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07/10/25

Wolfgang Laib @ Kunsthaus Zürich - Exposition "Toucher l'essentiel" - Oeuvres de Wolfgang Laib et de la collection du musée

Wolfgang Laib. Toucher l’essentiel 
Kunsthaus Zürich 
3 octobre 2025 - . . .

Wolfgang Laib - Installation au MoMa
Wolfgang Laib en train de tamiser du pollen de
noisetier, 2013
Installation au Museum of Modern Art, New York
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib
 
La montagne inaccessible, 2017
Pollen du noisetier, 600 x 700 cm
Installation au MASI, Lugano
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Installation Pollen de noisetier
Wolfgang Laib 
Pollen du noisetier, 1992
Pollen du noisetier, 400 x 500 cm
Installation au MOCA - The Museum of Contemporary Art, 
Los Angeles
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib - Maison de Riz
Wolfgang Laib 
Reishaus (Maison de riz), 1993/1994
Marbre blanc, riz, 32 × 40 × 125 cm
Collection Cristina et Thomas Bechtler
© Wolfgang Laib

Le Kunsthaus Zürich présente actuellement, dans le cadre de la série «ReCollect!», une exposition organisée en collaboration avec l’artiste allemand Wolfgang Laib (*1950 Metzingen). Elle associe les créations de Wolfgang Laib et une sélection d’oeuvres issues de la collection du Kunsthaus Zürich. Wolfgang Laib, qui compte parmi les artistes majeurs de notre époque, a exposé dans nombre de musées, lieux d’exposition et bâtiments historiques prestigieux d’Europe, des États-Unis et d’Asie.

Depuis la fin des années 1970, Wolfgang Laib développe un langage artistique bien à lui. A partir de matériaux naturels tels que le pollen, la cire, le lait ou la pierre, il crée des oeuvres avec lesquelles il «révèle, par des gestes sculpturaux infimes, des espaces intérieurs infiniment vastes» soulignait Harald Szeemann.

Sur le plan du contenu, son art s’est développé sur fond de diverses traditions littéraires, philosophiques et spirituelles, surtout d’Europe et d’Asie. Sur le plan formel, Wolfgang Laib recourt à une esthétique claire et dépouillée, étroitement liée au développement de l’art moderne, principalement en Europe et aux Etats-Unis.

Ces dernières années, Wolfgang Laib a souvent exposé ses oeuvres dans d’importants édifices religieux d’Italie, où elles ont rencontré de l’architecture et des oeuvres d’art allant du 6e siècle à la Renaissance. Dans le cadre de «ReCollect!», ce type de rencontres «transhistoriques» se produit maintenant dans un contexte muséal: les oeuvres de Wolfgang Laib côtoient des chefs-d’oeuvre de la collection, du Moyen Âge au 20e siècle. Ces confrontations permettent de poser un regard neuf sur les deux volets de l’exposition: l’art de Laib et la collection du Kunsthaus.

Wolfgang Laib - Installation
Wolfgang Laib
Pierre de lait, 1987–1989
Marbre blanc, lait, 2 × 122 × 130 cm
Atelier de l’artiste, sud de l’Allemagne
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Zikkurat, 2000
Cire d’abeille, structure en bois, 460 × 150 × 130 cm
Installation au Toyota Municipal Museum of Art,
Toyota City, Japon 
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib
Wolfgang Laib 
Brahmanda, sans date
Granite noir indien, huile de tournesol, suie
Atelier de l’artiste, sud de l’Inde
© Wolfgang Laib

Wolfgang Laib Installation
Wolfgang Laib 
Tombe près de Badami, sud de l’Inde, 2001
Gélatine argentique sur papier baryté, 40,6 × 30,4 cm
Collection privée 
© Wolfgang Laib

AVEC WOLFGANG LAIB DANS LA COLLECTION DU KUNSTHAUS ZÜRICH

L’exposition se tient au premier étage du bâtiment Müller, un espace qui sera systématiquement utilisé dans les années à venir pour créer des dialogues entre la collection et l’art contemporain. Wolfgang Laib connaît la collection du Kunsthaus depuis son enfance – ce lieu l’a marqué tout autant que le Musée Rietberg, qu’il a également souvent visité. Conformément au concept de «ReCollect!», Wolfgang Laib est à la fois artiste et commissaire. Il a préparé l’exposition en dialogue avec Philippe Büttner, conservateur senior de la collection, qui dès 2005 avait organisé une grande rétrospective consacrée à Wolfgang Laib à la Fondation Beyeler.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib 
Blütenstaub von Haselnuss, 2020–2023 
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib  
Schiffe, 2012
with Claude Monet, Le Bassin aux nymphéas, le soir, 1914/1922
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Works Wolfgang Laib: © Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Wolfgang Laib
  
Für einen anderen Körper, 1988/2025
Beeswax, wood construction
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
© Wolfgang Laib, 
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

OEUVRES DE L’EXPOSITION

L’exposition présente une cinquantaine d’oeuvres centrales de Wolfgang Laib. Y figurent des oeuvres de presque tous les ensembles majeurs de son travail, notamment une grande oeuvre de pollen, un «Brahmanda» (grande sculpture ovoïde en pierre), une pierre de lait, une ziggourat (tour pyramidale à étages), une chambre de cire dans laquelle on peut entrer, des maisons de riz, un escalier en laque ainsi que d’autres sculptures, dessins et photographies.

