 Third Street, San Francisco, CA 94103

14/06/23

Exposition Basquiat. The Modena Paintings @ Fondation Beyeler, Riehen/Bâle

Basquiat. The Modena Paintings
Fondation Beyeler, Riehen/Bâle
11 juin – 27 août 2023

13 ans après la grande rétrospective qu’elle avait consacrée à Jean-Michel Basquiat, la Fondation Beyeler accueille une nouvelle fois l’œuvre de l’artiste new-yorkais. Elle présentera les « Modena Paintings », huit toiles de grand format que Jean-Michel Basquiat a peintes en 1982 dans la ville italienne de Modène pour un projet d’exposition qui n’a finalement jamais vu le jour. Plus de 40 ans plus tard, la Fondation Beyeler réunit pour la première fois ces chefs-d’œuvre, aujourd’hui détenus dans des collections privées aux États-Unis, en Asie et en Suisse, parmi eux plusieurs des œuvres les plus célèbres et les plus chères de Jean-Michel Basquiat.

Jean-Michel Basquiat (1960–1988) compte parmi les artistes majeurs du XXe siècle finissant. Au début des années 1980, il accède en peu de temps à une notoriété internationale, alors que la peinture figurative connaît une renaissance. Jean-Michel Basquiat, une des personnalités les plus magnétiques du monde de l’art, débute dans l’underground new-yorkais en tant que poète graffeur et musicien avant de se consacrer pleinement à l’art. Sa peinture hautement expressive et débordante d’énergie lui vaut rapidement l’admiration du milieu. Âgé de seulement 21 ans, il est le plus jeune artiste invité à participer à la Documenta 7 qui se tient à Kassel en été 1982. Encouragé par Andy Warhol, il devient une véritable célébrité artistique, fêtée dans le monde entier. Fils d’un père haïtien et d’une mère dont les parents venaient de Porto Rico, il est le premier artiste noir à percer dans un milieu artistique dominé par des protagonistes blancs·ches. Outre Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat collabore avec Keith Haring, Francesco Clemente, Debbie Harry et d’autres artistes et musicien·ne·s. Jusqu’à son décès soudain en août 1988, il produit en moins d’une décennie un vaste œuvre comptant plus de 1’000 tableaux et objets ainsi que 3’000 œuvres sur papier.

Après l’âge d’or de l’art conceptuel et de l’art minimal dans les années 1960 et 1970, Jean-Michel Basquiat parvient à imposer un nouveau langage visuel figuratif et expressif. Ses oeuvres, peuplées de personnages évoquant ceux des bandes dessinées, de silhouettes de squelettes, d’objets étranges du quotidien et de slogans poétiques sont puissantes et somptueusement colorées. Elles font converger des motifs issus de la culture pop et de l’histoire culturelle, entre autres des domaines de la musique et du sport, ainsi que des thèmes politiques et économiques, pour aboutir à des commentaires critiques de la société de consommation et de l’injustice sociale, en particulier du racisme.

La première exposition personnelle de Basquiat se tient en 1981 à la Galleria d’Arte Emilio Mazzoli à Modène, à l’époque encore sous le pseudonyme SAMO© qu’il inscrivait à la bombe aérosol sur les wagons et les parois du métro new-yorkais et qui datait de sa collaboration avec le graffeur Al Diaz. Le jeune artiste avait capté l’attention du galeriste italien Emilio Mazzoli quelques mois auparavant dans l’exposition collective « New York / New Wave » organisée par Diego Cortez au P.S. 1 Contemporary Art Center (aujourd’hui MoMA PS1) à Long Island City. Emilio Mazzoli avait alors mis à la disposition de Jean-Michel Basquiat un espace de travail et du matériel pour lui permettre de créer de nouvelles oeuvres. Au début de l’été 1982, à l’invitation de Mazzoli, Jean-Michel Basquiat retourne à Modène pour sa première exposition européenne sous son vrai nom.

À Modène, Emilio Mazzoli dispose d’un entrepôt qui sert aux artistes de passage pour travailler. Ainsi, plusieurs années durant Mario Schifano séjourne régulièrement à Modène pour y peindre. Lorsque Jean-Michel Basquiat arrive, il tombe sur plusieurs reliquats du travail de Schifano : outre des tableaux achevés, il trouve aussi des toiles apprêtées et des toiles vierges. Attiré par leurs dimensions exceptionnelles, il les utilise pour ses propres tableaux. Il produit ainsi un groupe d’oeuvres de chacune plus de deux mètres sur quatre, plus grandes que et différentes de tout ce qu’il avait peint jusque là. En apposant l’indication « Modena » et sa signature au dos des toiles, il les désigne comme un groupe d’oeuvres cohérent.

Mais des désaccords opposent les galeristes Annina Nosei, qui représente Jean-Michel Basquiat à New York depuis fin 1981, et Emilio Mazzoli, entraînant l’abandon du projet d’exposition à Modène. Dans une interview accordée au New York Times en 1985, Jean-Michel Basquiat revient sur son deuxième séjour à Modène et exprime sa frustration : « Ils ont organisé les choses de telle manière que je doive produire huit tableaux en une semaine », et il compare son travail dans l’entrepôt à « une usine, une usine malsaine. J’ai détesté. » Au final, Mazzoli règle Jean-Michel Basquiat pour les oeuvres produites et l’artiste retourne à New York.

Les huit tableaux peints à Modène trouvent finalement de nouveaux propriétaires par l’entremise d’Annina Nosei : Bruno Bischofberger en acquiert quatre (Profit I, Boy and Dog in a Johnnypump, Untitled [Woman with Roman Torso (Venus)], The Guilt of Gold Teeth) et les autres passent dans diverses collections à l’international. Aujourd’hui, les huit toiles se trouvent dans différentes collections particulières aux États-Unis, en Asie et en Suisse. Certaines d’entre elles se sont recroisées dans le cadre de rétrospectives, d’autres n’ont que rarement été montrées en public. Le projet de la Galleria d’Arte Emilio Mazzoli n’a pas encore fait l’objet de recherches et de mises en lumière approfondies. Et pourtant, non seulement les tableaux produits à Modène figurent parmi les plus importants de l’oeuvre de Basquiat et les oeuvres les plus chères de tout l’art contemporain, mais le projet d’exposition finalement abandonné constitue lui aussi un événement particulier dans la carrière de l’artiste. Pour la première fois, les tableaux de Modène seront bientôt réunis au sein d’une présentation unique à la Fondation Beyeler – 40 ans plus tard, le projet d’exposition est ainsi enfin réalisé.

Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, explique : « Tous les ‹ Modena Paintings › se trouvent aujourd’hui dans des collections privées. Certains d’entre eux ont été donnés à voir dans le cadre d’expositions consacrées à Basquiat, mais jamais encore ils n’avaient figuré ensemble et côte à côte dans une même présentation ainsi que l’avait prévu Basquiat à l’origine. Grâce à notre bonne collaboration de longue date avec la famille Basquiat et les collectionneurs de Basquiat, nous sommes parvenus à réunir toutes les oeuvres et à rattraper ainsi un moment d’histoire de l’art. »

Les « Modena Paintings » partagent plusieurs caractéristiques en termes de motif et de style : les huit tableaux sont tous dominés par une figure monumentale, souvent noire, sur fond de larges traits de pinceau à la gestuelle expressive. Untitled (Angel) et Untitled (Devil), opérant comme un quasi diptyque, donnent à voir les figures titulaires d’un ange et d’un démon sous forme de portraits en buste, les deux bras levés – posture pouvant être comprise aussi bien comme implorante que triomphante, et qui non seulement se répète dans d’autres images du cycle mais apparaît de manière récurrente dans l’oeuvre de Jean-Michel Basquiat. Le squelette suggéré à coups de traits horizontaux sommaires dans Untitled (Devil) de même que le crâne aux orbites et aux cavités nasales profondes caractérisent également les figures dans Boy and Dog in a Johnnypump et The Field Next to the Other Road. Parmi les autres signes distinctifs des personnages de Jean-Michel Basquiat figure un ornement placé au-dessus de leur tête, parfois auréole et parfois couronne d’épines, qui apparaît également dans Untitled (Woman with Roman Torso [Venus]) et Profit I. Comparées aux autres oeuvres du groupe, ces deux dernières présentent tout comme The Guilt of Gold Teeth une plus grande densité des « griffonnages » si typiques de Basquiat. The Guilt of Gold Teeth, avec ses mots cryptiques, ses combinaisons de chiffres et ses symboles de dollar, préfigure déjà certaines évolutions plus tardives de l’oeuvre de l’artiste. Avec Untitled (Cowparts), qui donne à voir une vache plus grande que nature aux énormes yeux ronds, le cycle se boucle dans la mesure où les épais traits de pinceau blancs utilisés pour accentuer le corps noir dans Untitled (Angel) soulignent ici les contours de l’animal.

À l’exception des deux tableaux Profit I et The Guilt of Gold Teeth, dans lesquels la combinaison d’acrylique, de peinture aérosol et de crayon à l’huile établit un dialogue avec le dessin, le groupe d’oeuvres met l’accent sur le geste pictural. Le collage visuel d’images et de mots habituellement si typique du travail de Jean-Michel Basquiat n’apparaît que peu dans les oeuvres réalisées à Modène. Dans l’ensemble, le répertoire de Modène est moins morcelé et se concentre sur des compositions plus vastes et expansives. Le corps humain et animal y occupe le premier plan. Contrairement aux oeuvres antérieures, celles de Modène ne donnent pas à voir d’impressions des rues de la grande ville. On retrouve dans plusieurs des huit toiles les mêmes tonalités, ainsi dans les vastes fonds plats, de même que l’utilisation semblable et répétée de traits de pinceau rouge écarlate pour appuyer les figures représentées. Basquiat avait pour habitude de travailler sur plusieurs toiles en parallèle car les différentes couches de couleur avaient besoin de temps pour sécher.

L’exposition est placée sous le commissariat conjoint de Sam Keller, directeur de la Fondation Beyeler, et d’Iris Hasler, Associate Curator à la Fondation Beyeler.

Jean-Michel Basquiat
Jean-Michel Basquiat
The Modena Paintings
Hatje Cantz Verlag
Un catalogue a été publié au Hatje Cantz Verlag, Berlin, en allemand et en anglais, retraçant le développement du concept d’exposition initial jusqu’à son abandon en 1982 et consacrant un court texte à chacun des tableaux créés à Modène. Il comprend des textes de Dieter Buchhart, Iris Hasler, Fiona Hesse, Michiko Kono, Regula Moser, Demetrio Paparoni et Jordana Moore Saggese.
FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

19/02/23

Picasso. Artiste et modèle – Derniers tableaux @ Fondation Beyeler, Riehen/Basel

PICASSO 
Artiste et modèle – Derniers tableaux 
Fondation Beyeler, Riehen/Basel 
19 février – 1er mai 2023 

Dans le cadre des commémorations internationales du 50ème anniversaire de la disparition de PABLO PICASSO (1881–1973), la Fondation Beyeler présente une sélection concentrée de dix toiles tardives de l’artiste en provenance de la Collection Beyeler, de l’Anthax Collection Marx et d’autres collections privées.

Au cours de la dernière décennie de sa vie, alors qu’il est déjà âgé de plus de 80 ans, l’artiste espagnol poursuit de manière hautement productive son œuvre audacieux. Avec une énergie irrépressible, au cours de cette ultime période il produit souvent plusieurs œuvres par jour, faisant preuve d’une saisissante puissance créatrice, comme s’il cherchait à combattre l’âge et la diminution attenante de ses capacités de création artistiques et corporelles. Parmi les nombreux travaux des années 1960 et du début des années 1970 figure un important groupe d’œuvres dans lesquelles Picasso se consacre au sujet de l’artiste et du modèle. Dans ces œuvres hautement expressives, il explore d’une part l’image (de soi) de l’artiste et d’autre part l’acte et le processus de création.

Oscillant entre autoportrait, cliché et caricature, certains des tableaux donnent à voir l’artiste en chemise rayée, convoquant ainsi aussi l’image déjà élevée au rang de mythe de Picasso. Cependant, comme une forme de contre-image à son apparence personnelle, il représente souvent l’artiste sous les traits d’un homme barbu. Par ailleurs, Picasso présente le plus souvent l’artiste peignant directement devant le modèle, à l’encontre de sa propre pratique de travail – il peignait toujours de mémoire. Dans cette constellation, le modèle féminin nu, dont la représentation oscille également entre idéalisation et caricature, est exposé au regard de l’artiste. Avec ces œuvres, la question reste ainsi ouverte de savoir dans quelle mesure Picasso exalte ou ironise sa fixation sur le nu féminin et l’appropriation visuelle du corps féminin. Son impressionnante série d’images du peintre et de son modèle soulève ainsi aussi des questions concernant le traitement personnel et artistique du corps féminin par l’homme et la possibilité de représenter ce corps dans le contexte actuel.

