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14/10/22

Michel Blazy @ Le Portique, Le Havre - Centre régional d’art contemporain du Havre - Six pieds sur terre

Michel Blazy
Six pieds sur terre
Le Portique, Le Havre
1 octobre - 18 décembre 2022

Michel Blazy
MICHEL BLAZY
Pull Over Time: Running, 2018
5 paires de chaussures de sport, 
plantes, terre, eau, techniques mixtes
284 × 22 × 20 cm
© Michel Blazy
Courtesy de la galerie Art Concept, Paris

Michel Blazy
MICHEL BLAZY
 
Décanalisation, 2019
Métal, plantes, terre, eau
60 × 70 × 24 cm
© Michel Blazy
Courtesy de la galerie Art Concept, Paris

En 2016, Le Portique accueillait l’exposition Pull over time de Michel Blazy (né en 1966), dans laquelle l’artiste interrogeait le vivant sous toutes ses formes et laissait place à l’expression du végétal. Reconstituant une boutique de mode, sorte de « concept-store », où des appareils de consommation courante et des vêtements s’exposaient, l’artiste donnait une nouvelle vie aux objets obsolètes, en les transformant en jardinières. Dans le cadre de sa deuxième exposition personnelle au Portique, Michel Blazy poursuit sa réflexion sur le monde du vivant, ses mutations et évolutions. Six pieds sur terre invite le visiteur à renouer avec la terre, le sol, à littéralement s’« enraciner », afin de se reconnecter avec la nature et les végétaux. « J’aime bien la simplicité de ce titre : il contient de manière synthétique, l’idée de la mort et de la vie. »

Clin d’oeil à la série à succès de HBO, Six Feet Under, qui suivait les aventures d’une famille à la tête d’une entreprise de pompes funèbres, l’exposition propose, non pas de disparaître dans l’humus, mais bel et bien de le faire émerger et d’en faire le sujet principal : on peut fouler le sol, le sentir et vivre une expérience sensorielle en renouant avec la matière, le vivant.

Le « tapis d’accueil » de Michel Blazy fait fusionner intérieur et extérieur, construisant un espace où cohabitent l’humain et l’objet, le végétal et l’animal. C’est le quatrième tapis que présente l’artiste qui expérimente cet objet chargé d’histoire, « des tapis persans au tapis nature de Piero Gilardi ». Ornementé de motifs floraux, le tapis mue les intérieurs en jardins, faisant entrer le végétal dans un lieu domestique et domestiqué par l’homme. L’espace d’exposition se transforme en vaste jardin, où se mêlent différentes plantes et espèces, pouvant se satisfaire de ces conditions de vie singulières. S’y croisent « la végétation spontanée de mon jardin dont la présence est liée à l’activité humaine, comme par exemple les herbes de Pampa ou les Impatientes de l’Himalaya, mais aussi des cactées achetées dans le commerce dont les premiers spécimens ont été ramenés en Europe par les colonisateurs de l’Amérique. » L’arrosage quotidien de ce tapis végétal assure le développement des plantes et permet de suivre l’évolution des motifs ainsi retravaillés par la nature. L’exposition peut ainsi être visitée à plusieurs reprises, afin de constater « in situ » les changements qui s’opèrent au fil du temps.

Alors que les modes de vie contemporain tendent à nous éloigner du sol par des aménagements convoquant différentes strates de matériaux (« Une maison construite aujourd’hui est faite le plus souvent sur dalle de béton avec des adjuvants chimiques, puis une chape. Une moquette, un lino constituent une couche supplémentaire, tout comme nos chaussettes et nos chaussures qui rajoutent encore deux couches isolantes. »), ce tapis réveille des sensations simples, qui font dialoguer la nature et le corps. « La première fois que j’ai marché pieds nus sur un tapis mouillé au milieu des plantes, j’ai eu la sensation de marcher sur de l’herbe fraîche. Comme si toutes ces couches isolantes avaient été neutralisées, comme si j’avais été remis en contact avec avec un sol extérieur. »

Six pieds sur terre fait entrer le monde végétal dans un espace domestiqué, organisé, provoquant une rencontre entre objet manufacturé et nature, entre extérieur et intérieur. Du tapis et ses motifs inertes émergent alors de nouvelles formes, de nouvelles fleurs en mouvement. Une matière inerte prend vie, réanimée par les végétaux. L’exposition célèbre la nature qui reprend ses droits, qui révèle ses mystères et secrets. L’art organique de Michel Blazy exhibe les mutations et transformations de notre environnement, tout en réveillant nos sensations parfois endormies. Work in progress et sollicitation des sens… Six pieds sur terre est une expérience artistique et biologique, qui, mettant en scène différents corps et espèces, renoue le dialogue entre l’homme et son environnement. Les pieds foulant le tapis sont les racines par lesquelles chacun pourra, de nouveau, s’ancrer dans le sol.

Michel Blazy est représenté par la galerie Art Concept à Paris.

LE PORTIQUE Centre régional d’art contemporain du Havre
30 rue Gabriel Péri, 76600 Le Havre

11/07/19

Stephan Balkenhol @ Le Portique, Le Havre

Stephan Balkenhol
Le Portique, Centre régional d'art contemporain du Havre
Jusqu'au 29 septembre 2019

STEPHAN BALKENHOL
Frau mit rotem Kleid, 2009
Bois d’abachi peint, 170 cm
Courtesy de l’artiste

Artiste internationalement reconnu, Stephan Balkenhol a conquis tant les espaces urbains que muséaux avec ses sculptures réalistes. On lui doit, par exemple, une statue de Jean Moulin érigée dans la gare de Metz ou encore une série de trois sculptures (Torwächter), au coeur d’un centre commercial berlinois (DomAquaré), représentant des « gardiens des portes », trois figures surdimensionnées et montées sur des piliers de bois.