Elles sont complétées par quelque 30 oeuvres de la collection du Kunsthaus Zürich datant du 14e au 20e siècle. Laib a procédé lui-même à leur sélection, et fait dialoguer ses travaux avec des oeuvres importantes de l’histoire de l’art. Parmi les oeuvres sélectionnées figurent des peintures de Fra Angelico (entourage), Matteo di Giovanni, Philippe de Champaigne, Heinrich Freudweiler, Ludwig Hess, Claude Monet, Ferdinand Hodler ainsi que des travaux d’Alberto Giacometti, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Max Ernst, Wassily Kandinsky, Verena Loewensberg, Piet Mondrian, Barnett Newman, Mark Rothko, Robert Ryman, Sophie Taeuber-Arp et Lee Ufan.

Wolfgang Laib - Installation Kunsthaus Zurich
Touching the Essential. Wolfgang Laib and 
the Collection of the Kunsthaus Zürich
Installation view Kunsthaus Zürich, 2025
Photo: Franca Candrian, Kunsthaus Zürich

Wassily Kandinsky
Wassily Kandinsky 
Schwarzer Fleck, 1921 
Huile sur toile, 138 x 120 cm
Kunsthaus Zürich, 1947

Claude Monet - Meule au soleil
Claude Monet 
Meule au soleil, 1891
Huile sur toile, 60 x 100 cm
Kunsthaus Zürich, Acquisition du legs Otto Meister 
grâce à une contribution du Crédit Suisse, 1969

Jina Rishabha
Artiste inconnu, Jina Rishabha
Inde, Rajasthan, Chandravati, XIe/XIIe siècle
Marbre, dimensions totales: 161 × 57 × 25 cm
Musée Rietberg, collection Eduard von der Heydt
Photo: Rainer Wolfsberger, Musée Rietberg

Par ailleurs, l’exposition présente certaines oeuvres d’art asiatique qui ont également influencé le travail de Laib. Elles proviennent surtout d’Inde. On notera en particulier un important prêt du Musée Rietberg: une statue en marbre issue de la tradition jaïne indienne, dont la philosophie de non-violence a profondément marqué Wolfgang Laib. Elle représente Jina Rishabha, le premier des 24 grands maîtres du jaïnisme, et provient à l’origine d’un contexte architectural religieux et rituel.

WOLFGANG LAIB : UNE RELATION DE LONGUE DATE AVEC LE KUNSTHAUS ZÜRICH

La relation personnelle qu’entretient Laib avec le Kunsthaus Zürich est un élément central de l’exposition – tout comme celle qui le lie au Musée Rietberg. Ces deux institutions ont joué un grand rôle dans son évolution. Le Kunsthaus lui offre donc un cadre idéal pour nouer un dialogue vivant entre ses oeuvres et celles d’autres époques.

C’est aussi au Kunsthaus Zürich qu’a exercé, à partir de 1981, Harald Szeemann (1933-2005), conservateur de renom et compagnon de route de Wolfgang Laib. Harald Szeemann a apporté un soutien décisif à Wolfgang Laib et à son oeuvre. Dans un rapport annuel de la Zürcher Kunstgesellschaft, il écrivait à propos de l’artiste: « Wolfgang Laib n’est pas un Européen aux influences indo-tibétaines qui utilise le contexte de l’art; c’est plutôt un artiste résolument contemporain qui, par de minuscules gestes sculpturaux, révèle des espaces intérieurs immensément vastes. […] Ses oeuvres sont d’une beauté absolue et sans détour qui permet de respirer autrement. »

A l’intérieur du musée, les oeuvres de Wolfgang Laib dégagent une force spirituelle tranquille. Dans leur dépouillement radical, elles nouent un dialogue passionnant avec la collection – non pour la concurrencer, mais pour la compléter de leur présence intemporelle.

Un catalogue en allemand, reproduisant l’intégralité des oeuvres, paraît à l’occasion de l’exposition. Avec des contributions de Wolfgang Laib, Philippe Büttner, Johannes Beltz (directeur adjoint du Musée Rietberg), Mami Kataoka (directrice du Mori Art Museum de Tokyo) et la réimpression d’un texte de Harald Szeemann sur une oeuvre de Wolfgang Laib acquise en 1991 par le Kunsthaus Zurich.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

05/10/25

Faire impression @ Kunsthaus Zürich - Chefs-d’oeuvre sur papier d’Albrecht Dürer à Dieter Roth

Faire impression. Chefs-d’oeuvre sur papier d’Albrecht Dürer à Dieter Roth 
Kunsthaus Zürich 
31 octobre 2025 – 25 janvier 2026 

Dieter Roth
Dieter Roth, 
Feuillet 4 tiré de: «6 Piccadillies», 1970
Polymère au pochoir sur sérigraphie sur impression 
offset en couleur sur carton, monté sur carton-bois, 
49,9 × 69,7 cm
Kunsthaus Zürich, 2003
© Dieter Roth Estate / Courtesy Hauser & Wirth 

Dieter Roth
Dieter Roth 
Feuillet 5 tiré de: «6 Piccadillies», 1970
Sérigraphie sur impression offset en couleur sur
carton, montée sur carton-bois, 49,9 × 69,7 cm
Kunsthaus Zürich, 2003
© Dieter Roth Estate / Courtesy Hauser & Wirth

Helen Dahm
Helen Dahm 
Nu féminin en mouvement,
sans date
Eau-forte sur papier, 27,4 × 23,2 cm
Kunsthaus Zürich, don de Doris
Gäumann-Wild, 1953
© Helen Dahm Gesellschaft Oetwil am See

Le Kunsthaus Zürich présente des estampes magistrales créées au fil de six siècles.