Placée sous le commissariat de Raphaël Bouvier, l’exposition s’appuie sur une sélection de tableaux représentatifs de l’immense œuvre tardif de Picasso pour entreprendre de retracer le cheminement et d’interroger la pertinence actuelle des explorations de l’artiste, qui tournent autour du processus créatif, des relations que structurent les regards croisés entre peintre et modèle, de la représentation de l’artiste masculin et de la mise en scène visuelle du modèle féminin.

Avec son inventivité picturale foisonnante, Pablo Picasso a marqué l’art du XXe siècle d’une empreinte singulière. La Fondation Beyeler possède plus de trente de ses œuvres et abrite une des plus belles collections de Picasso au monde. Parmi les protagonistes de l’art moderne, Picasso est ainsi l’artiste le plus fortement représenté dans la Collection Beyeler. Les œuvres couvrent une période allant du travail cubiste précoce de l’année 1907 aux travaux tardifs des années 1960. Une quinzaine d’autres chefs-d’œuvre de Pablo Picasso de la Collection Beyeler et de l’Anthax Collection Marx sont présentés dans les salles de la collection qui font suite à l’exposition, proposant ainsi un vaste panorama de l’œuvre de Picasso.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel

01/10/22

Mondrian Evolution @ Fondation Beyeler, Riehen & Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Dusseldorf

Mondrian Evolution
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
5 juin – 9 octobre 2022
Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf
29 octobre 2022 – 12 février 2023

À l’occasion du 150ème anniversaire de la naissance de l’artiste, la Fondation Beyeler consacre une grande exposition au peintre néerlandais PIET MONDRIAN (1872–1944), réunissant des œuvres de sa propre collection et d’importants prêts internationaux. Figurant parmi les artistes les plus marquants et les plus polyvalents de l’avant-garde, Mondrian a joué un rôle décisif dans l’évolution de la peinture de la figuration à l’abstraction. Avec 89 œuvres provenant de collections privées et publiques en Europe et aux États-Unis, «Mondrian Evolution» retrace le parcours saisissant de l’artiste, de peintre paysagiste du 19ème siècle à l’un des protagonistes majeurs de l’art moderne. L’exposition offre une rare occasion de découvrir sous un jour nouveau le travail de Mondrian, qui a profondément influencé le 20ème siècle non seulement dans le domaine de l’art mais aussi dans ceux du design, de l’architecture, de la mode et de la culture pop. Il s’agit de la première exposition individuelle consacrée à l’artiste en Suisse depuis 50 ans. L'exposition sera ensuite présentée à Düsseldorf au Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen.

La collection de la Fondation Beyeler comprend surtout des œuvres des périodes plus tardives de Mondrian, mais l’exposition se concentre principalement sur les œuvres des débuts de l’artiste, dont le développement est influencé non seulement par la peinture de paysage hollandaise de la fin du 19ème siècle mais aussi par le symbolisme et le cubisme. Ce n’est qu’au début des années 1920 que Mondrian passe à un langage pictural pleinement non figuratif, restreint à des agencements orthogonaux de lignes noires et d’aires de blanc et des trois couleurs primaires bleu, rouge et jaune. Les tableaux abstraits de Mondrian sont l’aboutissement d’un long processus de réflexion artistique en tension entre les pôles de l’intuition et de la précision, ainsi que d’une remise en question personnelle intense et incessante. Il concevait l’abstraction comme un processus de rapprochement d’une vérité et d’une beauté absolues, vers lesquelles il tendait en tant qu’artiste. Sa versatilité stylistique est la conséquence de sa quête constante de l’unité et de l’essence même de l’image. Il utilisait lui-même le terme «évolution» – mais pas au sens de Charles Darwin. Pour Mondrian, le terme «évolution» signifiait l’accumulation d’expériences sur lesquelles bâtir une nouvelle étape de développement artistique menant à son tour à de nouvelles réalisations et connaissances.

L’exposition est conçue de manière chronologique mais elle tire son expressivité de la confrontation d’œuvres précoces et tardives, qui met en lumière les forces de transformation à l’œuvre dans le travail de Mondrian. Au fil de neuf salles d’exposition, on retrouve des motifs récurrents tels les moulins à vent, les dunes, la mer, les bâtiments de ferme se reflétant dans l’eau et les plantes, représentés à des degrés divers d’abstraction. Dans ses paysages, Piet Mondrian explore l’éclat et le rayonnement de la couleur – ce qui donne à ces tableaux leur apparence extraordinairement lumineuse et vive – ainsi que l’influence de la lumière et l’expérience de l’espace, de la surface, de la structure et des reflets.

Le tableau Moulin au soleil, 1908, dont la radicalité apparaît encore aujourd’hui, avait provoqué un tollé parmi les critiques de l’époque avec son explosion de couleurs et sa technique picturale d’apparence sommaire. L’exposition présente également l’œuvre Le nuage rouge, 1907, qui saisit le moment magique et fugace auquel le soleil couchant teinte un nuage rouge vif alors même que le paysage et le ciel demeurent encore d’un bleu éclatant. Ce tableau appartient à un groupe d’œuvres que Mondrian a peintes au crépuscule, lorsque les couleurs et les combinaisons chromatiques sont soumises à des transformations intenses. Dans ses autoportraits dessinés de 1908, il se représente également au crépuscule, les pupilles grand ouvertes et réceptives aux plus infimes nuances chromatiques produites par la lumière. Le tableau de grand format Forêt près d’Oele, 1908, du Kunstmuseum Den Haag offre une perspective dirigée vers le soleil, situé au-dessus de l’horizon. La succession des troncs d’arbres qui se teintent de rouge ou de violet dans le contre-jour crée l’illusion de spatialité.

Après les explosions chromatiques des années 1907 à 1911, Mondrian, inspiré par sa rencontre avec le cubisme à Paris, revient à des couleurs moins éclatantes. Des tons gris et ocres dominent désormais ses tableaux et la ligne en tant que telle devient toujours plus importante. Mondrian poursuit son exploration de thèmes comme l’abstraction. La métamorphose de ses représentations d’arbres est particulièrement impressionnante, donnant à voir le raisonnement qui sous-tend sa quête picturale. L’expérience de ces tableaux permet à Mondrian de se détacher entièrement de la figuration. Composition No. IX, 1913, un prêt du Museum of Modern Art à New York, est une imbrication de formes pour la plupart caractérisées par des angles droits.

