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08/11/25

Jeffrey Gibson @ Hauser & Wirth Paris - Exposition 'This is dedicated to the one I love'

Jeffrey Gibson 
This is dedicated to the one I love
Hauser & Wirth Paris
20 octobre – 20 décembre 2025

Jeffrey Gibson Portrait
Jeffrey Gibson in the studio, 2025
© Jeffrey Gibson
Courtesy the artist and Hauser & Wirth
Photo: Emiliano Granado

La première exposition personnelle de l'artiste américain Jeffrey Gibson en France est actuellement présentée par la galerie Hauser & Wirth à Paris. Célébrant l’ampleur de la création de l’artiste, elle réunit trois nouveaux ensembles de peintures, du grand au petit format, ainsi que de nouvelles oeuvres issues de sa célèbre série de sacs de frappe, des parures suspendues, des peintures sur papier, toile et panneau perlé, et un groupe inédit de sculptures en céramique autoportantes en forme de têtes. Le titre de l’exposition, « This is dedicated to the one I love », convie à un appel d’empathie et de méditation sur nos façons d’agir et de créer en temps de crise. 

Depuis plus de trois décennies, Jeffrey Gibson développe une pratique interdisciplinaire nourrie par l’histoire américaine, autochtone et queer, tout en convoquant la musique populaire, la littérature et les récits de l’histoire de l’art. Son langage visuel distinctif embrasse un vaste panorama d’expressions culturelles et d’identités, assemblées de manière à la fois intime et résolument luxuriante. Les oeuvres exposées témoignent de sa sensibilité chromatique audacieuse et de son goût pour les motifs et l’abstraction, tout en s’inspirant de l’histoire des théories de la couleur et du concept de « psycho-prismatique », selon lequel la couleur, la lumière et les prismes ouvrent simultanément une multiplicité de perceptions. 

Jeffrey Gibson est le sixième artiste choisi pour la Genesis Facade Commission 2025 du Metropolitan Museum of Art de New York, pour laquelle il a réalisé quatre oeuvres exposées à l’extérieur historique du musée jusqu'au 9 juin 2026. Parmi ses projets en cours figurent une installation immersive au MASS MoCA (North Adams, Massachusetts), jusqu’en août 2026, ainsi qu’une installation au Kunsthaus Zürich (Suisse), jusqu’en décembre 2026, marquant sa première présentation dans un musée européen après son exposition personnelle au pavillon des États-Unis lors de la 60e Biennale di Venezia en Italie. 

La genèse des nouvelles oeuvres dans cette exposition réside dans une série de petites peintures évoquant des bijoux, inspirées par les recherches de Jeffrey Gibson sur les projections astrales et le psycho-prismatisme. Ces créations s’inscrivent dans l’histoire des études chromatiques du XVIIe siècle à nos jours, avec un intérêt particulier pour celles du XIXe siècle. Leurs compositions formelles combinent des diagrammes colorés et des références à l’abstraction autochtone et moderne. L’exploration du psycho-prismatisme par Jeffrey Gibson prend forme dans une série de grandes peintures « horizontales », dans lesquelles des motifs circulaires superposés produisent des assemblages polychromes oscillant entre paysages et étendues temporelles. A ces oeuvres s’ajoutent une sélection de toiles à cadre perlé plus grandes encore, aux couleurs extatiques. Malgré leur format imposant, les couches plurielles de pigments demeurent indéchiffrables : de subtils dégradés de teintes adoucissent les contrastes graphiques et laissent simultanément transparaître toutes les strates de la composition. 

Formé à la peinture, Jeffrey Gibson s’intéresse au processus et à la matérialité. Il puise des techniques sophistiquées et esthétiques culturelles dans diverses traditions artisanales : perlage, travail du cuir, matelassage, qu’il applique à des objets quotidiens et vernaculaires, créant ainsi des formes hybrides, ludiques et évocatrices qui échappent à toute catégorisation convenue. Cette approche se manifeste notamment dans les parures murales ornées de perles et de franges et les sacs de frappe présentés aux côtés des peintures. 

Référence aux tenues traditionnelles d’apparat autochtones, ces parures deviennent des outils conceptuels pour réfléchir au pouvoir transformateur de ce qui nous habille : comment le vêtement active le corps et inversement. Jeffrey Gibson les envisage comme des sculptures figuratives. Le rez-de-chaussée à double hauteur de la galerie presente des sacs de frappe ornés de perles et inscrits de phrases telles que « NEVER LET YOUR SPIRIT BEND » (« ne laisse jamais ton esprit faiblir ») ou « I WANT TO TAKE YOU HIGHER » (« je veux t’élever »). Comme les parures, ces sacs illustrent le détournement d’objets fonctionnels en ready-mades assistés. L’usage du langage reste au coeur de son travail, nourri par la culture populaire, l’expression de soi et une réflexion sur l’histoire humaine. Pour la première fois, Jeffrey Gibson présente également de nouvelles sculptures autonomes en céramique en forme de têtes, inspirées par son intérêt pour les têtes de poterie mississippiennes, une tradition précolombienne autochtone nord-américaine. 

HAUSER & WIRTH PARIS
26 bis rue François 1er, 75008 Paris

05/11/25

Exposition Paul Sietsema @ Galerie Marian Goodman, Paris

Paul Sietsema 
Galerie Marian Goodman, Paris 
18 octobre - 20 décembre 2025

Paul Sietsema Art
Paul Sietsema 
Arrangement, 2025 
Peinture émail sur lin 
121.9 x 121.9 x 2.9 cm (48 x 48 x 1 1/8 in.)
© Paul Sietsema, courtesy Marian Goodman Gallery

La Galerie Marian Goodman à Paris présente actuellement la deuxième exposition personnelle de l'atiste américain Paul Sietsema en France. Cette exposition rassemble des oeuvres nouvelles et plus anciennes, dont deux films 16 mm. Le travail de Paul Sietsema explore la nature complexe de la représentation, en examinant comment le sens se construit à l'intersection de l'image et de la matière. Si l'art est une forme de langage culturel, l’artiste adopte une approche dialectique qui interrompt, détourne ou reconfigure le flux naturel de la communication.

Sept oeuvres créées cette année sont exposées au rez-de-chaussée de la galerie. A première vue, chacune d'entre elles représente un objet familier – un téléphone, une pièce de monnaie, un pinceau, etc. – et pourtant, de par différents dégrés de mises à distance propres au procédé de Paul Sietsema, ces images apparaissent comme des spectres ou des réceptacles de ces représentations. Ces reliquaires se déploient de manière critique pour redéfinir leur fonction, à mesure qu’ils évoluent dans le temps au sein d’un système dont la constante mutation dépend des valeurs culturelles héritées du passé. Object painting (2025), figure une machine obsolète, conçue dans sa physiologie pour permettre au corps humain de transformer une action laborieuse en langage. Le téléphone à cadran, déconnecté, de Arrangement (2025) évoque, quant à lui, la dimension métaphysique de la peinture tout en suggérant un potentiel de transmission et d’échanges réels, rendu ici irréalisable. 

A travers ces oeuvres, Paul Sietsema représente ou présente des matières premières : métal, toiles naturelles et peinture dans leurs formes les plus brutes. Dans cette optique, réfléchissant à la valeur symbolique de la peinture, Gray painting (2025) est une composition abstraite et monochrome qui joue des codes du matérialisme concret et laisse apparaître certaines parties de la toile vierge. Cette oeuvre renvoie tant à un travail antérieur de l’artiste qu'à la peinture abstraite du milieu du XXe siècle, période durant laquelle la peinture est passée d’un statut spirituel et politique à celui d'une monnaie culturelle dotée d'une valeur symbolique. De même, Action painting (black line) (2025) et Action painting (white on black) (2025) évoquent la portée emblématique du geste pictural autonome dans la peinture abstraite occidentale et de la valeur qui lui est attribuée. Action painting (black line), représentant l'image peinte d'une pièce de monnaie répandant une trainée de peinture sur la toile, met en parallèle le commerce et la valeur d'échange de l’oeuvre avec une action concrète.

Les oeuvres Action painting (black line) et Figure ground study (white on white) (2025) ont été peintes au verso d’imitations de tableaux de Jackson Pollock achetées sur des sites d'enchères en ligne, estampillées de faux tampons d'authenticité. Dans Figure ground study (white on white) (2025) et Arrangement (2025), des fragments de CD et de vinyles brisés ont été recouverts de peinture. Les objets initiaux sont littéralement et métaphysiquement ‘réduits au silence’ par les différentes interventions opérées par l’artiste, marquant leur transformation d'objet en image.