La collection d’arts graphiques du Kunsthaus Zürich est un véritable trésor. Beaucoup de feuillets sensibles à la lumière ne peuvent être exposés que pendant une courte durée avant de regagner les dépôts, où ils sont conservés à l’abri. Dix ans après l’exposition anniversaire organisée à l’occasion des 100 ans d’existence de la collection d’arts graphiques, le Kunsthaus présente ses estampes les plus précieuses, domaine qui avait été laissé de côté à l’époque.

Aujourd’hui encore, la gravure est entourée de malentendus: une telle oeuvre peut-elle être considérée comme originale? Pourquoi n’y a-t-il pas un seul exemplaire mais plusieurs? Le Kunsthaus montre que l’estampe est un moyen d’expression artistique à part entière, pas seulement un procédé de reproduction d’images. Le travail de l’encre et le jeu de clair-obscur qui en résulte donnent naissance à des oeuvres dont l’effet est unique.

Albrecht Dürer
Albrecht Dürer 
Adam et Ève, 1504
Gravure sur cuivre sur papier,
25,1 × 19 cm
Kunsthaus Zürich, 
Collection Landammann Dietrich Schindler, 2000

Hendrik Goltzius
Hendrik Goltzius 
Le grand porte étendard, 1587
Gravure sur cuivre sur papier, 29 × 20,1 cm
Kunsthaus Zürich

Hans Sebald Beham
Hans Sebald Beham 
Cimon et Péro, 1544
Gravure sur cuivre sur papier, 7,3 × 5,1 cm
Kunsthaus Zürich, 
Collection Landammann Dietrich Schindler, 2000

Rembrandt Harmenszoon van Rijn
Rembrandt Harmenszoon van Rijn 
Jésus prêchant, dit «La petite tombe», vers 1652
Eau-forte et pointe sèche sur papier Japon,
15,2 x 20,5 cm
Kunsthaus Zürich, legs de Leonie Tobler, 2003

D’Albrecht Dürer à Francisco de Goya en passant par Rembrandt van Rijn – ne serait-ce que dans le domaine de l’art ancien, la collection du Kunsthaus Zürich réunit les représentants les plus importants de l’estampe. L’exposition présente de magistrales eaux-fortes et gravures sur bois qui mettent en avant le travail du motif et la maîtrise technique. La présentation ne suit pas une chronologie stricte, mais s’organise par types de techniques. Elle permet ainsi de comprendre comment un même procédé a donné naissance à des formes d’expression très différentes au fil des siècles. Elle montre également comment de nouvelles possibilités techniques ont inspiré de nouveaux thèmes aux artistes et leur ont suggéré de nouvelles solutions plastiques.

Henri Matisse
Henri Matisse 
Illustration pour «Poésie de mots inconnus», 1943
Linogravure sur papier, 30,4 × 23,4 cm
Kunsthaus Zürich, 1980

Bernhard Luginbühl
Bernhard Luginbühl 
Cyclope I, 1968
Gravure sur cuivre sur papier, 67,7 × 74,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1984
© Bernhard Luginbühl

Chuck Close
Chuck Close 
Autoportrait, 1977
Eau-forte sur papier, 137 × 103,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1978
© Chuck Close Estate

Julie Mehretu
Julie Mehretu
Untitled, 2006
Eau-forte et pointe sèche en couleur sur papier, 
58,9 × 71,6 cm
Kunsthaus Zürich, 2006
© 2025 Julie Mehretu

Avec la modernité, l’estampe s’épanouit dans toute sa diversité, que ce soit dans les oeuvres de Käthe Kollwitz, de Mary Cassatt ou de Dieter Roth. On expérimente désormais avec les techniques les plus diverses et différents états d’impression. Le format semble lui aussi ne plus connaître de limites. En témoigne par exemple l’autoportrait monumental de Chuck Close, aux dimensions imposantes de 137 × 103 cm. Dans cette exposition, le Kunsthaus s’abstient toutefois délibérément de toute hiérarchisation des oeuvres par la taille, car souvent, l’attrait d’une estampe tient à ses plus infimes détails. 