Son travail, rejouant la statuaire traditionnelle, est immédiatement identifiable. Stephan Balkenhol a une signature: le travail du bois, son matériau de prédilection, dont il exhibe les imperfections et nervures.

La figuration contre l’art conceptuel
L’artiste allemand a choisi, dans les années 1980, de se confronter à la matière brute et authentique, d’engager son corps dans la pratique, par opposition à l’art conceptuel. Il n’a cessé d’explorer les nombreuses circonvolutions des arbres, de tenter de dompter la nature et de maîtriser le végétal avec ses outils et compagnons habituels : le maillet et le ciseau. Ses techniques sont immuables: le sculpteur taille ses personnages directement dans les troncs d’arbres.

De la reproductibilité du monde
Ce bois, plein de fissures et de noeuds, Stephan Balkenhol l’aime, le chérit : l’imperfection de la matière demeure visible, malgré l’intervention et le geste artistiques, tout comme l’imperfection des êtres, imperfection à la fois physique et morale, demeure inhérente à la comédie humaine qui se joue ici-bas. Le bois est imparfait, toute copie et toute reproduction, malgré la recherche de fidélité, est imparfaite: ainsi, le sculpteur fusionne fond et forme. Les défauts du bois sont un écho des défauts de l’homme, de l’impossible reproductibilité de la réalité par l’art. Si la taille, les coups ne sont pas gommés, le bois s’efface derrière les couleurs qui viennent se poser sur les corps en devenir. Polychromes, les sculptures revêtent un caractère quasi sacré, injectant du mystique dans le quotidien.

La comédie humaine
Dans ses oeuvres, Stephan Balkenhol privilégie la figuration et représente des anonymes qui, soudainement, accèdent au statut de personnalités éminentes car hissés sur un socle. Chez lui, socle et sculpture interagissent et ne font qu’un : ils sont indissociables, composant ainsi une unité, rappelant le bloc de bois auquel l’artiste s’est confronté dans son entièreté et soulignant la volonté d’ériger les anonymes au rang de célébrités. Tout en étant dans le monumental, l’artiste allemand « démonumentalise » la figure statufiée, redonnant humanité et simplicité à la sculpture.

Une narration secrète
Chez Stephan Balkenhol, on croise des hommes vêtus de chemise blanche et d’un pantalon noir, des femmes dans des robes courtes et de couleur... Sortes de stéréotypes d’une mode standardisée occidentale, ses sculptures constituent une forêt humaine, où se mêlent différents visages, différents protagonistes. Reste à écrire l’histoire : tout est possible.

« Mes sculptures ne racontent pas d’histoires. Il y a quelque chose du secret. Ce n’est pas à moi de le révéler, mais au spectateur de le découvrir », commente l’artiste, qui ne dévoile pas de piste narrative. Dans sa comédie humaine, peuvent se jouer différents actes entre les multiples personnages qui constituent cette foule anonyme. S’il affectionne la figuration et représente hommes et femmes en pied ou en portrait, Stephan Balkenhol a également constitué un bestiaire, se muant en fabuliste et s’appuyant sur les animaux pour dessiner un autre univers narratif.

Art et tradition
Stephan Balkenhol a réintroduit la figuration dans l’art contemporain et questionne la statuaire traditionnelle, mais aussi le geste artistique, célébrant le contact avec la matière et cette dimension physique. Travailler le bois, c’est renouer avec l’origine, la nature et un savoir-faire ancestral, qui fait, dans un même mouvement, penser à l’art médiéval et à l’art folklorique des pays d’Europe de l’est. Une façon de s’inscrire dans l’histoire de l’art et de la commenter, en la détournant et en l’interrogeant... Le sculpteur campe des figures en devenir, de potentiels générateurs d’histoires : à chacun de tisser un lien avec la figure et de la faire parler pour que s’animent ces formes, ces corps, instaurant un improbable dialogue avec le réel réactivé.

Stephan Balkenhol est représenté par les galeries Thaddeus Ropac (Paris), Deweer (Otegem, Belgique), Jochen Hempel (Leipzig, Allemagne) et Löhrl (Mönchengladbach, Allemagne).

LE PORTIQUE CENTRE REGIONAL D'ART CONTEMPORAIN DU HAVRE
30 rue Gabriel Péri, 76600 Le Havre
www.leportique.org

22/07/16

Drawing Lab Paris : Ouverture en janvier 2017

Ouverture en janvier 2017 d'un drawing Lab Paris




Après New York et son drawing center, Londres et sa drawing room, Paris sera doté d’un DRAWING LAB à partir de janvier 2017.

Drawing Lab Paris est un centre d’art privé entièrement dédié à la promotion et à la diffusion du dessin contemporain. Il se veut avant tout être un lieu d’expérimentation et de production du dessin sous toutes ses formes.

Créé par Christine Phal, fondatrice de DRAWING NOW PARIS I LE SALON DU DESSIN CONTEMPORAIN, Drawing Lab Paris a pour but de faire vivre le dessin contemporain tout au long de l’année en s’appuyant financièrement sur le Fonds de Dotation pour le Dessin Contemporain.

Drawing Lab Paris est situé 17 rue de Richelieu, Paris 1er.

L’espace d’exposition d’environ 150 m2 est située au niveau bas du Drawing Hôtel, dirigé par Carine Tissot.