Au sous-sol de la galerie est présentée une sélection d'oeuvres datant de 2009 à 2020. Les ‘date paitings’ 1992 (2015) et 1994 (2015) ont été réalisées, entre autres outils de retouche photo argentique, avec un pinceau enduit de liquide de masquage au latex et un aérographe en partie cassé pour représenter des dalles de pierre minimalistes. La figuration des dates sur les pierres traduit l'échelle d'une histoire personnelle plutôt que collective. De même, Collection 5 (2016) donne à voir des jetons de vestiaire de musée collectés par l’artiste, réalisés à la peinture émail sur du papier incrusté de poussières provenant de son atelier. Lors de nombreuses visites dans des musées, l'artiste a régulièrement échangé des effets personnels contre ces jetons souvent marqués du nom des institutions. Si la première fois, il a oublié un vêtement, il a ensuite délibérément abandonné divers articles de sa propre garde-robe, essaimant ainsi, en quelque sorte, ses ‘oeuvres’ dans les musées du monde entier.

Une autre oeuvre est en partie issue des effets du travail en atelier. Le film muet, en noir et blanc, Anticultural Positions (2009), montre des images de traces résiduelles provenant de l'espace de travail de Paul Sietsema. Celles-ci sont accompagnées de sous-titres extrait d'une conférence donnée en 1951 par Jean Dubuffet, dans laquelle celui-ci énonce l'absence de forme et l'ambiguïté comme éléments essentiels du processus artistique. Le film a été projeté pour la première fois à la New School de New York en remplacement inattendu d'une conférence de Paul Sietsema alors que celui-ci était dans un avion en route vers la côte ouest des Etats-Unis.

Les deux films 16 mm dans l’exposition mettent en lumière le médium de prédilection initialement choisi par l'artiste pour interroger les constructions de la matérialité et leur relation plus large avec les médias. Dans Telegraph (2012), des fragments de bois trouvés sont utilisés pour former et incarner le langage. Reliés par une série de fondus enchaînés, ces morceaux sont configurés et reconfigurés au sein d'une structure répétitive et minimale qui finit par composer la phrase «L/E/T/T/E/R/T/O/A/Y/O/U/N/G/P/A/I/N/T/E/R». Le film explore l'idée de l’oeuvre d'art comme transmission en atténuant l'ordre de lisibilité linguistique et en soulignant l'abstraction inhérente à chaque forme de lettre.

Antérieures aux oeuvres présentées au rez-de-chaussée, Action painting (1977) (2017) et Action painting (City National) (2016) sont composées d'un unique geste réalisé en raclant ou frottant un objet sur la couche picturale, respectivement une pièce de monnaie et une carte de crédit. L'objet physique reste incrusté dans la peinture, l’amenant à perdre sa valeur monétaire au profit d’une valeur symbolique lors de sa transformation en oeuvre d’art. Pour Blue Picasso (2020), Paul Sietsema a sérigraphié sur toile une affiche originale du Guggenheim, avant d’y superposer la couleur de sa bordure originelle, créant ainsi un masque monochrome recouvrant l’intégralité de image. Cette technique affadit subtilement l’image, diminuant, voire suspendant, la fonction première de l’affiche.

Paul Sietsema (né en 1968 en Californie) vit et travaille à Los Angeles. Il est diplômé de l'université de Californie à Los Angeles en 1999 et de l'université de Californie à Berkeley en 1992. De nombreuses institutions ont consacré des expositions individuelles à son oeuvre, notamment le Nouveau Musée National de Monaco (2015), le Museum of Contemporary Art de Denver (2014), le Museum of Contemporary Art de Chicago (2013), le Wexner Center for the Arts de Columbus, dans l'Ohio (2013), le Mercer Union de Toronto (2013), la Kunsthalle Basel (2012), The Drawing Room de Londres (2012), le Schinkel Pavilion de Berlin (2010), le Cubitt de Londres (2010), le Midway Contemporary Art de Minneapolis (2010) ; le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid (2009) ; le Museum of Modern Art de New York (2009) ; le San Francisco Museum of Modern Art (2008) ; la de Appel Foundation d’Amsterdam (2008) et le Whitney Museum of American Art de New York (2003).

GALERIE MARIAN GOODMAN, PARIS
79 rue du Temple, 75003 Paris

06/10/25

De la ligne à la matière @ Galerie Mitterrand, Paris - Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier, Lawrence Weiner

De la ligne à la matière
Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier, Lawrence Weiner
Galerie Mitterrand, Paris
12 septembre - 20 décembre 2025

La galerie Mitterrand présente une exposition collective, intitulée De la ligne à la matière, sur l’ensemble de ses espaces à Paris (Faubourg Saint-Honoré et Temple).
 
Réunissant des figures majeures de l’art minimal et post-minimal américain, l’exposition offre un regard transversal sur une génération d’artistes ayant transformé les pratiques sculpturales et picturales à partir des années 1960. À travers une sélection d’oeuvres caractéristiques, elle interroge les principes fondamentaux de ces courants artistiques : réduction formelle, matérialité brute, répétition, rapport au corps et à l’espace, expérience physique de l’oeuvre.
 
Les structures horizontales de Carl Andre, les lignes tendues de Fred Sandback, les modules répétitifs de Richard Nonas ou les volumes suspendus de Robert Morris activent une nouvelle relation entre l’œuvre, l’espace et le spectateur, fondée sur l’expérience directe, sensorielle et physique, plutôt que sur la représentation. Judd, théoricien majeur du minimalisme, développe des modules géométriques en série, réalisés en métal ou plexiglas, qu’il qualifie d’“objets spécifiques” : ni peintures, ni sculptures, mais entités autonomes interagissant avec l’espace.
 
Les carrés de Josef Albers, bien qu’antérieurs, annoncent par leur rigueur formelle et leur approche sérielle certaines préoccupations du minimalisme et ouvrent la voie à une approche analytique de la perception. Keith Sonnier, en introduisant le néon et des matériaux industriels dans l’espace, illustre une sensibilité post-minimale, où la lumière, la couleur et l’environnement deviennent partie intégrante de l’oeuvre. De son côté, Allan McCollum développe des compositions sérielles et modulaires à grande échelle, où la répétition n’annule pas la singularité, mais au contraire la questionne. Sa démarche systématique inscrit son œuvre dans une veine post-minimale qui dépasse la pure réduction formelle pour interroger les conditions mêmes de l’unicité et de la reproductibilité dans l’art.
 
Ces approches renforcent l’idée selon laquelle le minimalisme – et aussi son prolongement post-minimal - n’est pas une réduction, mais une densité essentielle. L’épure devient ici une stratégie de révélation : de la ligne, de la matière, et de notre propre perception. A travers les oeuvres de Josef Albers, Carl Andre, Donald Judd, Sol Lewitt, Robert Mangold, Allan Mccollum, Robert Morris, Kenneth Noland, Richard Nonas, Fred Sandback, Keith Sonnier et Lawrence Weiner, De la ligne à la matière propose un regard collectif sur une esthétique qui privilégie la forme, le matériau et l’espace, sans recours à l’ornement ou à la narration.

GALERIE MITTERRAND
95, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris
79, rue du Temple, 75003 Paris

01/01/25

Ron Gorchov @ Galerie Mitterrand, Paris

Ron Gorchov
Galerie Mitterrand, Paris
24 janvier - 15 mars 2025

Ron Gorchov
, Penduluum, 1982

La galerie Mitterrand | St-Honoré présente une exposition de l’artiste américain RON GORCHOV (1930 - 2020).
 
Ron Gorchov fait partie d’une génération de peintres qui a rompu dans les années 60 avec le traditionnel châssis rectangulaire en établissant un lien nouveau entre la sculpture et la peinture abstraite. Au sein d'un groupe d'artistes new-yorkais comprenant Frank Stella, Richard Tuttle, Blinky Palermo et Ellsworth Kelly, Ron Gorchov a repoussé les limites physiques de la peinture. C’est en 1967 dans l’atelier de Mark Rothko qu’il façonne sa première toile courbée. Ron Gorchov a dès lors contribué à l’apparition et au développement des shaped canvas dans l’histoire de la peinture du XXème siècle. Ses œuvres se caractérisent par l’usage de cadres en bois courbés qui peuvent évoquer une selle de cheval ou un bouclier. Sur les toiles de lin tendues sur ces châssis délibérément sculpturaux, Ron Gorchov répète inlassablement des motifs abstraits inspirés de sculptures grecques antiques qu’il décline à travers une multitude d’expérimentations chromatiques.
 
Les œuvres présentées à la galerie Mitterrand | St-Honoré donnent à voir un aperçu de ces explorations formelles réalisées entre 1970 et 2020. La tension appliquée au châssis, qui devient donc concave ou convexe, permet de libérer la surface picturale de certaines contraintes spatiales et matérielles. La profondeur réelle de la toile renforce le dialogue entre les formes biomorphiques qui contrastent avec le fond et créent un effet d’illusion. L’œuvre n’est plus fixe, les formes flottent à la surface de la composition et semblent se détacher de leur support. Comme a pu l’évoquer Gorchov lors d’une interview, son idéal esthétique serait de s’affranchir de la gravité et de voir l’œuvre flotter librement dans l’espace [1]. Un détachement qui reflète tout un état d’esprit, voir une philosophie, comme l’a déclaré l’artiste lui-même, « mes peintures sont principalement faites de rêveries, et de chance » [2].
 