Edvard Munch
Edvard Munch 
Tête contre tête, 1905
Gravure sur bois en 4 couleurs sur papier,
56,5 × 74,5 cm
Kunsthaus Zürich, 1950

Otto Müller
Otto Müller 
Jeune fille allongée contre un tronc d’arbre, vers 1914
Lithographie aquarellée sur papier, 35,6 x 46 cm
Kunsthaus Zürich, don de Hugo Moses, 1933

Emil Nolde
Emil Nolde 
Tête masculine et tête féminine, 1937
Gravure sur bois sur papier, 41,5 × 30,3 cm
Kunsthaus Zürich, 1938
© Nolde Stiftung Seebüll

Plus de 80 oeuvres sur papier sont exposées au cabinet du Kunsthaus Zürich sous la houlette de Jonas Beyer. Un catalogue richement illustré complète l’exposition et fait écho à l’ouvrage «Meisterzeichnungen. 100 Jahre Grafische Sammlung im Kunsthaus Zürich» (Dessins de maîtres. Les 100 ans de la collection d’arts graphiques au Kunsthaus Zürich), désormais élargi au champ de l’estampe.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1/5, 8001 Zurich

07/08/25

Rétrospective Suzanne Duchamp @ Kunsthaus Zürich

Rétrospective Suzanne Duchamp 
Kunsthaus Zürich
Jusqu'au 7 Septembre 2025

Le Kunsthaus Zürich consacre à SUZANNE DUCHAMP la première rétrospective au monde. Ses compositions minimalistes et pourtant graphiquement marquantes, associées à des titres suggestifs comme «Usine de mes pensées», sont entrées dans l’histoire de l’art et néanmoins source d’inspiration jusqu’à nos jours. Malgré son appartenance à l’une des familles d’artistes les plus célèbres, son oeuvre est restée jusqu’à présent largement inconnue du grand public. Cette exposition, qui réunit des prêts exceptionnels provenant d’institutions publiques et de collections privées renommées, rend à Suzanne Duchamp la place de premier plan qu’elle mérite.

Dadaïste, peintre, SUZANNE DUCHAMP (1889, Blainville-Crevon – 1963, Neuilly-sur-Seine) a laissé à la postérité une oeuvre aux multiples facettes dont certains éléments figurent dans des collections réputées, mais qui pour l’essentiel est surtout appréciée d’un public d’initié(e)s. Duchamp entretenait des liens étroits avec les avant-gardes de son époque et a enrichi l’histoire de l’art d’apports très personnels. Soeur de Marcel Duchamp, de Raymond Duchamp-Villon et de Jacques Villon, elle échangeait beaucoup avec eux. En 1919, elle a épousé l’artiste suisse Jean Crotti, dont le Kunsthaus Zürich possède des oeuvres clés, et avec qui Suzanne Duchamp a occasionnellement coopéré. La dernière exposition d’ampleur consacrée aux deux artistes a eu lieu en 1983 au Centre Pompidou, à Paris, en coopération avec la Kunsthalle Bern. Il est donc grand temps de mettre à l’honneur le travail de Suzanne Duchamp et d’en montrer toute la profondeur. Par son langage visuel subtil, esthétique et plein d’humour, elle incarne une combinaison hors du commun dans le mouvement dadaïste. Quelle ville conviendrait mieux que Zurich, cité natale de Dada, pour enfin donner à cette artiste d’exception toute l’attention qu’elle mérite?

SUZANNE DUCHAMP : À LA FOIS ABSTRAITE ET FIGURATIVE

Dans son art, Suzanne Duchamp a exploré des voies variées. À Paris, dans le sillage du cubisme, elle commence par se pencher sur la fragmentation d’intérieurs intimes et de paysages urbains, avant de se tourner vers le mouvement Dada. Ses oeuvres associent peinture et poésie dans une démarche expérimentale qui joue avec différents supports et matériaux.

Même si sa peinture évolue de plus en plus vers l’abstraction dans les années 1910, Suzanne Duchamp reste toujours fidèle à certains repères visuels, renforcés par des titres énigmatiques. En 1922, pour des raisons diffuses, elle rompt inopinément avec Dada pour se tourner vers une peinture figurative aux accents souvent ironiques et naïfs.

Dans les décennies qui suivent, elle crée des oeuvres contenant un large spectre de motifs, qui se caractérisent par des expérimentations sur les pigments et par l’importance structurante du dessin. En 1949, son influente amie Katherine S. Dreier la qualifie de « peintre semi-abstraite » – ce qui est une formulation pertinente pour une oeuvre échappant à toutes les conventions de l’histoire de l’art.

UNE EXPOSITION INTÉGRANT LES TOUTES DERNIÈRES RECHERCHES

Cette rétrospective réunit les oeuvres dadaïstes de Suzanne Duchamp et des travaux datant de ses phases antérieures et postérieures de création. Talia Kwartler, commissaire invitée, a étudié pendant plusieurs années l’oeuvre de Suzanne Duchamp et soutenu une thèse de doctorat sur cette artiste au University College de Londres. En 2024, elle a été chargée de cours à l’université de Zurich sur le thème des femmes dans le mouvement Dada.

La détermination de Talia Kwartler a permis de transformer la présentation prévue en une vaste rétrospective, la première jamais consacrée à cette artiste, élaborée avec Cathérine Hug, commissaire au Kunsthaus et spécialiste du mouvement Dada. L’exposition s’inscrit ainsi dans la longue tradition des présentations de Dada organisées au Kunsthaus Zürich depuis 1966, et peut être considérée comme un événement majeur dans la recherche en histoire de l’art. Réunissant près de 50 tableaux, 20 travaux sur papier ainsi que des documents d’archives rares et des photographies d’époque, cette rétrospective offre une vue d’ensemble de toute l’oeuvre de Suzanne Duchamp. De nombreux travaux n’ont été redécouverts qu’au terme d’intenses recherches. Parmi les prêteurs figurent des institutions comme le MoMA de New York, le Philadelphia Museum, l’Art Institute de Chicago, le Centre Pompidou de Paris, la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet à Paris, le Musée des Beaux-Arts de Rouen, mais aussi d’importantes collections privées comme la Bluff Collection et la collection de Francis M. Naumann et Marie T. Keller. Cette rétrospective a vu le jour en étroite collaboration avec l’Association Duchamp Villon Crotti.