L’accueil et la boutique situés au rez de chaussée feront la part belle aux éditions et objets liés aux projets des artistes sélectionnés pour intervenir dans l’hôtel ou ceux des expositions en cours. Sa relation particulière avec le Drawing hôtel et sa proximité avec des lieux culturels, tels que le Louvre, le Musée des Arts Décoratifs et le Centre Pompidou, lui assurent une visibilité à la fois locale et internationale.

Le programme d’exposition 2017 a été défini par un comité de sélection indépendant constitué de Daria de Beauvais, curatrice du Palais de Tokyo, Agnès Callu, conservateur au cabinet d’arts graphiques du Musée des arts deco, Sandra Hegedus, collectionneuse, Marc Donnadieu Conservateur en charge de l‘art contemporain au LaM, Lille Métropole, Musée d’art moderne, d‘art contemporain et d’art brut et Philippe Piguet, critique d’art et directeur artistique de DRAWING NOW PARIS. Après un appel à projet associant un duo commissaire d’exposition et artiste, le programme d'exposition 2017 présentera les oeuvres des artistes suivants :

- Keita Mori (Janvier - mars)
- Débora Bolsoni (mars - juin)
- Gaëlle Chotard (juin - septembre)
- Pia Rondé & Fabien Saleil (octobre - décembre)

Les expositions réalisées au sein du centre peuvent être proposées à des institutions internationales pour favoriser les échanges internationaux et contribuer à la notoriété des artistes.

Pour chaque exposition, Drawing Lab Paris organise des événements qui permettent de découvrir et d’approfondir la réflexion autour du dessin contemporain : conférences, rencontres avec l’artiste, rencontres avec le commissaire d’exposition, projections… Mais aussi des ateliers de création autour du dessin pour le jeune public et des visites guidées pour les groupes et les particuliers.

De manière à soutenir les actions du Drawing Lab, partenaires et mécènes sont invités à rejoindre le Fonds de dotation pour le dessin contemporain.

Site internet du Drawing Lab Paris : www.drawinglabparis.com

02/01/14

Expo Ziad Antar, La Criée, Rennes : Safe Sounds

Ziad Antar, Safe Sounds 
La Criée centre d'art contemporain, Rennes
Jusqu'au 16 février 2014

ZIAD ANTAR
Saïda, 2013
3’, film 8 mm, couleur, muet
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles

ZIAD ANTAR 
Saïda, 2013
3’, film 8 mm, couleur, muet
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles 

L’exposition Safe Sounds présentée à La Criée centre d'art contemporain à Rennes regroupe une sélection de films et vidéos de l’artiste libanais Ziad Antar, réalisés entre 2006 et 2013. Ces séquences, souvent courtes, sont représentatives de la démarche de cet artiste, guidée par l’économie de moyens et par « l’image comme idée* ». 

ZIAD ANTAR 
Le Radar, 2007
3’, vidéo, son
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles

L’image, fixe ou en mouvement, est au centre de l’œuvre de Ziad Antar. S’intéressant aux différents supports et techniques photographiques et filmiques, il fait de ceux - ci la matière première de son travail. 

Sa façon de filmer allie le rudimentaire à une certaine notion d’urgence : utilisation de matériel basique ou usagé, durées courtes, sujets uniques, plans séquences ou plans fixes, absence de montage, etc. Ses sujets sont puisés dans son environnement quotidien. Les moyens modestes avec lesquels il les traite et les contraintes techniques qu’il se fixe, lui permettent de saisir une traduction « instantanée » de ses idées.

ZIAD ANTAR
Night of Love 1, 2009
30’’, vidéo, son
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles

Le son et la musique jouent un rôle important dans la quasi-totalité de ses vidéos. La musique est le sujet de plusieurs de ses œuvres. Les vidéos de la série Night of Love, débutée en 2009 et dont il réalise pour l’exposition deux nouveaux opus, sont différentes interprétations d’une des chansons d’Oum Kalthoum les plus populaires du monde arabe. À travers les plans fixes sur des musiciens aux styles et origines très différentes, se dessinent tout le paradoxe et la richesse de la musique, à la fois extrêmement ancrée culturellement et absolument universelle.

ZIAD ANTAR 
Safe Sound, 2006
9’, vidéo, son
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles 

ZIAD ANTAR 
Safe Sound, 2006
9’, vidéo, son
Courtesy Almine Rech Gallery, Paris / Bruxelles

Dans les œuvres de Ziad Antar, la situation conflictuelle du Liban et plus largement du Moyen-Orient n’est jamais représentée directement, mais est néanmoins très présente, comme un état de fait. Dans la vidéo Safe Sound, il filme le quotidien de sa famille pendant la guerre des 30 jours, qui opposa en 2006 Israël et le Hezbollah. On ne voit rien des combats et des morts, mais on perçoit la réalité de la guerre à travers la marche lente des heures, l’ennui des gens, le bruit des bombes et des tirs au loin. 

Ziad Antar développe une approche directe de la réalité du monde. Et de cette réalité - multiple, complexe, mouvante - il extrait des images qui sont des évidences. Des fulgurances aussi. 

(*) Barbara Coffy, « Une idée, une vidéo – Ziad Antar », in http://libalel.wordpress.com, 1er février 2011.

Commissaire de l'exposition : Sophie Kaplan

La Criée centre d’art contemporain
Place Honoré Commeurec - halles centrales - 35000 Rennes
www.criee.org

04/10/13

Expo Michel Aubry, Credac, Ivry : The Searchers

Michel Aubry : The Searchers 
Le CREDAC, Centre d’art contemporain d’Ivry, Ivry-sur-Seine 
Jusqu'au 15 décembre 2013 

MICHEL AUBRY (né en 1959, vit à Paris) déploie depuis une vingtaine d’années une œuvre programmatique, consistant souvent à interpréter des objets ou œuvres emblématiques de la modernité à travers un vocabulaire formel issu de différents artisanats (facture instrumentale, ébénisterie, art du costume, tapisserie). Le processus de fabrication y est central, régi par un protocole de production subvertissant le rapport entre original et copie. 