Ron Gorchov est né en 1930 à Chicago (IL) et est décédé en 2020 à Brooklyn (NY). Ses peintures font partie de nombreuses collections importantes, notamment le Metropolitan Museum of Art, New York ; le Museum of Modern Art, New York ; le Whitney Museum of American Art, New York ; le Detroit Institute of Arts, Michigan ; le Solomon R. Guggenheim Museum, New York ; et le Everson Museum of Art, New York.

[1] Ron Gorchov, Maruani Mercier, Bruxelles, 2017

[2] Entretien de Ron Gorchov avec Robert Storr et Phong Bui, septembre 2006

GALERIE MITTERRAND
95, rue du Faubourg Saint-Honoré, Paris VIIIe

12/05/24

Jason Dodge - Exposition @ MUDAM Luxembourg : "A Model: Epilogue" "Tomorrow, I walked to a dark black star"

Jason Dodge 
A Model: Epilogue 
Tomorrow, I walked to a dark black star 
MUDAM, Luxembourg
4 mai - 8 septembre 2024

Jason Dodge
JASON DODGE
- Vue de l'installation au
Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
Exposition Tomorrow, I walked to a dark black star
4 mai - 8 septembre 2024
© Jason Dodge, courtesy MUDAM Luxembourg

Jason Dodge
JASON DODGE
 - Vue de l'installation au
Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
Exposition Tomorrow, I walked to a dark black star
4 mai - 8 septembre 2024
© Jason Dodge, courtesy MUDAM Luxembourg

Dans le cadre de l’exposition collective A Model [Lien pour une présentation de cette exposition], JASON DODGE (1969, Newtown, Pennsylvanie) a été invité à concevoir un épilogue. Tomorrow, I walked to a dark black star prend la forme d’une exposition monographique au sein d’une exposition de groupe.

La directrice du Mudam, Bettina Steinbrügge, commente :
« Dans son travail, Jason Dodge joue avec la perception, avec ce que nous nous attendons à voir et ce que nous ne voyons pas – au musée comme dans le monde qui nous entoure. Au Mudam, il avait perçu la partie principale de l’exposition collective A Model comme un grand monde à part entière, qu’il entendait dès lors conclure par un geste poétique au moyen de son Epilogue. Pour ce faire, il a collecté des déchets trouvés dans les environs du Mudam et au Luxembourg, ainsi que des choses qui ne sont pas considérées comme de l’art, disposant dans les salles d’exposition ce dont d’autres s’étaient débarrassés. C’est donc en y regardant de plus près que l’on appréciera mieux cet épilogue, puisqu’il s’avère alors imbu de poésie. Pour Jason, qui a également fondé une maison d’édition où il publie des poèmes, la poésie et l’art contemporain sont proches en ce qu’ils opèrent de manière similaire : on dispose de certains objets et certains mots et il s’agit alors de remplir les espaces intermédiaires. La poésie remplit ces espaces intermédiaires, tout comme l’art de Jason. C’est une façon de réfléchir aux résonances et à la manière d’inciter les visiteur·euse·s à remplir les espaces intermédiaires avec leurs propres idées. »
Un épilogue désigne généralement un discours ou un fragment de texte insérés à la fin d’une pièce de théâtre ou d’un livre, donnant un bref aperçu de ce qu’il arrive aux personnages après la fin de l’histoire. En tant qu’épilogue, l’exposition devient tout à la fois médium, objet et sujet, à travers lesquels interroger conjointement la manière dont nous percevons les choses et ainsi les transformons. Cette approche inhabituelle de l’exposition, consistant à venir ajouter l’oeuvre d’un artiste à une exposition déjà en place, permet d’explorer les potentiels de l’exposition collective et de l’exposition monographique, tout en troublant et prolongeant leurs enjeux et temporalités respectifs.

Jason Dodge
JASON DODGE
 - Vue de l'installation au
Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
Exposition Tomorrow, I walked to a dark black star
4 mai - 8 septembre 2024
© Jason Dodge, courtesy MUDAM Luxembourg

Jason Dodge
JASON DODGE
 - Vue de l'installation au
Mudam Luxembourg – Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
Exposition Tomorrow, I walked to a dark black star
4 mai - 8 septembre 2024
© Jason Dodge, courtesy MUDAM Luxembourg

Jason Dodge s’intéresse au paysage auquel nous faisons face et au paysage de nos vies, entendu comme ce que nous possédons, ce à quoi nous pensons, les personnes auxquelles nous nous lions et celles que nous tenons à distance – les choses qui composent cette oeuvre sont directement issues d’un paysage élaboré collectivement. Imaginez une poche que l’on aurait vidée au hasard, on pourrait y trouver les traces de notre existence dans des bouts de papier, quelques pièces de monnaie, un ticket quelconque, un peu de poussière, autant de preuves que l’on était là, vivant·e.

Les choses – ces traces – qui composent l’oeuvre de Jason Dodge nous rappellent que le corps et l’esprit ne sont pas séparés, que nos corps interagissent et font partie d’autres systèmes et organismes. Dodge met en scène une expérience partagée où les causes et les effets, le contact et le lâcher-prise, font partie d’un même cercle. Les gestes de l’artiste rendent étranges ces résidus familiers, parfois insignifiants. L’exposition Tomorrow, I walked to a dark black star se confronte au langage contenu dans les choses existantes et à la manière dont nous persistons à les transformer.

Pour l’artiste, les choses existent, toujours au présent. Si nous sommes capables de retracer notre relation à une chose que nous reconnaissons, nous ne pourrons jamais connaître l’intégralité de son histoire. Dans l’exposition de Jason Dodge, le titre Tomorrow, I walked to a dark black star, tiré d’un poème d’Alfred Starr Hamilton (1914 – 2005, Montclair, New Jersey), représente aussi un objet trouvé. Choisi pour sa capacité à ouvrir une brèche entre le futur et le passé, il met en évidence la capacité de l’artiste à troubler l’aspect figé de toute entité.

JASON DODGE (1969, Newtown, Pennsylvanie) a présenté des expositions dans des galeries, des musées, des biennales, des centres d’art et des espaces gérés par des artistes depuis la fin des années 1990. Son travail est conservé dans plusieurs collections publiques. En 2012, Dodge fonde la maison d’édition de poésie Fivehundred places, qu’il dirige toujours aujourd’hui. Parmi ses expositions monographiques récentes, on peut citer Cut a Door in the Wolf au MACRO à Rome (2021) et They lifted me into the sun and packed my empty skull in cinnamon, une exposition en six parties organisée à Akwa Ibom à Athènes, Guimaraes à Vienne, MOREpublishers avec les Éditions Gevaert à Bruxelles, la Galleria Franco Noero à Turin et Gern en Regalia à New York (2020). Au coeur de la pandémie, chaque exposition a été installée par différents artistes, dont Eva Barto, SoiL Thornton et Giorgio Griffa. Parmi ses autres expositions monographiques, on trouve Jason Dodge with Ishion Hutchinson: The Broad Church of Night, au Neubauer Collegium for Culture and Society, sous le commissariat de Dieter Roelstraete, Chicago (2018), Water Paper Cut au Schinkel Pavillon à Berlin (2017) et Behind this machine anyone with a mind who cares can enter, IAC – Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne (2016). Dodge a été le co-commissaire d’Enemy of the Stars avec Krist Gruijthuijsen au KW Institute à Berlin (2017). Son travail a récemment été inclus dans The Collection for the 21st Century à la Hamburger Bahnhof – Nationalgalerie der Gegenwart à Berlin (2023) et dans des expositions collectives au Castello di Rivoli, Museo d’Arte Contemporanea à Turin (2020), au Hammer Museum à Los Angeles (2018) et au MIT List Visual Arts Centre à Cambridge, USA (2017). Il vit sur l’île de Møn.

Outre Epilogue, Jason Dodge a édité le catalogue de l’exposition A Model. Il a invité la directrice du Mudam, Bettina Steinbrügge, à écrire un essai et confié la conception graphique de l'ouvrage à Julie Peeters.

Commissaires : Bettina Steinbrügge, avec Sarah Beaumont, Clément Minighetti et Joel Valabrega

MUDAM LUXEMBOURG
Musée d’Art Moderne Grand-Duc Jean
3, Park Dräi Eechelen, 1499 Luxembourg-Kirchberg

11/05/24

Exposition Paul Thek @ MAMCO Genève

Paul Thek
MAMCO Genève
Jusqu'au 9 juin 2024

Paul Thek
PAUL THEK 
Untitled (Self-Portrait as a Pyramid)
(from the series Technological Reliquaries), 1966-1967
Cire, peinture acrylique, bois, métal, Plexiglas
56.2 x 32.1 x 39.4 cm
Coll. Wilhelm Lehmbruck Museum – Zentrum
Internationaler Skulptur, Duisburg

Paul Thek
PAUL THEK
La Corazza di Michelangelo, 1963
Cire et acrylique sur céramique
40 x 30 x 20 cm
Deichtorhallen Hamburg / Falckenberg Collection

PAUL THEK (1933-1988) est l’un des artistes américains les plus singuliers de la seconde moitié du 20e siècle et a toujours refusé d’appartenir aux courants artistiques dominants de son époque. Au cours des années 1960, son travail s’est développé en marge du Pop Art et de l’art minimal, en prenant le corps comme sujet et en développant de nouveaux modes de représentation. 