SUZANNE DUCHAMP : PUBLICATION

Suzanne Duchamp Retrospective Catalogue
À l’occasion de l’exposition, la première monographie consacrée à Suzanne Duchamp vient de paraître, avec de nombreuses reproductions. L’ouvrage comporte une biographie détaillée rédigée par Talia Kwartler, ainsi que des articles d’historiennes de l’art comme Carole Boulbès, Cathérine Hug et Effie Rentzou, auxquels s’ajoutent des perspectives artistiques de Jean-Jacques Lebel (interview) et Amy Sillman (images). La postface est signée Anne Berest, autrice de best-sellers. Cet ouvrage de 192 pages est paru aux éditions Hatje Cantz.
Cette rétrospective est une coopération avec la Kunsthalle Schirn de Francfort (10 octobre 2025 - 11 janvier 2026), où le commissariat est assuré par Ingrid Pfeiffer.

KUNSTHAUS ZURICH  
Heimplatz, 8001 Zurich

Retrospective Suzanne Duchamp 
Kunsthaus Zürich, 6 Juin - 7 Septembre 2025

19/12/21

Giovanni Benedetto Castiglione @ Kunsthaus Zurich - "Baroque Brilliance – Drawings and prints by Giovanni Benedetto Castiglione"

Baroque Brilliance – Drawings and prints by Giovanni Benedetto Castiglione
Kunsthaus Zürich
10 December 2021 - 6 March 2022

The Kunsthaus Zürich presents the first exhibition in a German-speaking country devoted to the graphic oeuvre of virtuoso Baroque artist GIOVANNI BENEDETTO CASTIGLIONE (1609–1664). This innovative master, whose graphic works bear the influence of Rembrandt, invented the monotype technique in the 17th century. His painterly brush drawings in oils were an important source of inspiration for artists who came after him. The exhibition includes rarely seen works from numerous European collections.

Giovanni Benedetto Castiglione embodies everything that makes the Baroque so enduringly fascinating: its celebration of inspired artistic brilliance, opulent magnificence and a striving to enrapture the viewer’s senses. Yet Castiglione, who hailed from Genoa and was also dubbed ‘Il Grechetto’, has been overshadowed by Italy’s more celebrated artists. The last comprehensive exhibition to focus on his graphic works called him a ‘lost genius’. He carved out a path of his own between Titian, Bernini and Poussin – artists whom he greatly admired – and left behind a highly individual body of work that curators Jonas Beyer and Timothy J. Standring have condensed into a representative exhibition of some 80 works on paper.

GIOVANNI BENEDETTO CASTIGLIONE: DRAWINGS WITH A DELICATE TOUCH

With an almost instinctive mastery of drawing that was every bit the equal of his painting, Giovanni Benedetto Castiglione was a unique artist of the 17th century. He committed his motifs to paper with astonishing nonchalance, employing a remarkable technique to do so: he mixed his pigments with linseed oil – probably in response to the rapidly executed oil sketches on primed wooden panels popularized by Rubens and van Dyck – and, depending on how heavily he loaded his brush, could produce everything from flowing, painterly lines to rough, expressive strokes. The spontaneity with which he guided his oil-laden brush across the paper prompted contemporary observers to label his brushwork ‘grazioso’ and ‘facile’: ‘facile’, that is, in the sense of simple but not simplistic, referring instead to the supreme virtuosity of an artist who perfected the skill of seeming effortlessness and apparent ease in tackling what was in fact a challenging task.

GIOVANNI BENEDETTO CASTIGLIONE: A FAVOURITE AMONG CONNOISSEURS

Castiglione’s drawings in oils, which have been described as miniature ‘drawn paintings’, were not simply preparatory studies for larger pieces but works of art in their own right; and this no doubt explains the admiration in which they were held by celebrated artists such as Tiepolo and Fragonard. His works were also much appreciated by legendary art aficionados including Count Francesco Algarotti. To this day, the largest assembly of drawings by Giovanni Benedetto Castiglione is in the illustrious hands of the British Royal Collection; the Kunsthaus is fortunate to be showing more than a dozen of the finest sheets from Windsor Castle. They are joined by works from equally precious holdings, including the Devonshire Collections at Chatsworth House and the Collection Frits Lugt, which is held by the Fondation Custodia in Paris. 

GIOVANNI BENEDETTO CASTIGLIONE: DRAWINGS, ETCHINGS, MONOTYPES

However, Castiglione’s drawings are only one side to his talents. He is equally peerless in his practice of printmaking. His etchings stand in the tradition of the ‘capriccio’, dealing with subjects that are as enigmatic as they are eccentric, such as scenes from the apocrypha and mythology, played out between objects from time immemorial distributed around the picture space and exposed to the elements. His unmistakeable style is also in evidence in the etchings. A significant part of their appeal lies in the manner of their execution: Giovanni Benedetto Castiglione worked with restlessly drawn networks of lines and tiny, intertwined hook strokes that spread across the picture surface almost like natural growths. Moreover, that search for a highly individual formal language most probably explains Castiglione’s unending experimentation with new means of expression. One is the monotype, which he is credited with inventing. Unsurprisingly the monotype process, which involved painting directly onto a plate and then making a print from it, is regarded as a hybrid technique. The result is somewhere between drawing and print, marking Giovanni Benedetto Castiglione out once again as a crossover artist working in diverse media, and allowing him to achieve highly dramatic chiaroscuro effects that are without parallel in the graphic arts of his time.