New York City 1 est l’œuvre la plus récente de l’exposition et appartient à un petit groupe de tableaux créés autour de 1941. Sa composition est semblable à celle de Forêt près d’Oele de 1908, mis à part le fait qu’elle n’entretient plus aucun rapport avec un paysage réel mais tient d’une «abstraction pure». L’œuvre est inachevée et apporte un témoignage important du processus de travail de Mondrian dans les dernières années de sa vie. À New York, il avait commencé à reconfigurer ses images et à les rendre plus dynamiques et plus rythmiques à l’aide de bandes de papier. Les surfaces colorées cèdent alors le pas aux lignes de couleur.

Né en 1872 à Amersfoort aux Pays-Bas, Mondrian entre tôt en contact avec l’art : son père enseigne le dessin, son oncle est un peintre amateur à succès, influencé par la peinture de paysage de l’École de La Haye, incarnation spécifiquement néerlandaise de l’impressionnisme. Après une éducation calviniste et une formation en tant que professeur de dessin, entre 1892 et 1895 Mondrian étudie à la Rijksakademie van Beeldende Kunsten à Amsterdam. Il continue à travailler en tant que professeur de dessin, peint des portraits sur commande et réalise des dessins scientifiques pour l’Université de Leyde. Mais il poursuit également ses ambitions artistiques et développe rapidement son propre style. La plupart des œuvres de cette période, qui représentent majoritairement des moulins à vent, des rivières et des bâtiments de ferme, témoignent encore de l’influence de l’École de La Haye. À partir de cette base, Mondrian élargit avec détermination le champ de ses possibilités artistiques.

L’art de Mondrian est étroitement lié à son intérêt pour la philosophie et l’ésotérisme. À partir de 1908, il se passionne pour la théosophie ; influencé par les écrits de Rudolf Steiner – alors encore théosophe – en 1909 il adhère à la section néerlandaise de la Société théosophique. Sa rencontre avec le cubisme mène fin 1911 à un premier séjour à Paris qui dure jusqu’en 1914, lorsque Mondrian ne peut y retourner en raison du début de la Première Guerre mondiale. En 1919, il s’installe durablement à Paris.

Après la Première Guerre mondiale, les artistes sont nombreux à chercher un renouveau culturel radical. Aux Pays-Bas, un groupe d’artistes d’avant-garde se constitue et publie à partir de 1917 la revue De Stijl. Mondrian formule l’intention du groupe de démanteler les traditions afin de refonder tous les aspects de la vie sur la base des éléments essentiels de l’art tels qu’il les défend.

Dans des écrits théoriques, Mondrian tente d’exposer son programme artistique. Il désigne sa nouvelle forme d’expression picturale sous le terme de «néoplasticisme», qu’il conçoit en première ligne comme une concentration sur les moyens d’expression essentiels de la peinture : d’une part le noir et le blanc, situés aux extrêmes opposés de l’échelle des couleurs, d’autre part les couleurs primaires jaune, rouge et bleu. Le noir est généralement celui des lignes qui s’étirent à la verticale et à l’horizontale, se croisant à angle droit. La combinaison de ces éléments ouvre des possibilités de composition infinies. Mondrian s’intéresse à l’image essentielle, à la création d’un équilibre parfait et tendu à la fois, dans lequel tous les éléments semblent à leur place.

Mondrian passe les 25 dernières années de sa vie dans les trois métropoles de l’art moderne: Paris, Londres et New York. De fin 1911 à 1938, avec une interruption due à la Première Guerre mondiale, il vit à Paris. Après quelques années à Londres, en 1940 il s’installe à New York, où il décède d'une pneumonie en 1944 âgé de 71 ans. En tant que membre de la Société théosophique, Mondrian accordait une grande importance à l’internationalité. Il accède au statut de célébrité dès les années 1920 en tant qu’artiste d’avant-garde et co-initiateur de la peinture abstraite. Ses ateliers deviennent des lieux légendaires, sources d’inspiration surtout pour des artistes plus jeunes dont Willem de Kooning et Lee Krasner.

Dans le cadre de l’exposition, la Fondation Beyeler présente le film «Piet & Mondrian», un court-métrage de Lars Kraume, l’un des cinéastes les plus renommés de langue allemande. Le film prend pour point de départ l’essai Réalité naturelle et réalité abstraite, formulé par Mondrian en 1919/20 sur le mode du dialogue pour y exposer ses considérations et ses réflexions sur l’abstraction dans l’art. Le grand acteur allemand de théâtre et de cinéma Lars Eidinger donne vie au texte théorique de Mondrian. «Piet & Mondrian» a été produit par Felix von Boehm / Lupa Film avec le soutien financier du Medienboard BerlinBrandenburg. Le scénario a été écrit par Constantin Lieb.

«Mondrian Evolution» est une exposition de la Fondation Beyeler, Riehen/Bâle et de la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, en coopération avec le Kunstmuseum Den Haag. L’exposition est placée sous le commissariat d’Ulf Küster, Senior Curator, Fondation Beyeler, Kathrin Beßen et Susanne MeyerBüser, Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen.

Mondrian Evolution
Mondrian Evolution
Catalogue de l'exposition
Hatje Cantz, 2022

Le catalogue de l’exposition a été conçu par Irma Boom, graphiste de renom international qui au fil des dernières années a renouvelé les possibilités infinies du livre. Le catalogue paraît en allemand et en anglais au Hatje Cantz Verlag, Berlin. Sur 264 pages, il réunit des articles rédigés par Benno Tempel, Caro Verbeek, Ulf Küster, Kathrin Beßen, Susanne Meyer-Büser, Charlotte Sarrazin et l’artiste Bridget Riley, avec une préface de Sam Keller et Ulf Küster. 