L’artiste se fait d’abord connaître par sa série des Meat Pieces (plus tard nommés Technological Reliquaries) qui représentent des fragments corporels traités comme des morceaux de chair, sculptés dans de la cire colorée et enfermés dans des boîtes en Plexiglas. Les Technological Reliquaries sont présentées dans les galeries new-yorkaises les plus importantes du moment (Stable Gallery, Pace Gallery), mais la relative confidentialité de la réception du travail de Paul Thek et son aversion pour le système de l’art américain le conduisent à se mettre à distance de la société américaine et à choisir de passer la plupart de son temps en Europe (Hollande, Italie). 

Parallèlement aux grandes installations éphémères, collectives et immersives de la fin des années 1960 et du début des années 1970, basées sur le motif symbolique et universel de la pyramide, Paul Thek revient à une pratique du dessin et de la peinture qui reste au cœur de son travail jusqu’à la fin de sa vie (il meurt du sida en 1988).

C’est d’abord la vie simple, extatique et panthéiste qu’il mène sur l’île de Ponza, en Italie, où il réside une partie de l’année entre 1969 et 1975 qui est la source de nombreuses peintures sur papier journal – une manière pour lui de revenir aux origines de la création en représentant ce qui l’entoure, l’infini de la mer et sa vie en harmonie avec les éléments naturels. Puis, dans les années 1980, la peinture est un moyen de parler de sa quête mystique, alors qu’il fait plusieurs retraites dans des monastères du Vermont. 

La Suisse a joué un rôle particulier dans la réception du travail de Paul Thek, puisqu’il fut soutenu notamment par Harald Szeemann et par Jean-Christophe Ammann. Toutefois, depuis l’exposition itinérante Paul Thek. The Wonderful World that Almost Was qui a circulé au Migros Museum et à la Kunsthalle de Zurich en 1996, son travail n’a plus fait l’objet d’une présentation institutionnelle en Suisse. 

L’exposition que lui consacre le MAMCO s’inscrit dans le prolongement de cette histoire, tout en souhaitant porter un nouveau regard sur l’œuvre inclassable de cette figure singulière de la contre-culture américaine. Elle propose, à partir d’un choix d’œuvres qui attestent la diversité des moyens d’expression que Paul Thek a explorés (sculptures, peintures, dessins et gravures), une traversée de sa pratique du début des années 1960 à la fin des années 1980. Elle s’attache à souligner cet entremêlement entre le spirituel et le corporel, le sacré et le profane, la nature et la technologie, la vie et la mort – autant d’oppositions qui reviennent au fil de ses créations, contribuant à faire de son œuvre hors normes un voyage initiatique. 

L’exposition est organisée par Valérie Da Costa, en collaboration avec Françoise Ninghetto.

MAMCO GENÈVE
MUSÉE D’ART MODERNE ET CONTEMPORAIN
10 rue des Vieux Grenadiers, 1205 Genève

PAUL THEK -  MAMCO GENÈVE - 5.3 - 9.6.2024

19/04/24

Exposition Richard Serra @ Galerie Lelong & Co., Paris - "Casablanca" - Suite de six oeuvres graphiques

Richard Serra : Casablanca
Galerie Lelong & Co., Paris
14 mars - 30 avril 2024

Richard Serra
RICHARD SERRA
Casablanca #1, 2022
Oilstick, encre et silice, 26 exemplaires. 152,4 × 167,6 cm
© Richard Serra. Courtesy Galerie Lelong & Co.

Depuis les années 80, la Galerie Lelong présente régulièrement à Paris l’œuvre gravé de Richard Serra, qui a constitué, d’années en années, un ensemble remarquable.

"Casablanca" (2022) est une suite de six œuvres graphiques réalisées en étroite collaboration avec le maître imprimeur Xavier Fumat à l’atelier Gemini G.E.L. de Los Angeles. Ces estampes sont spectaculaires par leur dimension et leur qualité plastique que l’on ne peut apprécier qu’en les voyant physiquement. L’artiste et l’atelier ont poussé à leur extrême limite ce que peut supporter une grande feuille épaisse presque entièrement recouverte de matière noire. Jouant sur papier avec l’idée de pesanteur et d’équilibre, ces gravures monumentales sont présentées dans un encadrement voulu par l’artiste, sans verre ni plexiglas ; les cinq premières mesurent 153 x 168 cm et la sixième 183 x 213 cm.

Plus que leur dimension, c’est leur matière exceptionnelle qui impressionne et même fascine. Très texturées, réalisées avec un mélange de bâton d’encre à l'huile appliqué à la main, d'encre pour gravure et de silice, elles sont, de la part d’un sculpteur, une autre face de l’expérience de l’"outrenoir" menée par le peintre Pierre Soulages.

Richard Serra a commencé à travailler à ce projet au début de l’année 2020, juste avant le premier confinement provoqué par la pandémie, qui a perturbé gravement l’activité de l’atelier. Le travail étant effectué par intermittence, les essais ont été expédiés à l’artiste à New York jusqu'à ce que le bon à tirer de chaque estampe soit signé. Obtenir ensuite les quantités d’encre et de papier nécessaires au projet, fut un autre défi. Ainsi, du début à la fin, cette entreprise aura pris près de 3 ans. La voici montrée à Paris pour la première fois.

Richard Serra (né en 1939 à San Francisco) est l'un des sculpteurs les plus importants du XXIe siècle. Il a exposé dans de grands musées et créé des œuvres in situ pour des lieux publics et privés à travers le monde. Son travail a fait l’objet de deux rétrospectives au MoMA, en 1986 et 2007. D’autres expositions récentes majeures ont eu lieu au Guggenheim de Bilbao (1999), au Musée d'art de Saint-Louis, Missouri (2003, 2014) au Musée archéologique national, Naples (2004). Ses dessins ont été exposés au Kunsthaus Bregenz (2008) puis au Metropolitan Museum of Art, et au San Francisco Museum of Modern Art (2011-12). On se souvient du spectaculaire "Promenade", dans le cadre de Monumenta au Grand Palais, Paris (2008) ; son œuvre "East-West/West-East" est installée en 2014 de manière pérenne dans le désert, à 70 km de Doha au Qatar.

Richard Serra a participé quatre fois à Documenta (1972, 1977, 1982 et 1987), et à la Biennale de Venise (1980, 1984, 2001, 2013). L’artiste vit et travaille à New York.

Galerie Lelong & Co.
13 rue de Téhéran, 75008 Paris

22/09/23

Tessa Perutz @ Casino Luxembourg - Exposition How to Map the Infinite

Tessa Perutz
How to Map the Infinite
Casino Luxembourg
7 octobre 2023 - 7 janvier 2024

Tessa Perutz
Tessa Perutz 
Isabelle’s Hibiscus Bourgogne #2 (Esprit du Roi Soleil)
Huile sur toile, 100 x 80 cm, 2019 
© Courtesy Hugard & Vanoverschelde

Tessa Perutz
Tessa Perutz
Dune Pilat #2 (Arcachon, La France)
Gouache et crayon sur papier, 50 x 40 cm, 2022
© ATM Gallery. Photo : Matt Grubb.

Tessa Perutz
Tessa Perutz
Coucher de Soleil (Sunset) at Cité Radieuse (Marseille, La France)
Gouache et crayon sur papier, 17 3/8 x 22 1/8 in, 2022 
© Courtesy l’artiste

Le Casino Luxembourg - Foum d'art contemporain présente une exposition monographique de l’artiste TESSA PERUTZ.

Les œuvres de Tessa Perutz nous plongent dans des champs et des vallées, paysages à la fois réels et psychologiques, miroirs d’un état intérieur. Ses œuvres sont le fruit d’une exploration intime et spontanée, ponctuées d’anecdotes, de notes hâtives et de réflexions existentielles. Son travail est façonné par des processus de conceptualisation et d’intuition qui s’informent mutuellement, de manière organique. Les peintures font écho à d’autres, reflétant la sérialité par la répétition des motifs et l’utilisation de couleurs lumineuses. Par ailleurs, l’artiste intègre sable, lavande ou plantes connues pour leurs vertus curatives et transformatrices dans ses tableaux.   

Au Casino Luxembourg, pour sa première exposition institutionnelle, l’artiste américaine a rassemblé des peintures sur toile et sur papier représentant pour la majeure partie des paysages étudiés et visités lors de son séjour en Europe. L’exposition combine œuvres existantes et nouvelles peintures, dont une étude au grand format de Bordighera, une ville sur la Riviera italienne près de la frontière française. L’artiste a désiré partir sur les traces de l’impressionniste français Claude Monet, se laissant tour à tour envoûter par la lumière méditerranéenne ainsi que par la faune et la flore si particulières, les mêmes étudiées par l’avant-garde plus d’un siècle avant elle. 