GIOVANNI BENEDETTO CASTIGLIONE: THE APPEAL OF THE SEEMINGLY UNFINISHED

Castiglione’s attachment to an aesthetic of the apparently unfinished and fragmentary gives his work a decidedly modern aspect. Many of his etchings look like exercises that are not fully elaborated, placing them on a level with the prints of his great contemporary Rembrandt. Castiglione’s drawings, meanwhile, are often committed to paper so swiftly that it is literally possible to retrace the process of their creation. They lack finish – deliberately so, because Giovanni Benedetto Castiglione wanted viewers to be enthralled by his virtuoso signature. 

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1, 8001 Zurich

10/07/16

Francis Picabia @ Kunsthaus Zürich

Rétrospective Francis Picabia
Notre tête est ronde pour permettre à la pensée de changer de direction

Kunsthaus Zürich
Jusqu'au 25 septembre 2016

A l’occasion du centenaire de la naissance à Zurich du mouvement Dada, Francis Picabia (1879-1953), artiste encore sous-estimé, se voit consacrer une vaste rétrospective. À travers quelque 200 oeuvres et documents embrassant toute sa carrière, cette exposition, qui a lieu dans le cadre des Festspiele Zürich, s’intéresse aux succès précoces obtenus par Picabia comme peintre impressionniste ainsi qu’à sa contribution essentielle au dadaïsme et à l’histoire de l’art moderne.

FRANCIS PICABIA : IMPRESSIONNISTE, DADAÏSTE, FIGURATIF ET ABSTRAIT
Élevé dans un milieu aisé, Francis Picabia entre à l’âge de 17 ans à l’École des Arts Décoratifs de Paris. Il vend avec succès ses tableaux de style impressionniste. Mais les trouvant trop décoratifs à son goût, il part en 1913 pour New York, où il participe à la mythique exposition Armory Show. Il y rencontre l’influent galeriste Alfred Stieglitz, qui, la même année, lui consacre une exposition particulière. C’est à cette époque que Picabia réalise ses plus grands tableaux, dans lesquels il incorpore des éléments orphiques cubistes. Mais à la différence des cubistes Pablo Picasso et Georges Braque, ces toiles reflètent un plaisir d’expérimenter avec la couleur et intègrent l’analyse de formes en mouvement dans l’espace extérieur.

FRANCIS PICABIA : AMOUREUX DE LA LANGUE ET DE L’IMPRIMÉ, MÉCÈNE DE TZARA
Francis Picabia ne rentre en Europe qu’après la Première Guerre mondiale. Il n’est donc pas à Zurich lors de la naissance de Dada le 5 février 1916. Toutefois, du fait de son étroite amitié avec Tristan Tzara, cofondateur du mouvement, il va vite en devenir l’un des représentants et l’un des principaux financeurs. À Barcelone, en janvier 1917, il fonde la revue dadaïste «391», qui paraîtra 19 fois avant de s’arrêter en 1924. On voit donc apparaître ici une autre passion de Francis Picabia: l’imprimé comme format à part entière, et la langue, qu’il s’agisse de prose ou de poésie. De son vivant, Picabia publie des aphorismes, des manifestes, des essais et des textes illustrés d’une inventivité extraordinaire. Entre 1915 et 1920, pendant sa période dadaïste, il réalise les tableaux «mécanomorphes», qui comptent parmi ses oeuvres les plus célèbres. Mais des querelles internes conduisent Picabia à se séparer officiellement du groupe Dada en 1921.

FRANCIS PICABIA : CONTRE LE NÉOCLASSICISME. THÉATRE, DANSE ET CINÉMA
Pour Picabia, comme pour Jean Cocteau, Pablo Picasso et beaucoup d’autres artistes de sa génération, les années 1920 marquent le début du «Retour à l'Ordre» – retour nostalgique à des valeurs sûres. Sur le plan artistique, cela se traduit par un langage formel conservateur, tributaire de la la figuration et du naturalisme. Si Picabia suit cette tendance générale, ce n’est toutefois pas sans distance critique. Cette décennie est en effet celle où il créé son ensemble d’oeuvres le plus varié. Entre 1923 et 1926, il réalise des collages d’objets muraux comme «Femme aux allumettes» (collection privée) et «Pailles et cure-dents» (Kunsthaus Zürich). S’y ajoutent les «Monstres» au propos fortement empreint de critique sociale (à partir de 1924), et les «Transparences» aux filigranes d’inspiration classique (à partir de 1927). La diversité des contenus de l’oeuvre de Picabia s’exprime aussi dans le plaisir manifeste qu’il avait à expérimenter différentes techniques: il recourt par exemple à la peinture émail Ripolin, utilisée d’ordinaire pour peindre les bateaux. En 1924, il collabore comme scénariste, costumier et décorateur au ballet «Relâche» ainsi qu’au film «Entr’acte», auquel participent également René Clair, Erik Satie, Man Ray et Marcel Duchamp. À partir de 1925, l’artiste tourne le dos à l’agitation parisienne et entame une vie mondaine sur la Côte d’Azur. Dans les années 1930 et 1940, son oeuvre se caractérise par de véritables expérimentations stylistiques. En attestent par exemple ses «pin-up» controversées, à dimension clairement érotique et politique, qui reposent sur la fusion de différents modèles photographiques empruntés à la culture de masse et peuvent donc être considérées comme annonciatrices du Pop Art. Autre exemple, ses «Points», qui révèlent son obsession des empâtements de peintures à l’huile sous une forme réduite à l’extrême. Picabia cherche inlassablement à se réinventer lui-même. Après l’attaque dont il est victime en 1951 et jusqu’à sa mort en 1953, il oscille constamment entre agonie artistique et euphorie – mais cette tendance était apparue dès les premiers traitements contre la neurasthénie qu’il avait suivis à partir de 1912 à Étival et à Lausanne.