Pour son exposition au Crédac, Michel Aubry présente des réinterprétations d’architectures éphémères et prototypes de mobilier présentés par l’Union Soviétique à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris en 1925 : le Club Ouvrier d'Alexander Rodtchenko, le Kiosque de Konstantin Melnikov, et le Pavillon de l’URSS, également conçu par Melnikov, qui fait ici l’objet d’une production inédite.

Paris, 1925. Alexander Rodtchenko séjourne à Paris pour superviser l’installation de l’exposition de l’URSS au Grand Palais, de son Club ouvrier et des kiosques de Melnikov, dont il avait pensé les couleurs. Avec ses formes et matériaux simples, économiques et fonctionnels, l’architecture de Melnikov est alors la matérialisation architecturale de la nouvelle esthétique de la Révolution, l’instrument idéologique d’un rapport renouvelé aux objets et au savoir. Dans les Galeries étrangères, Rodtchenko présentait son Club Ouvrier, un ensemble de mobilier de lecture, de jeu et de socialisation destiné à être diffusé dans tout le pays, reflet d’une utopie d’intégration de tous les arts dans la vie quotidienne et de participation au progrès humain.

Disparus, ces chefs-d’œuvre du Constructivisme russe sont encore aujourd’hui peu documentés. Outre les rares photographies et les plans conservés, les lettres de Rodtchenko à sa femme Varvara Stepanova constituent pour Michel Aubry une source majeure d’informations quant au contexte de création des œuvres. Le recueil de cette correspondance (Alexandre Rodtchenko : l’œuvre complet, Paris, Philippe Sers, 1986) est également la trame d’un film de fiction biographique (Rodtchenko à Paris, 2003-2013) dont les scènes sont tournées au gré des expositions de l’artiste.

Inlassablement, Michel Aubry documente les conditions de production de ces projets d’avant-garde afin de les mettre en pratique dans un contexte différent. Ainsi il établit dès la fin des années 1980 un système d’équivalence entre gamme musicale et mesures spatiales en s’inspirant d’une famille d’instruments à vent sardes, les launeddas. Ces instruments traditionnels sont fabriqués à partir de roseaux, dont chaque longueur conditionne la note émise, les tiges les plus longues produisant les sons les plus graves, et les plus courtes, les sons plus aigus. Une fois la Table de conversion (1992) entre hauteurs musicales et longueurs métriques établie, il est possible de trouver à chaque composition sonore « un équivalent géométrique dans l’espace, et inversement  » (Yves Aupetitallot, « Interpréter », in Michel Aubry, catalogue d’exposition, Le Quartier, Centre d’art contemporain, Quimper / Centre d’art contemporain de Vassivière en Limousin, 2001, pp.48-62). Ce système, qui régit la quasi-totalité de sa production sculpturale, est un protocole de « contamination », aussi arbitraire qu’ironique,  de la forme et des fonctions des objets pris pour modèles.

Michel Aubry utilise les roseaux comme outil de mesure et comme matériau, visibles ou intégrés à la structure même des sculptures. Ainsi transformés en instruments de musique potentiels (augmentés d’anches, la mise en vibration est possible mais non réalisée), les objets d’origine changent de statut et pourtant restent « plus vrai que nature ». 

Ainsi dans Mise en Musique du Club Ouvrier de Rodtchenko (1925-2003) les huit sièges de lecture, à l’origine tous semblables, ont été redimensionnés pour s’adapter aux longueurs croissantes des roseaux composant une gamme montante, comme soumis à une « musicalisation forcée » qui « contamine la vérité historique de la reconstitution » (Yves Aupetitallot, op. cit.). 

MICHEL AUBRY, Mise en musique du club ouvrier d’Alexandre Rodtchenko, 1925-2003
Vue de l’installation au Frac des Pays de la Loire, 2005.
Collection Frac des Pays de la Loire. Photo : Stéphane Bellanger.
Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Meyer.

MICHEL AUBRY, Mise en musique du club ouvrier d’Alexandre Rodtchenko, 1925-2003
Vue de l’installation au Mamco, Genève, 2003.
Collection Frac des Pays de la Loire. Photo : Mamco, Genève.
Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Meyer.

A l’inverse du redimensionnement dans la Mise en musique du club ouvrier d’Alexandre Rodtchenko, 1925-2003, pour la Mise en Musique du Kiosque de Melnikov (1925-2009), les dimensions originales de l’objet ont été privilégiées au détriment de la référence musicale. 

MICHEL AUBRY, Mise en musique du kiosque de Melnikov, 1925-2009
Bois peint, tapis afghans.
Vue de l’installation au Musée des Beaux-arts de Nantes, 2010.
Photo : Michel Aubry. Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Meyer.

Les doutes, les imprévus de la production intéressent Michel Aubry en ce qu’ils renseignent le savoir-faire de la fabrication, comme lorsque l’on retourne un gant. A rebours du métier de copiste ou de faussaire qui s’attachent à reproduire au plus près la forme finale, il s’agit plutôt pour Aubry de mettre en pratique des situations, dans une démarche proche de la science expérimentale. Ainsi il s’attacha à « mettre en musique » le Monument à la 3ème Internationale de Vladimir Tatline, en incluant sa part de bricolage et exposant ainsi sa nature de projet, plutôt que l’objet lisse et esthétisant tel que parfois reproduit dans les musées. De même, la structure du Pavillon Soviétique, conçue à l’origine en métal par Melnikov dût finalement être construite en bois - différence invisible mais idéologiquement capitale – signe que l’avant-garde était confrontée à la réalité économique du temps. Au Crédac, Michel Aubry expose sa réplique à l’échelle 1:10, devenue sculpture de roseau et de bois, la reconstitution devenant expérience et mémoire active.