Aux paysages encadrés s’ajoutera une fresque murale représentant la ligne d’horizon de Marseille vue depuis la célèbre Cité Radieuse de Le Corbusier. Faisant de ce lieu le point de départ pour son œuvre, Perutz entend revisiter les pratiques académiques historiquement masculines – la peinture et l’architecture – à travers une intuition et un regard artistiques féminins contemporains.

TESSA PERUTZ (née en 1988 à Chicago ; vit et travaille à New York) est diplômée de la School of the Art Institute of Chicago. Son travail a fait l’objet de plusieurs expositions à l’international : The Drawing Center, New York ; Musée d’art contemporain, Anvers (BE) ; Atlanta Contemporary, Atlanta ; Magenta Plains, New York ; Jack Hanley Gallery, New York, ou encore Basis, Francfort (DE). Parmi ses expositions personnelles, mentionnons : Baronian ; Knokke (BE) et Baronian Xippas, Bruxelles (BE) ; Stems Gallery, Bruxelles (BE) ou encore 3-D Foundation, Verbier (CH). En 2022, elle a été artiste en résidence à la Fondation CAB à Saint-Paul-de-Vence (FR). Dans la presse, des articles lui ont été consacrés, entre autres, dans : Artforum, The Washington Post, Modern Painters, Artnet, Milk Magazine et Hart Magazine. L'artiste est représentée par la galerie Baronian à Bruxelles.

Curateur : Stilbé Schroeder

CASINO LUXEMBOURG - FORUM D'ART CONTEMPORAIN
41, rue Notre-Dame, L-2240 Luxembourg

03/05/23

Exposition Mildred Thompson @ Galerie Lelong & Co., Paris - L’Appel de la Lumière

Mildred Thompson 
L’Appel de la Lumière 
Galerie Lelong & Co., Paris 
10 mai – 13 juillet 2023 

Mildred Thompson
MILDRED THOMPSON
Radiation Explorations 8, 1994
Huile sur toile, 222 x 139,5 cm
© The Estate of Mildred Thompson / 
Courtesy Galerie Lelong & Co.

Mildred Thompson
MILDRED THOMPSON
Advancing Impulses, 1997
Huile sur vinyle, 127 x 127 cm
© The Estate of Mildred Thompson /
Courtesy Galerie Lelong & Co.

L'exposition présente des peintures et œuvres sur papier de l'artiste afro-américaine MILDRED THOMPSON (1936-2003) qui, pendant une vingtaine d’années, du milieu des années 1960 au milieu des années 1980, a vécu et travaillé en Allemagne et en France. Cette artiste a utilisé les modes d’expression visuelle du modernisme pour interpréter et représenter les phénomènes naturels et cosmiques. L’exposition met en valeur les images de la lumière et de l'énergie, propres à l’œuvre de Mildred Thompson, allant de ses premières influences à Paris au milieu des années 1980 jusqu'aux œuvres ultérieures créées à son retour aux États-Unis.

Pendant plus de cinq années parisiennes, Mildred Thompson a approfondi ses recherches artistiques formelles et conceptuelles. Elle y a développé sa capacité remarquable à interpréter les couleurs observées dans le monde qui l'entourait pour les transposer en des paysages atmosphériques imaginaires. L'exposition tire son titre de deux petits collages de 1982 que Mildred Thompson réalisa à Paris, leurs palettes lumineuses et leurs compositions improvisées sont des précurseurs révélateurs de la plupart des œuvres que Mildred Thompson créera au cours des deux décennies suivantes. "L’Appel de la lumière" présente plusieurs œuvres sur papier créées pendant le séjour de l'artiste à Paris et des pièces réalisées peu après son départ de France. Des gouaches aqueuses et de subtils dessins aux crayons de couleur prismatiques témoignent de l'interprétation personnelle et continuelle de l'univers par Mildred Thompson. La première salle présente également une pièce (circa 1975) illustrant de façon caractéristique son travail du bois.

Dans la deuxième salle, de dynamiques pastels, des aquarelles et des peintures des années 1990 et 2000 se caractérisent par un marquage énergique, une compréhension profonde de la couleur et de complexes compositions. Des œuvres issues de ses deux principales séries de peintures - "Radiation Explorations" et "Advancing Impulses" – y sont présentées et mettent en lumière son approche personnelle de l'abstraction. Ces œuvres ont bénéficié d'un intérêt croissant de la part des institutions au cours de ces dernières années, à mesure que les conceptions de l'abstraction évoluaient vers une plus grande prise en compte de l’apport des femmes de couleur artistes.

Mildred Thompson
MILDRED THOMPSON
Sans titre, 2003
Pastel sur papier, 65 x 50 cm
© The Estate of Mildred Thompson /
Courtesy Galerie Lelong & Co.

MILDRED THOMPSON est née en 1936 à Jacksonville (Floride), et décédée en 2003 à Atlanta (Géorgie). Diplômée de l'Université Howard à Washington, DC en 1957, elle avait étudié auprès de l'historien de l'art afro-américain James A. Porter. Récemment, son travail a fait l'objet d'importantes expositions collectives parmi lesquelles "Magnetic Fields : Expanding American Abstraction, 1960s to Today", présentée au Kemper Museum of Contemporary Art, Kansas City, Missouri puis au National Museum of Women in the Arts, Washington, D.C., et au Museum of Fine Arts, St. Petersburg, Floride ; "The Dirty South : Contemporary Art", "Material Culture and the Sonic Impulse", qui a été présentée au Virginia Museum of Fine Arts, Richmond, Virginie puis au Crystal Bridges Museum of American Art, Bentonville, Arkansas, et au Museum of Contemporary Art, Denver, Colorado ; ainsi que dans l’exposition "Doro Olowu : Seeing Chicago" au Museum of Contemporary Art, Chicago (Illinois). En 2019, le Spelman College Museum of Fine Art a présenté une exposition monographique de ses œuvres intitulée "Mildred Thompson : The Atlanta Years, 1986-2003". En 2018, ses "Wood Pictures" ont fait l'objet d'une exposition personnelle, "Mildred Thompson : Against the Grain" au New Orleans Museum of Art ainsi qu'à la 10e Biennale de Berlin. Les œuvres de Mildred Thompson figurent dans les collections permanentes du Museum of Modern Art de New York, du National Museum of Women in the Arts de Washington, du New Orleans Museum of Art de Louisiane, du Virginia Museum of Fine Arts de Virginie, du Glenstone Museum de Potomac (Maryland), du Museum of Fine Arts de Houston (Texas), des Harvard Art Museums de Cambridge (Massachusetts) et du Smithsonian American Art Museum de Washington D.C.

GALERIE LELONG & CO.
13 rue de Téhéran 75008 Paris

02/09/22

Leslie Smith III @ Galerie Isabelle Gounod, Paris - The Depth of Thoughts: New Abstractions

Leslie Smith III
The Depth of Thoughts: New Abstractions
Galerie Isabelle Gounod, Paris
3 septembre - 15 octobre 2022

Leslie Smith III
LESLIE SMITH III
 
Spring Kept Its Promise Once Again, 2021
Huile sur toile sur châssis découpés, 161,5 x 192 cm
© Leslie Smith III, courtesy Galerie Isabelle Gounod

Leslie Smith III s’intéresse à notre effort conscient d’altération de notre perception : ses peintures et œuvres sur papier explorent les thèmes de la compatibilité, du ressentiment, de la transparence et de l’opacité, comme autant de personnages influençant nos interactions.

Peintre afro-américain, Leslie Smith III propose une nouvelle interprétation de l’abstraction contemporaine, de sensibilité différente de celle des années 1950 et 1960, dérivée d’une vision alternative du monde, faite d’inclusion et d’acceptation, qui s’inscrit dans une quête de déstigmatisation de l’altérité. Il s’intéresse aux propriétés subjectives et politiques inhérentes à l’abstraction qu’il considère comme facteurs d’émancipation des minorités noires.

Suggérant nos identités complexes à multiples facettes, les peintures de Leslie Smith III sont composées de plusieurs toiles et châssis individuellement découpés, façonnés, assemblés agissant comme les fragments d’un tout. Chacune de ces « citations » singulières crée des rencontres picturales souvent disparates, contrastées, constituant un corpus d’archives, à la recherche d’une esthétique stimulante, mais familière. La peinture devient ainsi un objet tridimensionnel médiateur d’expériences sensibles, au-delà de la planéité.