FRANCIS PICABIA : UNE OEUVRE QUI RÉSERVE ENCORE DES SURPRISES
Parmi les grands artistes du 20ème siècle Francis Picabia reste une personnalité controversée. Tout au long de sa vie, il a sapé les mécanismes des jugements de valeur visant à différencier et à hiérarchiser le grand art et le kitsch ou le conservatisme et le radicalisme. Très critique envers lui-même, armé d’un humour mordant, il remet en cause les fondements de l’art moderne. Les oeuvres sélectionnées par la commissaire Cathérine Hug (Kunsthaus Zürich) en collaboration avec Anne Umland, commissaire au MoMA de New York, illustrent cette personnalité aux multiples facettes. L’oeuvre de Picabia défie notre compréhension de ces fameux «ismes» apparus en nombre dans la première moitié du 20ème siècle et qui sont profondément ancrés dans la mémoire collective de l’histoire de l’art. Outre quelque 130 peintures, seront également visibles des revues d’avant-garde et des exemples de ses travaux théâtraux et cinématographiques – un total d’environ 200 oeuvres et documents provenant d’importantes collections publiques et privées. La structure de l’exposition est en grande partie chronologique – avec des ruptures reflétant les mutations stylistiques de l’oeuvre de Picabia. On est tout de suite frappé par la diversité des techniques picturales: peintures de style impressionniste, représentations stéréotypées d’Espagnoles, abstractions d’aspect technico-mécanique ou «Nus» inspirés de photos de la publicité et de la presse de boulevard sont réunis en différents groupes. Si les oeuvres de Picabia datant des années Dada sont bien connues, l’ensemble de son travail réserve encore bien des surprises. On a ainsi redécouvert une série d’oeuvres présentées lors de l’exposition organisée à la Galerie Dalmau, en 1922 à Barcelone, dont André Breton avait préfacé le catalogue. Seront visibles pour la première fois à Zurich les grands formats de trois mètres sur trois «Edtaonisl (ecclésiastique)» qui vit le jour en 1913 (The Art Institute of Chicago) et «Udnie» (Musée national d’art moderne, Paris), qui date de la même année. Ce couple d’abstractions, réalisé peu après la visite de l’Armory Show en 1913 et exposé au Salon d’Automne de Paris 1913, laisse imaginer l’enthousiasme et l’émoi que suscitèrent ces oeuvres il y a 100 ans. Pour la première fois depuis bientôt 70 ans, elles sont réunies et de nouveau visibles ensemble.

PUBLICATION
Un catalogue en trois langues (français, anglais, allemand) richement illustré (368 pages, environ 300 reproductions) contenant de nouveaux articles scientifiques de Cathérine Hug (avec des propos contemporains de Peter Fischli, Albert Oehlen, Rita Vitorelli et d’autres personnalités), Anne Umland, George Baker, Carole Boulbès, Masha Chlenova, Michele Cone, Briony Fer, Gordon Hughes, David Joselit, Jean-Jacques Lebel, Bernard Marcadé, Arnaud Pierre, Rachel Silveri, Juri Steiner, Adrian Sudhalter et Aurélie Verdier, est paru aux éditions Fonds Mercator (Bruxelles).

Cette exposition est le fruit d’une collaboration avec le Museum of Modern Art de New York, qui l’accueillera à son tour du 20 novembre au 19 mars 2017.

Avec le soutien des Festspiele Zürich, de la Fondation Ernst Göhner et de la Fondation Truus und Gerrit van Riemsdijk.

Kunsthaus Zürich
www.kunsthaus.ch

20/05/01

100 ans Alberto Giacometti - La rétrospective au Kunsthaus Zurich

100 ans Alberto Giacometti - La rétrospective
Kunsthaus Zurich
18 mai - 2 septembre 2001

Alberto Giacometti (1901 - 1966), le plasticien suisse de renommée mondiale, aurait eu 100 ans le 10 octobre prochain. Le Kunsthaus Zurich est le seul musée européen à organiser une rétrospective présentant outre les œuvres de maturité presque l'ensemble des travaux de la phase surréaliste de l'artiste décédé en 1966.