Enfin La Loge des Fratellini (2005) que Rodtchenko visita à Paris est réaménagée au Crédac. L’antre des trois célèbres frères clowns était un lieu fascinant, sorte de cabinet de curiosité du spectacle ; devenu chez Michel Aubry un espace d’exposition nomade en soi, il est aussi l’outil accompagnateur de ses films, en attente de tournages.

MICHEL AUBRY, La loge des Fratellini, 2001-2012
Table de maquillage, une table, lettres composant le nom Stroheim, quinze costumes, Le Tapis de Dürer et Le Manteau d’Ernst Junger
Biennale de Sao Paulo, Brésil, 2012.
Photo : Michel Aubry. Courtesy de l’artiste et Galerie Eva Meyer.

S’il est question « d’éprouver une nouvelle fois » le processus de production, il s’agit aussi de repenser l’héritage de ces œuvres en les reconstruisant. En effet, autrefois pensées comme opérantes dans la réalité sociale, aujourd’hui « lissées » par l’histoire de l’art, devenues icônes, disjointes de leur contexte politique et économique, quel statut prennent ces créations historiques ?

En retournant le problème de « perte du modèle », fondateur en sculpture, les stratégies de re-fabrication de Michel Aubry impliquent un déplacement ontologique des œuvres par rapport à leur modèle : en mutant du champ des arts décoratifs vers celui des arts plastiques, elles s’autonomisent ; devenues non-reproductibles et non-fonctionnelles, leur portée esthétique, politique et sociale est pourtant réactivée à l’aune d’un contexte renouvelé. Etrangère à tout modèle idéologique, à toute forme générique, sa démarche engage plutôt les notions d’unicité, de réversibilité et de déplacement constant de la forme. Comme Rodtchenko et Melnikov, Michel Aubry fait figure de chercheur, poursuivant un objet toujours élusif, à l’image des héros de The Searchers, titre de l’exposition emprunté au film de John Ford de 1956.

En appelant aux savoirs de l’historien, du musicologue et de l’artisan, Michel Aubry continue ici de déployer un système original de représentation de l’histoire des formes, significatif d’un regard contemporain qui s’enrichit des strates de son passé. 

Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac 
La Manufacture des OEillets
25-29 rue Raspail, 94200 Ivry-sur-Seine
Site internet : www.credac.fr

05/05/13

Centre Art Contemporain Wattwiller Fondation F. Schneider - Inauguration et 1ere exposition des Talents Contemporains


Inauguration du Centre d'Art Contemporain de la Fondation François Schneider à Wattwiller, en Alsace & Exposition inaugurale des Lauréats 2011 des Talents Contemporains

L'inauguration d'un centre d'art contemporain de 2000 m2 par la Fondation François Schneider à Wattwiller, en Alsace, aura lieu le 16 mai 2013. L'ouverture au public étant quant à elle prévue pour septembre 2013. L'objectif de ce nouvel espace d'exposition dédié à l'art contemporain autour du thème de l'eau est intéressant dans la mesure où le but affiché est de présenter au public les créations d'artistes émergents dont le travail n'est pas encore reconnu, ou pas assez. 

La Fondation organise un concours annuel Talents contemporains et acquiert sept oeuvres d'artistes, lauréats du concours dans les différentes catégories permettant de couvrir l'essential des arts plastiques et visuels : sculpture / installation, peinture / dessin, photographie et vidéo. Talents contemporains 2011 et 2012 ont attirés de nombreux candidats. Sachant que les 300.000 euros, mis en concours et destinés à l'acquisition des oeuvres, sont attrayant. Les 7 lauréats se partageant cette somme, le concours Talents contemporains ne manquera sans doute pas d'attirer de plus en plus de jeunes artistes français et internationaux lorsque sa notoriété sera plus établie, en particulier à l'étranger. 


FONDATION SCHNEIDER, CENTRE D'ART CONTEMPORAIN, WATTWILLER : DATES 
16 Mai 2013 : Inauguration du centre d’art et annonce des lauréats du concours international d'art contemporain Talents contemporains 2012.
Exposition des lauréats de la 1ère édition du concours international d'art contemporain Talents contemporains 2011.  
Septembre  2013 : Ouverture du centre d’art au public. Exposition des lauréats de la 1ère édition des Talents contemporains 2011. 
2014  : Une exposition des 7  lauréats concours international d'art contemporain Talents contemporains 2012 sera organisée au centre d'art, accompagnée d'une édition bilingue conçue comme un catalogue de propositions et d’idées. 

Les lauréats 2011 et le projet avec lequel ils ont remporté le concours international d'art contemporain Talents contemporains, dont les oeuvres seront exposées cette année 2013 :

Yves CHAUDOUET pour son projet Les poissons des grandes profondeurs ont pied 
Erik SAMAKH pour son projet Planter des sources ou suite des effets de serre 
Emilie BROUT & Maxime MARION pour leur projet Dérives 
Etienne CLIQUET pour son projet Flottille 
Laurent FAULON pour son projet Ondes, Masse critique, Congélateur, Des ronds dans l’eau 
Etienne FOUCHET pour son  projet Stumbling block II 
Bertrand RIGAUX pour son projet Le cours des cours 

Le jury était composé de Jean-Noël Jeanneney, Président du Jury, Fabrizio Plessi, artiste, Claudette Joannis, conservateur en chef du Patrimoine, Jean-Pierre Simon, directeur adjoint, chargé des arts plastiques, au Ministère de la Culture, Daniel Lelong, Galerie Lelong. 