Ulf Küster, Mondrian A–Z
Ulf Küster, Mondrian A–Z
Hatje Cantz, 2022

À l’occasion de l’exposition, le Hatje Cantz Verlag, Berlin publie également Mondrian A–Z : dans ce texte amusant, Ulf Küster explore en ordre alphabétique les thèmes qui intéressaient le peintre et nous offre ainsi des aperçus de son univers mental et sensoriel. 120 pages, 32 illustration. En allemand et en anglais.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, 4125 Riehen

KUNSTSAMMLUNG NORDRHEIN-WESTFALEN
Grabbeplatz 5, 40213 Düsseldorf

HATJE CANTZ VERLAG

18/10/21

Francisco de Goya @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Goya
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
10 octobre 2021 – 23 janvier 2022

Francisco de Goya
Francisco de Goya 
Autoportrait devant le chevalet (Autorretrato ante su caballete), 1785
Huile sur toile, 40 x 27 cm
Museo de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, Madrid

275 ans après sa naissance, la Fondation Beyeler consacre à Francisco de Goya – précurseur majeur de l’art moderne – l’une des expositions les plus importantes réalisées à ce jour. Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles rarement donnés à voir côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. L’exposition réunit environ 70 tableaux et plus de 100 dessins et gravures d’exception. Aujourd’hui comme du vivant de l’artiste, l’œuvre de Goya donne à vivre une expérience sensorielle et intellectuelle unique. Depuis deux siècles, son œuvre complexe et ambigu constitue pour de nombreux·ses artistes un repère et une référence incontournables. L’exposition est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Museo Nacional del Prado à Madrid.

Francisco de Goya
Francisco de Goya
Le sabbat des sorcières, (El aquelarre), 1797-1798
Huile sur toile, 43 × 30 cm
Fundación Lázaro Galdiano, Madrid

Francisco de Goya y Lucientes (1746–1828) occupe dans l’histoire de l’art européen une position paradoxale en tant qu’un des derniers grands peintres de cour d’une part et annonciateur de la figure de l’artiste moderne d’autre part. Afin de permettre au public d’apprécier la singularité profonde de son activité créatrice, qui couvre la période du rococo tardif au romantisme, et de rendre justice à la richesse formelle et thématique de son œuvre peint, dessiné et gravé, l’exposition présente tout l’éventail des genres et des sujets de prédilection de Goya. Conçue de manière chronologique, elle réunit des tableaux de représentation grand format tout comme des pages de carnets de croquis, mettant l’accent sur l’œuvre tardif de l’artiste.

Francisco de Goya
Francisco de Goya 
Hôpital de la peste (Hospital de apestados), 1808–1810
Huile sur toile, 32,5 x 57,3 cm
Collection du Marquis de la Romana

Francisco de Goya
Francisco de Goya
Nature morte aux dorades (Besugos), 1808–1812
Huile sur toile, 44,8 x 62,5 cm
The Museum of Fine Arts, Houston
Museum purchase funded by the Alice Pratt Brown Museum Fund 
and the Pratt Foundation Accessions Endowment Fund, 94.245
Photo: © The Museum of Fine Arts, Houston

L’exposition de la Fondation Beyeler donne à voir d’une part le peintre de cour et d’autre part le créateur d’univers picturaux énigmatiques et inquiétants, son œuvre sacré comme son œuvre profane, ses représentations du Christ et de sorcières, ses portraits et ses peintures d’histoire, ses natures mortes et ses scènes de genre. Outre des tableaux réalisés pour le compte de la maison royale, de l’aristocratie et de la bourgeoisie, l’exposition présente des œuvres que Goya crée dans un espace de liberté artistique conquis à la force de sa volonté et de son talent, parmi elles des peintures de cabinet souvent réservées à un cercle intime. Dans l’histoire de l’art européen, Goya est l’un des premiers artistes qui s’élève avec une opiniâtreté rebelle contre les dogmes et les règles qui entravent la création artistique, plaidant au contraire pour l’impulsivité et l’inventivité de l’artiste («capricho» et «invención»).

Parmi les temps forts de l’exposition figurent le portrait de la duchesse d’Albe (1795) et l’emblématique Maja vêtue (La maja vestida, 1800–1807), tout comme deux tableaux rarement exposés en provenance de collections privées européennes, Maja et Célestine au balcon et Majas au balcon, que Goya peint entre 1808 et 1812. Autre particularité de l’exposition : des peintures de genre de petit format détenues pour la plupart dans des collections privées espagnoles et à ce jour rarement montrées hors d’Espagne. Dans ces tableaux, Goya – de même que dans ses dessins et ses gravures – donne libre cours à ses inspirations intimes. Pour la première fois depuis son unique présentation à ce jour au Museo Nacional del Prado, le public peut ainsi découvrir à la Fondation Beyeler la série complète de huit peintures d’histoire et de genre qui nous sont parvenues de la collection madrilène du marquis de la Romana. Elles sont accompagnées des quatre célèbres panneaux dépeignant des scènes de genre de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando à Madrid, prêts d’une grande rareté.

Dans ses scènes de genre et ses peintures d’histoire, Goya dépeint des incidents de la vie quotidienne sociale, politique et religieuse mouvementée des Espagnoles et des Espagnols aux alentours de 1800. Parmi les décors récurrents de ces scènes figurent les marchés et les arènes, les prisons et les institutions ecclésiastiques, les asiles de fous et les tribunaux de l’Inquisition. Les sorcières constituent également un motif majeur, par lequel Goya illustre la superstition de son temps. Outre un groupe de gravures des Désastres de la guerre (Los desastres de la guerra, 1811–1814), l’exposition présente une sélection de planches de la série des Caprices (Los caprichos) parue en 1799, parmi elles la célèbre gravure no. 43 au titre éloquent Le Sommeil de la raison enfante des monstres, qui reflète le constat mélancolique et résigné de Goya que ni la raison ni l’ironie et le sarcasme ne peuvent lutter contre la déraison. L’univers pictural énigmatique et insondable de Goya lui vaut une grande estime depuis le romantisme français au début du 19ème siècle. Parmi les artistes de la modernité, Pablo Picasso et Joan Miró, Francis Bacon et les surréalistes ont éprouvé une affinité profonde avec son art. Goya constitue aussi une référence importante pour de nombreux·ses artistes contemporain·e·s, dont Marlene Dumas et Philippe Parreno.

À la demande de la Fondation Beyeler, le célèbre artiste français Philippe Parreno (*1964) a réalisé un film basé sur la série emblématique des Peintures noires (Pinturas negras, 1819–1824), montré en première dans le cadre de l’exposition. Les 14 peintures murales se trouvaient à l’origine dans la demeure de Goya en périphérie de Madrid et n’étaient probablement pas destinées à être montrées en public. Conservées aujourd’hui dans la collection du Museo Nacional del Prado à Madrid, les œuvres sont si fragiles qu’elles ne peuvent pas quitter le musée.