Quatre ans de préparation auront été nécessaires à la réalisation de cette exceptionnelle rétrospective. Grâce à la collaboration avec la Fondation Alberto Giacometti et le Museum of Modern Art de New York et du soutien considérable du Centre Pompidou, le Kunsthaus Zurich a été en mesure de réunir 90 sculptures, 40 tableaux et 60 dessins, dont la plupart n'a jamais été exposée en public à ce jour. Ainsi, la période surréaliste de l'artiste est presque entièrement représentée par exemple, une période fascinante rarement exposée à ce jour en raison de sa grande fragilité. Le souhait des organisateurs aura été de présenter l'artiste dans toutes ses facettes afin de mieux saisir la cheminement de ses intentions artistiques. L'exposition qui occupe près de 1'400 m2 poursuit deux objectifs : il s'agit tout d'abord de chercher à inciter le visiteur à éviter l'interprétation habituelle, et un peu hâtive, qui catégorise l'œuvre tardive de Giacometti dans la classe existentialiste. D'autre part, cette exposition souhaite, par la présentation des œuvres d'après la seconde guerre mondiale, montrer le lien intime existant entre les premiers travaux cubistes et les travaux surréalistes qui ont suivi.

De nombreuses manifestations viendront compléter l'exposition, permettant de mieux saisir la vie et le travail de création de l'artiste, ainsi que l'accueil réservé à son œuvre. Ainsi, une exposition de photos d'Ernst Scheidegger est présentée simultanément au Cabinet graphique. Il faut également signaler un opéra écrit sur des textes de Giacometti, des conférences, des films documentaires, des visites guidées à thème, et, bien entendu, le catalogue d'exposition.


Alberto Giacometti et son oeuvre

L'homme vient de loin, il marche, imperturbable malgré sa maigreur et sa fragilité: figure élémentaire et éternelle, il est l'un des grands symboles de la seconde moitié du 20e siècle. L'homme qui marche est imprimé sur les billets de cent francs. Alberto Giacometti, né à Bergell dans les Grisons, a créé plusieurs personnages analogues, des figures de femmes debout, le Chariot, sur lequel se tient une femme absente, le Chien, qui se presse dans la rue, des bustes dont les têtes aux formes parfaites surgissent de la matière chaotique. A ces sculptures, qui touchent à l'essence même de l'être humain, s'ajoutent des peintures et des dessins tout aussi fascinants, des portraits d'une présence incroyable, des paysages de montagnes cristallins, des espaces intérieurs à la fois familiers et énigmatiques.

Giacometti avait presque cinquante ans lorsqu'il créa l'image de cet homme dans lequelson époque, l'existentialisme, s'est reconnue. Mais à part cela, un autre Giacometti, le Giacometti jeune homme, a également joué un rôle capital dans le développement de l'art au 20e siècle, et son influence est ressntie aujourd'hui encore: en effet, Giacometti est tout simplement l'un des plasticiens le plus importants du surréalisme. Ses modèles de représentation psychique, ses fascinantes constructions de places des années "folles" (les années 30) sont ainsi rassemblés pour la première fois dans leur quasi-intégralité à l'occasion de la rétrospective du Kunsthaus. On peut notamment y voir le Palais à quatre heures du matin, que le Museum of Modern Art, New York, prête pour la première fois, et la seule grande sculpture de l'époque, la Figure dans un jardin, destinée au jardin du Vicomte de Noailles, et qui n'a tout bonnement encore jamais été exposée en public. La réunion de ces œuvres étonnamment diverses permet de mieux saisir la complexité de l'oeuvre de Giacometti, une œuvre extraordinairement inventive et influente.

Aucun artiste avant lui n'avait tenté avec autant d'intensité de chercher à comprendre et de modeler la façon dont nous avons de voir, de regarder: la façon dont une femme est aperçue au loin, au bord d'un talus, la façon dont la réalité extérieure est rendue visible. Sans répit, les yeux d'Alberto enveloppent et sondent les objets et les hommes; sans répit ses mains dessinent, travaillent la terre, peignent, pour rendre la vie aux choses vues, pour que le passant ne soit pas simplement une image morte mais devienne une véritable rencontre vivante pour l'observateur, une image sauvée de l'éphémère et fixée à tout jamais dans une œuvre d'art.


La rétrospective est organisée par Christian Klemm (vice-directeur du Kunsthaus Zurich. Depuis 1982, conservateur de la collection de la Fondation Alberto Giacometti) ; Tobia Bezzola (conservateur au Kunsthaus Zurich), Carolyn Lanchner (ancien conservateur au Museum of Modern Art, New York) ; et Anne Umland (conservateur associé au Museum of Modern Art, New York).

Après l'étape de Zurich, cette exposition sera reprise du 10 octobre 2001, date du centième anniversaire de la naissance d'Alberto Giacometti, au 8 janvier 2002 par le Museum of Modern Art, New York.

Au printemps 2002, après le retour des œuvres des Etats Unis, la Fondation Alberto Giacometti intégrera nouvellement la partie du Kunsthaus conçue par l'architecte Moser en 1910. La Fondation Giacometti possède la plus importante collection mondiale des oeuvres du peintre et plasticien suisse. D'autre part, cette collection sera enrichie d'œuvres supplémentaires , tel qu'annoncé par le frère de Giacometti, le nonagénaire Bruno Giacometti, lors de l'inauguration de l'aile Giacometti.

KUNSTHAUS ZURICH
Heimplatz 1, 8001 Zurich