FONDATION FRANCOIS SCHNEIDER
27, rue de la Première Armée - 68700 Wattwiller - Alsace - France

22/07/11

Exposition Mircea Cantor au Credac, Ivry-sur-Seine - More Cheeks Than Slaps


Exposition Mircea Cantor, More Cheeks Than Slaps 
le Crédac, Ivry-sur-Seine 
Commissaire d'exposition : Claire Le Restif
16 septembre - 18 décembre 2011

MIRCEA CANTOR
Mircea Cantor, Tracking Happiness, 2009,
Vidéo 11’, Son : Adrian Gagiu
© Mircea Cantor - Courtesy de l'artiste et de la galerie Yvon Lambert, Paris

Pour sa première exposition institutionnelle en Ile-de-France, l’artiste et citoyen du monde MIRCEA CANTOR investit les nouveaux espaces du Crédac avec une sélection d’œuvres dont trois productions inédites, qui traitent des croyances et idéologies, entre quête du bonheur et réalisme parfois désenchanté. 

La fin de la transparence en art joue à plein dans l’œuvre de Mircea Cantor. Œuvre mystérieuse, aux multiples ramifications, elle plaide comme le dit son auteur pour « la nécessité d’incertitude ». Une œuvre qui va à contre-courant du besoin impératif actuel de tout connaître et de tout prédire. More Cheeks Than Slaps, titre choisi par Mircea Cantor pour son exposition, qui évoque directement la sentence de l’Evangile « tu ne rendras pas le mal par le mal... mais tu tendras la joue gauche », est aussi celui d’une des œuvres de l’exposition (More Cheeks Than Slaps, 2011). Ces mots sont écrits à l’envers par l’artiste, traduits formellement en néon et lisibles grâce à leurs reflets dans un miroir.

Les éléments qui constituent cette installation forment un passage qui relie la salle où est installée Rainbow (2011), et celle où se poursuit l’exposition, par la projection de Tracking Happiness (2009). Cette vidéo, accompagnée d’une musique de Adrian Gagiu, met en scène de manière quasi mystique un groupe de sept femmes. Telles des anges vêtues de blanc, elles se promènent en file indienne puis forment un cercle, pieds nus sur du sable fin, un balai à la main. Chacune des traces qu’elles laissent est balayée par la personne qui suit. Véritable image de paix, la scène se répète, à l’infini, comme un mantra. 

Dans une autre salle, Mircea Cantor exprime une toute autre position à travers Fishing Fly (2011), sculpture de 400 x 350 x 146 cm reproduisant une sorte d’avion fabriqué à partir de barils de pétrole récupérés. Equipé d’un hameçon doré accroché sous la carlingue, il évoque à la fois un avion de chasse et un leurre de pêche. Symbole de vitesse, de puissance et de conflit, le véhicule semble ici échoué.

Parfaitement ancrée dans son époque, l’œuvre de Mircea Cantor contient un mélange subtil de quête du bonheur, de désir utopique d’une nouvelle époque et de réalisme parfois découragé. C’est le cas de I Decided not to Save the World (2011), une vidéo d’à peine une minute où un petit garçon dit de manière angélique, franche et rieuse qu’il a décidé de ne pas sauver le monde.

Dans le même esprit, la vidéo Vertical attempt (2009), présente un petit garçon assis sur le bord d’un évier, s’apprêtant à couper, à l’aide de ciseaux, le jet de l’eau qui coule. Pour Mircea Cantor, c’est l’image de « la parfaite tentative d’atteindre l’impossible », brisant l’idée du cycle et du mouvement perpétuel.

MIRCEA CANTOR - BIOGRAPHIE

Né en 1977 à Oradea en Roumanie, Mircea Cantor s'intéresse aux mythes et aux symboles (qu’ils soient universels ou liés à son pays natal) ainsi qu’à la transformation des traditions culturelles, à ce qu'elles véhiculent en termes d'idéologie et d'un rapport fondamental au monde. Voyageur et citoyen du monde, Mircea Cantor renverse les conventions, préoccupé par l'alchimie des idées dans la circulation infinie de la pensée. Mircea Cantor se place à la croisée des sociétés, permettant ainsi des rapprochements de mentalités, réunissant passé et futur pour un présent ouvrant des possibles.

Lauréat du prix Ricard 2004 et nommé pour le prix Marcel Duchamp 2011, Mircea Cantor expose depuis 1999 dans des institutions importantes (Kunsthaus Zürich; Camden Arts Centre, Londres; Kunsthalle, Budapest; Kunsthalle Nürnberg; Museum Abteiberg, Monchengladbach; Modern Art Oxford; FRAC Champagne Ardennes ; Hirshhorn Museum, Washington ; MoMA, Tel Aviv Museum of Art…).

Mircea Cantor est représenté par Yvon Lambert, Paris, Dvir Gallery, Tel Aviv et Magazzino, Rome

Claire Le Restif - Commissaire de l’exposition 

Cette exposition du Crédac bénéficie du soutien de la galerie Yvon Lambert, Paris et de la Fondation d'entreprise Ricard.