Pour la première fois, des tableaux de collections privées espagnoles, rarement donnés à voir et n’ayant pour certains jamais changé de main, côtoient dans les espaces de la Fondation Beyeler des œuvres maîtresses en provenance de collections privées et de musées européens et américains de tout premier plan. Les prêts proviennent d’éminents musées tels le Museo Nacional del Prado, le Museo ThyssenBornemisza, la Fundación Lázaro Galdiano et la Fundación Casa de Alba, tous à Madrid, le Musée du Louvre à Paris, le Metropolitan Museum of Art à New York, la National Gallery à Londres, les Gallerie degli Uffizi à Florence, la National Gallery of Ireland à Dublin, la Sammlung Oskar Reinhart «Am Römerholz» à Winterthur, le Minneapolis Institute of Art et le Museum of Fine Arts à Houston.

L’exposition Goya a été organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Museo Nacional del Prado, Madrid, et développée par Isabela Mora et Sam Keller. Elle est placée sous le commissariat de Martin Schwander, Curator at Large, en collaboration avec Gudrun Maurer, Scientific Advisor. La gestion du projet a été assurée par Ioana Jimborean et Fiona Hesse, Associate Curators.

Goya, Catalogue, Fondation Beyeler
Goya, Catalogue, Fondation Beyeler / Hatje Cantz
Un catalogue d’exposition est publié en allemand et en anglais au Hatje Cantz Verlag, Berlin, et en espagnol aux Ediciones El Viso, Madrid. Il réunit des articles d’Andreas Beyer, Helmut C. Jacobs, Ioana Jimborean, Mark McDonald, Manuela B. Mena Marqués, José Manuel Matilla, Gudrun Maurer, Martin Schwander et Bodo Vischer. L’introduction a été rédigée par Colm Tóibín, écrivain irlandais lauréat de nombreux prix.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

10/07/21

Close-Up @ Fondation Beyeler, Riehen / Bâle : Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton

CLOSE-UP
Berthe Morisot, Mary Cassatt, Paula Modersohn-Becker, Lotte Laserstein, Frida Kahlo, Alice Neel, Marlene Dumas, Cindy Sherman, Elizabeth Peyton
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
19 septembre 2021 – 2 janvier 2022

Marlene Dumas
MARLENE DUMAS
Teeth, 2018
Huile sur toile, 40 x 30 cm
Collection privée Madrid 
© Marlene Dumas 
Courtesy the Artist and David Zwirner
Photo: Kerry McFate

Berthe Morisot
BERTHE MORISOT
Jeune femme au divan, 1885
Huile sur toile, 61 x 50.2 cm
Tate, London
Bequeathed by the Hon. Mrs A.E. Pleydell-Bouverie
through the Friends of the Tate Gallery 1968
Photo © Tate

L’exposition présente des œuvres de neuf femmes artistes dont l’œuvre occupe une position éminente dans l’histoire de l’art moderne depuis 1870 jusqu’à aujourd’hui. C’est l’époque où, pour la première fois, il devint possible à des femmes en Europe et en Amérique de développer une activité artistique professionnelle sur une large base.

Au centre de l’exposition figurent des artistes qui ont en commun leur intérêt pour la représentation d’êtres humains, le portrait dans ses différentes déclinaisons et l’autoportrait. La Française Berthe Morisot et l’Américaine Mary Cassatt, toutes deux actives dans les années 1870 et 1880 à Paris, qui était alors la capitale de la création artistique la plus avancée; l’Allemande Paula Modersohn-Becker de 1900 à 1907 entre la petite ville provinciale de Worpswede, dans le Nord de l’Allemagne, et la métropole parisienne; l’Allemande Lotte Laserstein de 1925 à 1933 dans le Berlin de la République de Weimar; la Mexicaine Frida Kahlo depuis la fin des années 1920 jusque vers 1950, à Mexico City, pendant la période mouvementée de la consolidation de la révolution mexicaine; l’Américaine Alice Neel depuis la fin des années 1920 jusqu’au début des années 1980, d’abord à Cuba, puis à Manhattan, de Greenwich Village au Upper West Side en passant par Spanish Harlem; Marlene Dumas, née en Afrique du Sud, qui a grandiau Cap au plus fort de l'Apartheid, et vit depuis 1976 à Amsterdam; en même temps l’Américaine Cindy Sherman à New York, pôle occidental d’une nouvelle génération d’artistes contemporains; et enfin l’Américaine Elizabeth Peyton depuis les années 1990, entre New York et l’Europe de l’Ouest.

L’exposition s’intéresse particulièrement au regard posé par ces artistes sur leurs environnements, tel qu’il s’exprime dans leurs portraits et leurs tableaux de figures. La réunion de certaines de ces œuvres permet de découvrir comment ce regard a changé entre 1870 et aujourd’hui et par quoi il se caractérise.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

02/02/21

Exposition Rodin / Arp, Fondation Beyeler, Riehen / Bâle

Rodin / Arp
Fondation Beyeler, Riehen / Bâle
Jusqu'au 16 mai 2021

Auguste Rodin

AUGUSTE RODIN 
AU MILIEU DE SES OEUVRES  DANS LE PAVILLON DE L'ALMA 
À MEUDON, VERS 1902
Photo : Eugène Druet
© Musée Rodin, Paris

»Et ainsi la vérité de mes figures, au lieu d’être superficielle, sembla s’épanouir du dedans au dehors comme la vie même.« 
Auguste Rodin

»Nous ne voulons pas copier la nature. Nous ne voulons pas reproduire, nous voulons produire. Nous voulons produire comme une plante qui produit un fruit et ne pas reproduire.«
Hans Arp

Pour la première fois, une exposition muséale fait dialoguer AUGUSTE RODIN (1840–1917) et HANS ARP (1886–1966), mettant face à face l’oeuvre pionnier du grand réformateur de la sculpture du 19ème siècle finissant et l’oeuvre influent d’un des protagonistes majeurs de la sculpture abstraite du 20ème siècle. Les deux artistes possédaient une puissance d’innovation artistique et un goût pour l’expérimentation exceptionnels. Leurs oeuvres ont fortement marqué leur époque et ont conservé toute leur actualité.