Pour cette deuxième exposition à la galerie Isabelle Gounod, Leslie Smith III nous invite à la contemplation, au temps long, à la perception accrue de l’esprit. Si les pensées sont souvent fugaces, beaucoup sont profondément enracinées. Elles reflètent notre approche de la compréhension du monde et la conscience que nous avons de nous-mêmes, pour mieux révéler harmonie et tension, discorde et convergence. A travers ses récentes compositions Leslie Smith III explore ainsi des réflexions sur l’être, où s’expriment les notions de perte, de désir, d’attente…

LESLIE SMITH III est né en 1985 à Silver Springs, Maryland. Il vit à Madison, Wisconsin. Leslie Smith a obtenu un BFA au Maryland Institute College of Art ainsi qu’un MFA (Master of Fine Art) à la Yale School of Art. Il est Professeur de peinture et de dessin à l’Université du Wisconsin-Madison.

Expositions personnelles (sélection) : Stranger days, Maus Contemporary, Birmingham, Alabama (2022) ; Locus of Control, Maus Contemporary, Birmingham, Alabama (2017) ; As I Remembered, beta pictoris gallery / Maus Contemporary, Birmingham, Alabama (2014) ; I Dream Too Much, Madison Museum of Contemporary Art, Madison, Wisconsin (2013).

Exposition collectives (sélection) : ( À venir) Anyone Can Move a Mountain, Maus Contemporary, Birmingham, Alabama (2022) ; Darker than Blue, Maus Contemporary Gallery, Birmingham, Alabama (2021) ; Night in America, Maus Contemporary Gallery, Birmingham, Alabama (2020) ; Aftereffect: Georgia O’Keeffe and Contemporary Art, Museum of Contemporary Art Denver, Denver, Colorado (2019) ; Black In The Abstract Part II: Hard Edges/Soft Curves, cur.Valerie Cassel Oliver, Bill Arning & Dean Daderko, Contemporary Art Museum Huston, Houston, Texas (2014) ; Parallax Futured: Transtemporal Subjectivities, Skirball Museum, Cincinnati, Ohio (2014).

Ses oeuvres figurent dans de nombreuses collections privées et les collections permanentes du High Museum of Art d’Atlanta, du Virginia Museum of Fine Art de Richmond, du Birmingham Museum of Art, de l’Abroms-Engel Institute for the Visual Arts de Birmingham ainsi que du FRAC Auvergne (2021).

GALERIE ISABELLE GOUNOD
13 rue Chapon, 75003 Paris


















04/11/21

Peter Halley @ Galerie Xippas, Paris - Recent Paintings

Peter Halley : Recent Paintings
Galerie Xippas, Paris
Jusqu'au 15 janvier 2022

Peter Halley
Peter Halley
Activation, 2020
Acrylique, acrylique fluorescente et Roll-A-Tex sur toile
203 x 172 cm 
Courtesy de l’artiste et Xippas

Pour sa troisième exposition personnelle dans l'espace parisien de la galerie Xippas, Peter Halley présente pour la première fois en France ses « constructor paintings ». Ce nouveau cycle d’œuvres transcende la forme conventionnelle du carré ou du rectangle et réorganise le réel dans un puzzle à chaque fois différent.

Composées ouvertement de plusieurs châssis, les nouvelles peintures de Peter Halley se révoltent contre la planéité. Elles créent une illusion de volume, voire une perspective forcée, et amplifient leur caractère architectural. Des blocs de couleurs se juxtaposent comme des façades dans une vue de la rue, dessinant le profil de la ville moderniste. Les tours se dressent, grattent le ciel, semblant se détacher du sol (à moins que ce ne soit leurs fondations qui s’affaissent, comme cela arrive souvent aux tours d’ivoire). Des fenêtres quadrillées brillent mystérieusement et créent un paysage mi-physique, mi-numérique, qui pourrait tout aussi bien être le bureau d’un écran de portable sur lequel plusieurs applications sont ouvertes simultanément. Sortie de nulle part, apparaît une ville de science-fiction. Ville habitée par les lumières fluo des néons et des simulacres…

PETER HALLEY (né en 1953 à New York) est l’un des artistes les plus emblématiques de sa génération. Depuis les années 1980, il construit, peinture après peinture, tout un univers abstrait, régi par son propre langage et ses propres lois. Dans cet univers, les carrés sont des prisons, les cellules font allusion aux immeubles d’habitation, et la texture du stuc aux plafonds des motels. L’on y voit aussi des ”conduits” qui relient les carrés et ”canalisent” le réel alimentant les cellules de forces vitales. Ensemble, ces éléments créent un système hautement réglementé : une ”ville” d’abstraction gouvernée par la géométrie et les principes de surveillance et d’isolement.

Intégrées dans un contexte social, philosophique et conceptuel, les abstractions géométriques de Peter Halley se développent dans le langage des codes et racontent des histoires qui appartiennent autant au passé qu’au futur. Idéographiques, ses œuvres font référence à de multiples réalités à la fois, de l’architecture à l’histoire de l’art, en passant par les structures sociétales et numériques, et créent de merveilleuses énigmes alchimiques que le spectateur est invité à résoudre.

Peter Halley a notamment exposé au CAPC Musée d’art contemporain de Bordeaux (1991), au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid (1992), au Stedelijk Museum, Amsterdam (1992), au Des Moines Art Center (1992), au Dallas Museum of Art (1995), au Museum of Modern Art, New York (1997), au Kitakyushu Municipal Museum of Art (1998), au Museum Folkwang, Essen (1998), au Butler Institute of American Art (1999), au Disjecta interdisciplinary Art Center, Portland (2012), au Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole (2014), au Schirn Kunsthalle, Francfort (2016), au Lever House Art Collection, New York (2018), au Museo Nivola, Sardaigne, ainsi qu’à The Ranch, Montauk (2021).

Dallas Contemporary (Texas) lui consacre actuellement une exposition majeure visible jusqu’au 13 février 2022. 

XIPPAS PARIS
108 rue Vieille du Temple, 75003 Paris

08/04/21

Leonardo Drew @ Galerie Lelong & Co., Paris

Leonardo Drew 
Galerie Lelong & Co., Paris 
20 mai - 13 juillet 2021 

La Galerie Lelong & Co. présente la première exposition à Paris de l’artiste américain LEONARDO DREW (né en 1961 à Tallahassee, Floride).

Leonardo Drew a acquis une reconnaissance internationale grâce à ses oeuvres sculpturales abstraites et contemplatives qui jouent sur une tension entre l’ordre et le chaos. À la fois monumental et intime, sensuel et foisonnant, son travail a recours à des matériaux liés au passé industriel américain - bois, ferraille, coton – afin d’exprimer avec sensibilité et émotion les thèmes du temps, du cycle de la vie, de la décomposition et de l’érosion. Riche en références historiques et anthropologiques, l’oeuvre de Leonardo Drew évoque la vie urbaine, la relation de l’être humain et de la nature, la culture afro-américaine. L’artiste refuse délibérément de donner un titre à ses œuvres afin d’en laisser la libre interprétation.

Pour sa première exposition à Paris, Leonardo Drew a réalisé un mural monumental de plus de 6 mètres de long ainsi qu’un ensemble de 9 autres pièces, également murales, en bois peint et de 6 assemblages sur papier.

Les oeuvres de Leonardo Drew font partie de nombreuses collections d’institutions publiques d’envergure internationale dont le Metropolitan Museum of Art et le Musée Solomon R. Guggenheim de New York ; le LACMA de Los Angeles ; le Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington DC ; la Tate de Londres. Pour sa première grande réalisation dans l’espace public, Leonardo Drew a mené un important projet, City in the Grass, pour le Madison Square Park de New York en 2019 tandis que le Wadsworth Atheneum Museum (Connecticut) et Power Plant (Toronto) lui consacreront une exposition en mai et à l’été prochains.

Leonardo Drew vit et travaille à Brooklyn, New York. 

GALERIE LELONG & Co.
13, rue de Téhéran, 75008 Paris

11/03/21

Le surréalisme dans l’art américain @ Centre de la Vieille Charité, Marseille

Le surréalisme dans l’art américain
Centre de la Vieille Charité, Marseille
12 mai - 26 septembre 2021

Cette exposition, composée de près de 180 oeuvres et plus de 80 artistes, met en évidence les riches collections surréalistes et postsurréalistes des musées français et américains ainsi que des collections privées.

L’exposition retrace l’histoire de la présence d’un courant surréaliste dans l’art américain, des années 1930 à la fin des années 1960, au lieu de répéter la légende selon laquelle les artistes new-yorkais auraient été bouleversés par l’arrivée des surréalistes parisiens en exil, qu’ils s’en seraient servi pour inventer un art proprement américain, l’expressionnisme abstrait, dépassant le surréalisme et le reléguant à un passé bien délimité.

Elle s’ouvre par la présence à Marseille, en 1940-1941, d’un groupe d’artistes surréalistes attendant autour d’André Breton un départ prochain pour les États-Unis. Réunis à la Villa Air-Bel ou y passant, Victor Brauner, Max Ernst, Jacqueline Lamba, André Masson ou Wilfredo Lam forment un groupe compact qui, en attendant les visas pour le nouveau monde, participe à des expériences collectives de cadavres exquis et crée ensemble le célèbre Jeu de Marseille.