CENTRE D'ART CONTEMPORAIN D'IVRY - LE CREDAC 
La Manufacture des Œillets <=== Attention, nouvelle adresse :)
25-29, rue Raspail
94200 Ivry-sur-Seine

www.credac.fr

23/05/11

Ecotone, Exposition au Centre d'Art Contemporain de Carjac, Maison des arts Georges Pompidou

Exposition : Ecotone 
Emmanuelle Castellan, Erik Göngrich, Sylvia Henrich, Stéphane Pichard 
Centre d'Art Contemporain, Carjac
Jusqu'au 5 juin 2011

© STEPHANE PICHARD, Random afternoon, 2010. Courtesy de l’artiste

ECOTONE
Cajarc - Berlin, aller et retour

Un projet entre le Kunstverein Tiergarten / Galerie Nord à Berlin et la Maison des arts Georges Pompidou, à Cajarc dans le cadre du projet de coopération artistique franco-allemand Thermostat dont Ecotone clos le calendrier d'expositions.

Commissaires d'exposition : 
Martine Michard, Cajarc 
Claudia Beelitz et Ralf F. Hartmann, Berlin 

Texte de présentation de la commissaire MARTINE MICHARD, Carjac 

Le texte n'a pas été modifié afin de lui conserver toute sa saveur. Wanafoto précise juste, pour une meilleur compréhension des non connaisseurs des lieux, que la Maison des arts Georges Pompidou (MAGP), comprend le Centre d'art contemporain situé à Carjac même (à une trentaine de kms de Cahors) mais aussi les Maisons Daura, résidences d'artistes, dans le village de Saint-Cirq-Lapopie situé à 20 kms de Carjac (et dont Martine Michard est la directrice). Toutes les infos sont disponibles sur le site web  de la MAGP.

Le projet ECOTONE propose une réfexion sur l’environnement culturel, social et politique de la Maison des arts Georges Pompidou à Cajarc et du Kunstverein Tiergarten à Berlin. Emprunté à la biogéographie, le terme Ecotone (gr. oikos : maison ; tónos : tension) renvoie à une zone dans laquelle deux écosystèmes se superposent et entrent en déséquilibre. Dans cette zone aux règles abrogées et aux antagonismes mouvementés émergent des phénomènes inouïs, transgressifs et inédits.

ECOTONE est l’un des 12 projets qui prend place dans le cadre de la coopération franco-allemande THERMOSTAT et sonde les possibilités de collaboration entre des centres d’art français et des Kunstvereine allemands. Des résidences croisées ont permis à quatre artistes de mener une réfexion intensive dans le contexte d’Ecotone. Chacun d’eux est allé dépister les différences, les connexions ou les confrontations. Ouvrant des perspectives extrêmement hétérogènes, les travaux exposés successivement à Berlin et Cajarc instaurent un dialogue ouvert entre les deux lieux. 

1621 km dont 1469 km sur autoroutes - 15h02 dont 12h43 sur autoroutes. Le projet élaboré entre nos deux centres d’art trouve matière à réfexion dans cette distance. Les artistes d’ECOTONE ont éprouvé et expérimenté les écarts et les similitudes qui, de Moabit aux Maisons Daura, interrogent les états d’une nature dont on peut douter de l’intégrité, comme les projets d’une ville qui convoite la moindre vacuité. 

Dans sa peinture, EMMANUELLE CASTELLAN met le réel à distance, il y a donc peu de référence évidente aux paysages fréquentés, mais sa peinture est cependant toujours une expérience du lieu. L’artiste raconte sa relation aux images, leur oubli, leur insistance, leurs signifances dans des compositions minimales et denses à la fois. Si la photographie sert de base à son travail, Emmanuelle C. ne fait apparaître que des éléments épars, objets, personnages et gestes, en partie avalés par la surface. L’aventure picturale se prolonge de la résidence à l’atelier puis à la galerie d’exposition pour proposer une circulation, des déplacements, des scénarios différents qui permettent de voir autrement la peinture.

D’ ERIK GONGRICH, la légende dira qu’il a glissé sur une fgue en posant le pied à Saint-Cirq-Lapopie et qu’ainsi est né son projet de résidence dans le Lot. De fait, son arrivée à l’automne a coïncidé avec la profusion des récoltes fruitières. Il a glané baies et châtaignes dans les chemins alentour et s’est peaufné une aura de cuisinier - très appréciée de ses co-résidents. Un parfum de confitures a bientôt enveloppé les Maisons Daura. Dans la lignée des traditions culinaires du Quercy, Erik G. aurait pu se contenter de compléter le manuel de recettes d’artistes pour faire œuvre. Il a heureusement poussé plus loin la recherche. Une visite aux archives départementales, puis dans une coopérative en activité, ont engagé son propos vers une enquête anthropologique, puis architecturale. La découverte d’une photographie d’un bâtiment moderne, érigé en 1933 et ayant abrité une coopérative fruitière prospère, a engendré la série de projets de musées dessinés. Le sérieux de la recherche - la ruine d’une économie et le défi touristique - rivalise avec le burlesque d’une situation où la culture serait l’héroïne salvatrice, avec ses 16 musées, dont le probable MNC, Musées des Noix et des Châtaignes. A contre-courant des évidences, Erik G. voit dans la situation contrastée entre les deux contextes, autant de similarités que de différences. 

SYLVIA HENRICH connaît l’attrait pour les sites touristiques, dont elle s’attache le plus souvent à faire valoir l’identité pervertie. C’est au final une réfexion moins spectaculaire sur la perception qui a retenu son intérêt. Elle a collecté des brindilles de vigne vierge qui pousse à profusion et dont les tonalités d’automne enfamment la minéralité austère du village. Sylvia H. a invité des personnes à réaliser deux teintes pour représenter la couleur des feuilles et celle de la tige. Le même motif végétal posé sur ces fonds peints produit un ensemble de déclinaisons colorées qui questionnent dans le même temps la peinture et la photographie. D’une question simple naît toute la complexité d’une vision et la radicalité d’une exploration conceptuelle et sensible du paysage.