Les créations d’Auguste Rodin et de Hans Arp illustrent de manière impressionnante et exemplaire des aspects fondamentaux du développement de la sculpture moderne. Auguste Rodin a ainsi introduit des idées et des possibilités artistiques radicalement nouvelles dont Hans Arp s’est saisi plus tard dans ses formes biomorphes, les faisant évoluer, les réinterprétant ou les contrastant. Il n’est à ce jour pas certain que Rodin et Arp se soient jamais rencontrés personnellement, mais leurs oeuvres présentent des liens de parenté artistique et de références communes, tout comme des différences, qui font de la confrontation de leurs créations singulières une expérience visuelle particulièrement éloquente.

L’exposition prend pour point de départ la sculpture de Hans Arp Sculpture automatique (Hommage à Rodin) de 1938 et son poème Rodin de 1952, hommages explicites au grand précurseur, qui illustrent aussi le vaste éventail créatif de Arp, allant de la sculpture à la poésie. Outre ces références explicites, le dialogue entre Rodin et Arp révèle aussi de nombreux autres liens, repères et préoccupations artistiques communs. L’exposition met ainsi en lumière des rapports de contenu et d’approche conceptuelle qui s’enracinent dans l’exploration de thèmes existentiels tels la création, la croissance, la transformation et la déchéance. Il en résulte des représentations de corps humains, animaux ou végétaux qui se fondent de manière nouvelle. On rencontre chez Auguste Rodin et chez Hans Arp une conception de la nature et de l’art toute singulière et pourtant comparable, qui met en avant le processuel et l’expérimental, et fait aussi du hasard un principe artistique. Les deux artistes s’intéressent à l’idée du vivant en tant que thème philosophique, auquel ils donnent corps dans des sculptures éclatantes de vitalité. Les sculptures de Rodin et de Arp, mouvementées et émouvantes, fascinent aussi par leur jeu de volumes sensuels, fluides et immaculés d’une part et de surfaces et de formes altérées et accidentées d’autre part, qui trouvent leur idéal dans le torse. L’articulation entre construction et déconstruction est aussi palpable dans le genre de l’assemblage, que Rodin introduit en sculpture et que Arp développe plus avant. Il apparaît aussi chez les deux artistes des liens dans la méthode, par exemple dans le transfert des figures d’un matériau à un autre, et dans leur réalisation à différentes échelles allant du petit format au monument. Leur attention porte aussi sur la présentation de leurs sculptures, en particulier sur le socle, que Rodin est le premier à remettre en question. Enfin, il existe entre Rodin et Arp des liens en termes de motifs, par exemple celui de l’ombre, de la main créatrice ou du vase en tant qu’objet et volume. Les deux artistes puisent pour cela souvent dans la littérature, par exemple la mythologie antique ou la Divine Comédie de Dante.

Réunissant environ 110 oeuvres de musées et de collections privées du monde entier, «Rodin / Arp» est l’une des expositions de sculpture les plus vastes présentées à ce jour par la Fondation Beyeler. Si l’exposition met l’accent sur les sculptures d’Auguste Rodin et de Hans Arp (y compris une sculpture d’extérieur monumentale dans le parc du musée), elle présente également des reliefs de Arp ainsi que des dessins et des collages des deux artistes.

L’exposition réunit des oeuvres emblématiques comme Le Penseur et Le Baiser de Rodin ou Ptolémée et Torse de Arp. Des oeuvres moins célèbres font apparaître d’autant plus clairement les liens artistiques qui unissent les deux artistes.

L'exposition a été conçue par la Fondation Beyeler, Riehen/Bâle, en coopération avec le Arp Museum Bahnhof Rolandseck, Remagen, et organisée en collaboration avec le Musée Rodin, Paris. L’exposition est placée sous le commissariat de Dr. Raphaël Bouvier, commissaire d’exposition à la Fondation Beyeler.

FONDATION BEYELER
Baselstrasse 77, CH-4125 Riehen

Du fait du COVID-19, la Fondation est fermée actuellement. Pensez à vérifier sur le site la date de réouverture.

20/07/20

Edward Hopper. A–Z, Hatje Cantz

Edward Hopper. A–Z
Hatje Cantz, 2020

EDWARD HOPPER. A–Z
Hatje Cantz Verlag, 2020
Text by Ulf Küster
Graphic design by Torsten Köchlin und Joana Katte
English or German, 120 pp., 40 ills., hardcover
13.00 x 19.50 cm - 18,00€

In Europe Edward Hopper is primarily known for his oil paintings of scenes of urban life, and he is considered one of the twentieth century’s most important artists. His less familiar landscape paintings are now on display in a show at the Fondation Beyeler as well as in the catalogue A Fresh Look at Landscape. In the accompanying volume, Edward Hopper. A–Z, the curator and art theoretician Ulf Küster sheds some light on the ABCs of the artist’s life and work. 

Josephine and Edward Hopper 
in Two Lights Cape Elizabeth, Maine 1927

Edward Hopper began his career as an illustrator, but today Edward Hopper (1882–1967) is mainly known as a painter. His paintings display his virtuosity in the depiction of light and shadow, which formed the basis of a unique aesthetic that went beyond painting into the realms of pop culture, film, and photography.

An atmosphere of melancholy and isolation runs through Edward Hopper’s paintings, and it can also be perceived in his landscape paintings. At the same time they convey a threat, which he portrays in his work by relating landscape to city as the human invasion of nature. This is geometrically clear in the pictorial composition: buildings that make the presence of humans obvious are important elements. Railroads structure the pictures horizontally, while the expanded sky and atmospheric light show the transformation of nature in the still landscape.
“Landscape always shows the influence of humankind on nature, something that Hopper’s pictures subtly reflect in a variety of ways. He created a manifestly modern approach to one of art history’s established genres.,” says the curator Ulf Küster about the significance of Edward Hopper’s landscape pictures.
Edward Hopper ca. 1937
Photo: Harris & Ewing

Appearing concurrently with the show at the Fondation Beyeler, the book Edward Hopper. A–Z sheds light on the biographical details of Edward Hopper’s life, with a view to how they affected his work. From “A,” as in “American landscape,” to “Z,” as in Zero, Ulf Küster entertainingly and informatively tells of important influences and specific places involved in Edward Hopper’s oeuvre. Hence, the reader discovers what kind of influence Goethe’s work had on the painter, or which brand of car the artist preferred, thus gaining enriching insight into his work, which allows for new interpretations.