Si l’arrivée de certains de ces artistes à New York continue d’être décrite comme une révélation pour les jeunes artistes locaux, l’exposition montre que, depuis le début des années 1930, sur la côte Est aussi bien que sur la côte Ouest, des oeuvres surréalistes ont été exposées et ont connu une grande popularité, faisant en particulier de Salvador Dalí une véritable star. Bien plus, elles ont fait des émules et conduit au développement d’un surréalisme proprement américain, avec des figures aussi importantes que Joseph Cornell ou celles largement méconnues des surréalistes sociaux newyorkais (comme O. Louis Guglielmi) et des post-suréralistes californiens (comme Helen Lundeberg).

Pendant les années de guerre, les surréalistes européens en exil, regroupés sur la côte Est,continuent à créer des oeuvres, parfois avec des évolutions significatives. Leur présence inspire des jeunes artistes locaux, donnant ainsi naissance à un surréalisme transatlantique qui renouvelle ses formes et ses pratiques, avec deux variantes qui vont progressivement diverger : une voie figurative et une voie abstraite. Le surréalisme transatlantique figuratif, représenté par des artistes tels que Dalí, Cornell, Man Ray, Yves Tanguy, Kay Sage ou la cinéaste Maya Deren, comporte une dimension profondément onirique, qui lui amalgame certains promoteurs du néo-romantisme fantastique comme Pavel Tchelitchew. Le surréalisme transatlantique abstrait, dont l’un des principaux protagonistes, Arshile Gorky, est adoubé par Breton comme surréaliste à part entière et fait pour cette raison l’objet d’un focus particulier dans l’exposition, avec des tableaux et dessins majeurs, voit peu à peu émerger en son sein ce que les critiques vont appeler l’expressionnisme abstrait. L’exposition montre des oeuvres surréalisantes des expressionistes abstraits canoniques : Robert Motherwell, Barnett Newman, Jackson Pollock, Mark Rothko, David Smith ou Clyfford Still, au côté des tableaux semi-abstraits de Miró qui les ont influencés. Elle intègre aussi pleinement les marginaux du groupe, comme Richard Pousette-Dart ou Louise Bourgeois, qui mettaient constamment l’accent sur un contenu subjectif porté par des métaphores et des métamorphoses, ainsi que les oeuvres abstraites surréalisantes créées sur la côte Ouest par les membres du collectif Dynaton (Gordon Onslow-Ford, Lee Mullican). L’expressionnisme abstrait était imprégné de surréalisme, bien que son principal partisan, le critique Clément Greenberg, ait dénigré le surréalisme comme « art académique sous un nouveau déguisement littéraire ». Dans les années 1950, d’une manière qui ne peut plus se revendiquer du surréalisme puisque celui-ci est considéré comme dépassé mais qui relève bien de sa logique, on voit d’ailleurs revenir des images cachées dans l’oeuvre de Motherwell ou dans celle d’Helen Frankenthaler, présente dans l’exposition, d’une façon que l’on n’attendrait sans doute pas tant son oeuvre a été recouverte d’un discours qui met uniquement en valeur son caractère abstrait.

L’exposition examine ensuite comment les méthodes et stratégies surréalistes sont restées vives chez les artistes américains jusqu’à la fin des années 1960, même si seul un nombre limité d’entre eux l’ont reconnu. Au lieu d’aligner une succession de mouvements distincts (Pop, Minimal, Postminimal et Conceptuel), elle coupe à travers des oppositions qui sont largement dues aux volontés séparatrices et réductrices de quelques critiques, et favorise une tendance plus globale qui unit des artistes connus aussi bien que sous-estimés, en présentant ce que le critique et commissaire d’exposition Gene Swenson a appelé en 1966 « l’autre tradition », dont il trouvait l’origine dans le surréalisme. Malgré les diktats de Greenberg et de ses disciples, le surréalisme reste une force active, revendiquée dans les années 1950-1960 de façon provocatrice (pour se démarquer de la côte Ouest), par des artistes californiens comme Wallace Berman, Bruce Conner, Jess ou le cinéaste Kenneth Anger, dont les oeuvres utilisent les métaphores et la narration, souvent avec des contenus sexuels. Sur la côte Est, comme l’a souligné Swenson, une nouvelle « relation entre l’objet et l’émotion » était également au centre des préoccupations d’artistes comme Jasper Johns, Ray Johnson, Robert Morris ou Claes Oldenburg, parfois appelés « néo-Dada » mais qui sont aussi postsurréalistes puisque leurs stratégies consistant à utiliser des objets quotidiens, seuls ou combinés à d’autres, pour transmettre des sens et métaphores complexes, est redevable du surréalisme incarné notamment par Marcel Duchamp. Une sélection de boîtes créées par ces artistes ainsi que par le sculpteur de Chicago H. C. Westermann montre la persistance de l’influence de Duchamp, resté aux États-Unis après la fin de la guerre, dans une présence muette mais inspirante. À partir du début des années 1960, ce sont également des peintres qui renouent avec la veine surréaliste, tels James Rosenquist ou John Wesley, dont les tableaux sont ici confrontés à ceux de Magritte ou Dalí.

A la fin des années 1960, au moment où le surréalisme fait l’objet de publications et d’expositions historiques, au moment aussi où il connaît un fort regain de popularité que l’on peut observer dans les affiches du rock psychédélique californien dont une sélection est présentée, il agit également souterrainement sur des artistes qui brouillent les frontières entre abstraction et figuration et dotent leurs oeuvres d’un fort potentiel érotique, voire sexuel, notamment en produisant des formes molles ou désagréables, similaires à celles que l’on trouve chez Alberto Giacometti ou Tanguy. Si certains d’entre eux, notamment Bourgeois et Eva Hesse, sont rassemblés par la jeune critique Lucy Lippard sous le signe de « l’abstraction excentrique » et placés par elle dans le lignage surréaliste, c’est à une renouveau beaucoup plus large des thèmes et des méthodes surréalistes que l’on assiste alors aux États-Unis, des reliquaires à viande de Paul Thek aux têtes sadomasochistes de Nancy Grossmann, des sculptures molles d’Oldenburg aux reliefs agressifs de Lee Bontecou, voire aux premières oeuvres de Richard Serra. Sans doute l’héritage surréaliste était-il trop sulfureux pour que les critiques et les historiens de l’art l’aient reconnu. Ils ont préféré ranger ces artistes dans des mouvements bien distincts, comme pour les purifier. L’exposition Le surréalisme dans l’art américain entend leur redonner leur impureté originelle et leur force subversive.

Exposition coproduite par les Musées de la Ville de Marseille et la Réunion des musées nationaux - Grand-Palais.

Commissariat scientifique : Eric de Chassey, directeur général de l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et professeur d’histoire de l’art à l’École normale supérieure de Lyon, assisté de Lucas Roussel, avec Xavier Rey, conservateur du patrimoine et directeur des musées de Marseille et Guillaume Theulière, conservateur.

CENTRE DE LA VIELLE CHARITE - MARSEILLE
2 rue de la Charité, 13002 Marseille
Informations et réservations : www.musees.marseille.fr
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10/06/18

John DeAndrea @ Galerie Vallois, Paris

John DeAndrea
Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois, Paris
7 juin - 21 juillet 2018

Né en 1941 à Denver dans le Colorado, John DeAndrea est un artiste dont la réputation internationale n’a d’égale que la rareté. Alors qu’il est actuellement exposé au MET Breuer à New York et à la Kunsthal de Rotterdam, la galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois présente sa première exposition personnelle à Paris depuis près de trente ans.
(…) Avant d’exposer à New York, DeAndrea est bien solitaire. Durant ses études – à l’université de Boulder (Colorado) puis d’Albuquerque (Nouveau-Mexique) –, on lui a expliqué que la figuration était morte. « Je me sentais très seul, isolé au Colorado. Je me sentais comme un aventurier un peu cinglé. Je n’avais ni soutien, ni rien », dit-il à Duncan Pollock. Il connaissait certes le travail de George Segal, qui usait des mêmes méthodes de surmoulage avec un résultat très différent, mais pas encore celui de Duane Hanson : « Quand j’ai vu les trucs de Hanson, je me suis dit “mon Dieu, il y a quelqu’un qui pense comme moi !” (…) La première fois que je l’ai rencontré, c’est comme si je rencontrais quelqu’un de très proche (…) Duane Hanson fait ce qu’il appelle “du sang et des tripes”, tandis que mon travail est plus classique. » (…) Les modèles de DeAndrea au contraire sont plutôt jeunes, beaux et musclés. Pleins de vie, et c’est bien de cela dont il s’agit (…) « Jusqu’où voulez-vous pousser la « vérité » de vos sculptures ? », « Je veux qu’elles respirent. » -- Extraits du texte d’Harry Bellet « The Aphrodite Child » publié dans le catalogue de l’exposition.
Considéré comme l’un des membres les plus importants du mouvement Hyperréaliste américain qui se développe au début des années 70 à l’instar de Duane Hanson, Chuck Close ou encore Richard Estes, John DeAndrea trouve sa singularité de par son regard sur l’Histoire de l’Art et sa position de peintre tout autant que de sculpteur. En effet, si chaque œuvre demande environ un millier d’heures de réalisation, c’est parce qu’au premier travail de moulage et de sculpture s’ajoute un travail d’enlumineur minutieux à la peinture à l’huile, superposant des centaines de couches jusqu’à créer l’illusion de la vie et de la chair, sans aucune possibilité de «camouflage», les figures étant nues dans la majorité des cas.