STEPHANE PICHARD évoque explicitement les deux territoires où il a résidé à quelques années d’intervalle. La question du point de vue s’est imposée en un contraste révélateur : en contre-plongée sans horizon à Saint-Cirq-Lapopie ; au ras du sol et ouverte sur le ciel à Berlin. Question de géographie et de rythme : le mode de captation lent et régulièrement égrené, chaque jour à la campagne, a connu à Berlin la fulgurance d’une demi-journée. Stéphane P. a ce regard mobile d’un observateur attentif aux détails qui traversent l’écran du réel et lui offrent de sculpter des moments singuliers où le document se tient au bord de basculer dans la fiction. 

Regardés par ces quatre artistes, les deux sites peuvent être considérés comme des enclaves dans le réel. Il résulte de leurs visions, une polyphonie atonale dont l’exposition s’efforce de traduire les lignes de force, les plans lumineux et la résistance à des protocoles normés, trop souvent synonyme d’absence d’échanges et d’humanité. 

Martine Michard 
Février 2011 

MAISON DES ARTS GEORGES POMPIDOU 
CENTRE D’ART CONTEMPORAIN  / CAJARC 
46160 Cajarc

09/04/06

Daniel Firman, Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire - Toucher : coulé

Daniel Firman 
Toucher : coulé 
Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire 
8 avril - 4 juin 2006 

Daniel Firman
DANIEL FIRMAN 
Luc, 2005
Collection privée
Courtesy Galerie Alain Gutharc, Paris
© Sandrine Aubry

Daniel Firman
DANIEL FIRMAN 
Luc, 2005
Collection privée
Courtesy Galerie Alain Gutharc, Paris
© Sandrine Aubry

On pourrait dire de Daniel Firman qu'il réalise une sculpture sans visage, au sens propre comme au figuré car très mobile dans ses aspects formels et le propos qu'elle développe. C'est qu'au fond, ce qui l'intéresse, c'est précisément cet "espace mouvant de l'art qui, chez lui, part de l'axe du corps des individus pour s'étendre jusqu'à l'extrême éloignement de leurs projections objectives et mentales (les biens qui les modélisent ou les normalisent, les souvenirs qui les constituent)" (Emmanuel Latreilles). Ainsi les moulages de corps qu'il réalise dialoguent-ils toujours avec des objets et des signes caractéristiques d'une réalité contemporaine : une voiture, un vêtement, un sigle informatique… Au milieu de cette relation d'échanges constants et d'information réciproque entre les êtres et les choses, Daniel Firman choisit de faire émerger les symptômes d'un dérèglement, d'une faille.

L'exposition Toucher : coulé prolonge cette préoccupation au travers d'oeuvres inédites qui chacune à leurs manières expérimentent l'espace du Grand Café.

Daniel Firman
DANIEL FIRMAN 
Carla, 2006
Plâtre, vêtements, barre métallique
Collection de l’artiste
Production Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire
Vue de l’exposition Toucher : coulé, 2006
© André Morin

Le titre de l'exposition de Daniel Firman livre quelques pistes de lecture. "Toucher " renvoie à l'importance des notions de contact et de préhension tactile régulièrement évoquées dans les oeuvres antérieures (les mannequins portant des accumulations d'objets sur la tête). Mais il faut aussi entendre "toucher" dans le sens "d'atteindre". L'exposition propose donc un univers où les objets sont "atteints", impactés, tour à tour soufflés et déflagrés. "Coulé" évoque directement la technique utilisée pour réaliser les moulages de corps, ainsi que l'épanchement de la matière. 

Jusqu'à présent, Daniel Firman proposait une perception du réel à travers une relation physique et psychique entre le corps et les objets. D’ailleurs, ses fameux mannequins portant une accumulation d'objets sur les épaules résultaient-ils toujours d'un vécu (la performance de l'artiste portant la dite agglomération d'objets, comparant ainsi la résistance de son corps à celle d'un matériau). Cette relation véhiculait l'idée de l'encombrement et du compactage qui générait un espace et un système d'organisation spécifique. C’est entre autre le cas de Trafic (2002) présentée dans Toucher : coulé, seule oeuvre préexistant à l’exposition. Cette oeuvre est emblématique du travail de Daniel Firman en ce sens qu'elle met en oeuvre les principes de scattering-gattering que l'artiste a exploité souvent dans sa sculpture : il s'agit des gestes archaïques qui régissent le rapport du corps aux éléments : accumulation-dispersion, contraction, extension... théorisé par le danseur et chorégraphe Rudolf Laban. 

Daniel Firman
DANIEL FIRMAN 
Vue de l’exposition Toucher : coulé, 2006, 
Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire.
© André Morin

Daniel Firman
DANIEL FIRMAN 
Vue de l’exposition Toucher : coulé, 2006, 
Le Grand Café, centre d’art contemporain, Saint-Nazaire.
© André Morin

Pour Le Grand Café, Daniel Firman inverse le mode de relation entre corps et objets et propose une perception du réel sur le mode de la dilatation. Il expérimente l'espace en rejouant les questions liées à la sculpture : le plein, le vide, la densité, le poids, la masse, la tension, la mollesse. Le monde de Daniel Firman est un monde de cohabitation. Il porte une attention particulière à la manière dont existent des présences très différentes les unes des autres en élaborant un langage visuel aussi complexe que celui généré par la ville aujourd’hui qui fonctionne par disruption. Un doute s'installe : les êtres et les choses sont-ils au bon endroit ?

Directrice et Commissaire de l'exposition : Sophie Legrandjacques

LE GRAND CAFÉ, CENTRE D’ART CONTEMPORAIN 
Place des Quatre Z’Horloges, 44600 Saint-Nazaire
www.mairie-saintnazaire.fr