EXHIBITION: Edward Hopper, Fondation Beyeler, Riehen/Basel, January 26 – September 20, 2020

HATJE CANTZ
www.hatjecantz.de

Edward Hopper @ Fondation Beyeler, Riehen / Basel

Edward Hopper
Fondation Beyeler, Riehen / Basel
Jusqu'au 20 septembre 2020

EDWARD HOPPER (1882–1967) compte parmi les artistes majeurs du 20ème siècle. Connu en Europe principalement pour ses peintures à l’huile de scènes de la vie urbaine produites dans les années 1920 à 1960, dont certaines ont acquis une popularité exceptionnelle, jusqu’à présent ses paysages avaient reçu moins d’attention. Etonnamment, aucune exposition importante n’avait encore été consacrée au regard porté par Edward Hopper sur le paysage américain. La Fondation Beyeler présente une vaste exposition de paysages emblématiques à l’huile ainsi qu’une sélection d’aquarelles et de dessins. C’est par ailleurs la première fois qu’une exposition est consacrée à Edward Hopper en Suisse alémanique.

Edward Hopper est né à Nyack, New York. Après une formation en tant qu’illustrateur, il étudie la peinture à la New York School of Art jusqu’en 1906. Outre la littérature allemande, française et russe, ce sont surtout des peintres comme Diego Velázquez, Francisco de Goya, Gustave Courbet et Edouard Manet qui fournissent des points de repère importants au jeune artiste. Bien que Edward Hopper ait longtemps travaillé principalement en tant qu’illustrateur, sa célébrité repose surtout sur ses peintures à l’huile, qui témoignent de son intérêt profond pour la couleur et de sa virtuosité dans la représentation de l’ombre et de la lumière. Edward Hopper a en outre su développer à partir de ses observations une esthétique dont l’influence se fait sentir non seulement en peinture mais aussi dans la culture populaire, la photographie et le cinéma.

L’idée de cette exposition a germé lorsque Cape Ann Granite, peinture de paysage d’Edward Hopper datant de l’année 1928, a intégré la collection de la Fondation Beyeler en tant que prêt permanent. L’oeuvre a fait partie des décennies durant de la célèbre collection Rockefeller et date d’une époque à laquelle Hopper fait l’objet d’une attention croissante de la part de la critique, des commissaires d’exposition et du public. En 1929, il est notamment invité à participer à la deuxième exposition du Museum of Modern Art de New York intitulée Paintings by Nineteen Living Americans.

En histoire de l’art, le terme « paysage » signifie une image de la nature, par opposition à la « nature » elle même, toujours changeante, qui ne peut être fixée sous forme d’image. La peinture de paysage donne toujours à voir l’impact de l’homme sur la nature, ce que les peintures d'Edward Hopper reflètent de manière subtile et multiple. Il établit ainsi une approche distinctement moderne à un genre pictural traditionnel. A la différence de la tradition académique, les paysages d'Edward Hopper paraissent illimités; par la pensée, ils sont infinis et ne semblent toujours donner à voir qu’une petite partie d’un tout gigantesque.

Les paysages américains d'Edward Hopper sont des compositions géométriques claires. Les éléments principaux sont des maisons, symboles de la présence de l’homme. Des voies ferrées structurent les images à l’horizontale et incarnent l’ambition humaine de conquérir l’immensité du territoire. Un vaste ciel et des ambiances lumineuses particulières – lumière éclatante de midi et lueur du crépuscule – font apparaître l’immensité d’une nature en mutation permanente même dans une peinture en vérité statique. Un phare peut ainsi devenir un point de repère dans l’étendue de l’océan et de la côte.

Les peintures de paysage d'Edward Hopper donnent l’impression qu’il s’y agit en fait d’une chose invisible, qui se passe en dehors du tableau, ainsi que l’illustre par exemple sa toile Cape Cod Morning (1950): dans une fenêtre en baie, une femme au visage baigné de soleil scrute une chose qui demeure inaccessible au regard du spectateur parce qu’elle se situe en dehors de l’espace pictural. Les paysages visibles d'Edward Hopper ont toujours pour pendant des paysages invisibles et subjectifs, qui apparaissent à l’intérieur du spectateur. Comme toutes ses toiles, les paysages d'Edward Hopper sont empreints de mélancolie et de solitude. Il émane souvent d’eux une impression d’étrangeté et de menace. Edward Hopper montre aussi dans son oeuvre l’irruption parfois brutale de l’homme dans la nature, mettant en relation paysages naturels et paysages urbains. Edward Hopper a contribué de manière significative à établir la notion d’une Amérique mélancolique, marquée aussi par les faces sombres du progrès – un espace immense et sans limites, grandement popularisé en particulier par sa reprise et son développement au cinéma dans des oeuvres telles La Mort aux trousses d’Alfred Hitchcock (1959), Paris, Texas de Wim Wenders (1984) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

Le cinéaste Wim Wenders a réalisé spécialement pour cette exposition un court-métrage 3D exceptionnel intitulé Two or Three Things I Know about Edward Hopper, projeté dans une salle dédiée. Ce film constitue l’hommage personnel de Wim Wenders à Edward Hopper, qui l’a marqué durablement et a influencé son oeuvre cinématographique. Wim Wenders a parcouru les Etats-Unis en quête de l’« esprit » d'Edward Hopper, condensant les prises ainsi obtenues en un film, dont la première a eu lieu lors du vernissage de l’exposition. Ce film montre de manière poétique et émouvante ce que le cinéma doit à Edward Hopper, mais aussi à quel point Edward Hopper a été influencé par le cinéma.

L’exposition réunit 65 oeuvres datant des années 1909 à 1965. Elle est organisée par la Fondation Beyeler en coopération avec le Whitney Museum of American Art, New York, dépositaire de la plus importante collection au monde d’oeuvres d’Edward Hopper.

Edward Hopper
EDWARD HOPPER
Ein neuer blick auf landschaft
Catalogue de l'exposition (en anglais ou en allemand)
© Fondation Beyeler, 2020

Le catalogue rassemble l'ensemble des peintures, aquarelles et dessins des années 1910 à 1960 présentés dans l'exposition, et les complète par des essais axés sur le thème de la représentation du paysage. Ce catalogue d'exposition comprend 148 pages avec 110 illustrations.

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