Et pour accentuer ce paradigme, John DeAndrea s’attache à reproduire les poses et les thèmes les plus classiques de l’Histoire de l’Art, multipliant les références à l’Antiquité (du Galate mourant à Pygmalion en passant par la sculpture grecque du Vème siècle), à la Renaissance (les Vénus du Titien ou de Vélasquez) et jusqu’à la peinture française du XIXème (de Manet à Courbet et jusqu’à Cabanel !)

Mais il est aussi résolument contemporain, n’hésitant point à puiser son iconographie dans l’actualité, comme pour son œuvre American Icon, ou à montrer avec crudité mais sans jamais être vulgaire certaines parties d’anatomie habituellement savamment dissimulées ou escamotées.

Pour des raisons physiques et techniques, la production de John DeAndrea est, on l’a dit, très faible. On estime l’ensemble de son oeuvre à environ 350 sculptures dont la plupart sont d’ores et déjà dans des musées et collections privées. Mais à l’occasion de cette nouvelle exposition, l’artiste a décidé de montrer, outre une dizaine de sculptures, une facette totalement ignorée de son travail et pourtant présente depuis le tout début : il s’agit des moulages des têtes et bustes qu’il conserve depuis toujours dans son atelier, trace de la mémoire du travail, brut et captivant, visages impassibles aux yeux creux mais à l’intensité rare : The Faces of Fifty Years.

GALERIE VALLOIS
36 rue de Seine, 75006 Paris

28/01/17

James Welling, Galerie Marian Goodman, Paris - Chronology

James Welling: Chronology 
Galerie Marian Goodman, Paris 
25 janvier – 2 mars 2017 

La galerie Marian Goodman présente pour la première fois une exposition de James Welling. En parallèle, le Stedelijk Museum voor Actuele Kunst (S.M.A.K) à Gand lui consacre une grande rétrospective, Metamorphosis, qui voyagera ensuite au Kunstforum de Vienne.

L’exposition Chronology réunit de nouvelles œuvres aux côtés de photographies récentes et d’une sélection de ses premiers travaux. James Welling s’essaie à la peinture, la danse, la vidéo, la sculpture, la performance avant de se tourner progressivement et définitivement vers la photographie au milieu des années 1970. Autodidacte, il explore dès lors les potentialités du médium en expérimentant divers procédés (Polaroids, tirage argentique, tirage jet d’encre, photogramme, chimigramme etc). Intéressé avant tout par le caractère imprévisible de la photographie, James Welling s’engage délibérément dans différentes directions ; la matière, l’abstraction, la couleur, l’espace. L’exposition illustre toute la diversité de cette œuvre et met en évidence des continuités formelles et conceptuelles.

Praticien novateur, James Welling ne cesse d’inventer des modus operandi dont une grande part se déroule en chambre noire. Inspirées du travail de Moholy-Nagy, Hands (1975/2016) sont des tirages négatifs de photogrammes des mains de l’artiste. « En photographie, je distingue les photogrammes des images prises avec un objectif. Le modèle pour les images obtenues avec un objectif se fonde sur une conception de l’image héritée de la Renaissance tandis que le photogramme est l’ombre d’un objet sur une surface photographique. » Il approfondit cette technique comme en témoignent les New Flowers (2016). Contrairement à la série Flowers (2004-2007), il construit numériquement ces photogrammes à partir de multiple négatifs. Un autre procédé ne nécessitant pas le recours à l’appareil photographique, le chimigramme permet la réalisation d’images avec le seul concours de la lumière, de produits chimiques et du jeu du hasard ; Welling l’utilise dans sa série Chemical (2015-16) et fait disparaître la frontière entre photographie et peinture.

La couleur tient une place centrale dans les œuvres présentées dans l’exposition. Ses premières expérimentations chromatiques remontent aux années 1970 quand il enrichit l’intensité colorée de ses Polaroids, tels que Red Dawn ou Studio With Coat (1976), en les mettant en contact à la chaleur. C’est cependant au cours de la période pendant laquelle il enseigne à l’University of California à Los Angeles (UCLA) de 1995 à 2016 que Welling affine ses recherches chromatiques, dont la série Degradés (2005) en est l’exemple le plus éclatant. « A mesure que je suis devenu sensible aux couleurs non naturelles, j’ai pris conscience qu’elles n’étaient pas artificielles c’est juste que je ne les avais pas remarquées. Le fait d’être en harmonie avec la couleur m’a mené à penser qu’en réalité nous voyons plus de couleurs que nous en percevons normalement. Je crois que d’une certaine manière j’essaie de libérer la couleur ». Les variations de couleurs peuvent participer parfois à construction des images comme avec Glass House (Lavender Mist)(2014). James Welling a placé devant l’objectif de son appareil un filtre couleur lavande jouant avec la transparence du matériau de la maison. De la même manière les couleurs obtenues avec Photoshop deviennent l’un des éléments constituants des œuvres Choreograph, chacune est construite à partir de trois photographies noir et blanc superposées et respectivement colorées en rouge, vert et bleu dans le système RVB du logiciel. Enfin dans les photographies de la série Meridian prises dans une imprimerie à Rhode Island, Welling souligne le lien entre la reproduction mécanique et la photographie en altérant subtilement les couleurs du fichier
numérique. 

Si James Welling décide en 1976 de se consacrer pleinement à la photographie, il n’en a pas pour autant exclu de sa pratique d’autres disciplines artistiques, l’architecture figurant parmi ses grandes sources d’inspiration. Notamment les vues noir et blanc fragmentées de bâtiments de Los Angeles Architecture réalisées de nuit ou ses images polaroid qui montrent sa fascination pour l’espace et les volumes. La série Glass House (2006-2014) est entièrement consacrée à la maison construite par l’architecte Philip Johnson en 1949 à New Canaan dans le Connecticut, perçue comme une gigantesque sculpture et photographiée à différentes saisons. De même avec Choreograph, la danse qu’il avait pratiquée et étudiée pendant ses études revient au centre de son travail. Il superpose des clichés de danseurs professionnels pris lors de répétitions avec des vues d’architecture de Paul Rudolph, Rudolf Steiner et Marcel Breuer et/ou celles de paysages du Connecticut ou de Suisse. Ces paysages à peine perceptibles sont à la fois une toile de fond et une scène pour les figures dansantes. Enfin, la peinture a toujours tenu une place importante ; Seascape, son nouveau film présenté dans l’exposition, traduit également cette affinité : James Welling y utilise des séquences d’un film 16mm tournées au début des années 1930 par son grand-père qui avaient servi d’étude pour la réalisation d’une marine. James Welling a recolorisé numériquement ce film à partir d’échantillons de la dite peinture et son frère a conçu la musique.

JAMES WELLING est né à Hartford, Connecticut en 1951. Il vit et travaille à New York. Il étudie à la Carnegie-Mellon Université à Pittsburg puis au California Institute of the Arts à Los Angeles (Cal Arts), où il suit notamment le cours « post-studio » de John Baldessari. Il est considéré comme l’un des membres de la « Picture Generation » aux cotés d’artistes comme Sherrie Levine, Cindy Sherman ou Richard Prince, salués pour leur approche innovante de la photographie dans les années 1970-1980. De 1995 à 2016, il enseigne au sein du département d’art à l’University of California à Los Angeles (UCLA) et depuis 2012 il est professeur invité de l’Université de Princeton. En 2012 et 2013 deux expositions majeures ont présenté l’ensemble de son œuvre : Monograph, organisée par le Cincinnati Art Museum et le Hammer Museum à Los Angeles, puis Mind on Fire présentée à la MK Gallery, Milton Keynes en Angleterre, au Centro Galego de Arte Contemporanéa, Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne et à la Contemporary Art Gallery, Vancouver au Canada. En 2014 il a reçu le Prix d’Infinité du Centre International de la Photographie, New York et en 2016 le Prix d’excellence de l’Institut de Julius Shulman de l’Université de Woodbury, Californie.

Ses œuvres font partie des collections des plus grands musées internationaux: le Centre Georges Pompidou, Paris; Hammer Museum, Los Angeles; Los Angeles County Museum of Art ; Le MoMA, New York ; Solomon R ; Guggenheim Museum, New York ; Whitney Museum of American Art, New York; Tokyo Metropolitan Museum of Photography ; Vancouver Art Gallery ; Wadsworth Atheneum Museum of Art, Hartford, Connecticut et le Kunstmuseum Wolfsburg, Allemagne. 

GALERIE MARIAN GOODMAN
79 rue du Temple, 75003 Paris